Audacieuse Emily
Chapitre 9
A cette période de l’année, il n’y avait pas de maître-nageur pour surveiller la plage presque déserte. Au loin, Nick et Emily virent un homme qui avançait à pas lents, un détecteur de métaux au-dessus du sable. Quelques personnes se promenaient aux abords des snack-bars. Le beau ciel bleu s’était couvert, et il faisait beaucoup plus froid que le matin.
Les lunettes de soleil n’étaient certainement plus nécessaires, mais Nick remit les siennes, ainsi que le chapeau de Tony, et il remonta le col de sa veste en cuir. Il jeta un coup d’œil en direction de la jeune femme, qui avait rentré ses mains à l’intérieur de ses manches.
— Tu as froid ? demanda-t-il.
— Un peu, mais j’ai quand même envie de marcher. Enfin, si ça ne te dérange pas…
— Non, pas du tout.
Lui avait surtout envie de passer un bras autour de ses épaules et de la serrer contre lui pour la réchauffer, mais il avait le pressentiment qu’elle le repousserait, avec une de ses mimiques enfantines. Autrement, pourquoi aurait-elle insisté pour qu’ils se promènent sur la plage, par un temps aussi glacial ? Elle n’avait qu’un mot à dire pour qu’ils se retrouvent dans sa chambre d’hôtel ou dans son appartement à lui, devant un bon feu de cheminée.
Ils continuèrent à avancer en silence pendant quelques minutes. Emily gardait les yeux fixés au loin sur l’océan, ou peut-être sur un navire ancré au large, ou encore sur les mouettes qui plongeaient en piqué vers les flots.
— C’était sympa à toi de proposer à Tony de rentrer chez lui, dit-elle enfin.
— Tony est quelqu’un de bien. Et il mérite un peu de repos. Je suis content que pour une fois, il n’ait pas discuté pendant des heures, quand je lui ai dit qu’on prendrait un taxi pour le retour.
— Et ça t’étonne ? Il en avait probablement assez de nous voir nous comporter comme des adolescents en rut sur la banquette arrière !
— A ce propos… Je suis vraiment désolé… Je te promets que je n’ai pas l’habitude de me comporter ainsi.
— Ce n’est pas uniquement ta faute, si on y réfléchit bien… Après tout, à quoi est-ce que je m’attendais ? J’achète ce livre stupide que j’oublie dans le taxi, je pose une énorme boîte de préservatifs sur ma table de nuit, je fais étalage sur mon lit de toute une lingerie sexy… et je laisse un inconnu entrer dans ma chambre ! Je ne peux pas t’en vouloir de penser que je suis une fille facile en quête d’une aventure tout aussi facile… Mais, en réalité, ça n’est pas le cas, Nick.
— Je n’ai jamais pensé ça de toi, Emily…
Il la prit par le bras et elle s’arrêta à contrecœur, se retournant pour le regarder dans les yeux.
— J’ai connu beaucoup de femmes. Et je sais faire la différence, dit-il doucement en lui caressant la joue. Et puis je ne vois pas ce qu’il y a de mal à avoir de la lingerie sexy, ni à être prudent, en achetant des préservatifs. Sans compter que je suis moi aussi assez curieux de lire ce livre !
Elle ne put s’empêcher de sourire.
— Combien de femmes ? demanda-t-elle abruptement.
Il comprit soudain qu’il venait encore de dire ce qu’il n’aurait pas dû.
— Trop, probablement. Mais je mets ça sur le compte de l’arrogance et de la stupidité de la jeunesse, pour ma défense. Tu as froid, ajouta-t-il, la sentant frissonner.
Il commença à enlever sa veste dans l’intention de la lui mettre sur les épaules.
Mais elle l’interrompit, lui saisissant le bras pour le placer autour de ses épaules, puis elle le prit par la taille.
Il la serra contre lui, surpris par l’élan de tendresse qui l’envahissait. Il fut aussi un peu effrayé par ce sentiment peu familier. Etait-il en train de s’attendrir ?
— Tu te rends compte que c’est complètement dingue, lui dit-il.
— Qu’est-ce qui est dingue ?
— De se promener sur la plage par ce temps.
— Mais où est ton sens de l’aventure ?
— Hum… Sans doute caché sous mon bon sens !
Elle se mit à rire.
— Si tu veux jouer les dégonflés et rentrer, ne te gêne pas pour moi ! Mais je me suis juré que cette semaine serait remplie de premières fois, et je n’ai pas l’intention de changer d’avis !
— Un dégonflé ? s’exclama-t-il.
— Oui, c’est bien ce que j’ai dit, confirma-t-elle en fermant les yeux pour mieux sentir le vent marin sur son visage.
— Mais en quoi ceci est-il une première fois ?
— L’océan, dit-elle en rouvrant les yeux avec un grand sourire aux lèvres. Je ne l’avais jamais vu avant.
— Jamais ? répéta-t-il, stupéfait, tout en se disant que des millions de gens n’avaient jamais vu l’océan.
— Oui, et c’est très différent de ce que j’imaginais. L’odeur surtout… J’ai quand même déjà vu des photos de mers turquoise et j’aimerais beaucoup les voir un jour, mais crois-moi c’est déjà très impressionnant ici ! dit-elle, le regard perdu au loin.
— On devrait aller en Floride, alors. Ou mieux encore ! A St. Thomas ou aux îles Cayman ! Tu adorerais Grand Cayman.
Elle le regarda comme s’il avait parlé une langue obscure inconnue d’elle.
— On pourrait y aller demain, proposa-t-il, stupéfait de la folie de son offre.
Ce qui le surprenait n’était pas tant d’avoir envie d’y aller avec elle, mais plutôt de le lui avoir proposé alors qu’il n’était pas quelqu’un d’impulsif d’ordinaire.
Avec un haussement d’épaules, il ajouta, tempérant déjà sa proposition :
— On peut y aller juste pour la journée, si tu veux. Enfin, comme tu préfères…
Il vit un léger sourire se dessiner sur les lèvres d’Emily, comme si elle avait compris qu’il regrettait de s’être laissé emporter.
— Je pense que je vais me concentrer sur New York pour cette fois.
— C’était juste une idée, dit-il, comme si cela n’avait pas été très important.
— Je sais ce que j’ai envie de faire, déclara-t-elle soudain, en s’écartant de lui et en se penchant en avant, pour ôter une de ses chaussures en cuir noir.
— J’ai peur de demander !
Elle enleva sa grande chaussette rayée de gris et de noir.
— Je veux marcher pieds nus dans le sable.
Il la regarda ôter son autre chaussure, ainsi que sa chaussette, sachant qu’il était inutile de lui faire remarquer qu’elle allait avoir les pieds gelés.
— ça fait bizarre, dit-elle, les yeux rivés sur ses pieds.
Il remarqua qu’elle n’avait pas de vernis à ongles, mais de très jolis orteils.
— Tu ferais bien, dans ce cas, de me donner l’adresse et le numéro de téléphone de tes parents les plus proches.
Elle leva les yeux au ciel.
— Je ne pense pas que quiconque soit déjà mort, parce qu’il avait marché pieds nus sur le sable. Pas même au mois de novembre.
Résigné, il la suivit en direction de l’eau. Il portait encore ses chaussures italiennes hors de prix. Pas question qu’il les enlève !
— C’est super, non ? s’extasia-t-elle.
A cet instant, Nick aurait donné n’importe quoi pour être en Floride, sur une plage ensoleillée.
— Génial ! fit-il d’une voix monocorde.
Un grand sourire aux lèvres, elle s’approcha de l’eau et, une fois au bord, remonta le bas de son jean. Il espérait qu’elle n’avait pas dans l’idée d’aller trop loin, mais il se dit aussitôt que l’eau glacée aurait sans doute raison de son enthousiasme.
Il s’arrêta juste à temps et évita de marcher dans le sable mouillé, puis il la regarda avancer avec précaution.
— Brrr…, fit-elle en reculant aussitôt. Je me demande à quelle température elle est.
— Fichtrement glacée !
— C’est une estimation en Fahrenheit ? demanda-t-elle en se tournant vers lui, les yeux pétillant de plaisir.
— Non, juste une question de point de vue.
— Je dois reconnaître que tu as raison…
Une vague arriva derrière elle, la prenant par surprise et elle poussa un petit cri.
— Zut ! Mon jean est trempé !
Elle se précipita vers lui.
Il sourit.
— Ça valait la peine ?
— Absolument ! dit-elle en jetant un coup d’œil au parc d’attractions. Tu as déjà essayé les montagnes russes ?
— C’est la première fois que je viens ici.
— Sérieusement ?
— L’été est la saison du base-ball et ça ne me laisse pas beaucoup de temps pour autre chose, tu sais.
— J’espère avoir l’occasion de te voir jouer.
Il la regarda fixement. Ce rappel du fait qu’elle vivait à des milliers de kilomètres de lui et qu’il risquait de ne pas la revoir après cette semaine le laissa sans voix pendant quelques instants.
— Et si tu penses que je suis en train de chercher à obtenir une invitation, tu te trompes, ajouta-t-elle en passant devant lui, avant d’accélérer le pas en direction de la promenade.
Il la rattrapa en quelques enjambées.
— Attends ! Où vas-tu ?
— Enlever ce sable. J’ai les pieds gelés et je ne supporte pas tous ces grains entre mes orteils.
Il l’attrapa par la taille et la porta dans ses bras.
— Tu ne peux pas mettre tes chaussures avant que tes pieds ne soient secs !
— Mais tu ne peux pas me porter ! protesta-t-elle.
— Il y a une loi contre ça, dans l’Indiana ?
Elle mit ses mains autour de son cou, de peur qu’il ne la fasse tomber et ce mouvement inattendu le surprit. Il dut reprendre son équilibre.
— Tu m’étrangles ! dit-il en chancelant.
— Désolée…
Sans le faire exprès, elle laissa tomber une de ses chaussures.
— Ne bouge pas…
Il se baissa lentement pour pouvoir l’attraper.
Mais le but de la manœuvre échappa totalement à Emily, qui essaya de mettre les pieds par terre. Nick perdit alors l’équilibre et ils tombèrent tous les deux.
Lui sur les fesses, elle sur ses cuisses. Elle se redressa et constata qu’ils étaient l’un et l’autre recouverts de sable.
— ça va ? lui demanda-t-elle.
— Oui, et toi ?
— ça irait mieux si je n’avais pas du sable partout !
— Une douche est la seule chose qui me serait utile à ce stade.
— Je crois que tu as raison.
— C’est pourquoi je propose que nous nous dirigions vers la 8e Rue pour trouver un taxi et que nous allions directement chez moi. Des objections ?
Elle sourit.
— Aucune.
***
Les pieds encore pleins de sable coincés dans ses chaussures en cuir et une écharde dans le talon, Emily essayait de ne pas boiter en traversant le hall d’entrée aussi spacieux que moderne de l’immeuble de Nick, consciente d’avoir un certain nombre de regards braqués sur elle.
Nick marchait à son côté, mais de toute évidence ces gens le connaissaient et c’était elle qui était l’objet de toutes les curiosités. Elle ne savait pas si c’était parce qu’elle avait une mine affreuse, ou parce qu’elle ne correspondait pas au type de filles qui venaient habituellement ici. Quoi qu’il en soit, elle se sentait très mal à l’aise.
Un des portiers en uniforme se précipita devant eux pour appeler l’ascenseur.
— Deux colis ont été livrés pour vous ce matin, monsieur Corrigan. Voulez-vous que je les monte maintenant ou plus tard ?
— Plus tard, Angelo, merci.
— Très bien, fit l’homme en adressant un petit sourire à l’intention d’Emily.
Une fois dans l’ascenseur et à l’abri des regards, elle jeta un coup d’œil dans le miroir et constata en soupirant qu’elle avait l’air complètement débraillée et que ses cheveux étaient en bataille.
— Qu’est-ce qu’il y a ? lui demanda Nick en la prenant par la main.
— ça ne me plaît pas du tout que tout le monde m’ait vue ainsi. Je peux enlever mes chaussures, maintenant ?
— Pourquoi est-ce que tu t’inquiètes de ton apparence ? Il y avait des paparazzi dehors ? En général, je les remarque tout de suite.
— Des paparazzi ? Non, enfin je ne crois pas, dit-elle, réalisant soudain qu’en plus des fans, il devait aussi se préserver de la presse à scandale. Je voulais juste parler des gens qui étaient dans le hall d’entrée.
— Ah ! fit-il, soudain plus détendu. Tu es magnifique, même comme ça…
Il la prit dans ses bras pour l’embrasser.
— Plus que magnifique, même… Pourquoi penses-tu que j’aie demandé à Angelo de monter ces colis plus tard ?
Elle sentit son cœur battre à tout rompre, tandis que les portes de l’ascenseur s’ouvraient sans un bruit.
Nick la prit par la main et l’entraîna au bout du couloir.
— Restons ici et tu n’auras plus à t’inquiéter d’être vue avec quelqu’un d’aussi peu recommandable que moi, lui dit-il, sortant une clé de sa poche.
— O.K., mais seulement s’il y a un room service, répondit-elle en essayant de garder une voix calme et posée.
— J’ai quelque chose de bien mieux que le room service pour toi.
Trop nerveuse pour trouver une réplique adaptée, elle décida de le suivre en silence, pour qu’il ne remarque pas à quel point elle était fébrile.
Il lui fit signe d’entrer et, dès qu’elle eut fait quelques pas, elle fut transportée dans un autre monde. L’appartement était immense et rempli de lumière. Les rares meubles, de style moderne, n’étaient pas forcément à son goût, mais elle pouvait malgré tout en apprécier les lignes raffinées et les couleurs inhabituelles, qui faisaient de chaque pièce une œuvre d’art.
— Je sais, devina-t-il en jetant ses clés sur une console noire sur laquelle reposait une sculpture en bronze représentant un joueur de base-ball, les yeux fixés sur la balle qu’il tenait à la main. Tu as peur de t’asseoir où que ce soit, c’est ça ?
— C’est très beau, dit-elle, avant de rester bouche bée lorsqu’elle vit la cheminée en pierre qui se trouvait au milieu de la pièce s’embraser soudainement.
— Mais comment… ?
Il leva la main, qui tenait une télécommande.
— Oh ! je suis jalouse !
— C’est ce que je préfère dans cette pièce, dit-il en reposant la télécommande près de ses clés.
— Et ça chauffe vraiment ?
Pour le vérifier, elle se rapprocha des flammes en tendant les mains, tout en se demandant pourquoi elle se sentait soudain si mal à l’aise.
Parce que Nick venait d’ôter sa veste ! Il n’avait pas fait un strip-tease, pourtant !
— Tu as encore froid ? lui demanda-t-il.
— Non, pas vraiment.
Eprouvant des difficultés à tenir en place, elle se dirigea vers l’immense fenêtre qui dominait la ville. En contrebas, au milieu des immeubles et de l’asphalte, trônait une oasis.
— C’est Central Park, toute cette verdure, en bas de chez toi ?
— Oui.
Surprise par la proximité de sa voix, elle se retourna. Il se tenait juste derrière elle. Il la prit par la taille et il l’attira tout contre lui, puis il posa ses lèvres dans son cou.
— Hum… Tu as un goût salé, murmura-t-il.
— Et sablé !
La tenant fermement, il fit courir sa langue jusqu’à son oreille.
— Non… Pas le moindre grain de sable !
Elle retint son souffle, lorsqu’elle le sentit glisser une main sous son pull. Il remonta lentement jusqu’à ses seins, qu’il effleura, à travers la dentelle de son nouveau soutien-gorge.
Elle réagit immédiatement et, excitée par ses caresses, elle se colla contre lui et commença à onduler du bassin.
Elle l’entendit alors émettre un grognement de frustration.
— Laisse-moi tout d’abord te débarrasser de tout ça…, murmura-t-il.
Il glissa ses mains sous son pull et avant qu’elle se soit rendu compte de quoi que ce soit il le lui avait enlevé.
— Ici ? Devant cette immense fenêtre ! s’écria-t-elle en se retournant aussitôt, croisant les bras devant ses seins par pur réflexe.
— Personne ne peut te voir à travers cette vitre, dit-il en lui écartant les bras pour mieux la dévorer des yeux.
— Douche d’abord, décréta-t-elle.
— D’accord, répondit-il en posant la main sur le bouton de son jean.
— Hep ! Il faut que ce soit équitable…
Et elle commença à lui déboutonner sa chemise.
— Equitable ? répéta-t-il avec un sourire amusé.
— Oui.
— Tu es bien la seule personne que je connaisse qui emploie un mot comme ça maintenant !
Emily ne comprenait pas bien où il voulait en venir, mais à ce stade peu lui importait : elle ne pensait plus qu’à une seule chose, contempler enfin ce corps de rêve qu’elle n’avait vu que dans un magazine.
— Je suppose qu’il ne me reste plus qu’à terminer le boulot, dit-il, attirant son attention sur sa chemise désormais ouverte et qui révélait une peau d’une douceur extrême et un torse musclé duquel elle ne pouvait détacher son regard.
Pour essayer de masquer son trouble, elle le caressa, faisant glisser doucement ses mains sur lui, pour s’arrêter sur la boucle de sa ceinture.
Mais il posa fermement sa main sur la sienne, interrompant sa progression.
— Tu n’avais pas dit que ça devait rester équitable ?
Il prit alors sa main et la porta à ses lèvres pour y déposer un baiser délicat.
Le cœur d’Emily se mit à battre terriblement vite, allant jusqu’à résonner dans ses tempes. Elle était incapable de bouger le moindre doigt, attendant ce qui allait suivre saisie d’une émotion qu’elle n’aurait pas imaginé ressentir, restant aussi immobile qu’une statue.
Nick dégrafa alors son soutien-gorge, et elle eut l’impression qu’elle avait soudain arrêté de respirer. Il dut ressentir sa tension, parce qu’il déposa un petit baiser sur son épaule, et attendit quelques secondes, avant de faire tomber le tissu en dentelle noire sur le sol.
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