Outer Banks

Alyssa Sheinmel · Capítulo 23 de 42

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Outer Banks

Chapitre 23 - JJ

— ON N’AURAIT JAMAIS DÛ LE LAISSER PARTIR TOUT SEUL, regrette Savannah.

— Tu as voté pour ce plan, lui rappelé-je.

— Seulement parce que le tien était nul.

— Ne t’inquiète pas pour lui. De toute manière, tu n’aurais pas pu l’en empêcher. John B avait pris sa décision avant même qu’on vote.

Savannah croise les bras sur sa poitrine.

— J’aurais pu essayer de l’en empêcher, insiste-t-elle.

— Garde un œil sur l’heure.

John B pense qu’il ne lui faudra pas plus de vingt minutes pour descendre jusqu’au bateau, trouver la radio, envoyer un signal de détresse et remonter dans le phare.

— Ce serait plus simple si on avait du réseau, grogne Savannah en fixant le chronomètre qu’elle a déclenché sur son portable, une des seules applications qui fonctionne sans réseau ni wifi.

— Je sais.

Si John B pouvait nous envoyer des messages, on se sentirait mieux.

— Il n’y a vraiment rien qu’on puisse faire ? murmure Savannah.

— On doit juste être patients.

Je tente d’être la voix de la raison, mais en vérité, je me sens comme un tigre en cage.

— Arrête, lance Savannah.

— Quoi ?

— Arrête de taper du pied.

Je ne m’en rendais pas compte, mais je suis en train de taper par terre en rythme avec les secondes qui défilent sur le portable de Savannah. Je suis trop stressé pour tenir en place. Je me glisse sous le tableau de bord et je tripote les fils pour m’occuper.

La lanterne du phare se met à clignoter.

— Qu’est-ce que tu fais ? demande Savannah en me rejoignant.

— J’essaie de me rendre utile.

— Ils pourraient s’apercevoir que le phare clignote et essayer de monter.

— La porte qui mène au phare est fermée à clé, lui rappelé-je.

John B nous a expliqué qu’il nous enfermerait à clé en partant, pour que les pirates ne soupçonnent pas notre présence.

— Je sais, mais je ne vois pas en quoi trafiquer la lumière va nous aider.

— Aucune idée, avoué-je. Mais je n’en peux plus de tourner en rond.

Surtout quand mon meilleur ami est en train de risquer sa vie pour moi.

— Pour nous, me reprend Savannah.

Je sens qu’elle s’en veut aussi d’être en sécurité alors que John B est en bas, même si elle le connaît à peine.

— Quand je me suis réveillée ce matin et quand j’ai forcé Hunter à m’emmener pêcher au large, je ne m’attendais pas à ce que ma journée prenne une tournure pareille.

— Moi non plus, commenté-je. J’espère que tes amis sont bien rentrés à l’hôtel.

— Merci, JJ. Moi aussi.

— Ils sont sûrement en train de boire du champagne et de faire la fête dans le jacuzzi.

Savannah me donne un coup d’épaule.

— J’espère qu’ils ne s’amusent pas trop sans moi, avoue-t-elle.

Je hoche la tête en pensant à Kiara et Pope. Est-ce qu’ils ont entendu parler de la tempête ? Est-ce qu’ils se font du souci pour nous ? Ou est-ce que Pope est trop concentré sur ses devoirs pour s’apercevoir du temps qu’il fait, et Kiara trop obnubilée par les clients de L’Épave ?

Le rugissement du vent est presque assourdissant. Les pirates pourraient être en train d’entonner des chants de marins, on ne les entendrait pas.

J’imagine John B en train de descendre le vieil escalier rouillé qui mène au bateau.

Et s’il glissait et tombait à l’eau ?

Savannah a raison. On n’aurait jamais dû le laisser partir tout seul.

Mais je sais qu’on n’aurait jamais réussi à l’en dissuader.

Enfin, peut-être que si. Si j’avais insisté.

Non. Tout va bien se passer. John B est débrouillard. Il va s’en sortir.

Il va s’en sortir.

J’ai les mains qui tremblent sur les fils. Big John nous a demandé de prendre soin l’un de l’autre. Comment réagirait-il s’il savait que j’avais laissé son fils sortir dans la tempête et entrer dans ce bateau sans moi ?

— Et si on essayait de leur faire peur ? suggéré-je.

— J’ai déjà voté contre ton plan, Scooby-Doo, me rappelle Savannah.

— Ça ne coûte rien d’essayer. S’ils ne croient pas aux fantômes, ils penseront que le phare est déglingué. S’ils y croient, ils vont paniquer.

Je meurs d’envie que Savannah accepte, qu’on serve enfin à quelque chose même en étant enfermés ici. Je retiens mon souffle en attendant sa réponse.

— Ça ne coûte rien d’essayer, confirme-t-elle.

Mes tremblements s’arrêtent aussitôt. Mes mains sont aussi stables que celles d’un chirurgien.

Je débranche un fil. La lanterne du phare s’éteint aussitôt. J’attends quelques instants, puis je la rallume. Je ne veux pas que John B se retrouve dans le noir trop longtemps, mais il faut que les clignotements aient l’air intentionnels, comme si un fantôme leur envoyait un message.

— Tu penses vraiment que ça va marcher ? demande Savannah.

— Aucune idée.

— Je vais voir si je les entends, annonce-t-elle en se levant.

Elle se dirige vers l’escalier sur la pointe des pieds.

— Attends !

Mais Savannah m’ignore. J’inspecte les fils au-dessus de ma tête, je les installe de sorte que la lumière clignote sans que je les touche, et je suis Savannah.

Je descends tellement vite que j’en oublie mon portable. Je manque de trébucher dans le noir. Savannah est déjà à mi-chemin dans l’escalier. La lumière de son portable illumine son visage. Elle pose un doigt sur sa bouche pour me faire taire. J’entends une voix au loin, au niveau de l’accueil.

— Qu’est-ce que c’était ? s’écrie un homme.

— Merde, murmuré-je. Ils m’ont entendu.

Savannah secoue la tête.

— Refais du bruit, ordonne-t-elle en me poussant.

— Quoi ?

— On ne risque rien, JJ. Ils ne savent pas que la porte était ouverte avant leur arrivée. S’ils entendent du bruit dans le phare en plus de la lumière qui clignote, ils vont se poser des questions.

Maintenant que j’entends mon plan sortir de la bouche de quelqu’un d’autre, je comprends à quel point il est absurde.

— Tu penses vraiment qu’ils vont y croire ? demandé-je, désormais sceptique.

Savannah éteint son portable, nous plonge dans le noir, puis jette son corps contre le mien et me pousse contre le mur.

Boum.

— On prend des risques, murmuré-je.

— Je sais, mais qui ne tente rien n’a rien.

Elle m’attrape par le bras et on colle nos oreilles à la porte du phare. Son visage est à seulement quelques millimètres du mien. Son souffle tiède caresse ma peau.

On se concentre sur les voix au bout du couloir.

— Qu’est-ce qui se passe ? panique la femme.

— C’est le vent, suggère un homme avec un accent de la Louisiane, celui que John B a appelé Dax.

— Regardez la lumière ! lance l’autre homme, beaucoup moins calme.

— Je vous avais dit que ce phare était hanté ! insiste la femme.

Je m’attends à ce que Dax éclate de rire, mais pas du tout. On a peut-être réussi notre coup.

— C’est le générateur qui déconne, Mel. Tu n’as qu’à monter dans le phare pour vérifier.

Je suis prêt à remonter les marches, mais Savannah ne bronche pas.

Quelques secondes plus tard, quelqu’un – sûrement Mel – tente d’ouvrir la porte du couloir, que John B a fermée à clé.

Savannah écarquille les yeux.

Tout à coup, cette simple cloison semble fragile, dérisoire. Savannah n’a sûrement jamais été aussi proche d’un criminel de sa vie – sauf si on compte John B et moi, qui avons volé le champagne de son mec.

Je retiens mon souffle. Savannah attrape mon poignet et le serre tellement fort que je sens les battements de mon cœur.

— Elle est fermée à clé, annonce Mel. C’est bien ce que je pensais. Ce sont des fantômes !

— Les fantômes n’existent pas, s’agace Dax. La tempête fait sûrement fluctuer le générateur.

— Le but d’un générateur est de rester allumé quand on a besoin de lui, rappelle-t-elle.

Elle se met à taper contre la porte. Savannah bondit de surprise.

— Je déteste cet endroit, marmonne Mel.

Quelques secondes plus tard, les voix s’éloignent.

Savannah approche sa bouche de mon oreille.

— Bien joué, Scooby-Doo, chuchote-t-elle.

— Je t’avais dit que mon idée était la meilleure.

Savannah me sourit. Je perçois le blanc de ses dents dans l’obscurité.

— Remontons dans le phare, décide-t-elle. On a un spectacle son et lumière à gérer.

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