Stèle

Victor Segalen · Chapitre 36 sur 67

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Stèle

Éloge à la Jeune Fille

 

Magistrats ! dévouez aux épouses vos arcs triomphaux. Enjam-

bez les routes avec la louange des veuves obstinées. Usez

du ciment, du faux marbre et de la boue séchée pour dres-

ser les mérites de ces dames respectables, – c’est votre em-

ploi.

Je garde le mien qui est d’offrir à une autre un léger tribut de

paroles, une arche de buée dans les yeux, un palais trouble

dansant au son du cœur de la mer.

*

Ceci est réservé à la seule Jeune Fille. À celle à qui tous les maris

du monde sont promis, – mais qui n’en tient pas encore. À celle dont les cheveux libres tombent en arrière, sans emplois,

sans fidélité, et les sourcils ont l’odeur de la mousse. À celle qui a des seins et qui n’allaite pas ; un cœur et n’aime

pas ; un ventre pour les fécondités, mais décemment de-

meure stérile.

À celle riche de tout ce qui viendra ; qui va tout choisir, tout re-

cevoir, tout enfanter peut-être.

À celle qui, prête à donner ses lèvres à la tasse des épousailles,

tremble un peu, ne sait que dire, consent à boire, – et n’a

pas encore bu.

 

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