Tu es à moi !
Chapitre 5
Mariée à Anton.
Mariée à un homme qui est peut-être mort.
CHAPITRE 5
Nash
Nous avons enfin une soirée de libre.
J’enfile un jean Levis bleu clair puis passe mon t-shirt à l’intérieur et l’attache avec une ceinture. Par-dessus mon haut, j’arbore un gilet de costume à motif renaissance qui fait son succès dans la mode des années 90. Dans la salle de bain, je prends mon gros pot de gel qui ne fait pas long feu en général, et en plaque dans mes cheveux, les faisant glisser bien en arrière, pour un effet mouillé, dégageant ainsi mon visage. J’ai légèrement laissé pousser ma pilosité sur mes joues et mon menton, ça virilise davantage les traits masculins mais, encore une fois, c’est quelque chose qui ne me ressemble pas.
J’ai la forte impression que j’ai besoin de me vieillir pour plaire à une certaine personne qui m’évite depuis que j’ai eu la folle ambition et l’inconscience également, de vouloir l’embrasser. J’ai eu un énorme moment de faiblesse.
Mais comment ne pas craquer quand deux billes rondes d’un noir corbeau vous regardent avec désir et, qu’au contact de sa peau, j’ai ressenti des milliers de picotements aussi agréables qu’électriques, me signifiant clairement qu’il y avait une possibilité qu’elle en ait autant envie que moi. Mais quelle a été ma déception quand soudainement elle s’est reculée puis a disparu tellement rapidement que je n’ai même eu le temps de lui suggérer d’aller boire un verre dans un bar.
Après cela, c’est avec soulagement que Johnny m’a proposé une virée au club de biker que je côtoie de temps en temps, surtout quand on cherche un endroit pour picoler gratuitement, avec l’avantage de coucher avec des brebis, chose que je peux me permettre grâce au président qui m’accepte comme si j’étais un membre du club et, bien sûr, qui plus d’une fois m’a fait maintes propositions que j’ai, à chaque fois, refusé. Trop dangereux, trop hors la loi pour moi, même si je dois confesser que j’ai certaines fois fini derrière les barreaux dans ma mauvaise jeunesse. Mais tout cela c’est révolu pour moi et je suis clean de tout depuis des années.
Je suis encore là dans mes réflexions quand une odeur de vanille arrive dans mes narines, la senteur gourmande de ma colocataire depuis presque deux semaines maintenant.
Elle vient de passer la porte de ma chambre, se dirigeant jusqu’au salon où la télévision remplit la pièce avec le son du générique de la série Friends, nouveau phénomène incontournable des États-Unis et j’avoue que j’ai plus qu'adorer la première saison.
Enfin prêt, je regagne la cuisine où je sors deux bières, avec l’intention d’en donner une à Riley mais mon mouvement se stoppe quand ma vision m’attribue le fantasme de cette femme aux courbes avantageuses, qui est en train de resserrer les lanières de ses escarpins d’un rouge passion. Mini-jupe en jean, une ceinture à paillettes qui l’entoure, t-shirt blanc large mais qui moule sa poitrine généreuse, ses cheveux blond foncé libre de tout mouvement, un peu ondulé mais magnifié par un bandeau de la même couleur que ses chaussures. Je remarque qu’elle a pris les dispositions pour se sublimer d’un maquillage loin d’être outrageux mais parfait, pour la rendre encore plus belle.
Même mon sexe est d’accord avec moi puisque j’ai une trique d’enfer de la trouver plus sexy que jamais.
Si je m’écoutais, je remonterais cette jupe, mettrais de côté son string et je la pénétrerais d’un coup sec et puissant, la baisant intensément contre ce canapé qui ne demande qu'à être l’appui d’un ébat aussi intense que passionné.
Je ne sais pas si elle se rend compte de l’effet qu’elle me fait mais, au moment où nos regards s’accrochent, je pense lui avoir bien envoyé le message car aussitôt elle rougit, n’osant pas me regarder quand elle prend la bouteille que je lui tends.
Mais ma raison a décidé de ne rien tenter.
Enfin pas encore.
Par la suite, j’allume une clope et c’est à ce moment là que Johnny et Abby arrivent en même temps.
Nous mangeons des tacos que j’ai préparés puis après nous partons, direction un bar-billard que nous fréquentons de temps en temps. J’ai quelques ex-conquêtes qui me sautent dessus, à peine après avoir mis un pied dans l’établissement et ce, malgré le fait qu’avec Riley ou sans elle dans les parages, je déteste qu’on me colle à la peau sachant qu’en plus, certaines me pensent pour acquis.
Je dégage rapidement les bras d’une grande rousse, avant de rejoindre mes potes qui ne m’ont pas attendu pour squatter une table de billard. Une serveuse que j’ai également choppée un soir de fête, prend nos commandes, sans omettre de me glisser à l'oreille qu’elle est libre ce soir. C’est donc avec l’air gêné à plusieurs reprises et pendant un moment, que j’évite de croiser le regard de Riley.
Celle-ci d’ailleurs n’est pas en reste pour se faire mater par quelques-uns, qui ont probablement le même âge qu’elle et, malheureusement pour moi, ça me fout un coup à mon égo et au moral.
Nous enchaînons les parties, les verres de bières et de vodka, sous le son des Backstreet Boys, de Tina Turner, Georges Michael ou encore des Savage Garden.
J’observe Johnny, un peu trop à proximité d’Abby, brièvement éméché et j’en profite pour m’approcher de Riley, qui s’incline dangereusement sur la table de billard.
L’intention de gagner cette partie que je vois dans ses yeux me prodigue un sourire au coin des lèvres mais, malin comme je suis, à la limite du mauvais perdant, je me positionne contre son flanc et, d’un souffle chaud, très provocateur que je glisse contre sa nuque, je lui murmure d’une voix rauque.
— Penchée ainsi, tu es en train de rendre tous les hommes de ce bar complètement fous.
Elle rougit mais sourit, toujours l’œil fixant la boule noir numéro huit et, au moment où elle s’apprête a tirer, j’ajoute :
— Et moi, encore plus.
Elle effectue une fausse queue, un sourire de victoire s’étire sur mon visage, elle rouspète devant mon mauvais fairplay puis nous éclatons de rire jusqu’à ce que le regard brillant rempli de désir en mon encontre, me fait vriller et doublement quand elle commence à se mordiller la lèvre inférieure.
Bordel, le patron du bar a augmenté le chauffage ou c’est moi qui deviens chaud bouillant à la vue de cette bombe qui était encore une inconnue il y a peu de temps et qui, maintenant, m’obsède jour et nuit. Je m’approche, l’œil aussi fiévreux que la chaleur parcourant mon corps et, aussi joueur qu’il y a quelques secondes, je me penche à nouveau jusqu'à laisser ma bouche à quelques centimètres de son oreille. — Ça te tente un pari ?
Je rencontre son regard à la fois rempli de désir autant que de crainte. — Ça dépend du gage.
Elle ne se démonte pas et j’adore ça.
Je lance un sourire qui dicte tout et je note une certaine libération vers ma prochaine suggestion. — Si je gagne, tu t’occupes du ménage, des lessives et de la cuisine pendant une semaine, je lui soumets ça alors que franchement, je n’ai qu’une envie, c’est de lui demander un baiser plus brûlant qu’un volcan en éruption mais, ne sachant pas ce qu’elle a vécu, je préfère ne pas la brusquer. Et si, c’est toi qui gagnes, ce qui m’étonnerait, tu as le droit d'exiger ce que tu souhaites et quand tu le veux. En espérant encore une fois qu’elle propose un meilleur gage que ce que je viens de demander.
À nouveau, la gêne et la timidité envahissent les traits de son visage mais, à ma plus grande satisfaction, elle accepte sans rechigner. La partie commence.
Elle a de bons tirs.
Beaucoup de regards entre nous apportent une frustration si intense que cela me déstabilise jusqu’à ce que je perde et, j’admets que j’ai légèrement fait exprès pour savoir ce qu’elle osera me demander. Mauvais joueur ? Moi !? Pas du tout !
Et puis franchement, quand je l’observe, sautillant sur place, riant aux éclats, c’est comme si la foudre venait de segmenter mon cœur. J’ai l’impression de tomber amoureux et ça, il en est hors de question. Elle est d’une beauté à couper le souffle. Parfaite dans ses attentions envers moi, ses bonnes intentions si gentilles envers les autres. Je la trouve moins fragile depuis que les blessures de son visage ont disparu, comme si tout cela n’avait pas existé et que je la côtoie dans ma vie depuis toujours. Je me suis habitué trop vite à la voir chaque jour. J’aime la retrouver chez moi chaque matin et soir.
Et je me dis qu’être intime encore plus avec elle, serait la cerise sur le gâteau mais voilà, je sais parfaitement que ce serait une mauvaise idée et pourtant, je me dis que je suis à deux doigts de craquer, surtout quand son regard plonge dans le mien et que je me sens happé vers elle, vers son corps, sa bouche et son cœur.
Tétanisée sur place, la queue de billard entre les mains, un sourire heureux au coin des lèvres, je laisse une attention sauvage vers elle et l’admire se diriger jusqu'à moi.
— Vas-tu me dire à quoi j’ai le droit comme gage ? je demande avec déjà une théorie derrière la tête.
Je l’aperçois décompresser, limite joueuse avec un reflet taquin dans le regard. Elle récupère sa bouteille de bière sur la table haute, en boit une gorgée, le regard toujours focalisé sur ma personne, un sourire au coin et en permanence sur les lèvres, avec ce silence qui commence sérieusement à me frustrer.
— Alors ? Je m’exaspère légèrement mais en échappant un rire rauque et nerveux juste après. — On verra au moment venu, s’amuse-t-elle en m’agaçant davantage.
En découvrant la tête que je fais, elle éclate de rire. Le moment est parfait et c’est détendu, un peu trop d’ailleurs puisque je ne contrôle pas mon geste suivant.
Je l’attrape par le poignet, l’attire vers moi, son corps touche le mien. Je m’excite immédiatement.
Ma joue contre la sienne, mon souffle chaud caressant ses cheveux qui sentent si bon et me donne une gaule pas croyable, qu’elle doit sentir en cet instant, je me délecte de chaque sensation qu’elle me déclenche sans le vouloir et je profite qu’elle soit déstabilisée ainsi que troublée de me sentir contre elle, pour dire :
— Alors fais le bon choix, je provoque de ma voix la plus crooner. Tu peux tout me demander.
Sa poitrine plaquée sur le côté gauche de son bras, je perçois l’affolement des battements de son cœur et un subtil frisson de son corps se fait ressentir, me signifiant clairement qu’elle est troublée de ma suggestion. J’adore faire de l’effet aux femmes. Quel homme sensé n’aimerait pas ça ? Mais avec Riley, c’est encore différent. Je maîtrise qu’elle me plaît et qu’elle m’est interdite mais lui faire de l’effet, ça me rend dingue et je sais qu’il ne faudrait qu’une légère inclinaison de nos visages respectifs pour que nos lèvres se scellent enfin.
Bah alors ! pourquoi ne le fais-tu pas ?
Le lieu, l’intimité, le doute…
Mais heureusement, ou malheureusement surtout, la jeune femme a plus de volonté que moi, puisqu’elle s’écarte et, d’un air gêné, elle me signifie qu’elle va aux toilettes.
Je la suis des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse au fond de la salle sombre du bar. Mes yeux repèrent tous les hommes qui ont braqué leurs regards pervers sur elle et une vague de jalousie me capture. Je déteste qu’on la mate et encore plus que tous ses pourries fantasment sur elle.
Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Depuis quand suis-je jaloux ? D’habitude, une fille qui m’attire ou une ex qui serait dans les bras d’un autre, je m’en bat les couilles. Mais là, on parle de Riley, cette femme que je veux sauver de son passé, la préserver de tous les dangers, faire attention à elle chaque seconde, chaque minute qui passent. Et là, je comprends que je veux la faire mienne d’une manière totalement érotique.
Riley est à moi !
Personne n’est en droit de la désirer ou même d’ailleurs, de lui adresser la parole. C’est pour ça, qu’au moment où elle revient et qu’un salopard lui bloque l’accès jusqu'à moi, qu’elle essaie de s’enfuir et qu’il ose l’attraper par la taille puis la plaquer sur son corps au bide proéminent, en poussant un rire gras, je pète aussitôt un câble.
Avec une rapidité, qui surprend même Johnny, me voyant sauter par-dessus une table, prendre une bouteille de bière vide au passage pour la fracasser sur le crâne de l’enfoiré qui s'efforce à présent d’embrasser Riley, il ne faut pas une minute supplémentaire pour que mon pote, trois de sa bande de bikers et moi-même finissons dans une bagarre contre des routiers et autres habitants de la ville.
J’ai vu rouge, pire que ça même. J’ai vu noir quand il a posé ses sales pattes sur elle.
Je suis hors de moi. On ne touche pas Riley. On ne touche pas à cette femme qui me rend radicalement marteau et qui devient beaucoup trop importante dans ma vie.
Pendant que je me prends une beigne, je me rends compte qu'il faut absolument que je m’exorcise d’elle.
C’est, soit je craque une bonne fois pour toutes avec elle, la baisant autant de fois que possible, soit elle se casse de chez moi, de mon taf et de ma vie par la même occasion.
Et c’est complètement énervé, ma lèvre inférieure ouverte, le t-shirt déchiré et le regard sombre que je rentre chez moi avec ma colocataire, qui n’a pas pipé un seul mot depuis notre retour.
Après la bagarre, bien évidemment, nous nous sommes fait virer, avec une note salée à rembourser au patron. Les bikers sont rentrés chez eux, Johnny et Abby sont partis chacun chez soi. Nous avons dessaoulé rapidement et heureusement, surtout quand j’entends qu’elle claque la porte de l’appartement juste après notre arrivée et je me dis aussitôt que ça n’engendre rien de bon.
— Tu peux me dire ce qu’il t’est passé par la tête, Nash ? C’est la première fois que je l’entends avec une voix énervée et j’avoue que, sur le coup, je suis surpris. Moi qui l’ai toujours pensée douce et timide.
J’avance jusqu’à la cuisine, fouille dans un placard pour en sortir une bouteille de vodka et m’en sers un shot avant de le boire aussi sec, me prodiguant une grimace face à la puissance de l’alcool. — Il n’avait pas à te toucher, je gronde, en claquant le verre contre le bois de la table basse.
Riley reste en plein milieu du salon et me regarde avec désespoir. — Quoi ? Je l’agresse à présent. Qu’est-ce qui te dérange ? Que je veuille que personne ne te touche ou que je sois un bagarreur ? — Je n’ai pas dit ça, dit-elle d’une voix un peu plus calme et pourtant, ça m’en énerve encore plus.