Traité de civisme (nouvelle édition)

Vian Boris · Chapitre 6 sur 18

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Traité de civisme (nouvelle édition)

II. Le paradoxe du travail

 

Le paradoxe du travail, c’est que l’on ne travaille, en fin de compte,

que pour le supprimer.

En refusant de constater honnêtement son caractère nocif, on lui

accorde toutes les vertus pour masquer son côté encore inéluctable.

De fait, le véritable opium du peuple, c’est l’idée qu’on lui donne de

son travail. Comme si le travail était autre chose qu’un moyen,

transitoire, de conquête de l’univers par l’homme.

L’Église était claire, pourtant. « Tu gagneras ton pain à la sueur de

ton front » si je ne m’abuse, c’est une malédiction et pas une promesse

de plaisanterie.

L’existence du prêtre-ouvrier et la réticence de l’Église au sujet de

cette existence même confirme[nt] de surcroît cette incompatibilité de

l’état séculier – plus proche déjà du divin que le laïque – et du travail.

Que dire du divin lui-même !

Quand l’histoire économique de l’humanité ne serait pas là pour le

prouver, les multiples histoires des religions prêtent bien à tous les

dieux inventés depuis des millénaires pour les besoins du moment,

comme on siffle dans le noir, le visage des parfaits oisifs.

Ici, citations abondantes et documentées, Bouddha, Nirvana, Dieu,

Mahomet.

À tout le moins n’exercent-ils que des activités plaisantes (dieux

germaniques – chasse, femmes, bière) en rapport direct avec le

sommet concomitant de la civilisation qui leur donnait naissance.

Bref, l’idéal de l’homme a toujours été, non de ne rien faire, mais de

ne faire que ce que l’état, à un moment donné, de son niveau

intellectuel, lui permet de concevoir comme un plaisir parfait – et qu’il

attribue à Dieu pour matérialiser son abstraction.

On conçoit entre parenthèses l’importance de l’éducation de façon

absolue, et l’importance d’une bonne éducation plus précisément,

« bonne » étant à définir mais s’éclairant plus loin.

L’entretien d’un caractère « sacré » du travail, est, par ordre de

conséquence logique, le plus sûr atout de la religion dans sa lutte

permanente contre la liberté – et surtout la variété – de l’esprit. La

liberté de l’esprit étant fonction directe de celle du corps, on conçoit

que l’Église n’ait pas précisément cherché, au cours des siècles, à

favoriser le progrès technique, base primordiale de l’élévation du

niveau de vie. Galilée s’attaquait à bien forte partie.

Pourtant, travailler ne donne pas une bonne conscience : on a une

bonne conscience quand le travail est accompli – c’est-à-dire achevé –

c’est-à-dire mort…

Mais les idées, sur le travail, sont confuses. Quelques chercheurs

cependant, ont dégagé des faits intéressants.

 

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