Stèle

Victor Segalen · Chapitre 63 sur 67

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Stèle

Éloge et Pouvoir de L’absence

 

Je ne prétends point être là, ni survenir à l’improviste, ni pa-

raître en habits et chair, ni gouverner par le poids visible de

ma personne,

Ni répondre aux censeurs, de ma voix ; aux rebelles, d’un œil

implacable ; aux ministres fautifs, d’un geste qui suspen-

drait les têtes à mes ongles.

Je règne par l’étonnant pouvoir de l’absence. Mes deux cent

soixante-dix palais tramés entre eux de galeries opaques

s’emplissent seulement de mes traces alternées. Et des musiques jouent en l’honneur de mon ombre ; des offi-

ciers saluent mon siège vide ; mes femmes apprécient

mieux l’honneur des nuits où je ne daigne pas. Égal aux Génies qu’on ne peut récuser puisqu’invisibles, – nulle

arme ni poison ne saura venir où m’atteindre.

 

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