Stèle

Victor Segalen · Chapitre 3 sur 67

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Stèle

Stèles Face au Midi

 

 

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SANS MARQUE DE RÈGNE

 

Honorer les Sages reconnus ; dénombrer les Justes ; redire à

toutes les faces que celui-là vécut, et fut noble et sa conte-

nance vertueuse,

Cela est bien. Cela n’est pas de mon souci : tant de bouches en

dissertent ! Tant de pinceaux élégants s’appliquent à cal-

quer formules et formes,

Que les tables mémoriales se jumellent comme les tours de

veille au long de la voie d’Empire, de cinq mille en cinq

mille pas.

*

Attentif à ce qui n’a pas été dit ; soumis par ce qui n’est point

promulgué ; prosterné vers ce qui ne fut pas encore, Je consacre ma joie et ma vie et ma piété à dénoncer des règnes

sans années, des dynasties sans avènement, des noms sans

personnes, des personnes sans noms,

Tout ce que le Souverain-Ciel englobe et que l’homme ne réalise

pas.

*

Que ceci donc ne soit point marqué d’un règne ; – ni des Hsia

fondateurs ; ni des Tcheou législateurs ; ni des Han, ni des

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Thang, ni des Soung, ni des Yuan, ni des Grands Ming, ni

des Tshing, les Purs, que je sers avec ferveur. Ni du dernier des Tshing dont la gloire nomma la période

Kouang-Siu, –

*

Mais de cette ère unique, sans date et sans fin, aux caractères

indicibles, que tout homme instaure en lui-même et salue. À l’aube où il devient Sage et Régent du trône de son cœur.

 

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