Stèle
Édit Funéraire
Moi l’Empereur ordonne ma sépulture : cette montagne hospi-
talière, le champ qu’elle entoure est heureux. Le vent et
l’eau dans les veines de la terre et les plaines du vent sont
propices ici. Ce tombeau agréable sera le mien.
*
Barrez donc la vallée entière d’une arche quintuple : tout ce qui
passe est ennobli.
Étendez la longue allée honorifique : – des bêtes ; des
monstres ; des hommes.
Levez là-bas le haut fort crénelé. Percez le trou solide au plein
du mont.
Ma demeure est forte. J’y pénètre. M’y voici. Et refermez la
porte, et maçonnez l’espace devant elle. Murez le chemin
aux vivants.
*
– 35 –
Je suis sans désir de retour, sans regrets, sans hâte et sans ha-
leine. Je n’étouffe pas. Je ne gémis point. Je règne avec
douceur et mon palais noir est plaisant. Certes la mort est plaisante et noble et douce. La mort est fort
habitable. J’habite dans la mort et m’y complais.
*
Cependant, laissez vivre, là, ce petit village paysan. Je veux hu-
mer la fumée qu’ils allument dans le soir. Et j’écouterai des paroles.
– 36 –