Stèle
Cité Violette Interdite
Elle est bâtie à l’image de Pei-king, capitale du Nord, sous un
climat chaud à l’extrême ou plus froid que l’extrême froid. À l’entour, les maisons des marchands, l’hôtellerie ouverte à
tout le monde avec ses lits de passage ses mangeoires et ses
fumiers.
En retrait, l’enceinte hautaine, la Conquérante aux âpres rem-
parts, aux redans, aux châteaux d’angles pour mes bons dé-
fenseurs.
Au milieu, cette muraille rouge, réservant au petit nombre son
carré d’amitié parfaite.
Mais, centrale, souterraine et supérieure, pleine de palais, de lo-
tus, mes eaux mortes, d’eunuques et de porcelaines, – est
ma Cité Violette interdite.
*
Je ne la décris pas ; je ne la livre pas ; j’y accède par des voies
inconnues. Unique, unique et solitaire, mâle étrange dans
ce troupeau servant, je n’enseigne pas ma retraite : mes
amis, si l’un d’eux songeait à l’Empire ! Or, j’ouvrirai la porte et Elle entrera, l’attendue, la toute-
puissante et la tout inoffensive,
– 92 –
Pour régner, rire et chanter parmi mes palais, mes lotus, mes
eaux mortes, mes eunuques et mes vases, Pour, – la nuit où elle comprendra, – être doucement poussée
dans un puits.
– 93 –