Stèle
Éloge à la Jeune Fille
Magistrats ! dévouez aux épouses vos arcs triomphaux. Enjam-
bez les routes avec la louange des veuves obstinées. Usez
du ciment, du faux marbre et de la boue séchée pour dres-
ser les mérites de ces dames respectables, – c’est votre em-
ploi.
Je garde le mien qui est d’offrir à une autre un léger tribut de
paroles, une arche de buée dans les yeux, un palais trouble
dansant au son du cœur de la mer.
*
Ceci est réservé à la seule Jeune Fille. À celle à qui tous les maris
du monde sont promis, – mais qui n’en tient pas encore. À celle dont les cheveux libres tombent en arrière, sans emplois,
sans fidélité, et les sourcils ont l’odeur de la mousse. À celle qui a des seins et qui n’allaite pas ; un cœur et n’aime
pas ; un ventre pour les fécondités, mais décemment de-
meure stérile.
À celle riche de tout ce qui viendra ; qui va tout choisir, tout re-
cevoir, tout enfanter peut-être.
À celle qui, prête à donner ses lèvres à la tasse des épousailles,
tremble un peu, ne sait que dire, consent à boire, – et n’a
pas encore bu.
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