A quoi tient l'amour? / Contes de France et d'Amérique
Chapitre I
Le Mariage d'Octave
I
Ma cousine Édith me dédaignait profondément et j'admirais profondément ma cousine Édith. Et, certes, nous méritions bien, elle, cette profonde admiration, moi, ce profond dédain.
Portrait de ma cousine: mignonne à ressusciter Ronsard; pas plus grande que Cendrillon, mais princesse jusqu'au bout des doigts; avec des yeux d'un brun doré et un tout petit front de déesse, autour duquel ondulaient, flottaient, volaient de légers cheveux blonds, plus aériens que les spirales de fumée d'une cigarette orientale.
Ma cousine savait merveilleusement s'habiller. Sa mise lui était aussi personnelle que l'éclat de son regard et le rayonnement de son sourire. Et sous ses toilettes, les plus simples ou les plus splendides, elle s'épanouissait aussi naturellement qu'une noble fleur parmi sa frondaison capricieuse.
II
Telle était ma belle cousine, qui me dédaignait, non sans raison. Moi? figurez-vous un grand diable très ébouriffé, ni laid ni joli, habillé par le tailleur paternel, à peine sorti de l'âge bête, moitié étudiant, moitié homme, Parisien de la rive gauche, avide de toute science, de tout plaisir, dévergondé au cabaret, et n'osant pas parler à une jeune fille dans un salon. J'idolâtrais follement, frénétiquement, sottement, les femmes en général et en particulier ma cousine Édith; et comme tous ceux qui idolâtrent follement, frénétiquement, sottement, les femmes en général et leur cousine en particulier, j'étais aussi malheureux que maladroit en amour.