Stèle

Victor Segalen · Chapitre 61 sur 67

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Stèle

Retombée

 

Je frappe les dalles. J’en éprouve la solidité. J’en écoute la sono-

rité. Je me sens ferme et satisfait.

J’embrasse les colonnes. Je mesure leur jet, la portée, le nombre

et la plantation. Je me sens clos et satisfait. Me renversant, cou tendu, nuque douloureuse, je marche du re-

gard sur le parvis inverse et je sens mes épaules riches d’un

lourd habit cérémonieux, aux plis carrés, à la forte char-

pente.

*

Coulant du faîte, paisible horizon terrestre, aux bords du toit

mûri comme un manteau des moissons, – voici les Angles,

acérés, griffus et cornus.

Ces quatre cornes, qui menacent-elles dans le ciel ? Que décou-

vrent ces quatre doigts aux ongles longs ? Font-ils signe

qu’il y a là-haut quelqu’un qui regarde ? Ce sont les quatre coins de la Tente originale, noués aux quatre

liens qui les relèvent, et, livrant avenue, déploient l’ample

hospitalité.

*

 

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Liens invisible, que prolonge l’au-delà des nues, où vont-ils se

lier eux-mêmes ? À quels piliers du Ciel, à quels poteaux du

monde, à quelles hampes dix mille fois élevées ? Cet espace, crevé par les pointes, pénétré des neuf firmaments

qui l’entoure et le contient ? Plus loin que les confins il y a

l’Extrême, et puis le Grand-Vide, et puis quoi ?

*

Est-ce là l’inquiétude désignée par ces doigts courbés aux ongles

longs ? – Mais voici, pas de réponse, et pas de signes, et

point de haut mystère, et pas même de liens, même invi-

sibles.

Puisque sous chacun des chevrons volants, accusant sa corne,

résolvant sa cambrure, j’aperçois le grossier Piquet ter-

restre qui le soutient et qui l’explique.

 

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