Stèle
Éloge et Pouvoir de L’absence
Je ne prétends point être là, ni survenir à l’improviste, ni pa-
raître en habits et chair, ni gouverner par le poids visible de
ma personne,
Ni répondre aux censeurs, de ma voix ; aux rebelles, d’un œil
implacable ; aux ministres fautifs, d’un geste qui suspen-
drait les têtes à mes ongles.
Je règne par l’étonnant pouvoir de l’absence. Mes deux cent
soixante-dix palais tramés entre eux de galeries opaques
s’emplissent seulement de mes traces alternées. Et des musiques jouent en l’honneur de mon ombre ; des offi-
ciers saluent mon siège vide ; mes femmes apprécient
mieux l’honneur des nuits où je ne daigne pas. Égal aux Génies qu’on ne peut récuser puisqu’invisibles, – nulle
arme ni poison ne saura venir où m’atteindre.
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