The defenders (romance en français) - Madleen - Le bal des monstres (French Edition)
Chapitre 10
Je ne me suis pas rendormie. Par contre, j'ai pu cogiter, me faire du
mouron pour ma Mini chérie, repasser ma dispute avec Hau et penser à mon
rendez-vous avec Jenna Jenkins, alias la psy-aux-lunettes-cul-de-bouteille.
Et, justement, allongée sur son divan, je songe à fuir ses questions
intrusives par le biais du sommeil. Je prépare le terrain en ralentissant
progressivement le nombre de mes battements de paupières, qui se font plus
lents, plus prononcés, bâille de temps à autre et lui sers des réponses plus
proches du grognement que du langage articulé.
– Madleen, la dernière fois, votre ami a manqué de s'étrangler avec un
bretzel, mais a eu le réflexe de vous envoyer un SMS après dix minutes de
consultation. Celle d'avant, vous avez eu la nausée ; et la précédente encore,
vous avez oublié de nourrir votre chienne. Aujourd'hui, vous vous
assoupissez.
Un simple étalage de constatations, sans sarcasme, sans jugement,
prononcé en toute objectivité. Jenkins est un miroir à queue de cheval
rousse, veste bordeaux et talons aiguilles rouges, qui relate de simples faits.
C'est sûrement ce qui fait d'elle une bonne psy. Hypothèse certifiée par sa
carrière reluisante dans le milieu du médical. Mademoiselle ne suit pas
n'importe qui, puisque n'importe qui ne peut pas s'offrir ses services hors de
prix. Mais depuis que Hau m'a suppliée de la consulter, pour son
anniversaire, j'ai ravalé ma souffrance et me suis traînée toutes les semaines
au goulag.
« Oui. » « Non. » « Sans doute. » « Peut-être. » « Je ne suis pas folle »,
sont les seules réponses que je me suis efforcée de prononcer depuis près
d'un an de suivi. Hormis les excuses que j'élaborais en deux secondes top
chrono pour prendre la poudre d'escampette, rien de folichon à signaler.
Je ferme les yeux puis soupire, me sentant soudain à l'étroit dans ma
chemise en soie blanche et mon chino beige.
– J'ai en horreur ces séances, et vous le savez.
– Je n'affirme que ce que vous me dites, Madleen. Mais développons
cette piste-ci, pourquoi vous rebutent-elles tant ?
Je m'abandonne à l'observation du gratte-ciel, à travers l'immense baie
vitrée qui délimite une partie de la salle de consultation. Située au cœur de
Golden City, les géants de béton et de vitres nous surplombent où que nous
soyons.
– Votre but est de me faire comprendre que je suis folle, mais je sais ce
que je fais.
Elle soulève l'un des verres de ses lunettes à l'aide d'un index manucuré,
de façon à mieux caler la monture sur son nez.
– Mon but est de vous aider à trouver la clef de vos maux, absolument
pas de vous dénigrer. Je suis votre alliée. Vous, votre motivation et moi
formons une équipe. Travaillons ensemble, Madleen.
Je lorgne sa bouche écarlate, ses montures écarlates, sa cravate écarlate,
son vernis écarlate, son calepin écarlate, son stylo plume écarlate, son
bracelet de montre écarlate et ses boucles d'oreille écarlates, perdus dans un
décor de gris anthracite bien plus apte à la projection psychique du fait de
sa neutralité.
Elle pose la mine de son stylo sur une page noircie de notes.
– Qu'est-ce qui vous passe par la tête, en ce moment ?
– Une fois par semaine, j'aimerais être un taureau.
– Pourquoi ?
Malgré l'hostilité de mon aveu, aucune expression n'altère le masque de
neutralité bienveillante qu'elle revêt en permanence.
– Vous tentez de régler un problème qui me sert de moteur.
– De quel problème parlez-vous ?
– De mes conduites à risque.
– Et si nous approfondissions le sujet ?
– Avez-vous lu les actualités ? Bien sûr que vous avez vu, comme tout le
monde, ces gros titres en lettres capitales qui légendent une photo de moi en
train de prendre la pose. « Nouveau caprice de la diva » ; « Un cas
désespéré ? » ; « Madleen et le peigne bon marché »… Devant lequel des
trois exemplaires avez-vous secoué la tête de dépit ?
Elle repose le carnet sur ses genoux.
– J'en ai eu vent, en effet. Je ne suis cependant pas là pour vous juger,
Madleen, mon rôle est de vous aider à déceler la source de vos problèmes et
de vous accompagner tout au long de leur résolution. Il est généralement
plus simple de combattre l'ennemi lorsqu'on le connaît.
J'esquisse un sourire amer, piquée par son indiscutable
professionnalisme.
Si tout le monde enfilait la casquette de « cette fille a frôlé la mort, mais
je fais comme si je ne flippais pas à l'idée qu'elle entache ma réputation en
succombant à sa prochaine connerie », un peu comme Jenkins, j'aurais au
moins l'impression d'être normale et ne subirais plus les remarques
désobligeantes de mon entourage.
Je vivrais ma vie avec plus de facilité.
Mais si l'on s’intéressait tout simplement à ma vision des choses ? Si l'on
modifiait le zoom des jumelles que représente la norme, pour les adapter à
ma vue ? Et si, enfin, les gens percevaient le monde à ma façon ? Peut-être
arrêterait-on de vouloir à tout prix me coller un Post-it jaune fluo sur le
front, dont l'intitulé : « folle à lier, qu'on la gave de médocs ! » me suit où
que j'aille.
Aucun être humain ne se donne la peine d’essayer de me comprendre.
Hau se braque, Wilfried m'ignore, Lily respecte ma vision des choses sans
pour autant y adhérer. Je suis seule.
– Belles paroles de psy. Et qu'en pense la femme ?
Surprise, Jenkins écarquille les yeux. Je me lève, récupère mon sac à
main, pose ses gracieux honoraires sur le bureau et déguerpis avant de
chercher à comprendre la réponse qui retentit dans mon dos.
Trop tard. Tout a été suggéré.
En prenant le bus, un châle autour du visage et une large paire de lunettes
de soleil sur le nez, j'assiste à la dégradation progressive de l'architecture.
Quand, à la capitale, chaque élément est mitraillé de flashs admiratifs, et
qu'en s'éloignant, les bâtiments perdent en hauteur, en jeunesse, en
modernisme et que les trottoirs gagnent en fossés, je me dis que la scission
des classes sociales est on ne peut plus nette. Bientôt, c'est à se demander
où est la chaussée et où sont les espaces piétonniers. Et même : où sont les
agents d'entretien ? Pourquoi les sacs poubelles s'entassent-ils par ici, alors
qu'aucune feuille morte n'a le loisir d'enlaidir le goudron du centre-ville ?
Je descends avant d'arpenter les abords des bidonvilles. Espaces les plus
peuplés de l’État, ils sont pourtant majoritairement constitués de ruines, de
déchets et d’insalubrité chronique. Des zones défavorisées.
Le territoire est bâti en étoile. Au centre de celle-ci, Golden City, trois
millions d’habitants, seconde mégalopole mondiale, capitale de l’État
d'Illoa. Au cœur de Golden City, le quartier des affaires, composé de gratte-ciels vertigineux, d'artères à rallonge, de boutiques de luxe, de
trottoirs XXL et de panneaux publicitaires. Autour de la capitale s'étendent
les beaux quartiers. S'ensuivent les petites villes, dans lesquelles se masse la
classe modeste. Enfin, viennent les kilomètres de bidonvilles, qui se
terminent à la frontière de New York au Nord, et de la Pennsylvanie au Sud.
Le terme « bidonville » est sans doute un peu fort. Seulement, lorsque je
vois l’état des immeubles, la moisissure s'épanouir dans les crevasses et
l’encombrement des trottoirs, c'est le premier mot qui me vient à l'esprit.
Les habitants y sont cloîtrés comme du bétail lors des périodes propices à
l'afflux touristique. Les politiciens, ces messieurs-dames bien lotis, mettent
tout en œuvre pour contrer la retransmission d'un tel étalage de pauvreté sur
la toile et s’évertuent à diffuser des publicités idylliques à travers le monde.
Ils font en sorte que les guides touristiques occultent tout ce qui n’est pas
Golden City. De ce fait, peu de gens ont véritablement conscience du niveau
de vie moyen des habitants de l'État. L'El Dorado, soi-disant. Les gros
bonnets savent néanmoins ce qu'ils font, puisqu'ils n'ont jamais – au grand
jamais – ne serait-ce qu'envisagé de chasser les miséreux. Car c'est grâce à
leur participation active que la fourmilière fonctionne si bien. Payée pour
une bouchée de pain, la main-d'œuvre bon marché a une valeur inestimable.
Le bas de la pyramide est enchaîné au cercle vicieux de notre société dès
la naissance. Dans l'Illoa, pour accéder au système scolaire, il faut de
l'argent. Mais si pas d'argent, pas de diplômes. Et si pas de diplômes, pas de
travail. Et si pas de travail, pas d'argent, donc aucune possibilité de
s'installer ailleurs. Conséquence ? Il ne reste plus qu'à se faire exploiter en
usines… Et vivre dans des bidonvilles, à l'instar de pépites d'or encroûtées
dans la crasse des mines.
Ces gens n’ont jamais vu la couleur des lingots que l'on se fait sur leurs
dos.
Il faut bien nourrir les reines mères. Ces pachas dont l'effort quotidien
réside dans la comptabilisation de leurs billets. Par conséquent, nombre
d'entreprises étrangères se délocalisent parmi nous, là où des milliers
d'honnêtes travailleurs ne gagnent pas de quoi se payer un logement décent.
En d'autres termes, Golden City est le paradis du riche. Et seulement du
riche. Pas d'impôts, quartiers sublimes, banques au service des revenus
mirobolants, main-d'œuvre donnée, autorités en poche et cirage de pompes
par nos lois en prime. Pourquoi s'installer ailleurs, lorsque les rectangles
verts pleuvent à verse ?
Si, comme moi, les plus aisés reversaient un petit pourcentage de leurs
ressources à l'association Solidarité Citoyenne, ce spectacle n'aurait plus
lieu d'être. Mais je ne me fais plus d'illusions. Dans l'esprit de ces gens-là,
se séparer d'un dollar équivaut à se sectionner un bras… et la Rolex qui va
avec.
Perchée sur mes talons aiguilles, alors que mes pieds mitraillent le
trottoir qui longe la route de mon domicile, j'aperçois la carrosserie prune
de ma Mini. Sorcellerie ou coup de pouce divin ? Qu'importe la façon dont
elle m'est revenue, l'essentiel étant que je n'ai pas eu à me bouger les fesses
pour la récupérer.
Je secoue un poing victorieux, ravie, puis ouvre le coffre pour en sortir
mes emplettes.
Mon téléphone personnel vibre dans mon sac. À l'aide d'une agilité qui
rend honneur à mes innombrables heures de shopping, je glisse la demi-
tonne de sacs sur un bras, ferme le coffre avec le coude, claque la portière à
coup de hanche, et me sers de ma main déjà encombrée par les clefs de la
maison pour identifier mon correspondant, tout en remontant l'allée au pas
de course.
Consciente de m'aventurer sur un terrain miné, je prends garde à ménager
ma main gauche blessée.
Hauata.
– Allô ?
– Ouais, Mady ? Quand est-ce que tu rentres ?
– J'estime le délai entre dix et vingt secondes, si je ne me tords pas la
cheville entre-temps, pourquoi ?
Le rideau du salon se range d'un côté et dévoile son visage perplexe.
– T'as décidé de transformer la villa en penderie ?
Armée de dix sacs, de clefs et d'un téléphone, je presse ce dernier entre
ma joue et mon épaule pour lui faire un doigt d'honneur.
– C'est pour Émile. Et t'as encore le droit de m'aider, pour info.
Caramel aboie de satisfaction. J'ai à peine le temps d’apercevoir le
molosse surexcité enfoncer son museau entre mes côtes. Langue dehors,
elle se met à sautiller sur ses pattes arrière, m’obligeant à lutter pour garder
l'équilibre. Derrière la fenêtre, ses aboiements tonitruants font sursauter
Hauata. Le sourire moqueur que je lui adresse le pousse à quitter son refuge
de béton, la tête haute. Sur ses gardes, il entreprend de me rejoindre sans
quitter Memel des yeux.
– Je ne t'en veux pas, tu sais, avoué-je lorsqu'il se baisse pour me
débarrasser – non sans avoir observé ma main.
– Je sais, Mady, soupire-t-il. C'est moi qui te brusque, et c'est aussi moi
qui m'en veux. Comme toujours.
Mon cœur s'atrophie. Il me tourne le dos pour prendre la direction du hall
d'entrée.
– T'es vraiment pas simple à vivre, ton mec devra se dégoter des
neurones en titane s'il espère en conserver deux ou trois…
– Mais de quoi tu te plains ? Je ne fais jamais la gueule !
– C'est vrai ça, pourquoi ? Faut que je fasse quoi de plus, à part laisser
mes caleçons traîner dans le salon, vider ton frigo pour mieux le bourrer de
sodas hypercaloriques et faire coller/serrer avec le canap' tous les soirs ?
Je hausse les épaules au moment de franchir le seuil.
– Je dois vraiment beaucoup t'aimer.
Sans crier gare, il abandonne les sacs pour me serrer dans ses bras. Une
boule se loge dans le fond de ma gorge et choisit de s'y nicher tout au long
de l'étreinte.
– Je ne veux pas te perdre Mady, tu comprends ? chuchote-t-il dans mes
cheveux.
Je hoche la tête, les bras rangés le long du corps.
– Ouais.
– OK.
Avec un sourire taquin, Hau se retourne pour ramasser les sacs.
– Et ce rendez-vous avec la Taupe ?
S'il savait qu'il était le gugusse qui a prétendument frôlé la mort à cause
d'un bretzel trop coriace, et qui m'a permis d'écourter une séance de plus de
200 balles, il aurait probablement dû se faire pardonner une nouvelle fois.
– Barbant, comme d'hab'.
Hauata gravit trois marches, l'air pensif, puis s'arrête sur le premier palier.
– « Barbant » signifie beaucoup. C'est pas simple de déballer ses
problèmes à une inconnue, mais au moins, ce que tu ressens prouve que ces
rendez-vous sont utiles, pas vrai ?
Ses yeux pétillants d'espoir m'empêchent de le décevoir. Je feins de
chercher quelque chose sur le meuble le plus proche afin d'éviter son
regard.
– Tu as sans doute raison.
– Tu vois Mady, il faut juste laisser le temps au temps, réplique-t-il avec
une joie perceptible dans la voix, avant de disparaître à l’étage.
Les mains accrochées aux bords du meuble, je culpabilise de le tromper.
Caramel a beau poser sa grosse tête contre ma cuisse, soucieuse, rien ne
sera en mesure de remédier au mal-être qui me ronge. Hauata a débarqué à
Golden City il y a deux ans de cela, une chemise à fleurs sur le dos, une
valise orange en main, avec tout juste assez d'argent pour s'acheter une
baguette de pain. Nos routes se sont croisées. C’est le cas de le dire, nous
nous sommes rencontrés en pleine rue. Je venais de me faire percuter par
une voiture. Le souvenir du tonneau spectaculaire qu’avait fait ma Mini
hante encore mon esprit. Ce jour-là, il n'avait pas seulement rencontré ma
personnalité hors-norme et mon amour malsain pour le risque, il avait aussi
fait connaissance avec la Mort qui me talonne à longueur de temps.
Sauf qu'il n'a jamais réalisé à quel point nous étions proches, elle et moi.
Au moment où Hau accourait pour m'extirper du véhicule accidenté, il
n'imaginait pas non plus la préméditation de l'accident. Le front ouvert, à
moitié dans les vapes, je l'entendais murmurer des mots rassurants,
enjolivés par son accent exotique. Lorsque j'ai enfin pu ouvrir les yeux, un
visage pétri par l'inquiétude et la terreur d'un homme bercé d'illusions a
soupiré de soulagement.
Comme beaucoup d'autres, il s'était laissé enchanter par l'image idyllique
que renvoyait notre capitale. Travail à volonté, beau cadre, avantages
sympas… Ses immenses cernes, ses cheveux sales, sans parler de l'état de
ses vêtements bon marché démontraient qu'il avait passé quelques nuits
dehors. Il s'était rendu compte que oui, en effet, Golden City proposait du
travail, mais n'avait jamais précisé le montant de la rémunération. Alors il a
préféré poursuivre ses recherches, retardant toujours plus son entrée dans
les bidonvilles, quitte à faire du trottoir son matelas.
Les garde-maisons étaient déjà à la mode, à l'époque, et j’envisageais
depuis un moment d'en engager un. Je n'ai pas hésité plus d'une demi-
seconde à lui proposer le poste, le toit et le salaire gracieux qui allaient
avec, pendant qu'il me serrait la main dans l'ambulance. Hauata n'avait plus
qu'à suivre une formation financée par mes soins. À présent, il envoie une
bonne partie de ses revenus à sa famille noyée sous les dettes d'un père
addict aux jeux d'argent. Un homme à ce jour décédé.
C'était la première fois que je croisais un cœur si grand. Toujours prêt à
se sacrifier pour les autres, alors qu'il devait à tout prix se dégoter un peu de nourriture pour calmer les grondements de son estomac. Il a estimé que lui
était en bonne santé, moi pas, et qu'il devait par conséquent faire le
nécessaire pour me venir en aide.
Encore aujourd'hui, il offre quelques pièces aux mendiants, aide des
petits vieux à traverser la rue et aiguillonne les touristes perdus. Du moins,
à condition qu’il cède à mon harcèlement à base de : « Prends tes congés,
bordel ! »
Il n'avait pas d'amis ici, je n'avais pas d'amis tout court, nous en sommes
très vite devenus.
Les riches embauchent en moyenne trois garde-maisons expérimentés
pour surveiller leur logement. Un pour les jours de semaine, un autre pour
les nuits comprises du lundi au vendredi et un troisième pour les week-ends.
Hauata loge chez moi. De ce fait, il refuse catégoriquement qu'une autre
personne le relève, et ce, même s'il vient de se payer une journée de 8 à
23 heures sans interruption. « Autant ne pas avoir à remettre ta confiance en
un type qui ne considérera pas ton bien-être comme une priorité, Mady » a-
t-il décrété. J'ai lutté, il a lutté, et j'ai dû conclure un arrangement : le week-
end, le système de sécurité de la villa assure seul ma sécurité et je lui
impose des jours de congés. Une chambre d'hôtel lui est constamment
réservée, de sorte qu'il puisse tisser une vie sociale en dehors du travail. Et
même s'il m'engueule chaque fois que son salaire comporte deux ou trois
milliers supplémentaires, rien ne m'empêche de faire la sourde oreille et
d'accentuer le montant du chèque. C'est soit ça, soit j'embauche trois types.
L'affaire a été conclue.
Mais j'ai vu clair, dans son jeu. Je sais qu'il se démène bec et ongles pour
me garder à l'œil.
Parce qu'il a peur.
– Par-là Memel, hélé-je la chienne, qui me suit illico presto dans la
cuisine.
La queue battant la milliseconde, elle glapit en apercevant le sachet de
croquettes prévu pour son estomac d'ogre. Élevé au-dessus de ma tête, je
m'en sers comme d'une carotte pour la guider à sa niche, où je vide la
nourriture dans son écuelle.
– Tu vas manger ici, évitons de provoquer davantage le cœur de ce
pauvre Hau. Allez, bon ap’ !
L'animal ne me prête plus aucune attention.
– Saleté d'opportuniste, marmonné-je.
– Au fait, Mady, quand est-ce que tu comptes contacter l'agence de
garde-maisons ? m'apostrophe Hauata depuis le seuil. On est un peu le 13,
là !
Nous sommes le 13, oui.
J-2.
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