Tu es à moi !
Chapitre 13
Nash
Heureusement que la route du Montana est désertique en ce moment précis car, à la vitesse où je roule, ma conduite est tellement dangereuse que je pourrais effectuer un carnage, si jamais je provoquais un accident.
J’ai l’impression que plus j’accélère promptement, plus cela fera partir mes profondes pensées sur Riley, tuant son salopard d’époux de mon esprit.
Mais ça ne fonctionne pas. Ces révélations m’obsèdent. Ce n’est pas qu’elle a eu recours à la légitime défense et que son mari doit pourrir en ce moment même dans leur maison qui me dérange, c’est le fait qu’il était violent avec elle et qu’elle ait connue ça, qui me dégoûte. La savoir sous ses coups me fout une rage virulente et j’avoue que si j’avais cet homme en face de moi, c’est moi-même qui le tuerais de mes propres mains.
C’est donc de mauvaise humeur que j’arrive au taf. Je me gare, comme à mon habitude, à l'arrière du truck où justement Johnny est assis sur sa moto, avec Abby dans les bras et tous deux ne se gêne plus pour afficher leurs attirances réciproques.
Tellement plongé dans ma relation secrète avec Riley, j’en ai totalement oublié que le couple en face de moi, s’est enfin trouvé et j’en suis d’autant plus heureux sachant qu’Abby est amoureuse de lui depuis très longtemps. Mais il serait bien, surtout que je vais bientôt partir, que j’aie une discussion sérieuse avec mon pote sur le fait qu’il n’a pas intérêt de lui briser le cœur sinon je serais dans l’obligation de revenir pour lui casser la gueule. Cette idée me donne irrémédiablement le sourire et c’est un peu plus détendu que je les rejoins pour m’en griller une, avant de prendre mon service.
Nous échangeons de tout et de rien quelques minutes, Abby est restée muette tout le long d’ailleurs. Ce qui est étrange. Puis celle-ci rentre chez elle tandis que Johnny entre avec moi à l’arrière. Je me change vite fait avant de le retrouver dans la salle. Mais j’ai à peine mis un pied du côté du comptoir que je sens que quelque chose ne va pas. Il n’y a pas encore de client, pas de son au niveau du jukebox, ce qui est anormal mais c’est surtout Cassy, penchée en avant en murmurant je ne sais quoi, en direction de Walt et d’Al qui, dès qu’elle s’aperçoit de ma présence, arrête aussitôt de parler.
Quelque chose se trame et au regard sombre que me lance mon patron, je sens que ça ne va pas me plaire. — Quelque chose ne va pas ? Je demande immédiatement en me dirigeant jusqu’au bar pour m’offrir un soda, comme je fais d’habitude, avant chaque service.
Chacun garde un silence lourd, mais c’est Cassy, celle qui n’a pas sa langue dans sa poche, qui commence les hostilités.
— Je crois que c’est plutôt à toi de nous dire ce qui ne va pas ? Je plisse des yeux face à sa voix aussi dure et remplit de sous-entendus, un brin plus intransigeante qu’elle en a l’habitude. Je regarde les gars, chacun leur tour, pour mieux comprendre son attitude mais autant Johnny qui hausse les épaules, que Walt, beaucoup trop gentil pour dire quoi que ce soit, c’est Al qui sauve la mise cette fois. — Un homme est venu ici, il y a deux bonnes heures. Il cherchait sa femme. Un long frisson d’appréhension me parcourt. Une sueur froide coule sur ma colonne vertébrale et mon cœur gagne en précipitation rythmique. Ça ne sent pas bon du tout me prévient immédiatement ma conscience et ce qu’ajoute Al postérieurement, me le confirme aussitôt. — Au début il parlait d’une Riley professeure d’espagnol, en décrivant un physique qui ressemble à 90 % des Américaines mais nous avons clairement dit que l’on ne connaissait pas de Riley. Les muscles de sa mâchoire se contractent et je vois très bien dans ses yeux que ce qu’il va dire, par la suite, va augmenter mon appréhension et ma nervosité. — Il nous a montré un cliché de sa femme, en nous demandant si nous étions sûrs de nous.
À nouveau, il stoppe ses explications et laisse planer un doute au plus profond de moi.
L’impatience me gagne. Pourquoi tant de mystère, bordel ?! — Et !?
— Et sur la photo c’était Dorothy ! s’énerve maintenant Cassy, qui en tape du plat de sa main sur le comptoir, tout en me jetant un œil noir comme si tout cela était une histoire qui me concernait directement. Pour ma part, je conserve le silence, les regardant dans les yeux un à un car je ne peux me permettre de trahir la confiance de Riley et je me dois de garder son secret mais, au vu de ce qu’elle m’a avoué ce soir et qu'à présent son mari, bien vivant par ailleurs, est à ses trousses, il n’y a plus de secret qui tienne.
— Et qu’avez-vous répondu ? Je demande, en alerte de ce qu’ils ont pu dire et de ce que cela engendre.
— Mais qu’est-ce que tu crois ? s’énerve à nouveau Cassy. On lui a dit que pour nous, elle s’appelait Dorothy et qu’elle résidait chez toi. Mon sang ne fait qu’un tour.
— Putain de merde, je grogne entre mes dents. — Qu’est-ce qui se passe Nash ? S’inquiète Al.
Il doit lire sur mon visage mon agacement ainsi que ma peur car son ton devient extrêmement sérieux.
Mais je ne prends pas le temps de leur répondre car maintenant que je suis au courant que le salaud de mari de Riley sait où elle est actuellement, il faut que je m’en aille sur le champ.
Je retire aussitôt mon tablier puis pose une main sur l’épaule de Johnny. — Passe-moi les clefs de ta moto, mon pote.
C’est plus un ordre qu’une demande car il ne cherche pas plus longuement une explication et me les tend immédiatement. Mais au moment où je m’apprête à disparaître, Al m’arrête dans ma course. — Dis-nous ce qu’il se passe.
— Je n’ai pas le temps Al, je l’agresse, en me dégageant de sa main sur mon bras.
— Si toi ou Dorothy êtes en danger, nous devons le savoir. Je vois dans son attention que si je ne donne pas un minimum d’explication, il va m’empêcher de partir et sachant que le mari de Riley a deux heures d’avance par rapport à moi, le temps est vraiment compté. — Il lui veut du mal Al, je supplie du regard mon boss, lui faisant bien comprendre que je dois partir immédiatement. Il lui a déjà fait du mal et si je n’y vais pas maintenant, j’ai peur qu’il ne soit déjà trop tard. Et nous nous comprenons d’un seul regard.
Il hoche la tête et moi, je m’en vais en courant jusqu’à la bécane de Johnny. Je pars sous une poussière de terre rouge et je roule à vive allure sur cette ligne droite qui me sépare d’une situation dangereuse, qu’on aurait pu totalement éviter si elle m’en avait parlé dès le début. Comment a-t-elle pu me cacher quelque chose d’aussi grave et importante ? Ne lui ai-je pas montré qu’elle pouvait avoir confiance en moi depuis notre rencontre ?
Tu n’as pas trop insisté non plus, m’agace la voix de ma conscience alors que j’accélère encore, remerciant qu’il soit si tard et qu’il n’y ait personne sur cette grande route.
Il est vrai que dès que j’ai vu qu’elle était blessée, avec une alliance au doigt, à notre première confrontation, j’aurais dû insister au lieu de la laisser tranquille, de peur qu’elle parte immédiatement. En fait, sans m’en apercevoir, ce jour-là, j’ai compris que je ne voulais pas qu’elle parte, ni aujourd’hui, ni jamais d’ailleurs. Sans m’en rendre compte, j’ai eu un énorme coup de foudre pour elle et, plus les jours sont passés, plus je me suis attaché à elle et, pour moi, qu’elle s’en aille, était juste inconcevable.
Je l’aime, je le comprends maintenant. Je l’admets et je refuse de partir sans elle. Il est hors de question qu’elle ne fasse plus partie de ma vie. Elle y est, elle y reste.
Je n’arrive pas à croire que le présomptueux et solitaire Nash Lawson soit amoureux. Chose que je me suis toujours interdite car je voulais vivre ma vie, sans me préoccuper de qui que ce soit, préférant être libre de tout mouvement ou choix de vie mais, à présent que je reconnais que mon cœur est prisonnier entre les mains de Riley, ma plus grande peur se transforme en quelque chose d’incroyable.
Car c’est juste somptueux et magnifique de l’aimer. Elle m’apporte tellement de bonheur, chose qu’il ne m’était jamais arrivé avant. Elle compte beaucoup pour moi, bien plus que ma propre vie et maintenant que je suis au courant qu’elle est probablement en grand danger, tout mon corps est secoué d’une vive panique. S’il lui arrive quoi que ce soit, je ne me le pardonnerai jamais. Je ne sais pas combien de temps je mets pour arriver devant mon immeuble mais je remercie profondément Johnny de m’avoir prêté sa moto car, même si ma voiture est un vrai bolide, rien de mieux qu’un deux roues pour arriver à destination beaucoup plus rapidement. C’est en courant que je grimpe les étages et dès que je parviens en face de la porte de mon appartement, un cri étouffant et féminin se fait entendre juste derrière.
Cela me glace immédiatement le sang. Mon corps se fige, mes poings se serrent le long de celui-ci et normalement, je devrais réfléchir à comment je pourrais être le plus prudent possible pour la sécurité de Riley, avant d’entrer mais là, je n’écoute que mon instinct et, sans attendre une seconde supplémentaire, j’ouvre la porte, avec la volonté de casser les dents une à une de celui qui a eu l’audace de lui faire du mal. Et la scène qui se déroule devant moi, au moment où j’accède à mon logement me retourne complètement le cerveau. Riley, vêtue uniquement d’un peignoir de bain, est à demi allongée sur le sol. Le coin de sa lèvre est amoché, saigne légèrement ainsi que le haut de son crâne. Un regard effrayé, les deux mains en l’air pour se protéger d’un énième coup, elle ne pleure pas mais elle le supplie. — Anton, gémit-elle. Je t’en prie, arrête.
Mon cœur se serre immédiatement tandis que la colère et la fureur me pénètrent entièrement.
Un homme, que je ne vois que de dos, vêtu intégralement de noir, baraqué, tellement plus grand que moi, empoigne les cheveux de la femme que j’aime, sors un ricanement machiavélique et lève son autre poing, prêt à lui en décrocher une semblable mais cela n’arrive pas. Ne m'ayant pas entendu, je parviens jusqu'à eux et d’un geste autant puissant que vif, je lui attrape le bras, avant qu’il ne soit trop tard et avec mon poing gauche, je lui assène un coup dans les côtes. — Espèce d’enfoiré ! Je grogne, en lui en lançant un autre aussi sec et ce, deux fois de suite, profitant de la surprise de mon arrivée. Mais même si j’y mets toute la bonne volonté du monde, à part l’écarter de sa femme et le faire reculer de deux pas, il est bien plus en masse que je ne le pensais.
Sur le coup, j’oublie que c’est un ancien soldat et qu’il est préparé pour toute attaque ainsi que pour n’importe quel combat, quel qu’il soit. Et quand je croise son regard et son visage aux traits si durs qu’imperturbables, j’ai l’impression de ne voir que l’ombre de lui-même. J’ai en face de moi, un fantôme, un homme qui n’en est plus un, qui est là pour faire du mal à n'importe quel prix.
Dans la seconde suivante, je me prends une droite d’une telle force qu’il me met quasiment K.O.
Je vacille fortement et secoue la tête. Il profite de ce moment de faiblesse pour m’agripper les cheveux, orienter mon visage vers le bas pour me mettre un coup de genou en plein dans le nez. Je grogne.
J’entends Riley qui hurle d’arrêter. Un soulagement certain m'envahit en découvrant que, même si elle vient de vivre quelque chose d’horrible, de la savoir encore en vie, me permet de relativiser un peu mais je me sens partir en arrière, sous l’intensité et la force qu’il y met. Je prends plusieurs coups de sa part. Je lui en décoche également mais j’ai l’impression d’à peine le toucher, tellement il absorbe les chocs avec facilité.
Je ne sais pas comment cela va se finir mais je ne peux clairement pas le laisser gagner.
Malheureusement pour moi, son prochain coup me fait valser en arrière. Mon corps vole presque et mon dos atterrit lourdement sur ma table basse en bois léger qui se fracasse entièrement, sous le poids de mon corps et je me cogne la tête sur le coin d’un meuble, où se trouve une lampe qui vacille et tombe sur mon front.
Bien sûr, celle-ci se brise et me coupe la peau au passage. — Ça, c’est pour avoir baisé ma femme, j’entends de la voix hargneuse de celui qui ose agripper à nouveau les cheveux de Riley, qui gémit sur l’intensité de son geste.
Je sens que mon corps est douloureux de tous ses impacts mais je ne peux clairement pas le laisser, lui faire du mal.
Je grimace en me relevant et croise son regard sombre. Il a vraiment l’air extrêmement dangereux et je sais que s’il avait eu une arme sur lui, je ne donnerais pas cher de ma peau mais, tant que je suis capable d’être sur mes deux jambes, je ferais tout mon possible pour la protéger.
— Tu n’en as pas eu assez, petit merdeux ? me provoque-t-il, avec un sourire carnassier au coin des lèvres.
— Lâche-là, immédiatement, je grogne, en lui montrant que je n’ai pas peur de lui.
Je ne regarde pas Riley dans les yeux car je sais que ça va me faiblir si je découvre de la détresse dans son regard.
Du coin de l’œil et avant que je ne m’affronte à nouveau à lui, je cherche de quoi utiliser contre lui mais tout est, soit trop loin, soit pas assez solide pour que cela ait un impact sur lui.
L’homme, ou devrais-je dire, l’armoire à glace qui me toise comme s’il désirait me voir enseveli six pieds sous terre, relâche abruptement sa prise sur sa femme.
Mais complètement désemparée ou folle, je ne sais pas encore, elle s’accroche soudainement à son bras, au moment où il se dirige vers moi. — Anton, laisse-le ! hurle-t-elle d’une voix désespérée. Si c’est moi que tu veux alors, partons ensemble !
Un éclair d’incompréhension me foudroie brusquement le cœur. Mais qu’est-ce qu’elle est en train de dire ? Elle a perdu la raison ou quoi ? Son époux la regarde avec malveillance et oscille, à présent, son attention entre elle et moi.
— Putain, je n’arrive pas à y croire, vocifère-t-il par la suite. Tu es amoureuse de lui ?
Sa mâchoire se contracte et je vois les veines de son cou pulser de nervosité.
— Il t’a tellement bien baisé dans cette laverie que tu en redemandes, c’est ça !? Et bien, laisse-moi d’abord m’occuper de sa sale gueule de gamin et ensuite, je vais te montrer que ma queue aussi, va à nouveau te faire retomber amoureuse de moi.
Il sort soudainement un canif de l’arrière de son pantalon et le présente dans ma direction, tout en poussant un rire qui me glace le sang. Sa menace, il l’accompagne d’une furieuse pulsion, en rejetant sa femme vivement au sol, avec l’intention de s’occuper de moi une dernière fois mais au moment où Riley hurle le nom de son mari et que je me positionne prêt à en découdre avec lui, une voix sèche et autoritaire se fait entendre à l’entrée de mon appartement.
— Police ! Veuillez immédiatement lâcher ce couteau !