Stèle
Des Lointains
Des lointains, des si lointains j’accours, ami, vers toi, le plus
cher. Mes pas ont dépecé l’horrible espace entre nous. De longtemps nos pensers n’habitaient pas le même instant du
monde : les voici à nouveau sous les mêmes influx, péné-
trés des mêmes rayons.
*
Tu ne réponds pas. Tu observes. Qu’ai-je déjà commis
d’inopportun ? Sommes-nous bien réunis : est-ce bien toi,
le plus cher ?
Nos yeux se sont manqués. Nos gestes n’ont plus de symétrie.
Nous nous épions à la dérobée comme des inconnus ou des
chiens qui vont mordre.
Quelque chose nous sépare. Notre vieille amitié se tient entre
nous comme un mort étranglé par nous. Nous la portons
d’un commun fardeau, lourde et froide.
*
Ha ! Hardiment retuons-la ! Et pour les heures naissantes, pru-
demment composons une vivace et nouvelle amitié. Le voulez-vous, ô mon nouvel ami, frère de mon âme future ?
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