A quoi tient l'amour? / Contes de France et d'Amérique

Chapitre V

On eût dit qu'elles accomplissaient un devoir, qu'elles remplissaient une fonction. Elles étaient imperturbables.

J'aurais bien voulu adresser la parole à madame ou à mademoiselle. Ma curiosité aurait bien eu cette impudence. Mais j'avais peur de les déranger.

Je les aurais bien pincées au-dessus du coude, pour voir si elles étaient réellement des femmes vivantes et non des mirages ou des machines. Mais je craignais d'être alors pincé moi-même en retour par quelque ressort imprévu, ou d'être emporté subitement par ces fées au fond de quelque royaume fantastique.

Et puis, faut-il tout dire?

Oui.

Eh bien! quand l'exercice recommençait, j'espérais toujours que la petite jeune avalerait le timbre ou qu'elle mordrait les doigts de la grande vieille. Et cette espérance impie me clouait au sol; et je restais là, attentif, immuable, de plus en plus ébahi, béant, écarquillé.

 

V

Je fus déçu. C'est singulier. Mais je dois l'avouer, je fus pleinement déçu. Vous ne le croyez pas? C'est pourtant la vérité. Il n'y eut pas le moindre timbre avalé, pas le moindre doigt mordu.