Stèle

Victor Segalen · Chapitre 64 sur 67

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Stèle

Moment

 

Ce que je sais d’aujourd’hui, en hâte je l’impose à ta surface,

pierre plane, étendue visible et présente ; Ce que je sens, – comme aux entrailles l’étreinte de la chute, –

je l’étale sur ta peau, robe de soie fraîche et mouillée ; Sans autre pli, que la moire de tes veines : sans recul, hors

l’écart de mes yeux pour te bien lire ; sans profondeur,

hormis l’incuse nécessaire à tes creux. Qu’ainsi, rejeté de moi, ceci, que Je sais d’aujourd’hui, si franc,

si fécond et si clair, me toise, et m’épaule à jamais sans dé-

faillance.

J’en perdrai la valeur enfouie et le secret, mais ô toi, tu radieras,

mémoire solide, dur moment pétrifié, gardienne haute De ceci… Quoi donc était-ce… Déjà délité, décomposé, déjà bu,

cela fermente sourdement déjà dans mes limons inson-

dables.

 

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