Outer Banks

Alyssa Sheinmel · Capítulo 32 de 42

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Outer Banks

Chapitre 32 - JOHN B

J’AI MAL PARTOUT. AU COU, AU DOS, AU VENTRE, AUX

GENOUX, aux coudes. Mais j’ai surtout mal à la tête. La douleur pulse au même rythme que mon cœur.

JJ et Savannah sont en train de se disputer. J’ai d’abord l’impression qu’ils sont loin, mais leurs voix semblent de plus en plus fortes. Ils sont juste au-dessus de moi, comme Dax avant que je perde connaissance.

— Il faut qu’on aille chercher de l’aide ! insiste JJ.

— C’est trop dangereux ! proteste Savannah.

— On vient d’envoyer les pirates en mer, lui rappelle-t-il. Si on attend la fin de la tempête, il sera peut-être trop tard. Reste ici avec John B. Je prends le Pogue.

— Les pirates avaient un bateau plus moderne et plus grand. Le Pogue n’est pas équipé pour naviguer dans ces conditions. Tu l’as dit toi-même.

— John B a besoin d’un médecin !

— Je sais, mais c’est trop risqué, JJ.

À ma grande surprise, mon meilleur ami finit par céder.

— Tu as raison. Dans ce cas, qu’est-ce qu’on fait ?

— Rien, soupire Savannah. On attend. John B va finir par se réveiller.

Je soulève mes paupières. J’ai l’impression qu’elles pèsent une tonne.

— John B ? demande JJ. Tu m’entends ?

Je remue les doigts, puis les orteils. J’ai mal partout, mais mon corps coopère enfin.

— Tu m’as fait peur, souffle JJ.

— On ne voulait pas prendre le risque de te déplacer, ajoute Savannah.

Ils m’expliquent qu’après le départ des trafiquants, ils se sont assurés que je respirais, mais ils ne savaient pas si j’étais blessé aux jambes, ou au dos, ou ailleurs.

Je me redresse lentement.

— Vas-y doucement, me conseille JJ.

— Je vais bien, les rassuré-je en me levant.

Je fais un pas, puis un autre.

— Les pirates sont vraiment partis ? demandé-je.

— Oui, répond JJ en souriant. On n’y croyait pas. C’est arrivé tellement vite…

— Pas vraiment, le reprend Savannah. Franchement, ça a duré une éternité. On était convaincus qu’ils reviendraient…

— Mais ils ne sont pas revenus.

JJ et Savannah finissent les phrases l’un de l’autre comme un vieux couple.

— On les a vus s’éloigner à la lueur du phare, conclut JJ.

— Super, dis-je en reprenant mes esprits. Notre plan a fonctionné.

— Pas complètement, regrette JJ. Tu n’étais pas censé te retrouver dans cet état ! Dax t’a cloué au sol.

— Je me suis blessé en défonçant la porte, expliqué-je. Je pense que c’est ce qui m’a fait perdre connaissance. Pas les coups de Dax.

Évidemment, ses coups n’ont rien arrangé. D’instinct, je pose une main sur mon ventre.

— Pourquoi tu es descendu ? me reproche Savannah. Tu étais censé rester à l’abri !

— Mel est partie seule à votre recherche. Les autres vous auraient rattrapés. Je voulais vous faire gagner du temps.

— Ça a marché, admet Savannah. On a eu le temps de se cacher.

— Tant mieux.

— Enfin… JJ a jeté un truc par la fenêtre, puis on s’est cachés.

— JJ ! m’agacé-je. Tu n’aurais pas dû. J’essayais de détourner l’attention de Dax.

— Je voulais te protéger ! se défend-il. Quand je t’ai vu allongé par terre, j’ai cru que…

Il se tait un instant. J’ai l’impression qu’il va se mettre à pleurer. Mais son expression change du tout au tout et, au lieu d’éclater en sanglots, il éclate de rire. Savannah lui lance un regard noir – comment oses-tu rire alors que ton meilleur ami a failli mourir ? – mais, quelques secondes plus tard, elle rit à son tour. Et moi aussi.

C’est la chose la plus folle qu’on ait jamais faite. Partir au large sans vérifier la météo, risquer notre vie en pêchant au harpon, naviguer en pleine tempête, se réfugier dans un phare abandonné, affronter des pirates, les renvoyer en mer… Et on s’en sort avec seulement quelques égratignures.

D’ailleurs, j’ai remarqué que JJ a la main qui saigne et qu’il boite.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé ? m’inquiété-je.

JJ hausse les épaules.

— Rien de grave.

— On devrait essayer de dormir, suggéré-je. Avec un peu de chance, on pourra rentrer à la maison demain matin.

Je jette un œil à mon portable. Il est minuit passé.

— Il ne faut surtout pas que tu t’endormes, m’informe Savannah. Au cas où tu aurais une commotion cérébrale.

— Pourquoi ? s’étonne JJ.

— Je ne sais pas, avoue-t-elle en rougissant. C’est ce qu’ils disent toujours dans les séries.

— Pas de problème.

Encore sous le choc de tout ce qui nous est arrivé, j’ai l’impression que je pourrais rester éveillé pendant des jours.

— Je vais faire une nuit blanche avec toi, décide JJ. Savannah, tu peux aller te reposer.

— Non, je reste avec vous.

Savannah et JJ se disputent (encore) et finissent par se mettre d’accord : ils dormiront et me tiendront éveillé à tour de rôle.

On se dirige vers les chambres, mais les trafiquants les ont saccagées. Ils ont renversé des bières par terre. Les lits sont tous défaits.

Savannah plisse le nez de dégoût. JJ attrape des couvertures propres dans un placard et on remonte dans le phare. Il étale deux couvertures par terre –

une pour moi, et une qu’ils partagent entre eux.

— Dors en premier, Savannah, ordonne JJ.

Pour une fois, elle ne proteste pas.

Alors qu’elle se blottit dans ses bras, je ressens une pointe de jalousie.

Pas parce que JJ a une fille dans les bras, mais parce que contrairement à moi, il n’est plus seul.

Je suis toujours seul.

Si j’avais été plus rapide, j’aurais pu embarquer ce système de navigation, mais je m’en serais voulu quand on aurait envoyé Dax et son équipage en mer. Je regrette quand même de ne pas pouvoir m’en servir pour retrouver mon père. S’il revenait, je ne me sentirais plus jamais seul.

Et si mon père ne voulait pas qu’on le retrouve ? Après tout, il a disparu depuis des mois. Il est parti sans un mot. Et si, cette fois, il n’était pas parti pour accomplir une mission, mais pour s’éloigner de moi, comme l’a suggéré Dax ? Il ne voulait peut-être plus être mon père.

Je ferme les yeux pendant quelques secondes. Je l’entends encore me raconter les histoires de ce phare, me promettre qu’on le visitera un jour ensemble. Je le revois en train de m’apprendre à pêcher, à conduire un bateau, à devenir un capitaine responsable. C’est grâce à lui que j’ai agi ce soir, pour aider mes amis.

Non, mon père ne m’a pas abandonné.

Il ne m’abandonnera jamais.

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