Audacieuse Emily
Chapitre 6
A 11 heures du matin, Emily ouvrit en grand les rideaux de sa chambre et admira la ville. Il y avait un soleil magnifique et un beau ciel bleu, un temps idéal pour prendre des photos. Pour une fin novembre, elle avait vraiment de la chance ! Au fond d’elle, elle savait que Nick ne viendrait pas, qu’il n’appellerait pas non plus, elle n’avait donc absolument aucune raison d’être déçue, ni d’attendre quoi que ce soit. Des photos, oui, voilà un bon projet pour la journée…
Son regard se posa sur la table de nuit, où elle avait rangé son appareil, et elle vit la boîte de préservatifs qu’elle avait oubliée de ranger. Elle poussa un soupir — ce n’était pas comme si les femmes de chambre n’en avaient jamais vu avant —, puis ouvrit le tiroir et y rangea la boîte, juste à côté de New York érotique.
La veille, comme elle ne parvenait pas à dormir, elle l’avait feuilleté pour se distraire. Cela l’avait fait rire, parfois même rougir, et penser à Nick n’avait pas arrangé les choses !
Elle n’avait pu s’empêcher de se relever, pour aller acheter au kiosque du coin de la rue le magazine que les deux jeunes femmes avaient brandi dans le hall de l’hôtel. Elle avait d’abord pensé qu’il s’agissait d’un magazine de sport, mais c’était City Lights. Nick y posait en couverture, dans une chemise blanche déboutonnée, qui laissait apparaître un corps musclé et bronzé. Elle fut troublée par le regard malicieux qu’il semblait poser sur elle. De fait, le cliché était pris de telle manière qu’il regardait toutes les femmes avec ce même regard, fait pour les charmer…
— Bon sang ! fit-elle tout haut, en sortant le magazine qu’elle avait rangé avec soin dans sa valise.
Dire qu’elle avait passé deux heures entières avec cet homme, si elle comptait le temps du trajet en taxi ! Elle avait encore du mal à le croire ! Certaines auraient donné n’importe quoi pour être à sa place.
Elle avait très envie d’appeler ses sœurs et Marnie sur-le-champ, pour leur raconter sa soirée de la veille, mais elles la traiteraient sûrement de folle ou de gourde, en apprenant qu’elle avait eu le célèbre Nick Corrigan dans sa chambre, qu’elle avait eu l’opportunité de coucher avec lui et qu’elle avait tout gâché.
Au moins, elle voulait croire qu’il avait été sincère, quand il lui avait dit qu’il ne refuserait pas une aventure avec elle, si elle lui faisait clairement des propositions. Ce qu’elle n’avait pas voulu faire. Avec le recul, elle le regrettait un peu.
Elle feuilleta les pages du magazine, jusqu’à ce qu’elle tombe sur un article qui lui était consacré. Il était émaillé de nombreuses photos prises sur un terrain de base-ball et dans un night-club à la mode. Sur quatre d’entre elles, Nick était seul, ou du moins parmi son équipe, mais sur trois autres il était accompagné de mannequins. Elle reconnut l’une d’entre elles, une jolie blonde qui le tenait par le bras de façon possessive. Elle ne se rappelait pas son nom, mais elle savait qu’elle représentait une célèbre marque de cosmétiques. Une Allemande, ou peut-être une Suédoise… Quoi qu’il en soit, la jeune femme était d’une beauté à couper le souffle. Tout comme la rousse pulpeuse, sur l’une des autres photos, une actrice de série télé, d’après la légende.
Elle entendit frapper à la porte et elle rangea en vitesse le magazine dans son sac. C’était la femme de chambre qui revenait pour le ménage. Elle s’était déjà présentée une heure plus tôt et Emily lui avait promis qu’elle serait partie à son retour.
— J’arrive ! cria-t-elle, attrapant son appareil photo et son sac à main.
Puis elle alla ouvrir la porte, mais ne vit rien d’autre que des mains d’homme tenant à hauteur du visage un énorme bouquet de fleurs.
— Je parie que vous n’avez encore pas regardé par le judas ! Je vous ai pourtant prévenue qu’il était dangereux de ne pas le faire, même dans un hôtel de ce standing !
Le reproche était formulé d’une voix gentiment grondeuse. Nick baissa ensuite le bouquet et lui adressa par-dessus un grand sourire. Il portait un pull blanc cassé, un jean et une veste en cuir marron. Rasé de près, il était si beau qu’elle eut envie de le dévorer sur-le-champ.
— J’avais peur de vous avoir manquée !
— Pourquoi ces fleurs ?
— Pour vous.
— Je crois que j’avais deviné, dit-elle. Et c’est en quel honneur ?
— Pour vous être montrée sympa hier soir, répondit-il en affichant un nouveau sourire, plein d’assurance. Maintenant que vous savez que je ne suis pas un vil séducteur de femmes riches, est-ce que je peux entrer ?
— Je ne sais pas… Vous êtes encore un peu trop roublard à mon goût.
— Je rêve ou vous m’avez qualifié de roublard ?
— Vous voulez vraiment le savoir ? demanda-t-elle avec malice, avant d’aller chercher un vase pour y mettre les fleurs.
Elle en arrangea la composition et posa l’ensemble avec soin sur le secrétaire laqué noir. Elle débarrassa ensuite le meuble de la pile de journaux, magazines et guides qu’elle avait posés là.
— Ça va vous prendre la semaine, au moins, pour lire tout ça !
— En fait, je peux m’en débarrasser ; je les ai lus au petit déjeuner, dit-elle en les mettant dans la corbeille.
— Tous ? fit Nick en regardant la corbeille près de déborder. Vous plaisantez ?
Elle le regarda, visiblement perplexe, puis elle jeta un coup d’œil en direction de la corbeille, tout en repositionnant le vase, de sorte qu’elle puisse le voir depuis le lit.
— Pourquoi est-ce que je plaisanterais sur quelque chose comme ça ?
Il la regarda, l’air incrédule.
— Vous devez faire partie de ces gens qui lisent en accéléré, alors. Ou bien vous n’avez lu que les bandes dessinées !
— Parce qu’il y a encore des bandes dessinées dans les journaux ?
— Vous êtes sérieuse ?
Elle lui fit un grand sourire.
— Je lis assez vite, en effet. Et je passe sur ce qui ne m’intéresse pas, comme les pages sportives…
Elle vit une ombre passer sur le visage de Nick.
— Je n’ai jamais terminé mes études, dit-il sèchement.
— Je plaisantais, précisa-t-elle, avec la sensation d’avoir touché un point sensible.
— Moi aussi !
— J’aurais dû m’en douter ! Et puis, je ne suis qu’une petite employée, moi… Je ne gagne pas des fortunes !
— L’argent n’est pas le plus important. En plus, la manne peut s’arrêter du jour au lendemain.
Il détourna le regard, comme si, aussitôt prononcées, il avait regretté ses paroles. Elle se concentra sur le bouquet de marguerites jaunes, d’œillets roses, de tulipes rouges, de roses blanches et de bien d’autres variétés encore.
— Ces fleurs sont vraiment magnifiques. Je devrais vous dire que vous n’auriez pas dû, mais je suis ravie que vous l’ayez fait !
Soudain, elle prit conscience qu’il s’était rapproché d’elle, au point qu’elle sentit son torse effleurer son bras. Elle revit aussitôt la scène du taxi, la veille, lorsqu’elle s’était tenue à sa cuisse en béton. Comment n’avait-elle pas compris à ce moment-là qu’il était un athlète, un sportif professionnel ? Elle ne savait pas trop ce qu’il cherchait, si près d’elle tout à coup, mais elle recula d’un pas, pour lui laisser un peu d’espace.
Il pressa sa main au creux de ses reins pour qu’elle reste où elle se trouvait, puis il se pencha au-dessus du bouquet.
— Elles ne sont pas très parfumées, dit-il.
— Vous plaisantez ? Elles sont parfaites.
Il se tourna vers elle et son visage se retrouva à quelques centimètres du sien. Le regard d’Emily fut irrésistiblement attiré par sa bouche, si sensuelle, et elle frémit.
— Je devrais les prendre en photo…
— Plus tard, murmura-t-il, renforçant la pression de sa main au creux de son dos, puis l’attirant contre lui.
Elle reprit son souffle et posa ses mains sur son torse, comme elle brûlait de le faire, depuis qu’elle avait vu son corps musclé en couverture du magazine. Elle se sentit vibrer tout entière, lorsqu’il posa ses lèvres au coin des siennes. Puis elle s’abandonna à la douceur de son baiser.
Il prenait son temps pour l’embrasser, comme s’il avait voulu apprendre sa bouche par cœur. Il la serra plus fort contre lui, et elle sentit son sexe durci. Elle fut parcourue de nouveaux frissons délicieux et se laissa aller entre ses bras.
— Elle n’est pas verrouillée, non ? demanda-t-il à brûle-pourpoint.
— Pardon ?
— La porte…
Quelqu’un frappa juste à ce moment-là, annonçant que c’était la femme de chambre.
— Vous devriez peut-être répondre.
— Oh ! fit-elle un peu essoufflée, j’y vais.
Trop tard. La porte s’ouvrait…
Elle s’écarta de Nick et sourit à la petite femme en uniforme gris, qui avait commencé à chantonner après avoir poussé la porte, un seau à la main.
La femme ne les vit pas tout d’abord, et elle se pencha pour bloquer la porte. Quand elle se releva et les découvrit tous les deux, elle sursauta, visiblement embarrassée.
— Je suis désolée, señor, señora, dit-elle, dans tous ses états.
— Pas de problème, c’est ma faute, dit Emily en se précipitant vers elle pour la rassurer. Je ne vous avais pas entendue, mais on s’en va. En fait, vous n’avez pas besoin de faire la chambre. Laissez seulement des serviettes, ça ira…
Pourtant, la femme reculait toujours, l’air presque paniqué.
— Señora, por favor.
En entendant la voix grave de Nick, la femme de chambre s’arrêta sur le pas de la porte. Il lui dit quelque chose en espagnol, à quoi elle répondit avec un sourire timide, en parlant à toute vitesse. Mais il semblait avoir compris. Quand il lui prit la main pour y déposer un petit baiser, la femme rougit et se mit à rire comme une jeune fille. Puis elle lui fit un petit signe de remerciement et Emily aperçut un billet que Nick venait sans doute de lui glisser dans la main.
Ils échangèrent encore quelques mots, puis la femme partit, faisant un petit signe de tête à Emily.
— Que s’est-il passé ? demanda-t-elle à Nick, quand ils furent de nouveau seuls. Je ne parle pas un mot d’espagnol.
— Elle était gênée et elle avait peur de perdre son travail, si vous vous étiez plainte d’elle.
— Vraiment ? Mais ça n’était pas sa faute, elle a frappé et s’est annoncée en entrant, comme elle est supposée le faire.
Nick haussa les épaules.
— ça ne fait qu’un mois qu’elle travaille ici, et elle essaie d’économiser de l’argent pour acheter des cadeaux de Noël à ses petits-enfants.
— C’est pour ça que vous lui avez donné un peu d’argent ?
— Ah ? vous avez vu ? dit-il, légèrement embarrassé.
— J’avais bien l’intention de lui laisser un pourboire à la fin de la semaine, vous savez…
— L’un n’empêche pas l’autre. Faites-le. Je suis sûr qu’elle appréciera. Son petit-fils s’attend à trouver un gant et une batte de base-ball sous le sapin. En somme, je ne suis que le petit assistant du Père Noël !
— Vous êtes plutôt grand pour un elfe.
Il sourit, puis se rapprocha d’elle.
— J’ai compris comment il fallait faire pour vous faire taire, alors vous feriez mieux de faire attention.
— Ah oui ?
— Oh ! oui !
Il la prit par la taille et l’attira tout contre lui, avant de l’embrasser.
Il laissa échapper un petit grognement qui la ravit et elle se frotta contre lui. Lorsqu’elle sentit le sexe de Nick contre elle, tandis qu’il la poussait doucement en direction du lit, elle se dit qu’elle en était au point de perdre tout contrôle de la situation, ce qui n’était pas pour lui déplaire.
Il lui entoura la taille de ses mains et lui mordilla doucement l’oreille, tout en la caressant. Puis il l’embrassa dans le cou.
Gênée par la veste qu’il portait encore, Emily glissa ses mains au-dessous et la fit tomber d’un geste. Du bout des doigts, elle explora ensuite chacun de ses muscles. Puis, levant les yeux, elle croisa son regard. Y lire son désir l’excita au plus haut point. Elle retint son souffle, s’attendant à ce qu’il enlève sa chemise. Mais au lieu de cela il la reprit dans ses bras, et elle entendit son cœur battre au même rythme que le sien.
— Je jure que ce n’est pas pour ça que je suis venu ce matin, dit-il d’une voix très sensuelle.
— Je ne m’en plains pas…
Il sourit et il lui mordilla la lèvre.
— J’ai beaucoup pensé à vous, hier soir.
Elle ferma les yeux, appréciant la délicieuse sensation de son souffle tiède sur son visage.
— J’ai une confession à vous faire, moi aussi.
— Ah oui ?
— Je suis allée acheter un de ces magazines…
Il se raidit légèrement et elle le sentit s’écarter un peu d’elle.
— ça n’était pas mon idée, de faire ce sujet.
— Je ne pensais pas que ça l’était, dit-elle, regrettant aussitôt d’avoir abordé ce sujet. Il n’empêche que ce sont de très belles photos de toi.
Le passage au tutoiement lui avait semblé naturel, et il ne parut pas s’en offusquer. Elle sentit ses mains parcourir son corps, avant de s’arrêter sur son sexe. Elle se frotta plus encore contre lui, l’entendant gémir entre ses lèvres, tandis qu’il accompagnait ses mouvements. Elle ne put pas attendre une minute de plus, et glissa une main sous sa chemise, effleurant son dos nu.
La peau de Nick était étonnamment douce. Elle sentit un léger duvet au bas de son dos et, partout ailleurs, une infinie douceur. Elle ne rencontra aucune cicatrice sous ses doigts, pas même un grain de beauté. Elle mourait d’envie de sentir son torse nu contre elle. Et elle avait envie de le voir nu. Maintenant.
L’instant d’après, elle eut la sensation de bouger, alors qu’elle n’avait fait aucun pas. Ils étaient toujours debout l’un face à l’autre, le corps de Nick serré contre le sien, mais quelque chose lui touchait les jambes. Il l’avait peu à peu dirigée vers le lit et elle ne s’en était pas aperçue.
— Emily ?
Elle leva les yeux vers lui. Un désir intense se peignait sur son visage. Elle avait déjà lu ce genre de scène dans des livres, mais cette fois elle la vivait… Il avait les lèvres encore humides de leurs baisers et elle se demanda à quoi elle devait ressembler au même moment.
— Où est-ce que ça va nous mener ? lui demanda-t-il d’une voix très tendre.
— Je ne sais pas trop…
Est-ce qu’il lui demandait si elle voulait…
Des petits coups frappés à la porte la tirèrent de ses pensées.
Nick rejeta la tête en arrière, l’air exaspéré.
— Incroyable !
— C’est le service de chambre, fit une voix avec un fort accent espagnol. Je vous apporte vos serviettes !
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