A quoi tient l'amour? / Contes de France et d'Amérique

Chapitre V

Il courut après elle: «Vous ne pourrez donc jamais me pardonner?»

Elle tremblait.

«Il m'a semblé, fit-il, que vous étiez bonne et franche; ayez pitié de moi!»

Il lui prit la main. Elle leva les yeux; des larmes roulaient sous ses paupières.

«Je ne vous ai jamais dit, murmura-t-elle, que je ne vous aimerais jamais; seulement je ne puis être à vous, je me mépriserais moi-même. Adieu!»

 

V

Ce fut tout. Le jeune homme ne put obtenir la moindre promesse, la plus faible espérance.

Amédine resta songeuse, triste. Ses parents dès lors ne cessèrent de lui reprocher amèrement ce qu'ils appelaient ses sottises. Elle avait, disaient-ils, ruiné la famille. Elle fut plusieurs fois demandée en mariage et repoussa toutes les demandes.

Elle dépérissait chaque jour. Elle s'alita. On désespéra de la sauver.

Elle mourut.

Le meunier et la meunière n'en restèrent pas moins furieux contre elle. Ils répétaient, quand on voulait les consoler: «Comprend-on une enfant comme celle-là! Nous lui avions tout donné, éducation, bien-être, bonnes manières, et elle nous a fait manquer notre fortune. Oh! les enfants sont ingrats. Elle nous a ruinés, ruinés!»