Traité de civisme (nouvelle édition)
Note sur la Présente Édition
Le 1 Traité de civisme a paru au Livre de Poche en 1999 . Il s’agissait
de la reprise de la toute première édition du Traité, publiée par
Christian Bourgois vingt ans plus tôt . De nombreux problèmes 2
avaient alors été résolus : outre la légitimité de la publication du Traité
– n’oublions pas qu’il s’agit d’une parution posthume et d’une œuvre
inachevée –, il fallait retranscrire minutieusement le manuscrit inédit
de Boris Vian, et juger de l’importance des passages griffonnés, des
notes éparses, des citations recopiées, etc. À cela s’ajoutait un autre
« chantier », pour un certain nombre de textes retrouvés dans les
papiers de Boris Vian, que sa femme Ursula Vian Kübler souhaitait
mettre à la disposition des chercheurs. Ces textes, bien qu’ils ne
fassent pas partie du manuscrit, apparaissaient liés au Traité. La
première série correspond à des textes que Boris Vian avait rassemblés
dans un dossier portant le titre « En gestation » ; il s’agit de : « Haro
sur les gâcheurs » et « Discours à l’adresse des Terrestres » ; la
seconde série correspond à des notes que Boris Vian avait classées par
ordre alphabétique.
Pour établir cette première édition du Traité de civisme, Christian
Bourgois, Ursula Vian Kübler et Noël Arnaud décidèrent de faire 3
appel à un jeune universitaire : Guy Laforêt. De 1974 à 1976, ce
doctorant se chargea de transcrire, sélectionner et annoter le corpus du
Traité, travail minutieux qui constitua sa thèse de doctorat de troisième
cycle, et dont une version abrégée servira de présentation et d’appareil critique à l’édition Bourgois de 1979, reprise ensuite au Livre de
Poche.
Notre nouvelle édition ne remet pas en cause celle établie par
Guy Laforêt, qui garde toute sa pertinence et sa valeur. Selon moi, tous
les textes qu’il a ajoutés au Traité (les deux séries de « textes
annexes ») sont justifiés. J’ai donc conservé le même corpus, excepté
quelques passages . Pour que le corpus du 4 Traité soit complet, il
manquait cependant trois autres textes de Boris Vian, à savoir :
« Liberté et langues » ; « Le prix d’un parlementaire » et « Le
problème du colon », que j’ai ajoutés. Mon souci a donc d’abord été
d’établir le corpus le plus exact possible du Traité de civisme.
Dans un second temps, il a consisté à le présenter différemment. Par
exemple, la série de notes, que Guy Laforêt a classées par ordre
alphabétique – pour respecter « l’état » dans lequel Boris Vian les avait
lui-même laissées : cela ne me semble pas le plus pertinent aujourd’hui
pour éclairer le Traité.
En effet, ces notes ne sont pas une succession de pensées sans lien
entre elles, mais elles traitent des mêmes sujets. J’ai donc décidé de les
classer sous trois grandes thématiques – le travail, la société et la
guerre –, auxquelles j’ai ajouté une classe d’aphorismes, qui regroupe
quelques notes très hétéroclites, des « inclassables ».
De plus, dans l’ancienne édition, le texte de Boris Vian est
entrecoupé par l’appareil critique de Guy Laforêt. Alléger l’appareil
critique pour offrir une lecture plus fluide, plus intuitive, me semblait
aller dans le bon sens. J’ai donc pris le parti de « déshabiller » le texte
de Boris Vian afin de le donner à lire « nu », si l’on peut dire. Mais que
les lecteurs de Boris Vian ne s’y trompent pas : ils y trouveront toute
sa verve !
Mon souci étant de rendre ce Traité plus accessible, j’ai par ailleurs
réalisé trois grands repères : bibliographiques (voir p. 163, Petite
bibliothèque autour du 5 Traité ), historiques (voir p. 169, Repères
historiques) et biographiques (voir p. 175, Repères biographiques).
Enfin, un index (voir p. 127) présente les personnes, le lieu et l’organe
importants ayant un lien direct ou indirect avec le Traité. Ces
indications forment un tout, un réseau d’idées qui permettront d’accompagner la lecture du Traité de civisme afin de se promener
aisément dans cette œuvre . 6
Toujours pour rendre la lecture plus fluide et plus vivante, j’ai
souhaité jouer sur la mise en page, afin qu’il y ait une résonance entre
la forme et le fond – souvenons-nous que Boris Vian était un
pataphysicien et que la dimension ludique de la langue fait partie 7
intégrante de son œuvre, même dans un texte aussi sérieux qu’un
Traité !
Il s’agissait aussi de présenter le processus de création de l’écrivain,
la manière dont Boris Vian ordonnait (ou désordonnait) ses idées. Pour
y parvenir, l’équipe du Livre de Poche m’a permis de réaliser une
sélection iconographique de documents, que vous trouverez
rassemblés ici. Vous pourrez y découvrir la graphie du manuscrit, les
passages écrits d’un seul jet, les phrases rayées et les notes griffonnées
dans la marge, qui constituent un témoignage irremplaçable de la
recherche à laquelle Boris Vian s’est livré.
Par cette nouvelle édition, mon premier souhait est de montrer que
le Traité de civisme, écrit dans les années 1950, est toujours
d’actualité. Les enjeux politiques et les problèmes sociaux que Boris
Vian soulève, mais aussi les découvertes technologiques, font écho aux
nôtres.
Il s’agit ainsi de dresser un portrait moins connu de l’écrivain, tout
le monde ayant en tête le trompettiste amoureux du jazz, l’écrivain de
L’Écume des jours, le parolier sensible du Déserteur, le Satrape qui a
animé le Collège de ‘Pataphysique… Mais le citoyen soucieux des
problèmes d’environnement et des difficultés économiques que la
France traverse est un aspect moins connu de « l’homme Boris Vian »
et pourtant ô combien lié aux autres.
Pour conclure, je dirais que cette édition est dans la continuité du
travail que j’effectue depuis plus de trente-cinq années au service de
l’œuvre et de la famille de Vian.
Boris Vian a toujours incarné ses textes… donc en les découvrant,
vous le découvrirez aussi.
Nicole B 8 ERTOLT , représentante et mandataire de la Cohérie Vian .
Note de l’éditeur : le tome XIV des Œuvres complètes de Boris Vian
(publiées sous l’autorité d’Ursula Vian Kübler aux éditions Fayard,
Paris, 2002) a servi de base à notre travail. Comme ce volume, cette
présente édition conserve les particularités de l’orthographe, de la
grammaire et de la ponctuation de Boris Vian. Nous avons opéré
différents changements dans l’établissement du texte, qui ont été
présentés ci-dessus.
1. Il existe également une édition du Traité de civisme revue par Guy Laforêt dans le volume
XIV des Œuvres complètes des éditions Fayard (édition publiée sous l’autorité d’Ursula Vian Kübler, sous la direction de Marc Lapprand, Gilbert Pestureau, établie et présentée par d’Déé, Guy Laforêt, Marc Lapprand, Claude Rameil, documentation et archives Nicole Bertolt, Paris, 2002).
2. Christian Bourgois, alors jeune éditeur, rencontre Ursula Vian Kübler en 1968. Ensemble,
ils publient une grande partie de l’œuvre inédite de Boris Vian. Leur amitié a duré jusqu’à la fin de leur vie.
3. Noël Arnaud, éditeur et collectionneur, président de l’OuLiPo et Satrape au Collège de
‘Pataphysique, a rencontré Boris Vian et Ursula Vian Kübler en 1958. Il a participé activement à l’édition et à la diffusion de l’œuvre posthume de Boris Vian.
4. Des citations qui avaient été attribuées à Boris Vian, mais dont l’étude minutieuse du
manuscrit a prouvé qu’elles n’étaient pas de lui, ont été supprimées ; concernant les deux séries de « textes annexes », j’ai supprimé certaines notes de Boris Vian qui, par leur style télégraphique ou leur caractère inachevé, soulevaient davantage de questions qu’elles n’éclairaient le texte.
5. J’ai établi cette bibliographie à partir de celle de l’édition Fayard (op. cit.). J’ai choisi de
faire figurer uniquement les ouvrages qui répondent à l’un de ces trois critères : les titres explicitement cités par Boris Vian dans le Traité, les livres qui font partie de sa bibliothèque personnelle et ceux qu’il a lus pendant la rédaction du Traité (d’après le témoignage de première main d’Ursula Vian Kübler).
6. Ces repères de dates historiques politiques et économiques valent pour la France et pour le
monde ; j’ai opté pour sélectionner également les plus grandes découvertes scientifiques.
7. « Boris Vian, le plus pataphysicien des pataphysiciens », comme le désignait Raymond
Queneau.
8. La Cohérie Boris Vian est composée aujourd’hui de trois ayants droit : Patrick Vian (son
fils), Michelle Léglise (sa première épouse) et la Fond’Action Boris Vian, représentée par M. d’Déé.
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