Traité de civisme (nouvelle édition)

Vian Boris · Chapitre 14 sur 18

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Traité de civisme (nouvelle édition)

Réflexions et Aphorismes

Réflexions et Aphorismes1

 

SOCIÉTÉ

 

L’homme peut tout ce qu’il veut, en gros.

 

On a les besoins que l’on peut.

 

La douleur mentale (morale) n’existe pas

chez l’homme ou l’animal seul. C’est un

cadeau de la société.

 

Il n’y a pas « la population du globe ». Il y a

2 milliards 500 897 603 individus… et au fond, on

peut s’en occuper individuellement. Ce n’est pas un

très grand nombre.

L’histoire n’existe pas et par conséquent peut

être modifiée à volonté. Inutile de l’appuyer sur des

arguments quand on peut vous opposer les autres –

 car tout ceci est écrit ou peut l’être. L’histoire n’est

qu’un choix fait entre les événements historiques,

par un historien. C’est dire qu’il y en a tant !…

L’histoire réelle, c’est l’ensemble des actes de

l’ensemble de la population de la terre depuis que

l’on peut parler de population de la terre…

 

On peut parler de réaction des foules – voir mon théorème général sur les systèmes

à un certain degré de complication : dans tout système d’une instabilité

comparable à celle de l’homme et dont la stabilité (la régulation) à un instant est

conditionnée par des tropismes ou réflexes se manifeste un ensemble de

phénomènes analogues à la vie caractérisée notamment par l’existence d’une

pensée ou d’un instinct tel qu’il s’efforce de prolonger cette instabilité et qui se

modifie corrélativement aux modifications du milieu nutritif environnant. (Tout

système de ce genre tend à devenir autotrophe et autoreproducteur).

 

L’acte d’urgence est l’unification du monde, subordonnée à

l’existence d’un langage international – mais ceux là même qui

disposent d’une tribune qui leur permet de s’exprimer gagnent

leur vie avec leur langue et ne sauraient par conséquent qu’être

hostiles à cette unification – les joujoux comme le breton, le

basque, et l’hébreu sont des joujoux dangereux lorsqu’ils 2

aboutissent aux mouvements autonomistes. En ce sens l’acte

d’urgence de l’Unesco est l’obligation de reléguer au rang de

seconde langue toute langue nationale au profit d’une unique ;

peu importe ce qu’elle sera ; l’anglais paraît commode à

condition d’en réformer certains caractères orthographiques –

tout homme digne de ce nom doit être prêt à abandonner sa

langue propre pour la langue choisie, en dernier ressort par un

organisme compétent ( ?) ou même quelconque.

Attention aux mots (toi aussi). Allez aux choses derrière

– aux 2 500 000 000 d’individus c’est quand même un

nombre fini.

 

Il ressort bien que aucun ne se met à

 

l’échelle de la terre.

 

En fait il ne faut pas constater la société – il faut la

prévoir. Du planisme, oui mais du planisme en progression

géométrique puisqu’il semble prouvé que le machinisme et

la production peuvent s’accroître beaucoup plus vite que la

population.

 

Solution : une individualisation (cf. counsellors, tentative embryonnaire). But

supérieur : La connaissance de l’univers (cf. Einstein).

 

Il va de soi que les seules études que l’on devrait aborder sont

celles de biologie végétale.

 

Admettre principe de l’intérêt de la

curiosité, base de l’évolution.

 

La mesure du degré de sensibilité à l’agression répétée peut

donner une mesure absolue de l’« épaisseur du cuir mental » de

l’homme c’est-à-dire au fond de son intercorrélation nerveuse.

but = utilisation au maximum des éléments organiques de

l’homme – développement total – la vie = activité des divers

éléments de l’homme (sens, muscles, etc.) se suffit alors à elle-

même.

Le 3 but c’est la phase homo sapientior , superior .

 

On est toujours beau pour quelqu’un et

on a d’autant plus de chance de le

rencontrer que ce quelqu’un est plus

nombreux.

 

Il n’importe pas de faire une sociologie de reflet

historique – mais une sociologie de proposition – anticipée

ou individuelle ainsi le christianisme a réussi malgré qu’il

ne reflétât point une époque.

 

On ne fait progresser une science

 

que par une hypothèse, est-ce une

 

intuition ?

 

non c’est une expérience

 

personnelle parce que tout est dans

 

l’air et d’une certaine façon on peut

 

reconstituer un diplodocus avec un

 

fémur – et on peut reconstituer la

 

sociologie actuelle avec un article des

Temps Modernes et un numéro du

 

Chasseur français4.

 

Et pourquoi ?

 

On aboutit à ce résultat en apparence paradoxal : dans une société

individualiste à partir du moment où les besoins de chaque individu

sont satisfaits, il règne une totale communauté de pensée

et d’intérêts.

 

Quant à moi je ne pourrai pas respirer ni

dormir tranquille tant que je saurai qu’il y a

aux papeteries de la Seine des décrasseurs de

chaudières, arabes, dont la vie ne vaut pas

celle d’un bœuf.

 

Je veux faire une nouvelle doctrine – qu’est-ce qu’il y a dans une

doctrine ? Les valeurs de base ? voir ça.

 

Je ne puis tolérer que souffre mon voisin – qui le meurtrit me

blesse tout de même.

 

Dieu c’est moi. (démonstration)

Il ne peut prouver le contraire – Le

 

prouvera-t-il par ma mort ? Non

 

puisqu’elle prouvera au contraire qu’il

 

est mortel, argument de plus pour que

 

ce soit vrai.

 

Un cadavre, c’est la chose la plus

 

sale,

 

Refuser le droit à la saleté.

 

Une chose vivante est extrêmement

 

jolie (il est anormal de punir la faute

 

d’un homme en le supprimant, alors

 

qu’il représente un potentiel, donc une

 

récupérabilité) et certes si j’éprouve un

 

sentiment de satisfaction à me répéter

 

que ma pensée vaut bien celle des

 

autres, cette réflexion même ne laisse

 

pas de la remettre à sa place, celle de

 

tout écrit, dérisoire.

 

Ce n’est pas la souffrance de l’enfant qui… 5

Si ! espèce de brute ! rien ne la justifierait.

Une machine ne peut pas être méchante ?

Toute conscience veut la mort de

 

 

l’autre ? Il n’y a tout de même pas

 

que les relations avec les hommes,

 

les consciences. Il y a aussi les

 

relations avec les objets. Le fait

 

même d’écrire une pensée abstraite

 

de cet ordre se traduit en fin de

 

compte par un acte concret,

 

l’écriture.

 

Chercher la raison de ce qui est peut présenter un intérêt

pour le chercheur lui-même mais le mathématicien

s’inquiète peu de l’origine du problème : il lui importe

surtout de le résoudre.

 

Ce qui nous importe n’est pas

 

l’histoire mais l’état actuel – ou ce que

 

nous en savons.

 

Avez-vous remarqué qu’on dit rendre la

justice ? Ils l’ont donc prise ?

Alors on nous fait juger par des voleurs ?

 

certains essaient d’écrire ce qui diffère le

plus de ce qu’ils connaissent.

 

Ce qui rend l’homme heureux ou malheureux,

c’est selon que l’éducation, les circonstances et

l’entourage favorisent l’équilibre ou le déséquilibre

de ses désirs.

 

Identité intérieure des éléments d’habitation (non formelle, mais

de confort et d’agrément) permet que reste → jardin mondial.

 

La révolution se fait par en bas mais elle vient d’en haut.

 

La société étant infiniment plus exploitable que

l’individu, en fin de compte (exemple des abeilles/parallèle

abeilles solitaires à qui on fout la paix et abeilles ruches à

qui on fauche le miel) et ceci parce que la société,

rassemblement d’individus, dispose de plus de moyens de

production (et l’on n’exploite qu’en prélevant des produits,

ou en distrayant du travail de son auteur) le seul moyen de

n’être pas du tout exploité (ce qui est évidemment un idéal

rarement accessible) est de tenter de conserver le statut

d’individu (non A). Un groupe d’individus et une société

sont deux choses très différentes. Il doit y avoir une société

type (correspondant au climat, à l’environnement, etc.),

pour chaque lieu, qui comportera un nombre d’individus

juste nécessaire et suffisant étant donné un certain idéal

matériel de référence. Son équilibre apparaît évidemment

impossible. D’où l’idéal final de référence : individus isolés

munis chacun de tout ce que nécessitent ses besoins. Il va de

soi que « besoin » doit subir une censure morale.

 

Nécessité de s’exprimer avec des mots

vagues. Il vaut mieux plusieurs mots dits

vagues qu’un mot précis et non compris ; car

il s’agit d’activer un réseau et non une cellule

de compréhension isolée. Et peu importe que

le feu prenne à un nœud ou un autre du réseau

s’il est mis en branle, car ça se propage à tout

le réseau.

 

Mais le bien-être et le bonheur 6 des autres ?

 

Question essentielle que se posent les jeunes et

d’autres : celle de l’attitude qu’il faut avoir « dans

la vie » (alors qu’on n’est pas dedans) ; la vraie

question c’est « quelle vie faut-il se faire ».

 

Il paraît que la France comporte un grand nombre de commerçants. Au risque de

me faire mal voir, je me permet aujourd’hui de déclarer à ces commerçants que je

les trouve d’une idiotie sans bornes. Quel est leur but ? Vendre des choses aux

gens. Et ces choses, où veulent-ils que les gens les mettent ? Du marchand

d’automobiles au marchand de frigidaire, la politique active de tout marchand

devrait être de favoriser l’expansion de l’espace vital de tout individu. Mais ne

nous égarons pas déjà.

Plus d’inégalité de jours en jours.

 

Car moins entre Louis 14 ou Galilée

 

et le paysan 1600 qu’entre Einstein

 

et le paysan 1950 qui vit encore

 

comme en 1600.

 

Une vie d’aventure et d’honneur, consiste

généralement en une suite d’exploits

accomplis chez les autres et qui vous

eussent immanquablement mené en prison

s’ils avaient été accomplis chez soi.

 

L’éducation c’est le développement des besoins et des

moyens de les satisfaire (musique).

 

Urgent : créer une société à responsabilité limitée dont le but sera de rendre la

justice.

 

Il n’existe pas en France de

 

monnaie divisionnaire assez basse

 

pour que l’on puisse acheter un juge

 

ou un gendarme sans y perdre.

Prévision de l’avenir : on établit

 

une organisation de Paris comme le

 

PMU.

TRAVAIL

 

En supprimant l’ouvrier, vous

supprimerez le travail, n’est pas une

boutade. Il s’agit de l’ouvrier non-

volontaire bien entendu.

 

Travail a en fait, on devrait s’en apercevoir, un

sens, les ¾ du temps, tout subjectif d’obligation

personnelle.

 

prof. sale – créer machine

2 cas {

bonne – bien.

 

L’entretien d’un caractère « sacré » du

travail est le plus sûr atout de la religion

dans sa lutte permanente contre la liberté –

et surtout la variété – de l’Esprit.

L’idée qu’on lui donne de son travail,

c’est l’opium du peuple.

 

Le fléau de l’homme, le travail

 

Et pourtant l’Église à ses débuts le

 

condamne : tu gagneras ton pain à

 

la sueur de ton front ; si je ne

 

m’abuse, c’est une malédiction – et

 

pas une promesse de rigolade.

 

Libération = suppression du

 

travail.

 

On est d’accord pour l’alléger mais

 

on veut lui consacrer son caractère

 

sacré.

 

On n’accepte pas les hommes dans les

pays pour qu’ils ne prennent pas le travail

des autres…

D’ailleurs on ne travaille que pour

 

le supprimer. En fin de compte

 

n’est-ce pas absurde que de le

 

louer ?

 

En outre, travailler ne donne pas bonne

conscience. La preuve : on a une bonne

conscience uniquement lorsque le travail est

terminé – c’est-à-dire achevé – mort.

 

Un titre : pourquoi

travaillez-vous ?

 

Préciser que l’irrégularité favorable est une irrégularité continue, une variation de

nature et non pas d’intensité – qualitative et non pas quantitative.

Rapprocher peut-être cette étude de la Société des Ingénieurs civils.

contraintes et taux de sécurité fixés d’après les valeurs extrêmes et non d’après les

moyennes.

 

5 activités :

1. production de production

2. production > consommation

3. production = consommation

4. production < consommation

5. destruction de production

Ce qui renseigne sur l’état de civilisation

ou de bien être d’un pays, ce n’est d’ailleurs

pas la condition de ses travailleurs mais

celle de ses mendiants, ceux qui ont encore

moins – et de ses magnats.

 

Dans tout domaine industriel où il existe une possibilité de

solution théorique optimum, un réglage à la fabrication est un

crime contre l’utilisation rationnelle du travail de la machine.

 

Travail = insécurité

En l’absence de pause, des ouvrières jusqu’à tomber

dans une dépression nerveuse caractérisée ! (je

souligne !)

 

Distinguer le travail selon ses résultats (il est finaliste – produire)

et selon ses effets sur le mental (s’il est un moyen de vivre).

 

Distinguer le travail acte du travail et fait social.

 

Dans chaque profession le nombre des jobs est

limité.

 

Le seul problème général, est

celui des sous-privilégiés –

(mais à la fois

économiquement,

physiquement, moralement,

etc.)

 

Si du jour au lendemain, tout devenait

gratuit, est-ce que vous continueriez votre

travail ?

Introduction du « coefficient de sécurité »

pour tenir compte de l’activité (il y a aussi

le désintéressement).

 

insatisfaction de leur travail

 

dépersonnalisé ?

 

non, insatisfaction de leur travail

 

tout court.

 

travail : Seuls peuvent sourire durant leur travail ceux

qui authentiquement (physiquement et moralement)

éprouvent de la satisfaction à l’accomplir.

 

Friedmann pose la question : Le

 

travail se justifie en soi lorsque le

 

travailleur voit les services qu’il rend ?

Je réponds : Non – rien ne justifie

 

qu’il soit fait par un homme.

 

taille optimum des entreprises – étude transitoire.

 

Slogan : personne à l’usine !

 

Le droit au travail ? vous l’avez si

seulement ce n’était pas un devoir.

 

Et c’est parce qu’ils y sont forcés qu’ils n’aiment pas l’usine.

 

Tout travail est une ordure dans la

mesure où il est régulier, sans facteur de

perfectionnement (comme dans l’art) –

(irrégularité facteur essentiel du progrès –

cf.

 

Introduire la destruction du travail

 

par la notion de travail inutile – si un

 

individu suffit à surveiller une

 

machine faisant 200 000 assiettes

par jour, faut-il qu’il passe dix

 

minutes à laver dix assiettes ?

 

prix de revient des assiettes, part

 

de l’ouvrier, etc.

 

Rendre le travail

intéressant ? C’est le rendre

varié donc le rendre libre donc

le supprimer.

C’est au moment où ça cesse

d’être intéressant que ça

devient un travail.

 

Il faut oser le dire, le travail est une

ordure puis définir le travail – eh bien oui

c’est le travail au sens le plus général = tout

ce que l’on vous oblige à faire.

 

Le travail de l’ouvrier n’est pas en réalité créateur il est un acte transitoire.

 

Joie du travail créateur à produire un objet de joie mais

pas un canon.

Je n’aime pas qu’il y ait des hommes qui

fassent des travaux inutiles. J’aimerais

mieux qu’ils se reposent.

 

Influence pourrissante du travail (gâche

ce qui, gratuit, ferait plaisir).

 

Le travail c’est ce qu’on ne peut pas s’arrêter de faire quand on a envie de s’arrêter

de le faire. Sur le plan physique ça donne une définition pas mal de la douleur.

 

Le travail est probablement ce qu’il y a sur terre

de plus bas et de plus ignoble. Il n’est pas possible

de regarder un travailleur sans maudire ce qui a

fait que cet homme travaille, alors qu’il pourrait

nager, dormir dans l’herbe ou simplement lire ou

faire l’amour avec sa femme. Le travail peut

prendre des tas de formes ; c’est surtout ce qu’on

est forcé de faire régulièrement sans en avoir envie,

et ce n’est pas encore ça, mais on le définit bien par

des exemples : ce sont les huit heures par jour que

le comptable passe à son bureau, les dix heures par

jour que le figurant gesticule au studio, les

ruisseaux de sueur que le terrassier sécrète sous les

poils de son torse brillant.

 

La science et la technique progressent en symbiose.

GUERRE

 

 

Au service militaire s’opposerait

avantageusement le service « national »

économique – permutation des

fonctionnaires car si nul Français n’est

censé ignorer la loi, pourquoi chaque

Français n’a-t-il pas le pouvoir de la faire

appliquer ?

 

La guerre est la forme la plus raffinée et la plus dégradante du

travail puisque l’on y travaille à rendre nécessaire de nouveaux

travaux.

 

Je hais la guerre parce qu’elle est le

contraire de la vérité – ou qu’elle naît du

mensonge.

La guerre devrait être

 

particulièrement odieuse au

 

capitaliste puisqu’elle détruit le

 

client.

 

L’amélioration de la productivité d’une usine de guerre, est à

l’échelle humaine, une diminution + de potentiel.

APHORISMES

 

Je ne prendrai la peine de

 

discuter ni de réfuter les théories

 

des autres parce que cela serait

 

montrer que je n’ai pas confiance en

 

la mienne.

 

Que chacun écrive ce qu’il désire – écrive ou dise.

 

La foi soulève des montagnes et les

 

laisse retomber avec joie sur la tête

 

de ceux qui ne l’ont pas. À quoi bon

 

soulever des montagnes quand il est

 

si simple de passer par-dessus ?

Cessez de lutter pour une idéologie : vous

serez trahis. Luttez pour ci, ça, ça, mais

directement et sans intermédiaire.

 

Pour une économie terrestre (à la fois une échelle

et minimum – et maximum : un rappel à l’homme).

Dédié à Truman

Staline

et Dupont

 

Le désir de la connaissance est le seul auquel s’offre une matière,

pratiquement inépuisable. Et il est développable.

 

La notion de classe est un fait – mais

avant Einstein la lumière se propageait

aussi en ligne droite, l’espace-temps étaient

distincts.

 

— Je ne veux pas gagner ma

vie – je l’ai

 

Le monde peut flâner

 

Ne rien faire pour devenir un surhomme

Pourquoi avez-vous peur, abrutis on peut

encore faire pousser du blé sur Vénus.

 

Tous beaux ne veut pas forcément dire

tous identiques.

 

Rien ne peut empêcher l’usure – mais rien non plus ne peut nous

empêcher de prévoir l’usure.

 

La surface d’un corps quelconque est une surface d’équilibre –

tout corps se dissout cependant peu à peu dans son voisin avec

lequel il échange des corpuscules.

 

Ce qui prouve la viabilité d’une politique de

l’abondance c’est l’exemple de l’air que l’on

respire : il y en a trop pour que l’on ait jamais

songé à le rationner.

 

Une sortie, c’est une entrée

que l’on prend dans l’autre

sens.

 

Il est ridicule de souffrir. Or, le ridicule tue.

Donc, il est criminel de faire souffrir.

Il y a une chose à coup sûr qui est bonne pour tous, c’est le goût

permanent de connaissance.

La douleur est une chose que l’on n’a le droit d’infliger qu’à soi-

même.

La révolte c’est l’identification à ceux que l’on admire, aux

savants qui sont les vrais hommes découvreurs des Si qui sont les

vrais dieux.

C’est le cri contre le manque d’imagination.

 

Supprimez le conditionnel et vous

 

aurez détruit Dieu.

 

Il serait facile de faire l’inventaire de ce qui est bon et de ce qui ne l’est pas, de ce

qui est du côté du néant (les compteurs à eau).

 

Il est peut-être fort difficile de savoir ce qui est mauvais

pour le moral mais il est beaucoup plus facile de

déterminer avec un fort degré de certitude ce qui est

mauvais pour le physique – c’est déjà un commencement.

 

Tout s’use – l’ennemi – c’est la lésion.

 

Qu’est-ce que je veux faire ?

Une espèce d’éthique

agissante, une po-éthique . 7

Laisser la littérature aux mains des

 

imbéciles c’est laisser la science aux

 

mains des militaires.

 

Toute visée politique est déshonorante en

ceci qu’elle témoigne de l’outrecuidance et

de la grossièreté de son propriétaire,

essentiellement persuadé qu’il est capable

d’assurer la bonne marche des affaires de

son voisin mieux que ce voisin lui-même.

 

Mon procès : la main de la justice 8

 

dans la culotte du lampiste.

 

Le bonheur est la satisfaction normale de désirs équilibrés.

Noter que les désirs vont toujours par paire – ou qu’a priori

l’homme serait neutre.

 

L’homme est le seul animal qui accepte de

mourir pourvu qu’il en tire un plaisir (stupéfiants,

etc., alcool).

 

Chaque homme a droit à sa

part de terre. Bien plus simple :

tout à tous.

 

La musique : un disque dont on se souvient active visiblement une

structure et non un noyau.

 

Vieillir, c’est substituer l’anecdote

 

au principe.

 

La maladie, c’est ridicule, c’est pas

 

triste ; et c’est pour ça qu’il faut en

 

guérir : parce que le ridicule tue.

 

Elle restait plantée là, muette

 

comme une porcelaine de saxe

 

aphone.

 

C’est un fait malheureux mais inéluctable que pour

protester contre un livre, la meilleure arme reste un autre

livre.

 

Il n’est rien de plus agréable que de dire

qu’on ne les aime pas aux gens que l’on

n’aime pas.

penser des choses idiotes pour bien

 

prouver que l’on a une pensée libre

 

et indépendante.

 

Certes un juge peut être dangereux de

même que l’ordure sur laquelle on glisse

peut vous faire briser le crâne.

 

N’y a-t-il pas de conscience active si on ne poursuit pas la mort de

l’autre ?

Ainsi seul le suicide est la solution de celui qui ne connaît pas la

haine.

 

Celui dont la conscience ne poursuit pas la mort de l’autre n’a pas

de conscience.

 

Ce qui est intéressant dans

une chute d’eau, c’est la chute.

Ce n’est pas l’eau.

 

Le génie est vraiment la chose du

 

monde la mieux partagée puisque

personne n’en a beaucoup. Si

 

partagée. Si diluée. Si répartie. Que

 

nul n’en possède plus assez pour que

 

cela se remarque.

 

Il y a les génies doués et les génies pas doués. « Le

génie est une longue patience », c’est une réflexion

de génie pas doué.

pensée du Père Vian

D’ailleurs c’est souvent une longue patience de la

part des autres (génies méconnus).

« Ça n’apprend pas grand-chose mais ça ne

retire rien non plus ».

autre du même

 

Retourner l’opéra-comique pour

 

qu’il ait sa façade sur le boulevard.

 

Seuls les fonctionnaires devraient payer des impôts puisqu’ils sont les seuls à qui

l’État rende des services.

 

La femme est ce que l’on a trouvé de mieux pour

remplacer l’homme quand on a la déveine de ne pas

être pédéraste.

Avec des si, on scierait.

 

Je déteste par dessus tout les femmes qui

se permettent d’être laides parce qu’elles se

croient intelligentes.

 

Chez une femme, la beauté est signe de modestie.

 

On appelle « mufles » ceux qui ne

 

le sont pas avec tout le monde.

 

La reconnaissance envers les parents est une forme du

contentement de soi.

 

Étudier l’espace entre les noyaux et les électrons.

 

1. À partir des notes classées, déclassées, retrouvées, compilées, on trouvera ci-après, par

thèmes, l’ébauche de la suite du Traité de civisme.

2. Or, apparemment, ils sont maniés comme une arme d’unification mais une unification de

détail ne saurait, sans faire rire, être considérée autrement que comme le renforcement d’une division. [Note de B. V.]

3. Comme l’a justement noté Guy Laforêt : « Cet “homo sapientior” devrait donc succéder à

l’homme “actuel”, né au e XIX siècle et que Lewis Mumford nomme “homo economicus” » (voir Œuvres complètes, op. cit., p. 699).

4. Magazine français de chasse, pêche et bricolage fondé en 1885. Très connu également pour

ses petites annonces matrimoniales. Toujours diffusé, il est le cinquième magazine le plus lu en France.

5. Boris Vian réagit à la lecture de L’Homme révolté d’Albert Camus, paru en 1951 chez

Gallimard.

6. Boris Vian rebondit sur la phrase d’Albert Einstein : « Le bien-être et le bonheur ne me

sont jamais apparus comme le but absolu. »

7. Voir « NOMENCLATURE PO-ÉTHIQUE », in Porte battante de Julien Torma, éditions du

Collège de ‘Pataphysique, 29 clinamen XC E. P., p. 44-45.

8. À propos de la condamnation pour J’irai cracher sur vos tombes. Voir note 7 de l'Avant-

propos.

 

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