A quoi tient l'amour? / Contes de France et d'Amérique
Chapitre V
«—Pourrez-vous maintenant m'expliquer, monsieur, lui demandai-je, le singulier rôle que vous avez joué dans cette affaire?
«Il fit un effort pour répondre:
«—C'est… c'est une folie… bégaya-t-il.
«—Une folie d'antiquaire, une folie latine! ajoutai-je. Vous êtes libre, du reste, monsieur; je vais vous faire reconduire à votre hôtel, où vous voudrez bien toutefois vous tenir à la disposition de la justice.
«Il ne répliqua rien. Je le fis escorter jusque chez lui, et l'on prit des dispositions pour qu'il ne pût disparaître. Le lendemain, comme vous savez, on le trouva mort dans sa chambre.
«Je ne crois pas, madame, devoir ajouter le moindre commentaire à ce simple exposé des faits. Il est évident que M. de Villebéat avait perdu l'esprit. Le clergé ne s'est pas opposé à ce qu'il fût enterré en lieu saint.»
Le narrateur se tut; il y eut un silence.
«Les hommes les plus graves, fit enfin la marquise, ont souvent d'étranges manies. J'ai vu M. de Villebéat plusieurs fois; il paraissait intelligent, méditatif, presque austère. Il est devenu fou, sans doute, absolument fou, monsieur. Ces décors, ces costumes romains, c'est de la folie pure.
—De la folie pure! c'est beaucoup dire; mais certainement sa raison était troublée. Il avait eu le tort de trop s'adonner à la littérature romaine; elle est parfois très capiteuse, très dangereuse, même pour un magistrat.