Tu es à moi !
Chapitre 6
Je n’aime pas la voir fragile, n’osant plus me fixer dans le blanc des yeux. Prise d’une subite envie de la sentir, je m’approche jusqu’à ce que front contre front, je plante mon attention sur elle et avoue d’une voix sombre. — Je déteste qu’on te touche, qu’on te parle, qu’on te regarde Riley. Son souffle se coupe et moi, je sens que ma poitrine se comprime. Je vais craquer.
— Empêche-moi Riley.
Nos pupilles se cherchent, une tension plane au-dessus de nous, mes mains remontent sur ses bras et nos lèvres sont à quelques centimètres de se toucher. Je désire qu’ensemble, nous nous engouffrons au plaisir de ne faire qu’un.
— De quoi, Nash ?
Mon cœur cesse de battre.
— De t’embrasser.
CHAPITRE 6
Riley
Aujourd’hui c’est la rentrée des écoles et je ne suis ni dans une salle de classe, ni au collège San Antonio entourée de nouveaux élèves ou de mes collègues.
Ça fait donc à peu près deux mois que je suis serveuse au Montana Canyon Food et j’avoue que le bourdon me gagne.
Ma précédente vie de professeur se profile dans mon esprit alors que je suis en train de poser une assiette de gaufre chantilly nappage chocolat devant un garçon qui doit avoir l’âge de mes anciens élèves.
Ça me manque la pédagogie. De voir leurs réussites dans leurs regards, le partage entre nous ou même juste parler espagnol tout simplement. C’est un enseignement que j’ai toujours voulu faire et la violence de mon époux a, à la fois, briser mon mariage, mon âme et la profession que j’ai toujours rêvé de faire.
Il a réussi à chambouler totalement ma vie. Il est probable que, s’il est mort comme j’ai pu le croire lors de ma fuite, il pourrait détruire mon avenir, chose que je pense à chaque fois que le Shérif Bucket franchit l’entrée, d’ailleurs.
Mais, au fond de moi, je suis sûre qu’Anton est bien en vie et qu’il est à ma recherche car je lui appartiens à la vie, à la mort et il ne trouvera pas le repos tant que je ne serais pas avec lui dans notre la maison. Je regarde l’horloge accrochée au-dessus de la porte et remarque qu’il n’est même pas 23 h.
Nous sommes dimanche et, en général, c’est le soir où l’on ferme le plus tôt, c’est pour cela que je me retrouve seule à travailler avec Nash. Nash, l’homme aux milles fantasmes. Il est celui qui m’excite et en même temps, celui qui me fout le plus la trouille.
Mais de la bonne trouille.
Celle où je me dis que si je craque, il va me faire monter au septième ciel et j’aime qu’il soit protecteur, comme il a pu le faire au bar à la dernière soirée billard.
Je dois avouer que je me suis attaché à lui et, tant que j’aurais cette épée de Damoclès qui se nomme Anton au-dessus de la tête, en aucun cas, je ne veux prendre le risque qu’il lui arrive quoi que ce soit par ma faute. C’est pour cela que ce même soir, au moment où il a admis désirer m’embrasser, j’ai pris la fuite.
L’envie me tirailler, au point d’en avoir la culotte trempée, comme à chaque fois que je le vois mais non. Je me suis enfermée dans la chambre, je suis restée prostrée, le front contre la porte jusqu'à l'entendre partir et puis, le lendemain, nous avons fait comme si rien ne s'était passé. C’est mieux ainsi même si je sens qu’il y a moins de complicité entre nous, ressemblant fortement à mes premiers jours ici. D’ailleurs il serait tant que je disparaisse et que je m'en aille. Que je mette le plus de distance possible entre l’Idaho et moi. Peu importe où, du moment que je sois le plus loin possible d’Anton et de ne plus mettre, ces nouvelles personnes avec qui je partage ma vie aujourd’hui, en danger.
Je ne sais pas encore mais, avec l’argent que j’ai gagné, moins ce que j’ai mis en enveloppe pour Nash, j’ai assez pour plusieurs pleins d’essence et un mois de loyer dans une nouvelle ville.
Ma décision prise, il va falloir que je l’annonce à Nash et, bizarrement, c’est la chose la plus dure que j’ai à faire depuis longtemps. Du coin de l’œil, j’observe Nash qui grille un steak pour un énième client. Une mèche de sa frange lui barre la vue, les muscles de ses bras saillent de par son t-shirt blanc qui lui moule à la perfection son torse mais, ce que j’aime le plus, c’est quand il manipule le couteau ou la spatule car ça lui fait bouger les fesses et, dans son jean Levis, il est juste à tomber. A 36 ans, j’ai vu beaucoup d’hommes, même si sexuellement, je n’ai eu que mon tout premier petit copain Randy au lycée puis Anton mon mari, mais, de tous, je n’ai jamais vu d’homme plus sexy que Nash. Comme s’il avait senti mon œil insistant sur son arrière-train, il tourne son regard vers moi et il me prend en flagrant délit en train de regarder ses fesses. Je regarde ailleurs mais je sais que c’est trop tard et, c’est avec les joues rouges que je sers un café à un homme d’une quarantaine d’années, en costard, qui a eu la déplaisante manie de fixer mon décolleté depuis le début de la soirée.
À part quelques personnes étranges et disgracieuses, j’avoue que, travailler ici, est la plupart du temps très agréable. Le patron est d’une gentillesse sans nom, même sous ses airs de rustres, Walt est un nounours en guimauve, Abby est une rose des champs d’une beauté et d’une douceur incroyable.
C’est une perle tellement amoureuse d’un Johnny, un bad boy qui vient la voir, un peu trop ces derniers temps d’ailleurs. Et que dire de Cassy ? Oui elle ne changera pas mais, à force de la côtoyer, j’imagine qu’elle s’est enfin habituée à moi et puis, je l’ai bien cernée à présent. Je ne peux pas dire que nous sommes devenues amies, loin de là, mais il y a du progrès.
— Je pense que nous pouvons fermer, j’entends soudainement, à ma gauche, la voix dirigeante de mon colocataire. Les avant-bras appuyés en haut du cadre qui sépare la cuisine de la salle, je découvre qu’une heure vient de défiler sans m’en rendre compte et que je viens d’empocher l’ultime client qui franchit la porte de sortie, en cet instant précis.
In the Mood de Glenn Miller s’enclenche dans le juke-box, entraînant et vif, on s’habitue au vieux son des années 50 et, c’est avec quelques petits pas de danse que je débute le ménage alors que Nash s’affaire à rendre la cuisine brillante. Ensuite, comme nous le faisons à chaque fois que nous nous retrouvons seuls le soir, il comptabilise la caisse. Normalement après qu'il se grille une clope, il ferme le truck, nous rentrons, soit pour un dernier verre en ville, soit pour aller directement se coucher. Mais ce soir, je crois que les choses vont se dérouler différemment car je finis à peine de ranger le balai et le spray désinfectant que la musique s’éteint brusquement, comme la moitié des lumières et, quand je tourne la tête vers le comptoir, je découvre Nash sortant la stéréo qu’il utilise dans sa cuisine, y insère un CD, avant que du son des années 90 absorbe le silence de ma surprise, laissant place à un autre rythme et à une génération que j’affectionne particulièrement.
Maintenant que j’ai achevé mon travail, je retire mon tablier puis je me change dans les vestiaires, avant de revenir au bar où je sers un verre de Coca-cola à chacun.
J’attends que lui-même ait terminé pour m’installer, avec un nœud nerveux au ventre, suite à la décision de lui dire que je vais m’en aller. Je sais que je ne devrais pas autant prendre les choses à cœur mais je savais dès le début, qu’ici, c’était une pause pas voulue et que c’est pour leurs propres sécurités, comme pour la mienne que, plus vite je serais à distance d’Anton, mieux ce sera pour tout le monde.
— Ça n’a pas été une grosse soirée, déclare-t-il, en enlevant à son tour son tablier de cuisine.
Il s’installe ensuite à l’arrière du bar et, c’est au moment où son attention devient sérieuse et qu’il me fixe avec l’intention de dire quelque chose que la panique me gagne et je lâche la bombe.
— Je vais partir, Nash !
Je crois que l’information est en train de faire son petit bonhomme de chemin jusqu’à son cerveau car il met plusieurs secondes avant de comprendre et de réagir.
— Comment ça tu pars ? Essaie-t-il de m’offrir une deuxième possibilité de changer d’avis.
Son regard surpris mais qui s’assombrit au fur et à mesure qu’il me fixe, m’annonce un échange volcanique.
— Il est temps que je parte Nash, tu savais parfaitement que je suis tombée ici par hasard, que je ne donne pas une fausse identité pour rien et que tout cela n’était qu’épisodique.
Nash pose son verre d’un coup sec, ce qui me fait sursauter. Il recule, pose son dos contre le mur derrière lui, croise les bras sur son torse et me toise. Je suis sûre qu’il contrôle tout le venin qu’il rêve de cracher sur moi. Deux mois à côtoyer Nash Lawson, je le connais suffisamment pour savoir que c’est un mec qui a l’art de la retenue, il n’en est pas moins qu’un homme au sang chaud, impulsif et extrêmement possessif. Des défauts qui ressemblent beaucoup trop à ceux de mon mari mais, a contrario d’Anton, je sais, je sens que Nash, lui, ne lèvera jamais la main sur moi.
Comment peux-tu en être si sûre ?
L’âme dans son regard, dans son regard peut-être. Jamais je n’ai pu être autant en confiance, si
protéger par juste le biais de ses yeux.
— À vrai dire, je ne sais pas grand-chose de toi Riley, exprime-t-il d’une voix remplie de reproches, légèrement sèche.
Ses mots bousculent mes pensées et la vision des traits de son visage durci et à la fois intransigeant, m’affirme que mes intentions lui ont fait du mal. Chose que je ne voulais pas faire. Loin de là.
Je sais en cet instant qu’il affiche une attitude froide par pure protection mais, comme dit précédemment, son regard ne ment jamais et là, je découvre une lueur bienveillante.
— Oui, tu as raison Nash, je capitule avec un sourire timide. Je refuse de parler de mon passé car j’aimerais que cela reste justement dans le passé. Je ne dis pas ça pour faire ma mystérieuse mais moins j’en dis, mieux je vous mets en danger.
Ses sourcils se froncent davantage. Je sais que ça le frustre que je n'en dise pas plus mais mes convictions sont honnêtes et, même si ce sont des personnes qui existent depuis peu dans ma vie, je m’en voudrais terriblement qu’ils leurs arrivent quoi que ce soit à cause de mon passé, avec le doute qu’Anton soit mort ou pas.
Dernièrement, j’ai failli aller dans un bureau de poste, pour regarder sur le minitel ou dans la presse municipale mais, à chaque fois, on me réclame ma pièce d’identité, que je n’ai plus et ici, à part Nash qui connaît uniquement mon vrai prénom, personne ne sait et personne ne doit savoir.
Anton a travaillé dans l’armée, il côtoie des gens aux renseignements. C’est pour cela que j’ai demandé à Al de me payer de la main à la main et de ne pas faire de fiche administrative sur moi.
— J’imagine qu’il n’y a rien qui te fera changer d’avis ?
Il me brûle les lèvres de lui répondre que seul lui pourrait y arriver mais trop de doute m’envahit, doublé de ma timidité maladive, je hausse les épaules avec un regard perdu tout en pivotant négativement ma tête.
Il ne dit plus rien, un silence s’installe entre nous tandis que dans la pièce résonne le début de la chanson de Michael Bolton When a Man Loves a Woman.
Je finis mon verre sous son regard rempli d’orage et je sens qu’il est temps que nous rentrions, avec quand même le cœur serré parce qu’il n’a pas l’attitude que j’aurais aimé avoir de sa part.
Oui, j’aurais aimé qu’il me dise de rester, qu’il se batte pour comprendre ce qu’il s’est passé, qu’il me prouve que lui et moi c’est plus fort que la raison et qu’enfin, nous nous avouons ce que l’on ressent pour l’un et pour l’autre.
Plongée dans mes pensées, les paroles de la chanson vibrant au plus profond de moi, je me lève, prête à partir. Je suspends mon visage vers celui qui me hante jour et nuit, appréhendant à recevoir son triste regard mais c’est son absence qui brille face à moi.
Soudainement, je sens une présence derrière moi. Sa présence. Je me raidis instantanément, ressentant son torse qui s’appuie fortement contre mon dos. Mon souffle se coupe, endurant toutes les ondes sexuelles qui émanent de lui. Ses mains se posent sur mes hanches, son effluve flirte avec ma joue, qu’il dégage de mes cheveux.
Je vibre comme jamais.
— Reste, murmure-t-il contre ma peau.
Il est si proche de moi, au point de ressentir les battements anormalement rythmiques de son cœur. Ils font écho au mien et je sens que cet instant, sera à jamais gravé en moi.
Je ferme les yeux pour ressentir davantage toutes les sensations que me procure sa chaleur et qui se multiplient dès qu’une de ses mains se glisse sur mon cou, donnant l’appui en dessous de mon visage. Ma tête s’incline en arrière, se positionnant en biais, je bifurque lentement, ressentant sa main sur ma joue.
Je n’ouvre pas les paupières de peur de lire le doute dans son regard mais je sens sa bouche se poser sur la mienne, m'évitant de dire quelque chose que j’aurais regretté par la suite.
Ses lèvres chaudes s’entrebâillent et, par automatisme, je fais de même. Au début, c’est doux, à peine plus léger qu’une aile de papillon mais, quand nos langues se rencontrent, l’instant sauvage arrive aussi fort qu’une vague qui s’abat sur le sable.
Il plaque davantage mon corps contre le rebord du comptoir tandis que le sien s’échauffe contre mon dos. La position pourrait être inconfortable mais ma concentration, pour ne pas dire toute mon âme, ne vit que pour ce baiser tumultueux.
Lentement, je passe une main à l'arrière de sa nuque et appuie sa tête vers moi, pour qu’il approfondisse notre échange qui me brûlait de ressentir, depuis que mes yeux se sont posés sur lui.
Pris d’une pulsion brusque mais plaisante, il se retire, me retournant totalement, lui faisant face à présent, mon cœur explose dans ma poitrine quand mon regard découvre l’intensité du désir qui brille dans ses yeux et, j’ai à peine le temps de reprendre mes esprits, qu’il fond à nouveau sur ma bouche.