Tu es à moi !

Athéna Jacob's · Chapitre 5 sur 15

Pages du PDF

Tu es à moi !

Chapitre 4

Du coin de l’œil, je la vois se diriger vers la chambre. — Bonne nuit Dorothy.

Elle se tourne vers moi et nos regards s’accrochent. Elle est sublime et il me démange d’aller l’embrasser. — Riley, rectifie-t-elle d’une voix douce et innocente. Je fronce des sourcils, ne comprenant pas sur le coup. — Mon vrai prénom, c’est Riley.

Je hoche la tête avec sérieux alors, qu’au fond de moi, je souris car j’apprécie qu’elle ait autant confiance en moi, pour admettre son réel patronyme. — Alors, bonne nuit Riley.

Je fixe trop longtemps la porte de ma chambre avant que je ne prenne conscience que son vrai prénom fait un écho étrange en moi. Cette Riley va totalement bouleverser ma vie mais, pour l’instant, je ne le sais pas encore.

 

CHAPITRE 4

Riley

C’est mon cinquième soir en tant que serveuse au Montana Canyon Food et je peux dire que ce n’est pas de tout repos. Entre la pression d’un nouveau job, les clients plus ou moins agréables, la rapidité des commandes, ne vouloir rien casser ou se tromper et faire avec la méchanceté plus que viscérale de Cassy, je peux dire que, chaque soir, je suis tellement épuisée que je dors profondément et je peux dire que ce n’est pas plus mal car cela m’empêche de trop penser à Anton et à la peur avec laquelle je vis constamment. Surtout quand quelqu’un entre dans le truck, pensant que c’est lui et qu’il m’a retrouvée.

Mais lorsque ce n’est pas à lui que je songe, c’est à un autre homme mais, en mieux.

Je songe à son regard et à toute l’attention qu’il me porte. Il a totalement pris le dessus de mes moindres pensées et j’avoue que de passer le plus clair de mon temps avec lui, ne m’a jamais autant troublé de toute ma vie. — Allo, Dorothy ! j’entends soudainement derrière mon dos. Au lieu de rêvasser, il serait bien que tu passes un coup de balai. C'est encore Cassy, qui ne cesse de m'asséner des ordres, alors qu’elle n’est pas ma chef.

Au début, ce que j’imaginais sincèrement avoir été prise en grippe est finalement un trait de caractère. Elle est juste comme ça avec tout le monde, un tempérament volcanique et, même si la plupart l’envoie bouler, pour ma part, je préfère en outre me taire pour ne pas perdre mon unique source de revenus, surtout que, pour l’instant, tout part dans l’achat de nouveaux habits puisque je n’ai rien ramené et j’en profite, sachant que Nash refuse que je lui donne le moindre sou pour le loyer, la nourriture et également l’essence.

Nash.

Rien que de prononcer son nom mentalement, je me sens fébrile. Une bouffée de chaleur traverse mon dos et je deviens, plus impatiente, chaque jour de me retrouver seule avec lui.

La fin de service approche, je ne sais pas l’heure qu’il est mais, je n’ai qu’une envie, c’est de retirer ses ballerines affreuses et de plonger mes pieds dans de l’eau chaude salée à l'arôme des îles. Balai à la main, je continue mon nettoyage alors que mes collègues discutent entre eux au comptoir, sauf Nash qui doit être sous la douche. L’image de son corps ruisselant de perles d’eau, chose que j’ai imaginé de nombreuses fois à son appartement, me perturbe au point que, sans le vouloir, je fais tomber une salière au sol et des bouts de verre s’éparpillent partout.

— Hey, Blondie tu ne peux pas faire attention, bordel ! me gronde Cassy, avec un regard plus que réprobateur. Franchement, je ne comprends pas pourquoi on t’a embauchée, tu n’es vraiment pas une femme efficace.

— Cass' il serait bien que tu calmes ton langage, j’entends soudainement de la voix ténébreuse de mon colocataire qui se dirige à présent vers moi, toujours aussi sublime après chaque service. Et aux dernières nouvelles, il n’a pas été conclu que tu deviendrais sa responsable donc, à ta place, je fermerais ma grande gueule et j’irais finir de nettoyer les tables comme ton boulot l’exige.

D’une, on ne m’a jamais défendu comme vient de le faire Nash et de deux, surtout jamais avec autant d’entrain.

À genoux à mes côtés, il me vient en aide pour ramasser les bouts de verre. Je suis tellement étonnée par ses mots, que je suis là, à le fixer, voyant à peine son visage, à cause de l’épaisse mèche de cheveux qui lui barre le regard.

Je ne prête pas attention à mes autres collègues qui nous dévisagent comme si nous étions des monstres de foire. Ils doivent d’autant plus être surpris que moi de l’attitude de Nash.

On peut clairement dire que c’est une personne si peu expressive. Nous n’avons quasiment aucune grande conversation entre nous deux ou avec les autres et, même si parfois j’ai ressenti son intense regard sur ma nuque, au grand jamais, il n’a eu des intentions plus qu’amicales avec moi. Dans un mutisme que nous avons pratiquement en présence de l’un et de l’autre, nous nettoyons mes bêtises et, par la suite, je continue mon job tandis qu’il part rejoindre les autres pour une dernière bière jusqu’à ce que nous effectuons la fermeture rien que tous les deux, puisque Al n’est pas présent ce soir.

J’éteins le juke-box, nous nous retrouvons dans un silence apaisant. Je récupère mon gilet de perles et coton fin puisque ce soir, il fait légèrement frais et j’attends qu’il enfile sa veste en jean mais il est toujours derrière le comptoir, préparant un milk-shake.

Quand il dépose la cerise sur la montagne de chantilly, j'en ai l’eau à la bouche, à moins que ce soit cet homme qui m’incendie de son regard, en ce moment précis.

— C’est pour moi ? Je demande en m’avançant jusqu’au bar. Il me lance un de ses rares sourires charmeurs. — Heu… C’est gentil, mais pourquoi ?

Un petit rictus, beaucoup trop sexy pour mon cœur, s’affiche au coin de ses lèvres et, encore une fois, il me balaye de son regard ténébreux, avant d'attraper une cuillère et commence à manger une coupe de glace, qu’il a fait pour lui.

Une gâterie, en tête à tête, après un service plus ou moins agréable, ça je ne m’y attendais pas du tout.

D’habitude, nous nous attendons mutuellement pour partir d’ici. Il prend de quoi nous restaurer à l'appartement, douche et dodo mais là, je mets une fraction de seconde pour réagir, avant de profiter pleinement de ce doux moment.

Encore une fois, je guette le silence entre lui et moi mais c’est sans compter sur le changement d’attitude de l’homme qui lèche avec gourmandise sa cuillère et, oh Marie, Jésus, Joseph, quel geste incroyablement provocateur et indéniablement érotique.

Nash a dû ressentir mon regard fixe sur sa bouche puisqu’il tousse légèrement pour me remettre les idées en place. C’est donc avec les joues rouges, pour ne pas dire le visage en feu que je prends, au sérieux, les prochaines paroles qu’il prononce.

— Il serait bien que tu t’imposes envers Cassy. Ce n’est pas qu’elle est méchante mais elle a toujours été comme ça et, si tu ne lui tiens pas tête au moins une fois, elle ne fera qu’essayer de te dominer. J’aspire une longue gorgée de ce délicieux milk-shake avant de lui répondre.

— Elle a vraiment un sale caractère.

Il rit de ma constatation et ajoute.

— À ça c’est sûr et, crois-moi qu’il y a certains clients qui ne viennent que pour ça d’ailleurs.

Nous rions ensemble et j'avoue sur le coup que la sonorisation du sien est très agréable, précipitant même les battements de mon cœur. — Mais pourquoi est-elle comme ça d’ailleurs ? Il se penche, s’accoude sur le comptoir, me montrant ainsi de plus près ses avant-bras et surtout ses fameux tatouages que je n’arrive pas à déchiffrer, puisque la plupart sont des phrases d’une langue anciennes ou des tribales et ça, il en a un énorme dans le dos, chose que j’ai pu voir quand il est torse nu à l'appartement et, malheureusement pour ma libido, il l’est beaucoup trop souvent.

— Alors ça, ça restera un grand mystère pour tout le monde, conclut-il avec un regard soucieux, ce que je comprends comme le symbole d’une immense empathie et amitié qu’il a avec les autres. Ça fait 5 ans que je bosse ici et jamais je n’ai su le passé de Cassy et l’attitude défensive, agressive, elle a toujours eu.

— Et les autres ?

Je suis curieuse. Je ne sais pas pourquoi, sachant que je pourrais partir du jour au lendemain mais j’ai envie d’en connaître plus, en espérant secrètement que par la suite, c’est de lui qu’il parlera. — Walt est un peu le papa de tout le monde, commence-t-il avec une certaine brillance affectueuse dans les yeux. Comme tu as pu le voir, il est toujours souriant et pas méchant pour un sou mais, sur le fait qu’il soit encore ici à son âge, j’en ai donc conclu que c’était pour une question d’argent, par rapport à sa petite retraite mais au fond je pense qu’il est là pour s’occuper et ne pas être seul.

À ces mots, j’en ai le cœur qui se serre. Je ne connais pas la vie de Walt mais il transpire la bonté à lui seul et de le savoir seul en rentrant chez lui chaque soir, cela me fait beaucoup de peine.

— Abby, reprend-il après une énième cuillère de glace. L’unique chose que je sais, c’est qu’elle a 25 ans, qu’elle a fui le domicile parental, ses géniteurs sont tous deux pasteurs évangélistes et, qu’à la base, elle voulait venir à Hollywood pour débuter une carrière dans le cinéma mais je ne sais comment, elle a atterri ici et n’en est plus jamais partie. — Elle est arrivée depuis longtemps ? — Un peu plus d’un an. Ensuite, il me raconte partiellement la vie d’Al et de son fils Johnny que je n’ai pas recroisé depuis mon arrivée, tandis que nous finissons nos desserts. A la fin, on range, nous fermons la boutique, sortons par-derrière jusqu'à pénétrer dans sa voiture et, c’est avec les lèvres qui me brûlent pour en savoir davantage, que je ne peux m’empêcher de lui poser la question. — Et toi ?

Il tourne son visage sérieux où les reflets de la fatigue contrastent à cause de la lumière criarde du véhicule.

— Comment t’es-tu retrouvé ici ? J’ose lui demander, avec une certaine fébrilité dans la gorge.

Il prend le temps de démarrer la bagnole puis s’engage sur la route, avant de me répondre.

— C’est une longue histoire.

Il n’est pas fermé à la discussion mais je sens que c’est quelque chose d’assez sérieux et qu’il a juste du mal à le raconter. Du coup je n’insiste pas parce qu’après tout ce qu’il a fait pour moi, je lui dois bien une certaine tranquillité mais, contre toute attente, alors que nous sommes tous les deux en train de fixer le chemin traversant cette nuit aussi brillante par ses milliers d’étoiles dans le ciel que poussiéreux par les roches du Montana.

— Mon père est mort dans un tragique accident quand j’avais 10 ans alors que mon frère n’en avait que 8 et, se retrouver l’homme de la famille si jeune, t’apporte une maturité et une responsabilité soudaine. Il me narre cela sans quitter la route des yeux. J’avoue que j’en profite pour l’admirer et me laisser conquérir par sa beauté ténébreuse. Il a un magnétisme dangereux et, même si à l'époque j’avais été hypnotisé par le charisme d’Anton, je peux dire que Nash a le double de son sex-appeal. Il me plait, je ne peux plus le nier.

Je m’en veux de ressentir cela alors que je suis mariée. Ou peut-être veuve.

— Très vite j’ai compris que les études et moi-même ça faisait deux et, même si ma mère a tout fait pour que nous ne manquions de rien, j’ai très vite quitté l’école pour faire des jobs à droite, à gauche. L’entendre parler de sa jeunesse difficile me donne envie de le prendre dans mes bras, comme une mère qui câline son enfant et c’est cette pensée qui me remet les pendules à l'heure.

Riley, il a 7 ans de moins que toi, alors arrête de fantasmer ! Dis-toi qu’il est juste une personne qui fait un passage éclair dans ta vie en tant que colocataire et collègue et puis, qui te dit que lui s’intéresse à toi ? Le petit tic réprobateur de ma conscience a le don de me démoraliser et, c’est avec la mine un peu boudeuse que je m’aperçois que nous arrivons à son appartement.

Mais, avant que nous sortions du véhicule, Nash m’attrape par le poignet, un contact qui m’électrise intensément.

Je pivote vers lui et ce que je lis dans son regard me brise le cœur instantanément.

— Je ne sais pas pourquoi je me confie ainsi, avoue-t-il en caressant mon épiderme du bord de son pouce, ce qui augmente la chaleur de mon corps. Mais je te fais confiance et je veux que tu saches que tu en sais bien plus que ceux avec qui je travaille depuis des années. Je lance un sourire nerveux mais aussi à la fois heureux de par sa confession et le temps est comme suspendu dans les airs, nos regards rivés à l’un et à l’autre.

Ma respiration se bloque face à l’intensité du bleu tempétueux de ses iris. Il me dit que ça le trouble de se confier à moi mais lui, il a le don de faire battre mon cœur comme s’il prenait réellement vie parce qu’il est près de moi.

Je sens une forte connexion entre nous, une attraction à la limite de l’évanouissement et, je peux dire qu’il faut que je cherche au plus profond de moi pour ne pas sauter sur cette bouche qui s’approche dangereusement de la mienne.

Oh, mon dieu, il va m’embrasser ! Je songe, respirant l’effluve de son gel douche qui envahit mon espace.

Sa main fait davantage pression sur mon poignet et de l’autre, il attrape une mèche de cheveux et la glisse derrière mon oreille avec une profonde douceur qui m’apporte aussitôt une multitude de frissons dans l’ensemble de mon corps.

Je ne sais pas si je dois fermer les yeux pour mieux ressentir ce premier baiser mais, c’est avec le cœur battant la chamade que j’attends avec impatience qu’il scelle nos lèvres pour la première fois. Mais ce que je fantasme en cet instant ne se réalise pas car un bruit sourd se fait entendre dans la rue et, c’est par le crochet d’une rue que j’aperçois Johnny parvenir à nous sur sa bécane.

L’instant est brisé, le rêve ne s’accomplit pas et c’est d’un geste un peu trop brusque que je me détache et sort de la voiture sans un regard envers Nash. Je me sens soudainement idiote de par mon attitude et voit dans les yeux de mon colocataire qu’il ne comprend pas ce qu’il vient de se passer et c’est en voyant que son ami arrive jusqu'à nous, que je me précipite vers l’appartement où j'arrive essoufflée. J’entre à l'intérieur puisque bizarrement Nash ne ferme jamais et, c’est totalement fébrile, me traitant de stupide plusieurs fois, que je m’enferme dans la chambre, avec l’appréhension qu’il vienne me voir.

Mais il ne vient pas. Il ne monte même pas.

J’en conclus, après plusieurs minutes, qu’il a dû partir avec Johnny quelque part et qu’à présent, je me retrouve seule, totalement godiche d’avoir attendu quelque chose qui n’aurait probablement pas été réalisé et même s’il aurait tenté de le faire, est-ce que j’aurais répondu avec avidité à cet instant magique ? Est-ce que nous aurions été plus loin? Peu importe mon questionnement, il ne doit rien se passer entre Nash et moi pour la bonne raison qu’il est jeune, il a sa vie et mérite autre chose que d’être mon amant car il faut que je remette la vérité en place, je suis toujours mariée.