Tu es à moi !

Athéna Jacob's · Chapitre 4 sur 15

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Tu es à moi !

Chapitre 3

C’est ce que tu avais pensé également d’Anton et tu vois ce qu’il en a fait de sa force ?

Je déteste que ma conscience me mette une baffe réprobatrice, il faut que je m’en sorte seule à présent et, c’est le cerveau tout secoué que je m’entends dire. — Non, je viens pour le poste à pourvoir !

 

CHAPITRE 3

Nash

Elle est venue. Et bordel, elle est bien plus belle que je ne l'avouerais et même, malgré le coin de l’œil gauche meurtri et une goutte de sang qui est prête à s’échapper de sa blessure.

Dorothy, dont je suis persuadé, est un nom totalement inventé, ce qui est aussi inquiétant que la violence dont elle a été victime, qu’elle ne peut nettement pas cacher malgré ses cheveux fins, d’un blond bien plus clair que je ne pensais.

Sans vergogne, mes yeux se baladent sur ses longues jambes, et d’ailleurs j’aime les femmes élancées et grandes comme elle. Baskets aux pieds, mini short parfait pour la chaleur étouffante de l’été, je constate qu’elle a retiré son tablier mais, bizarrement, détail qui ne devrait pas prendre trop d’importance, elle arbore toujours ces bijoux d’appartenance à quelqu’un d’autre.

Mon regard s’assombrit sans que je ne puisse le contrôler et l'interpréter. Je croise la faible lueur d’espoir dans son attention alors qu’elle est en pleine explication avec Al pour le poste à pourvoir, chose qui m’a beaucoup surpris de sa part à l’heure où j’imaginais qu’elle avait écouté ma proposition. Une bière à la main, accoudé au comptoir attendant qu’ils terminent leurs échanges, je me retrouve pour seule compagnie de Johnny.

Les autres sont déjà partis et, pour ma part, je ne pensais le faire uniquement quand j’en saurais un peu plus sur cette inconnue au regard perdu, qui a probablement dû vivre la pire soirée de toute sa vie.

— Tu la connais ? M’interroge soudainement mon pote, en écrasant sa clope dans le cendrier du bar, avant de finir son verre de whisky que son père nous laisse déguster en fin d’activité. — Pas du tout. — C’est bien la femme de la station-service ?

Je hoche la tête en affirmation, sans la quitter des yeux pour autant. Elle a une histoire derrière ce visage soucieux mais sincère et je ne sais pas pourquoi, il est à présent primordial pour moi que j’en sache plus sur elle.

Ce qui est bien avec Johnny c’est qu’il n’est pas très curieux ou, plus probablement, il n’en a strictement rien à faire de la vie des gens, car il ne pose pas de question non plus et dérive sur la prochaine partie de poker qu’il a ce soir avec sa bande de bikers.

Je l’écoute sans vraiment d’intérêt, mon attention toujours rivée sur cette femme qui s’approche, la minute suivante, vers nous en compagnie de Al.

— Dorothy commencera demain soir, m’avertit-il, avec un regard appuyé vers moi, qui signifie clairement que j’en suis responsable, en cas de pépin, chose que lui et moi, nous nous sommes accordés depuis le début.

Ici, nous protégeons les femmes, coûte que coûte et Al est au fait que la clientèle, parfois, va au-delà de la limite autorisée et sachant Walt trop vieux pour régler les comptes, le boss me légitime à faire la loi quand il est absent du restaurant.

Par la suite, il lui montre les vestiaires, l’informe que l’une des filles la formera rapidement en salle et au bar puis, d’un air un peu plus grave, il me fait signe de m’écarter et se penche assez pour que je sois le seul à entendre. — Ne sachant pas combien de temps Dorothy reste dans les parages, elle sera payée de la main à la main chaque jour donc, je te transfère les fonds nécessaires pour son salaire dans le bureau.

J’acquiesce avec sérieux et le laisse continuer, tout en notant dans son regard quelque chose qui le tracasse et qui fait écho à ce que je ressens.

— Je pense qu’elle vient de s’échapper d’une grave situation, dit-il avec un regard sombre. Je n’ai pas voulu poser plus de questions mais, toi comme moi, je sens que ses problèmes ne sont pas finis et qu’il va falloir être plus vigilant que d’habitude.

Son alerte ainsi que l’intonation de sa voix est le reflet de ce qui me travaille depuis que j’ai croisé le regard de cette femme et, même si d’ordinaire, les difficultés nous les réglons assez rapidement, nous faire surprendre est quelque chose que nous n’aimons pas en général. Quand c’est comme ça, pour nous l’union fait la force et on ne sera pas trop de deux si, la ou les personnes qui lui ont fait du mal, la retrouvent ici.

Nous nous accordons sur un certain point avant qu’il m’informe de vouloir fermer le Truck et que je parte, sans omettre de raccompagner Dorothy jusqu'à sa voiture.

Clope au bec, je fais signe à Johnny qui a enfourché son engin du diable et prends la route sous le son chaotique de son moteur. Le ciel est dégagé, les lumières du wagonnet s’éteignent dans l’ensemble et il ne reste que la clarté des étoiles et de la vieille station pour nous apporter ce qu’il faut jusqu’à ce que nous nous retrouvions à sa voiture.

Le corps raide, l’attention partiellement dans le vague, la jeune femme n’a pas pipé un seul mot depuis que nous sommes dehors et, c’est en visualisant sa Cadillac que soudainement je me pose la question.

— Où est-ce que tu dors ce soir ?

Le regard fuyant et un pied accordant plus d’intérêt aux cailloux qui longe le sol, plutôt que de me répondre la vérité.

Et, sans que je comprenne ce qu’il m’arrive, je lui fais une proposition.

 

— Prends tes affaires, je t’emmène chez moi.

Son visage se relève aussi sec dans ma direction, ses yeux s’écarquillent, sa bouche s’ouvre prête à dire quelque chose mais elle laisse passer plusieurs secondes avant de prendre la parole.

— Mais je ne te connais même pas et vice-versa.

Sur le coup, j’ai envie de sourire face à son étonnement mais l’idiot que je suis reste impassible et évite d’être trop agréable avec elle. Je veux bien l’assister, la protéger car, honnêtement cette femme en a bavé, ça se voit mais, en aucun cas, je ne souhaite qu’elle s’amourache ou pire qu’elle pense que je m’intéresse à elle et, le mieux est que je reste à distance et que je sois à un juste niveau d’attitude cordiale et respectueuse. Pas plus.

— J’ai bien compris que tu n’avais pas une thune car, qui se trouverait en panne en plein désert et, en plus, se propose à un poste que tu n’as jamais dû exercer de ta vie ?

Elle tente un début d’explication mais, à vrai dire, je préfère mettre les choses au clair dès le début avec elle, avant qu’elle ne foute un pied chez moi.

— Dorothy et, franchement, tu aurais pu choisir un autre prénom, je ne sais pas ce qu’il t’arrive, ça ne me regarde carrément pas et comme tu l’as souligné, tu ne me connais pas et inversement mais là, je te tends une main donc, saisie-la car, honnêtement, il est rare que je propose deux fois la même chose. Je ne sais pas si c’est l’intonation de ma voix

particulièrement convaincante ou le fait que je l’oblige à croire un inconnu dont elle ne connaissait même pas l’existence il y a une heure à peine mais, contre toute attente, elle récupère juste son sac à bandoulière avant de se diriger vers mon véhicule.

— Attends et ta valise ? Je m’exclame, ne comprenant pas pourquoi elle ne prend pas ses affaires.

J’espère qu’elle ne pense pas que je suis son majordome ou du genre à chouchouter une femme car elle se met le doigt dans l’œil et bien profond si elle pense abuser de ma gentillesse, mais, ce qu’elle sort par la suite, me cloue le bec avant même que je n’aie pu dire quoi que ce soit.

— Tu penses bien qu’entre sauver ma vie et faire une valise, le choix était vite fait.

Il faut que j’intègre cette information qui me glace le sang avant que je ne fasse le premier pas en direction de mon véhicule. J’y saute directement à l’intérieur et, sans que nous nous regardions une dernière fois dans les yeux, nous prenons la route avec cette chaleur plus ou moins supportable.

Il est presque 3h30 du matin tandis que je me gare dans la rue sombre de mon logement. Il n’y a pas un bruit, pas même quelques chats de gouttière qui pourraient nous surprendre. Les lampadaires de la commune nous éclairent à peine, la ville n’a franchement pas trop les moyens de faire quoi que ce soit, niveau aménagement rural. Nous n’avons même pas de soins médicaux par ici, il faut faire des kilomètres vers le sud pour y avoir accès, enfin quand on peut se le payer.

Toujours dans le même mutisme commun, nous montons les étages et, c’est au moment où j’insère ma clé dans la serrure qu’une effluve sucrée aux saveurs gourmandes de bourbon vanillé envahit mon espace. Une douce chaleur s’invite et entoure mon cœur lorsque je comprends que c’est le parfum de cette inconnue que je hume et, je la respire encore quand j’ouvre la porte en grand et que je la laisse pénétrer en premier dans mon logement.

Cette odeur lui va si bien.

Mon trouble pour elle s’agrandit au moment où je referme la porte derrière moi, mets le loquet pour plus de sécurité. Ici, il y a autant de prostitués que de meurtriers mais, heureusement pour moi et pour eux également, personne n’est jamais venu me chercher des noises. Je fixe la jeune femme qui effectue le tour du minuscule salon avec une kitchenette intégrée, comme si elle visitait la plus ancienne des cavernes et je dois dire que, si j’avais eu un œil extérieur de mon appartement, il est certain que la vaisselle qui s’amoncelle dans l’évier, les trois cendriers remplit de mégots de cigarettes, sans omettre les canettes de bière, les boites du chinois d’en face ainsi que le clic clac encore ouvert et le pouf verdâtre remplit de trou de boulette de shit, ça fait vraiment négligé mais c’est ma garçonnière et si ça ne plait pas, les gens dégagent, je n’en ai rien à faire du ménage. En plus pour le peu de temps que je suis ici. Mais, encore une fois, je crois que cette femme a un pouvoir sur mon comportement puisque, ni une ni deux, je replace le canapé bien rectiligne, enlève les détritus de la table basse pour les jeter dans le lavabo déjà plein puis, glissant nerveusement mes doigts dans mon épaisse chevelure, je pivote vers elle.

— Si tu veux prendre une douche, il n’y a pas de problème, je lui propose alors qu’elle retire délicatement ses chaussures et les dispose bien droite et rangée sur le côté de la porte. Tu trouveras des serviettes propres dans le placard d’entrée et je vais te passer de quoi dormir, pendant ce temps, je vais changer les draps de mon lit pour que tu puisses y dormir la durée que tu envisages d'y rester.

Je viens de déballer tout cela sans la quitter des yeux une seule seconde, me laissant capturer par sa fragilité et son innocence. — Nash, je peux très bien dormir ici, s’insurge-t-elle en entourant son buste de ses bras fins, l’air si timide qu’à l’instant, je n’ai qu’une envie, c’est à mon tour, d'encercler sa taille de mes mains pour qu’elle comprenne que je suis là et que je la protégerai de je ne sais qui s’il le faut. Déjà que je n’ai pas de quoi te payer, s’il te plait, ne me laisse pas ton lit, ici ce sera parfait. J’écoute le son de sa voix cassante et, sur le coup, c’est la colère qui l’emporte mais pas contre elle, contre celui qui a osé lever la main sur elle. Sentant le désarroi gagner sur sa fragilité, je m’approche et, pour la première fois, je pose mes mains sur elle, sur ses épaules qui s’affaissent et qui frissonnent à mon contact tandis que je ressens un court-jus délectable qui m’apporte beaucoup trop de joie au contact de son épiderme parfumé et doux. — Je ne suis pas le gentil gars comme tu peux le penser Dorothy, je préfère la prévenir, accentuant mes propos d’un visage sérieux. Mais je ne laisse jamais tomber une personne dans le besoin et, si je te dis que tu seras mieux dans mon lit, accepte-le car, quoi qu’il arrive, je ne te donne pas le choix et en plus il est tard, je suis trop crevé pour me battre donc, va prendre une douche, je prépare cela et également de quoi manger puisque je suis certain que tu n’as rien avalé depuis des heures. À mon immense soulagement et surtout que j’étais en train de me noyer dans ses iris, aussi magnifiques que sombres telle une éclipse solaire, elle acquiesce avant que je ne l’accompagne vers la salle de bain qui fait aussi office de toilettes. Minuscule comme une cabine téléphonique et accolée à un des murs de ma chambre.

C’est dans un état, autant excité que fébrile et après avoir changé les draps du lit que je me retrouve comme un con assis sur celui-ci avec une demi-molle parce que je suis en train de l'imaginer, sous cette douche, dont j’entends parfaitement l’eau couler qui doit glisser sur cette peau qui m’a démangé d’embrasser, au moment même où je l’ai aperçu dans sa Cadillac. Secouant mon cerveau en train de fantasmer de la rejoindre et de la prendre contre le carrelage, je retire mon t-shirt tellement j’ai chaud puis me dirige vers la cuisine et, c’est en pleine préparation de tartine à l’avocat, tomate et œufs au plat que je me rends compte de la présence de la charmante jeune femme, vêtue uniquement d’un large t-shirt et d’un short de sport qui m’appartiennent et je peux dire que le barreau est revenu aussi sec, doublement plus dur même, au niveau de mon entre-jambes. Les cheveux mouillés, le regard incertain vers moi, se mordant le fond de la joue, n’osant pas s’asseoir ou bouger d’un millimètre. Je perçois une gêne grandissante quand elle s’oriente sur mon torse nu et intérieurement, je souris face à son embarras.

Le fait de savoir que je pourrais l’intéresser m’apporte une satisfaction beaucoup trop plaisante. Ce n’est pas le moment d’avoir quelqu’un dans ma vie, sexuellement passe encore mais, quand je détaille les traits fins de son visage, l’attitude timide et tendre qui émane d’elle, il est clair que Dorothy n’est pas de celle qu’on veut juste pour un soir mais, de mon côté, je ne peux me permettre de suggérer plus.

Sans un mot, je pose deux assiettes sur la table basse, elle s’installe à mes côtés avec un léger sourire sur les lèvres, nous mangeons ensuite silencieusement, tout en survolant une rediffusion télévisuelle sur une vieille série policière puis mon invitée propose de faire toute la vaisselle abandonnée tandis que je prépare mon lit, chose que je ne refuse pas. Le soleil se lève lentement sur la côte ouest du Montana mais, pour nous, il est l’heure d’aller se coucher.