Stèle

Victor Segalen · Chapitre 26 sur 67

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Stèle

Vampire

 

Ami, ami, j’ai couché ton corps dans un cercueil au beau vernis

rouge qui m’a coûté beaucoup d’argent ; J’ai conduit ton âme, par son nom familier, sur la tablette que

voici que j’entoure de mes soins ;

Mais plus ne dois m’occuper de ta personne : « Traiter ce qui vit

comme mort, quelle faute d’humanité ! Traiter ce qui est mort comme vivant, quelle absence de discré-

tion ! Quel risque de former un être équivoque ! »

*

Ami, ami, malgré les principes, je ne puis te délaisser. Je forme-

rai donc un être équivoque : ni génie, ni mort ni vivant. En-

tends moi :

S’il te plaît de sucer encore la vie au goût sucré, aux âcres

épices ;

S’il te plaît de battre des paupières, d’aspirer dans ta poitrine et

de frissonner sous ta peau, entends moi : Deviens mon Vampire, ami, et chaque nuit, sans trouble et sans

hâte, gonfle toi de la chaude boisson de mon cœur.

 

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