Stèle

Victor Segalen · Chapitre 22 sur 67

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Stèle

Des Lointains

 

Des lointains, des si lointains j’accours, ami, vers toi, le plus

cher. Mes pas ont dépecé l’horrible espace entre nous. De longtemps nos pensers n’habitaient pas le même instant du

monde : les voici à nouveau sous les mêmes influx, péné-

trés des mêmes rayons.

*

Tu ne réponds pas. Tu observes. Qu’ai-je déjà commis

d’inopportun ? Sommes-nous bien réunis : est-ce bien toi,

le plus cher ?

Nos yeux se sont manqués. Nos gestes n’ont plus de symétrie.

Nous nous épions à la dérobée comme des inconnus ou des

chiens qui vont mordre.

Quelque chose nous sépare. Notre vieille amitié se tient entre

nous comme un mort étranglé par nous. Nous la portons

d’un commun fardeau, lourde et froide.

*

Ha ! Hardiment retuons-la ! Et pour les heures naissantes, pru-

demment composons une vivace et nouvelle amitié. Le voulez-vous, ô mon nouvel ami, frère de mon âme future ?

 

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