Stèle

Victor Segalen · Chapitre 42 sur 67

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Stèle

Hymne au Dragon Couché

 

Le Dragon couché : le ciel vide, la terre lourde, les nuées

troubles ; soleil et lune étouffant leur lumière : le peuple

porte le sceau d’un hiver qu’on n’explique pas. Le Dragon bouge : le brouillard aussitôt crève et le jour croît.

Une rosée nourrissante remplit la faim. On s’extasie

comme à l’orée d’un printemps inespérable. Le Dragon s’ébroue et prend son vol : à Lui l’horizon rouge, sa

bannière, le vent en avant-garde et la pluie drue pour es-

corte. Riez d’espoir sous la crépitation de son fouet lanci-

nant : l’éclair.

*

Hé ! Las ! hé, Dragon couché ! Enspiralé ! Héros paresseux qui

sommeille en l’un de nous, inconnu, engourdi, irrévélé, Voici des figues, voici du vin tiède, voici du sang : mange et bois

et flaire : nos manches agitées t’appellent à grands coups

d’ailes.

Lève-toi, révèle-toi, c’est le temps. D’un seul bond saute hors de

nous ; et pour affirmer ton éclat,

Cingle-nous du serpent de ta queue, fais-nous malades au clin

de tes petits yeux, mais brille hors de nous, – oh ! brille !

 

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