A quoi tient l'amour? / Contes de France et d'Amérique
Chapitre IV
En voyage, à Genève, dans une pension bourgeoise du quai des Eaux-Vives, fréquentée par les touristes de toutes les nations, j'avais fait la connaissance d'un jeune Athénien, répondant au nom sonore de Philippe Sébastopoulos et passant pour archimillionnaire. Ce grand gaillard brun, à la barbe touffue, à la taille athlétique, à la physionomie calme et forte, aux yeux très noirs, très doux et paresseusement passionnés, à la voix singulièrement pénétrante, m'avait pris en affection à table d'hôte, après plusieurs conversations où nous nous étions trouvés du même sentiment et du même avis. Pendant trois semaines, il m'avait entraîné à travers les monts et les lacs, citant des vers d'Homère, et célébrant la beauté des jeunes Anglaises voyageuses. Nous nous étions quittés excellents amis, et nous étions retournés, lui à Londres, chez un grand négociant de la Cité, son compatriote, et moi à Paris, après avoir échangé nos photographies et juré par le Styx de nous écrire toutes les semaines. Je n'avais jamais reçu depuis lors une ligne de lui, il n'avait jamais reçu un mot de moi.
Mais un matin, comme j'ouvrais ma porte pour aller déjeuner, je tombai soudain dans les bras de Sébastopoulos. Nous criâmes sept fois: Hourra! Et je lui dis gravement: