Traité de civisme (nouvelle édition)
Réflexions et Aphorismes
Réflexions et Aphorismes1
SOCIÉTÉ
L’homme peut tout ce qu’il veut, en gros.
On a les besoins que l’on peut.
La douleur mentale (morale) n’existe pas
chez l’homme ou l’animal seul. C’est un
cadeau de la société.
Il n’y a pas « la population du globe ». Il y a
2 milliards 500 897 603 individus… et au fond, on
peut s’en occuper individuellement. Ce n’est pas un
très grand nombre.
L’histoire n’existe pas et par conséquent peut
être modifiée à volonté. Inutile de l’appuyer sur des
arguments quand on peut vous opposer les autres –
car tout ceci est écrit ou peut l’être. L’histoire n’est
qu’un choix fait entre les événements historiques,
par un historien. C’est dire qu’il y en a tant !…
L’histoire réelle, c’est l’ensemble des actes de
l’ensemble de la population de la terre depuis que
l’on peut parler de population de la terre…
On peut parler de réaction des foules – voir mon théorème général sur les systèmes
à un certain degré de complication : dans tout système d’une instabilité
comparable à celle de l’homme et dont la stabilité (la régulation) à un instant est
conditionnée par des tropismes ou réflexes se manifeste un ensemble de
phénomènes analogues à la vie caractérisée notamment par l’existence d’une
pensée ou d’un instinct tel qu’il s’efforce de prolonger cette instabilité et qui se
modifie corrélativement aux modifications du milieu nutritif environnant. (Tout
système de ce genre tend à devenir autotrophe et autoreproducteur).
L’acte d’urgence est l’unification du monde, subordonnée à
l’existence d’un langage international – mais ceux là même qui
disposent d’une tribune qui leur permet de s’exprimer gagnent
leur vie avec leur langue et ne sauraient par conséquent qu’être
hostiles à cette unification – les joujoux comme le breton, le
basque, et l’hébreu sont des joujoux dangereux lorsqu’ils 2
aboutissent aux mouvements autonomistes. En ce sens l’acte
d’urgence de l’Unesco est l’obligation de reléguer au rang de
seconde langue toute langue nationale au profit d’une unique ;
peu importe ce qu’elle sera ; l’anglais paraît commode à
condition d’en réformer certains caractères orthographiques –
tout homme digne de ce nom doit être prêt à abandonner sa
langue propre pour la langue choisie, en dernier ressort par un
organisme compétent ( ?) ou même quelconque.
Attention aux mots (toi aussi). Allez aux choses derrière
– aux 2 500 000 000 d’individus c’est quand même un
nombre fini.
Il ressort bien que aucun ne se met à
l’échelle de la terre.
En fait il ne faut pas constater la société – il faut la
prévoir. Du planisme, oui mais du planisme en progression
géométrique puisqu’il semble prouvé que le machinisme et
la production peuvent s’accroître beaucoup plus vite que la
population.
Solution : une individualisation (cf. counsellors, tentative embryonnaire). But
supérieur : La connaissance de l’univers (cf. Einstein).
Il va de soi que les seules études que l’on devrait aborder sont
celles de biologie végétale.
Admettre principe de l’intérêt de la
curiosité, base de l’évolution.
La mesure du degré de sensibilité à l’agression répétée peut
donner une mesure absolue de l’« épaisseur du cuir mental » de
l’homme c’est-à-dire au fond de son intercorrélation nerveuse.
but = utilisation au maximum des éléments organiques de
l’homme – développement total – la vie = activité des divers
éléments de l’homme (sens, muscles, etc.) se suffit alors à elle-
même.
Le 3 but c’est la phase homo sapientior , superior .
On est toujours beau pour quelqu’un et
on a d’autant plus de chance de le
rencontrer que ce quelqu’un est plus
nombreux.
Il n’importe pas de faire une sociologie de reflet
historique – mais une sociologie de proposition – anticipée
ou individuelle ainsi le christianisme a réussi malgré qu’il
ne reflétât point une époque.
On ne fait progresser une science
que par une hypothèse, est-ce une
intuition ?
non c’est une expérience
personnelle parce que tout est dans
l’air et d’une certaine façon on peut
reconstituer un diplodocus avec un
fémur – et on peut reconstituer la
sociologie actuelle avec un article des
Temps Modernes et un numéro du
Chasseur français4.
Et pourquoi ?
On aboutit à ce résultat en apparence paradoxal : dans une société
individualiste à partir du moment où les besoins de chaque individu
sont satisfaits, il règne une totale communauté de pensée
et d’intérêts.
Quant à moi je ne pourrai pas respirer ni
dormir tranquille tant que je saurai qu’il y a
aux papeteries de la Seine des décrasseurs de
chaudières, arabes, dont la vie ne vaut pas
celle d’un bœuf.
Je veux faire une nouvelle doctrine – qu’est-ce qu’il y a dans une
doctrine ? Les valeurs de base ? voir ça.
Je ne puis tolérer que souffre mon voisin – qui le meurtrit me
blesse tout de même.
Dieu c’est moi. (démonstration)
Il ne peut prouver le contraire – Le
prouvera-t-il par ma mort ? Non
puisqu’elle prouvera au contraire qu’il
est mortel, argument de plus pour que
ce soit vrai.
Un cadavre, c’est la chose la plus
sale,
Refuser le droit à la saleté.
Une chose vivante est extrêmement
jolie (il est anormal de punir la faute
d’un homme en le supprimant, alors
qu’il représente un potentiel, donc une
récupérabilité) et certes si j’éprouve un
sentiment de satisfaction à me répéter
que ma pensée vaut bien celle des
autres, cette réflexion même ne laisse
pas de la remettre à sa place, celle de
tout écrit, dérisoire.
Ce n’est pas la souffrance de l’enfant qui… 5
Si ! espèce de brute ! rien ne la justifierait.
Une machine ne peut pas être méchante ?
Toute conscience veut la mort de
l’autre ? Il n’y a tout de même pas
que les relations avec les hommes,
les consciences. Il y a aussi les
relations avec les objets. Le fait
même d’écrire une pensée abstraite
de cet ordre se traduit en fin de
compte par un acte concret,
l’écriture.
Chercher la raison de ce qui est peut présenter un intérêt
pour le chercheur lui-même mais le mathématicien
s’inquiète peu de l’origine du problème : il lui importe
surtout de le résoudre.
Ce qui nous importe n’est pas
l’histoire mais l’état actuel – ou ce que
nous en savons.
Avez-vous remarqué qu’on dit rendre la
justice ? Ils l’ont donc prise ?
Alors on nous fait juger par des voleurs ?
certains essaient d’écrire ce qui diffère le
plus de ce qu’ils connaissent.
Ce qui rend l’homme heureux ou malheureux,
c’est selon que l’éducation, les circonstances et
l’entourage favorisent l’équilibre ou le déséquilibre
de ses désirs.
Identité intérieure des éléments d’habitation (non formelle, mais
de confort et d’agrément) permet que reste → jardin mondial.
La révolution se fait par en bas mais elle vient d’en haut.
La société étant infiniment plus exploitable que
l’individu, en fin de compte (exemple des abeilles/parallèle
abeilles solitaires à qui on fout la paix et abeilles ruches à
qui on fauche le miel) et ceci parce que la société,
rassemblement d’individus, dispose de plus de moyens de
production (et l’on n’exploite qu’en prélevant des produits,
ou en distrayant du travail de son auteur) le seul moyen de
n’être pas du tout exploité (ce qui est évidemment un idéal
rarement accessible) est de tenter de conserver le statut
d’individu (non A). Un groupe d’individus et une société
sont deux choses très différentes. Il doit y avoir une société
type (correspondant au climat, à l’environnement, etc.),
pour chaque lieu, qui comportera un nombre d’individus
juste nécessaire et suffisant étant donné un certain idéal
matériel de référence. Son équilibre apparaît évidemment
impossible. D’où l’idéal final de référence : individus isolés
munis chacun de tout ce que nécessitent ses besoins. Il va de
soi que « besoin » doit subir une censure morale.
Nécessité de s’exprimer avec des mots
vagues. Il vaut mieux plusieurs mots dits
vagues qu’un mot précis et non compris ; car
il s’agit d’activer un réseau et non une cellule
de compréhension isolée. Et peu importe que
le feu prenne à un nœud ou un autre du réseau
s’il est mis en branle, car ça se propage à tout
le réseau.
Mais le bien-être et le bonheur 6 des autres ?
Question essentielle que se posent les jeunes et
d’autres : celle de l’attitude qu’il faut avoir « dans
la vie » (alors qu’on n’est pas dedans) ; la vraie
question c’est « quelle vie faut-il se faire ».
Il paraît que la France comporte un grand nombre de commerçants. Au risque de
me faire mal voir, je me permet aujourd’hui de déclarer à ces commerçants que je
les trouve d’une idiotie sans bornes. Quel est leur but ? Vendre des choses aux
gens. Et ces choses, où veulent-ils que les gens les mettent ? Du marchand
d’automobiles au marchand de frigidaire, la politique active de tout marchand
devrait être de favoriser l’expansion de l’espace vital de tout individu. Mais ne
nous égarons pas déjà.
Plus d’inégalité de jours en jours.
Car moins entre Louis 14 ou Galilée
et le paysan 1600 qu’entre Einstein
et le paysan 1950 qui vit encore
comme en 1600.
Une vie d’aventure et d’honneur, consiste
généralement en une suite d’exploits
accomplis chez les autres et qui vous
eussent immanquablement mené en prison
s’ils avaient été accomplis chez soi.
L’éducation c’est le développement des besoins et des
moyens de les satisfaire (musique).
Urgent : créer une société à responsabilité limitée dont le but sera de rendre la
justice.
Il n’existe pas en France de
monnaie divisionnaire assez basse
pour que l’on puisse acheter un juge
ou un gendarme sans y perdre.
Prévision de l’avenir : on établit
une organisation de Paris comme le
PMU.
TRAVAIL
En supprimant l’ouvrier, vous
supprimerez le travail, n’est pas une
boutade. Il s’agit de l’ouvrier non-
volontaire bien entendu.
Travail a en fait, on devrait s’en apercevoir, un
sens, les ¾ du temps, tout subjectif d’obligation
personnelle.
prof. sale – créer machine
2 cas {
bonne – bien.
L’entretien d’un caractère « sacré » du
travail est le plus sûr atout de la religion
dans sa lutte permanente contre la liberté –
et surtout la variété – de l’Esprit.
L’idée qu’on lui donne de son travail,
c’est l’opium du peuple.
Le fléau de l’homme, le travail
Et pourtant l’Église à ses débuts le
condamne : tu gagneras ton pain à
la sueur de ton front ; si je ne
m’abuse, c’est une malédiction – et
pas une promesse de rigolade.
Libération = suppression du
travail.
On est d’accord pour l’alléger mais
on veut lui consacrer son caractère
sacré.
On n’accepte pas les hommes dans les
pays pour qu’ils ne prennent pas le travail
des autres…
D’ailleurs on ne travaille que pour
le supprimer. En fin de compte
n’est-ce pas absurde que de le
louer ?
En outre, travailler ne donne pas bonne
conscience. La preuve : on a une bonne
conscience uniquement lorsque le travail est
terminé – c’est-à-dire achevé – mort.
Un titre : pourquoi
travaillez-vous ?
Préciser que l’irrégularité favorable est une irrégularité continue, une variation de
nature et non pas d’intensité – qualitative et non pas quantitative.
Rapprocher peut-être cette étude de la Société des Ingénieurs civils.
contraintes et taux de sécurité fixés d’après les valeurs extrêmes et non d’après les
moyennes.
5 activités :
1. production de production
2. production > consommation
3. production = consommation
4. production < consommation
5. destruction de production
Ce qui renseigne sur l’état de civilisation
ou de bien être d’un pays, ce n’est d’ailleurs
pas la condition de ses travailleurs mais
celle de ses mendiants, ceux qui ont encore
moins – et de ses magnats.
Dans tout domaine industriel où il existe une possibilité de
solution théorique optimum, un réglage à la fabrication est un
crime contre l’utilisation rationnelle du travail de la machine.
Travail = insécurité
En l’absence de pause, des ouvrières jusqu’à tomber
dans une dépression nerveuse caractérisée ! (je
souligne !)
Distinguer le travail selon ses résultats (il est finaliste – produire)
et selon ses effets sur le mental (s’il est un moyen de vivre).
Distinguer le travail acte du travail et fait social.
Dans chaque profession le nombre des jobs est
limité.
Le seul problème général, est
celui des sous-privilégiés –
(mais à la fois
économiquement,
physiquement, moralement,
etc.)
Si du jour au lendemain, tout devenait
gratuit, est-ce que vous continueriez votre
travail ?
Introduction du « coefficient de sécurité »
pour tenir compte de l’activité (il y a aussi
le désintéressement).
insatisfaction de leur travail
dépersonnalisé ?
non, insatisfaction de leur travail
tout court.
travail : Seuls peuvent sourire durant leur travail ceux
qui authentiquement (physiquement et moralement)
éprouvent de la satisfaction à l’accomplir.
Friedmann pose la question : Le
travail se justifie en soi lorsque le
travailleur voit les services qu’il rend ?
Je réponds : Non – rien ne justifie
qu’il soit fait par un homme.
taille optimum des entreprises – étude transitoire.
Slogan : personne à l’usine !
Le droit au travail ? vous l’avez si
seulement ce n’était pas un devoir.
Et c’est parce qu’ils y sont forcés qu’ils n’aiment pas l’usine.
Tout travail est une ordure dans la
mesure où il est régulier, sans facteur de
perfectionnement (comme dans l’art) –
(irrégularité facteur essentiel du progrès –
cf.
Introduire la destruction du travail
par la notion de travail inutile – si un
individu suffit à surveiller une
machine faisant 200 000 assiettes
par jour, faut-il qu’il passe dix
minutes à laver dix assiettes ?
prix de revient des assiettes, part
de l’ouvrier, etc.
Rendre le travail
intéressant ? C’est le rendre
varié donc le rendre libre donc
le supprimer.
C’est au moment où ça cesse
d’être intéressant que ça
devient un travail.
Il faut oser le dire, le travail est une
ordure puis définir le travail – eh bien oui
c’est le travail au sens le plus général = tout
ce que l’on vous oblige à faire.
Le travail de l’ouvrier n’est pas en réalité créateur il est un acte transitoire.
Joie du travail créateur à produire un objet de joie mais
pas un canon.
Je n’aime pas qu’il y ait des hommes qui
fassent des travaux inutiles. J’aimerais
mieux qu’ils se reposent.
Influence pourrissante du travail (gâche
ce qui, gratuit, ferait plaisir).
Le travail c’est ce qu’on ne peut pas s’arrêter de faire quand on a envie de s’arrêter
de le faire. Sur le plan physique ça donne une définition pas mal de la douleur.
Le travail est probablement ce qu’il y a sur terre
de plus bas et de plus ignoble. Il n’est pas possible
de regarder un travailleur sans maudire ce qui a
fait que cet homme travaille, alors qu’il pourrait
nager, dormir dans l’herbe ou simplement lire ou
faire l’amour avec sa femme. Le travail peut
prendre des tas de formes ; c’est surtout ce qu’on
est forcé de faire régulièrement sans en avoir envie,
et ce n’est pas encore ça, mais on le définit bien par
des exemples : ce sont les huit heures par jour que
le comptable passe à son bureau, les dix heures par
jour que le figurant gesticule au studio, les
ruisseaux de sueur que le terrassier sécrète sous les
poils de son torse brillant.
La science et la technique progressent en symbiose.
GUERRE
Au service militaire s’opposerait
avantageusement le service « national »
économique – permutation des
fonctionnaires car si nul Français n’est
censé ignorer la loi, pourquoi chaque
Français n’a-t-il pas le pouvoir de la faire
appliquer ?
La guerre est la forme la plus raffinée et la plus dégradante du
travail puisque l’on y travaille à rendre nécessaire de nouveaux
travaux.
Je hais la guerre parce qu’elle est le
contraire de la vérité – ou qu’elle naît du
mensonge.
La guerre devrait être
particulièrement odieuse au
capitaliste puisqu’elle détruit le
client.
L’amélioration de la productivité d’une usine de guerre, est à
l’échelle humaine, une diminution + de potentiel.
APHORISMES
Je ne prendrai la peine de
discuter ni de réfuter les théories
des autres parce que cela serait
montrer que je n’ai pas confiance en
la mienne.
Que chacun écrive ce qu’il désire – écrive ou dise.
La foi soulève des montagnes et les
laisse retomber avec joie sur la tête
de ceux qui ne l’ont pas. À quoi bon
soulever des montagnes quand il est
si simple de passer par-dessus ?
Cessez de lutter pour une idéologie : vous
serez trahis. Luttez pour ci, ça, ça, mais
directement et sans intermédiaire.
Pour une économie terrestre (à la fois une échelle
et minimum – et maximum : un rappel à l’homme).
Dédié à Truman
Staline
et Dupont
Le désir de la connaissance est le seul auquel s’offre une matière,
pratiquement inépuisable. Et il est développable.
La notion de classe est un fait – mais
avant Einstein la lumière se propageait
aussi en ligne droite, l’espace-temps étaient
distincts.
— Je ne veux pas gagner ma
vie – je l’ai
Le monde peut flâner
Ne rien faire pour devenir un surhomme
Pourquoi avez-vous peur, abrutis on peut
encore faire pousser du blé sur Vénus.
Tous beaux ne veut pas forcément dire
tous identiques.
Rien ne peut empêcher l’usure – mais rien non plus ne peut nous
empêcher de prévoir l’usure.
La surface d’un corps quelconque est une surface d’équilibre –
tout corps se dissout cependant peu à peu dans son voisin avec
lequel il échange des corpuscules.
Ce qui prouve la viabilité d’une politique de
l’abondance c’est l’exemple de l’air que l’on
respire : il y en a trop pour que l’on ait jamais
songé à le rationner.
Une sortie, c’est une entrée
que l’on prend dans l’autre
sens.
Il est ridicule de souffrir. Or, le ridicule tue.
Donc, il est criminel de faire souffrir.
Il y a une chose à coup sûr qui est bonne pour tous, c’est le goût
permanent de connaissance.
La douleur est une chose que l’on n’a le droit d’infliger qu’à soi-
même.
La révolte c’est l’identification à ceux que l’on admire, aux
savants qui sont les vrais hommes découvreurs des Si qui sont les
vrais dieux.
C’est le cri contre le manque d’imagination.
Supprimez le conditionnel et vous
aurez détruit Dieu.
Il serait facile de faire l’inventaire de ce qui est bon et de ce qui ne l’est pas, de ce
qui est du côté du néant (les compteurs à eau).
Il est peut-être fort difficile de savoir ce qui est mauvais
pour le moral mais il est beaucoup plus facile de
déterminer avec un fort degré de certitude ce qui est
mauvais pour le physique – c’est déjà un commencement.
Tout s’use – l’ennemi – c’est la lésion.
Qu’est-ce que je veux faire ?
Une espèce d’éthique
agissante, une po-éthique . 7
Laisser la littérature aux mains des
imbéciles c’est laisser la science aux
mains des militaires.
Toute visée politique est déshonorante en
ceci qu’elle témoigne de l’outrecuidance et
de la grossièreté de son propriétaire,
essentiellement persuadé qu’il est capable
d’assurer la bonne marche des affaires de
son voisin mieux que ce voisin lui-même.
Mon procès : la main de la justice 8
dans la culotte du lampiste.
Le bonheur est la satisfaction normale de désirs équilibrés.
Noter que les désirs vont toujours par paire – ou qu’a priori
l’homme serait neutre.
L’homme est le seul animal qui accepte de
mourir pourvu qu’il en tire un plaisir (stupéfiants,
etc., alcool).
Chaque homme a droit à sa
part de terre. Bien plus simple :
tout à tous.
La musique : un disque dont on se souvient active visiblement une
structure et non un noyau.
Vieillir, c’est substituer l’anecdote
au principe.
La maladie, c’est ridicule, c’est pas
triste ; et c’est pour ça qu’il faut en
guérir : parce que le ridicule tue.
Elle restait plantée là, muette
comme une porcelaine de saxe
aphone.
C’est un fait malheureux mais inéluctable que pour
protester contre un livre, la meilleure arme reste un autre
livre.
Il n’est rien de plus agréable que de dire
qu’on ne les aime pas aux gens que l’on
n’aime pas.
penser des choses idiotes pour bien
prouver que l’on a une pensée libre
et indépendante.
Certes un juge peut être dangereux de
même que l’ordure sur laquelle on glisse
peut vous faire briser le crâne.
N’y a-t-il pas de conscience active si on ne poursuit pas la mort de
l’autre ?
Ainsi seul le suicide est la solution de celui qui ne connaît pas la
haine.
Celui dont la conscience ne poursuit pas la mort de l’autre n’a pas
de conscience.
Ce qui est intéressant dans
une chute d’eau, c’est la chute.
Ce n’est pas l’eau.
Le génie est vraiment la chose du
monde la mieux partagée puisque
personne n’en a beaucoup. Si
partagée. Si diluée. Si répartie. Que
nul n’en possède plus assez pour que
cela se remarque.
Il y a les génies doués et les génies pas doués. « Le
génie est une longue patience », c’est une réflexion
de génie pas doué.
pensée du Père Vian
D’ailleurs c’est souvent une longue patience de la
part des autres (génies méconnus).
« Ça n’apprend pas grand-chose mais ça ne
retire rien non plus ».
autre du même
Retourner l’opéra-comique pour
qu’il ait sa façade sur le boulevard.
Seuls les fonctionnaires devraient payer des impôts puisqu’ils sont les seuls à qui
l’État rende des services.
La femme est ce que l’on a trouvé de mieux pour
remplacer l’homme quand on a la déveine de ne pas
être pédéraste.
Avec des si, on scierait.
Je déteste par dessus tout les femmes qui
se permettent d’être laides parce qu’elles se
croient intelligentes.
Chez une femme, la beauté est signe de modestie.
On appelle « mufles » ceux qui ne
le sont pas avec tout le monde.
La reconnaissance envers les parents est une forme du
contentement de soi.
Étudier l’espace entre les noyaux et les électrons.
1. À partir des notes classées, déclassées, retrouvées, compilées, on trouvera ci-après, par
thèmes, l’ébauche de la suite du Traité de civisme.
2. Or, apparemment, ils sont maniés comme une arme d’unification mais une unification de
détail ne saurait, sans faire rire, être considérée autrement que comme le renforcement d’une division. [Note de B. V.]
3. Comme l’a justement noté Guy Laforêt : « Cet “homo sapientior” devrait donc succéder à
l’homme “actuel”, né au e XIX siècle et que Lewis Mumford nomme “homo economicus” » (voir Œuvres complètes, op. cit., p. 699).
4. Magazine français de chasse, pêche et bricolage fondé en 1885. Très connu également pour
ses petites annonces matrimoniales. Toujours diffusé, il est le cinquième magazine le plus lu en France.
5. Boris Vian réagit à la lecture de L’Homme révolté d’Albert Camus, paru en 1951 chez
Gallimard.
6. Boris Vian rebondit sur la phrase d’Albert Einstein : « Le bien-être et le bonheur ne me
sont jamais apparus comme le but absolu. »
7. Voir « NOMENCLATURE PO-ÉTHIQUE », in Porte battante de Julien Torma, éditions du
Collège de ‘Pataphysique, 29 clinamen XC E. P., p. 44-45.
8. À propos de la condamnation pour J’irai cracher sur vos tombes. Voir note 7 de l'Avant-
propos.
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