Outer Banks

Alyssa Sheinmel · Capítulo 13 de 42

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Outer Banks

Chapitre 13 - JOHN B

— BOUGE-TOI, SAVANNAH ! GROGNE HUNTER. LA TEMPÊTE

a changé de direction !

— Quelle tempête ? demandé-je à JJ.

Je suis obligé de crier. Le bruit du vent recouvre nos voix.

L’océan est de plus en plus agité. Savannah se lève, s’approche à nouveau du rebord et pose un pied dessus.

— Non ! hurle JJ en la retenant par le bras. C’est trop dangereux !

— Allons-y, Hunt ! crie un des Tourons.

— Viens, Savannah ! insiste Hunter. Tout de suite !

Savannah repousse JJ. Elle hésite, comme si elle se demandait quelle option est la pire – mourir écrasée par les bateaux ou se retrouver coincée avec nous à bord du Pogue.

— Si tu veux partir, c’est maintenant ou jamais, suggéré-je.

JJ me lance un regard noir.

— Tu plaisantes ? grogne-t-il. C’est trop risqué ! Ne saute pas, Savannah.

— Ne me dis pas ce que je dois faire ! riposte-t-elle.

— Maintenant, Savannah ! crie Hunter.

— Et lui, il ne te dit pas ce que tu dois faire, peut-être ? lui reproche JJ.

— Hunter est mon copain, lui rappelle-t-elle, comme si cela justifiait son comportement.

Il se met à pleuvoir. Tout à coup, il fait sombre comme à la tombée de la nuit. Les Tourons se précipitent dans la cabine de leur bateau.

— Allons-y, Hunt ! lance un mec en attrapant la glacière, comme si les bières étaient plus importantes que le reste.

Hunter hoche la tête et se retourne vers le Pogue.

— Allez, Savannah. Tu ne veux pas te retrouver coincée en pleine tempête avec ces deux gars.

— Pardon ? s’agace JJ. Elle est plus en sécurité avec nous qu’avec un mec qui ne sait pas se servir d’un fusil harpon et naviguer dans ces conditions !

Hunter lui sourit avec mépris.

— Comme si votre vieux tas de ferraille était plus sûr que notre bateau.

— Avec un bon capitaine à la barre, c’est le cas, réplique JJ en me montrant du doigt.

Son compliment m’emplit de fierté. C’est plus fort que moi. Pour la énième fois, je remercie mon père de m’avoir appris à naviguer.

Même si, aujourd’hui, j’ai commis une grave erreur. La première leçon que mon père m’a inculquée, c’est de vérifier la météo avant de partir. Ce que je n’ai pas pris le temps de faire aujourd’hui. Non pas parce que j’aurais dû me douter que JJ me mentirait – bien que ce ne soit pas surprenant : quand il a une idée derrière la tête, rien ne l’arrête, pas même une tempête –

mais parce que c’est mon bateau. C’est à moi de m’assurer que tout est en ordre.

J’aurais dû vérifier la météo moi-même, mais j’ai agi comme JJ. Je ne voulais pas que quelque chose nous empêche de sortir des OBX. Je n’avais pas envie de passer une journée ni une nuit de plus dans cette maison vide et silencieuse, à attendre le retour de mon père.

— Savannah.

Hunter a prononcé son prénom comme une menace. Si JJ ou moi nous adressions à Kiara sur ce ton, elle nous ferait passer un sale quart d’heure.

— Tout le monde t’attend.

— Qu’ils attendent ! répond JJ. C’est trop dangereux.

Je ne sais pas à qui Savannah en veut le plus : à Hunter qui lui ordonne de sauter, ou à JJ qui lui ordonne de rester. Elle s’approche à nouveau du rebord.

— Qu’est-ce que tu fais ? demande JJ, terrifié.

— Saute, Savannah ! s’impatiente Hunter.

JJ le fusille du regard.

Alors que Savannah est sur le point de sauter, une vague secoue le Pogue et nous éloigne de l’autre bateau. Savannah perd l’équilibre et tombe en arrière. Son tote bag lui échappe et s’écrase par terre. JJ lui tend une main, mais elle le repousse encore.

Hunter se met à hurler, mais je ne comprends rien à ce qu’il dit. La pluie qui fouette le pont, le sifflement du vent et le bruit des vagues recouvrent sa voix. Il montre le ciel du doigt, puis il opère un demi-tour avec le bateau.

Savannah se retourne vers moi.

— Allons-nous-en, lance-t-elle.

JJ hoche la tête.

Inutile de me le dire deux fois.

*

Malgré la pluie, Savannah enlève sa combinaison et enfile son jean et son sweatshirt par-dessus son maillot de bain. Elle enfouit la tête sous sa capuche et se recroqueville sur elle-même à l’avant du Pogue. JJ me rejoint en s’agrippant au rebord. Je perds l’équilibre. Mes mains glissent sur le volant. Pendant quelques secondes, je perds le contrôle du bateau. JJ

s’empare de la barre à ma place.

— J’ai vraiment cru qu’elle allait sauter, me confie-t-il. Pas toi ?

— Si, avoué-je. Hunter s’inquiétait davantage de ce que pensaient ses amis que du danger qu’il lui faisait courir.

— Exactement. Je ne comprends pas pourquoi elle sort avec ce pauvre type.

— Beaucoup de filles sortent avec des pauvres types, dis-je en haussant les épaules.

— Peut-être, mais pas le genre de fille qui ose pourchasser des voleurs à travers un hôtel.

— Je pense que ce détail n’a pas plu à son mec.

— Justement ! insiste JJ. Une fille comme Savannah n’a rien à faire avec un crétin pareil.

— Tu rougis, JJ ? le taquiné-je.

Je pense que c’est la première fois qu’on rencontre une fille qui ressemble autant à JJ.

— Arrête ! s’agace-t-il. De toute façon, elle a l’air de t’apprécier plus que moi.

— Parce que je n’ai pas passé mon temps à lui hurler dessus.

— Je ne hurlais pas ! se défend JJ. Elle aurait au moins pu me remercier de lui avoir sauvé la vie.

Je n’ai jamais vu JJ se mettre dans un état pareil à cause d’une fille.

Même avec Kiara. Quand Ki rejette ses avances, JJ finit toujours par en rire.

Savannah ne le fait pas rire du tout.

Je jette un œil dans sa direction pour m’assurer qu’elle ne nous écoute pas. Elle est toujours assise à la proue du bateau. Avec le vacarme de la pluie, impossible qu’elle entende notre conversation.

— JJ aime Savannah ! chantonné-je.

Mon meilleur ami me donne un coup d’épaule. J’éclate de rire.

— Hé ! Ne t’en prends pas à la personne qui essaie de te ramener à bon port.

J’ai beau plaisanter, je reste concentré sur la navigation, les mains serrées autour du volant. Il fait de plus en plus sombre, et la pluie est tellement dense que j’ai du mal à voir où je vais.

— On va s’en sortir ? s’inquiète JJ.

— Bien sûr, réponds-je avec plus d’assurance que je n’en ressens vraiment. Le Pogue a connu pire.

— Je suis désolé de ne pas avoir vérifié la météo.

— Je sais. J’aurais dû m’en charger.

— Tu veux dire que tu aurais dû te douter qu’il ne faut pas faire confiance à un abruti comme moi avant de partir au large ?

JJ l’a dit sur le ton de la plaisanterie, mais je sens qu’il s’en veut vraiment.

— Non, j’ai été aussi irresponsable que toi, le rassuré-je. On est dans le même bateau, JJ.

Il hoche la tête.

— Dans ce cas, au boulot.

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