Tu es à moi !
Chapitre 2
Riley
Mais bordel ! Quelle idiote, je fais !
Je fouille encore dans mon sac à main et, sans que je ne fasse gaffe, mon portefeuille avec toute ma monnaie n’est plus dedans. Il a dû tomber pendant mon altercation, avec mon époux.
Comment vais-je faire pour payer, sachant en plus que je suis à la fin de ma réserve et que, sans faire attention, je me suis trompée dans ma sortie de route ?
D’habitude, je suis plutôt du genre à toujours trouver une solution à chaque problème, très pragmatique, sans la moindre paranoïa et en réfléchissant le plus sereinement possible et bien, là, je suis tellement désemparée que j’ai envie de pleurer comme une madeleine et de dormir en position fœtal, jusqu’à ce que je me réveille de ce cauchemar car, il est évident que c’en est un, ce n’est pas possible autrement.
La panique me gagne, l’air vient à me manquer aussi, à cause des températures encore chaudes, en cette nuit sombre et orageuse, au point que je n’aperçois pas l’inconnu s’approchant de mon véhicule. — La station ne fonctionne pas, j’entends soudainement à ma gauche, en même temps que deux bras se posent à ma fenêtre grande ouverte. Le visage d’un jeune homme se présente sous des traits fins, une mâchoire carrée, un nez délicat bien asymétrique de ses yeux qui sont tout simplement les plus charmants que je n’ai jamais vus de toute ma vie. Bleu, pareil à un ciel d’été où tout est paisible, calme et assurément beau. Quelques taches grises y sont parsemées, comme des étoiles qui scintillent dans une nuit claire et dégagée.
Une bouffée de chaleur s’empare de mon corps, mon cœur a décidé de tambouriner contre mon thorax comme s’il voulait s’en échapper et, la difficulté que j’ai à respirer me donne l’impression que tout ira bien uniquement quand cet inconnu, me prendra dans ses bras. Jamais je n’ai ressenti ça avant et cela me déclenche quelque chose de complètement idiot.
Je prends la manivelle de ma vitre et la tourne précipitamment, sans autre considération vers lui, ce qui l’oblige à enlever ses bras et franchement bien bâti, puis recule d’un pas, avec, j’en suis sûre, un air perplexe face à mon attitude. Je regarde droit devant moi, en priant qu’il s’en aille, qu’il me laisse tranquille car, je n’ai ni besoin de lui et, encore moins de ses conseils. Le cœur battant à tout rompre, du coin de l’œil, je découvre qu’il ne bouge pas d’un iota, bien au contraire, il s’assoie maintenant, en positionnant ses fesses, sur mon capot. Je remarque ainsi qu’il a un tablier sur lui, j’en conclus donc qu’il bosse dans le fast-food d’en face et il allume sereinement une cigarette, comme si de rien n’était. Déjà de face, ce mec est d’une beauté sexy en diable mais, de dos, avec son t-shirt noir qui lui colle à la peau, laissant deviner un tatouage que je découvre au niveau de sa nuque, des cheveux blonds cendrés plaqués en arrière, je n’hésite pas à le mater. Vraiment trop perturbée alors que ce n’est ni l’endroit, ni le moment.
— Que vous est-il arrivé ? demande-t-il, juste après avoir expiré une bouffée de sa cigarette.
La tôle de ma voiture ainsi que le vitrage sont tellement fins que l’on entend quand même le son extérieur et donc, sa voix rauque et ténébreuse. Je suis étonnée qu’il puisse deviner qu’il s’est passé quelque chose d’horrible dans ma vie en quelques secondes mais, quand il me signifie que j’ai du sang sur mon visage et, qu’au moment même où je touche l’arcade sourcilière gauche, je découvre du sang à demi séché, je comprends mieux son questionnement.
Pendant les quasi cinq heures de trajet, je ne m’en étais même pas rendu compte.
— On vous a frappé ? insiste-t-il d’une voix plutôt dure, pour quelqu’un qui veut me venir en aide.
Je constate que la situation est totalement absurde. Je me retrouve en plein désert, dans le Montana, en face d’une pompe à essence qui n’a pas dû fonctionner depuis les années 70, avec un homme qui doit avoir 10 ans de moins que moi, fumant sa cigarette beaucoup trop sensuellement, en fixant, je ne sais quoi à l'horizon alors que je me suis enfermée, timide et craintive comme jamais je ne l’ai été, dans ma voiture, sans vraiment savoir quoi lui répondre. Une nouvelle fois, mon ange gardien arrive à ma rescousse, au moment où j’entends une voix au loin se manifester dans notre direction. — Nash ! Tu penses effectuer ton service sur cette bagnole ! Ramène ton cul dans la cuisine et que ça saute !
Devant l’entrée du truck, un grand individu vêtu tout de noir, s’agite. Alors celui qui, maintenant, tire une dernière fois sur sa clope, avant de la jeter au sol puis m’offre un ultime regard azur dans ma direction, se nomme Nash.
Cela lui va aussi bien que le jean moulant qu’il porte sur lui. Ce mec est la tentation à lui seul et c’est fou que je ressens une attirance immédiate alors que je ne le connais même pas.
Il fait signe qu’il arrive à, j’imagine, son patron, puis revient vers ma fenêtre et frappe sur la vitre.
Je mets quelques secondes supplémentaires à obéir à sa demande et, quand j’abaisse ma vitre, à nouveau, il se penche, m’offrant encore son superbe visage, envahissant mon intimité de son odeur de friture, que je trouverais, en temps normal, désagréable au nez mais, le sachant cuisinier ici, cela m’apporte un détail appréciateur sur lui.
Il ne sourit pas, me fixant seulement de ses perturbantes iris de glace. — Moi, c’est Nash, se présente-t-il, sans me tendre une main. Et toi ? OK, on se tutoie.
Normal, vu son âge.
— Dorothy, je mens, n’osant plus le regarder de peur qu’il ne voit la vérité dans mon regard.
Mais il n’en a même pas besoin car il déclare : — On ne me l’a fait pas à moi. Tu n’as clairement pas une tête à t’appeler Dorothy. Mes phalanges se crispent sur mes genoux et je vois qu’il le découvre également alors que je m’aperçois, à ce moment-là, que j’ai encore mon tablier de femme au foyer sur moi ainsi que mon alliance et ma bague de fiançailles qui scintillent avec les néons de la station. Je sais qu’il parcourt tout de moi, cherchant une réponse, sur les traits froids de mon visage ou des détails qui pourraient lui prouver mon identité dans ma voiture mais, face à mon silence, il se relève. — Comme tu veux Dorothy, capitule-t-il en
plaçant ses deux mains à l’intérieur des poches de son pantalon et, pensant qu’il allait enfin me laisser seule, il ajoute :
— Nous allons bientôt fermer mais, si tu as faim ou autre, n’hésite pas à entrer.
Et, sans attendre ma réponse, il s’éloigne sans un dernier regard dans ma direction alors que, pour ma part, je ne cesse de le fixer jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’arrière de la caravane avec un dissemblable blond, qui a l’air beaucoup moins fréquentable que lui.
Depuis quand juges-tu quelqu’un de par son apparence ? Ma conscience me fatigue, à moins que ce soit le contrecoup de ce qu’il se produit dans ma vie. Jamais je n’ai vécu pareil contexte et, dans mon entourage, petit soit-il, je ne connais personne qui l’a vécu également et, même si je suis une femme plutôt indépendante avec un certain courage, je me sens totalement démunie.
Prenant la vérité en pleine tronche, comme si j’avais pris un grand coup de pelle, j’analyse la situation et réalise que je suis dans une merde monumentale. Je n’ai pas d’argent, je dois trouver une banque à proximité pour pouvoir retirer mais, sans carburant et, par conséquent, de quoi me déplacer pour aller dans la ville la plus proche, autant dire que je suis dans une impasse.
Les dernières paroles de Nash me reviennent immédiatement à l’esprit. Il serait complètement inconscient de ma part de lui demander du soutien ou pire, qu’il m’emmène demain dans le centre. Ne pouvant me payer une chambre d’hôtel, je vais certainement passer la nuit dans ma voiture mais je pense qu’il n’est pas le seul à travailler ici, il doit bien y avoir une femme, une serveuse par exemple, qui pourrait me venir en aide et, même si ce n’est pas le cas, quoiqu’il arrive, je n’ai pas trop le choix car je ne m’imagine pas faire de l’auto-stop avec le premier routier venu. J’ai clairement assez vu les informations meurtrières à la télévision et de films d’horreur comme ça, pour m’en dissuader.
Prestement j’abaisse le miroir de courtoisie de mon véhicule, récupère un mouchoir en tissu dans mon vide-poche, je l’imbibe de ma salive et nettoie comme je peux le sang séché sur mon visage. Je ne peux m’empêcher de grimacer de douleur quand je touche, par ma précipitation, l’arcade sourcilière et, en appuyant un peu trop fort, je m’ouvre à nouveau puis, en pestant, avec les larmes aux yeux, je découvre le bleu violacé aux abords de l’oeil.
Un long frisson de peur me parcourt, en repensant à la violence furieuse d’Anton mais je chasse rapidement ce mauvais souvenir, puis prise d’un courage soudain mais obligatoire, je me dirige, d’un pas assuré, vers le truck.
Devant, il ne reste plus qu’un camion garé mais, sur le côté, une moto et plusieurs véhicules sont stationnés, ce qui me confirme qu’il y a bien plusieurs salariés, sachant que Nash m’avait annoncé qu’il allait bientôt fermer.
Montant les marches accédant à la porte transparente s’illuminant de néons bleus et roses, je découvre une recherche d’employé. Un poste de personne en salle, à temps partiel, surtout du soir, à pourvoir le plus tôt possible.
Je n’y prête pas plus attention que ça et, d’une main fébrile, j’entre avec le son d’une cloche signalétique et, c’est sur un rythme entraînant de Jerry Lee Lewis que je fais mon entrée et que plusieurs têtes se tournent vers moi. Au bar, il y a le biker que j’ai vu à l’extérieur, un sourire enjôleur sur ses lèvres, à sa gauche, une serveuse qui ne se gêne pas pour me lancer un regard sombre accompagné d’une moue réprobatrice sur le visage ensuite, du côté inaccessible du zinc, il y a une jeune fille aux traits charmants, en apparence bienveillante comme son collègue, d’un certain âge, qui n’a pas l’allure bien méchante, nettoyant des verres avec un torchon et enfin, le patron qui a l’air bien plus sympathique sous les lumières du restaurant, se situant près de la caisse enregistreuse, comptant probablement la recette de la journée mais il prête à peine attention à moi, laissant l’un de ses employés venir vers moi.
Malheureusement pour moi, Nash n’est pas ici, si cela se trouve, pendant que j’entrais, lui est sorti par-derrière et donc introuvable, visuellement parlant. — Nous sommes fermés, grogne soudainement la plus âgée des serveuses.
L’amabilité, elle ne connaît pas celle-là.
— Oui, excusez-moi, je…
Je m’arrête, ne sachant pas trop quoi dire, surtout que mon ventre se manifeste, repensant au préalable, qu’avec tout ça, je n’ai pas dîné et, qu’après avoir autant roulé, je suis épuisée et je meurs de faim. — Qu’est-ce que vous voulez ? S’agace-t-elle derechef, tandis que les autres reprennent une conversation normale.
Son ton à la limite de l’agressivité me déstabilise ainsi que ses airs de patronne mal aimable. J’éprouve une certaine envie de rebrousser chemin pour m’enfermer à nouveau dans ma voiture à la recherche de solitude et de protection dont je manque cruellement.
Mais la réalité des choses m’en empêche et le premier truc, qui me vient à l'esprit, sort de ma bouche sans aucune conscience. — Est-il possible d’emprunter vos toilettes ? — Il faut consommer, me réplique-t-elle du tac au tac.
Cette fille est un vrai pitbull et il serait plus prudent pour moi que je ne m’en approche pas, elle serait capable de me mordre. — Et puis peu importe, ne me laisse-t-elle pas le temps de répondre. Les caisses sont fermées.
J’ouvre la bouche pour lui dire quelle bonne femme méchante elle est mais, c’est à ce moment-là que la porte, qui accède à la cuisine, s’ouvre sur Nash, changé, les cheveux mouillés, buvant une bière à même la bouteille et se pétrifie sur place à ma vision.
Nos regards se croisent et, aussitôt, je sens un long frisson d’excitation à sa vue.
Tout à l’heure, sous les vieux néons poussiéreux de la station, son sex-appeal brillait de sensualité mais, à présent, dans son élément, entouré d’autres personnes, son charisme balaye l’ensemble et me laisse hypnotique de son corps et de son sourire qui s’agrandit partiellement sur son visage, à ma vue.
Je ne sais pas si c’est le fait de m’observer en détresse ou parce qu’il doit probablement connaître sa collègue de travail par cœur mais, il s’achemine vers nous et, d’un aplomb sans faille, commente. — Il y a un souci Cassy ?
— Elle veut aller aux toilettes et…
Mais je ne l’écoute plus tellement le regard de Nash sur moi est sans gêne. Il me détaille de la tête aux pieds sans vraiment d’expression, ni chaleureuse, ni froide mais il est là, et bien plus grand que je ne l’imaginais. Faisant une tête de moins que mon mari mais sa carrure est aussi impressionnante surtout avec un t-shirt propre, qui lui colle à la peau et je ne parle pas de ses bras saillants, qui dégage une énergie protectrice et avenante.