Voyage à Madagascar et aux îles Comores - Tome I
§ 6. – Premiers travaux des missionnaires. – École publique. – Progrès de la mission. – Mort d’Hastie. – Regrets publics de Radama. – Appréciation de l’agent anglais.
§ 6. – Premiers travaux des missionnaires. – École
publique. – Progrès de la mission. – Mort d’Hastie. –
Regrets publics de Radama. – Appréciation de l’agent
anglais.
Dès que le drapeau anglais flotta à Tananarivo à côté de ce-lui d’Émirne, M. Jones reçut l’autorisation d’ouvrir une école qui réunit quelques élèves. Ce fut le 8 décembre 1820 que com-mença l’enseignement des missionnaires ; l’année suivante M. Griffiths et sa femme vinrent y coopérer. Radama leur avait permis d’instruire son peuple, sans pourtant autoriser la prédi-cation du christianisme, dont il ne se faisait alors aucune idée. Il fit bâtir, pour M. Jones, une case commode, et, lorsqu’elle fut achevée, il vint la consacrer en y jetant de l’eau et en y faisant les cérémonies habituelles. Ces pratiques superstitieuses, qui n’eussent pas manqué d’attirer la colère des pieux missionnai-res, si elles avaient été le fait des catholiques romains, parais-sent avoir singulièrement flatté leur vanité. Les commence-ments de leur séjour à Madagascar furent marqués par une ex-trême tolérance et une sage attention à ne pas enfreindre les coutumes nationales. Nous nous plaisons à citer la conduite de Mme Griffiths qui vint offrir au roi les premiers ouvrages de cou-ture achevés par ses élèves, pour suivre la coutume antique qui ordonne de présenter au souverain les premières productions, soit de la terre, soit de l’industrie, c’est-à-dire un échantillon de tout ce qui est nouveau pour le pays.
De tels actes, disons-le en passant, eussent gagné aux mis-sionnaires les cœurs des naturels, et plus tard ils eussent pu, sans obstacles, faire leurs affaires de religion. C’est ainsi qu’ils se fussent montrés dignes du titre de civilisateurs d’un peuple à demi barbare ; c’est ainsi qu’ils se fussent montrés vraiment supérieurs aux missionnaires catholiques, et qu’ils eussent don-né de la valeur à leur critique, souvent injurieuse, des travaux de ces modestes et dévoués propagateurs de la foi chrétienne, qui, eux, ne redoutaient pas la mort et n’attendaient pas de
– 76 – passeports pour pénétrer au sein des peuplades les plus barbares.
Les progrès de la mission, à laquelle étaient venus se join-dre plusieurs autres personnes envoyées par la Société, et no-tamment des imprimeurs avec des presses et des caractères, allaient toujours croissant. L’examen des écoles, fait en 1826 par Radama lui-même, constata la présence de 2,000 écoliers. Deux années plus tard, la mission comptait trente-deux écoles dissé-minées dans le pays d’Émirne et plus de 4,000 élèves.
Au commencement de 1826, Hastie avait été appelé à Ta-matave auprès de Jean René dont la fin approchait. Après la mort de ce chef, qui lui avait confié l’exécution de son testa-ment, il fit un voyage à l’île Maurice, où il arriva fort malade lui-même ; il avait fait à bord du navire une chute violente, dont les effets furent aggravés par une série d’autres accidents. Un mieux s’étant manifesté dans son état, il était revenu à Mada-gascar, où Radama l’avait accueilli avec toutes les démonstra-tions d’une sincère amitié. Cependant sa guérison n’était qu’apparente ; le mal fit des progrès effrayants, et le traitement qu’il suivit en prenant de fortes doses de calomel, moyen curatif généralement employé par les Anglais dans l’Inde, accéléra sa fin qui eut lieu le 8 octobre 1826.
Pendant la maladie de Hastie, Radama témoigna souvent son inquiétude, et en même temps la haute opinion qu’il avait des talents de son conseiller : « J’ai perdu, dit-il, un grand nom-bre de mes sujets, de mes soldats et de mes officiers, et plu-sieurs marousérana (ou nobles du plus haut rang) ; tout cela
n’était rien comparé à la perte d’Andrian-Assi 1. Il a été l’ami sincère, l’époux de Madagascar……… Il s’est montré supérieur à tous les agents qui l’ont précédé, et personne ne l’égalera parmi ceux qui lui succéderont ; personne ne ressentira comme lui cet
1 Andrian, noble, titre de respect ; Assi est une corruption du nom d’Hastie.
– 77 – intérêt pour Madagascar. Il en viendra beaucoup qui se ront, mais pas un qui fasse autant que lui, et termine les péni-bles travaux qu’il a commencés… »
Hastie fut enterré dans la chapelle des missionnaires ; le roi, la famille royale, les juges, les officiers et un immense concours de peuple assistèrent à ses funérailles.
Les missionnaires anglais ont toujours fait le plus grand éloge d’Hastie dans leurs publications. On a dit cependant qu’ils ne vivaient pas dans la meilleure intelligence, que l’agent an-glais ne les épargnait pas dans ses conversations, et que s’il n’eût craint de s’aliéner les bonnes grâces de sir Robert Farqu-har leur zélé protecteur, il les eût fait expulser par Radama au-près de qui il se plaisait à les tourner en ridicule. Ceux-ci affir-mant de leur côté qu’ils doivent à Hastie la faveur dont ils ont joui pendant quelques années, il est difficile de discerner quelle était vraiment leur position respective.
La mort d’Hastie fut une véritable perte pour l’Angleterre dont il avait puissamment servi les intérêts. Quoique les moyens qu’il employait pour réussir ne fussent pas toujours délicats, il y aurait de l’injustice à lui contester une grande habileté. Il avait un esprit pénétrant, une connaissance parfaite des hommes et des affaires qu’il savait conduire avec adresse ; et, lorsqu’il croyait pouvoir être utile à son pays, il ne reculait devant aucun péril. Sa veuve, à laquelle il n’a laissé pour héritage qu’une mai-son à Tananarivo, a demeuré quelque temps dans la capitale des Hovas, et habite aujourd’hui l’Angleterre où elle surveille l’éducation de son enfant ; elle reçoit pour cet objet une pension du gouvernement.
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