Audacieuse Emily

Debbi Rawlins · Chapitre 13 sur 16

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Audacieuse Emily

Chapitre 13

 

 

Emily s’écarta aussitôt de Nick et jeta un coup d’œil effaré autour d’eux.

— Qu’est-ce que c’était ?

— Vous allez nous donner un nom, Nicky ? Soyez sympa avec nous pour Noël ! cria alors un grand barbu, qui tenait un énorme appareil photo à la main. Faites-moi gagner du temps !

Le visage de Nick se durcit.

— Ecoutez les gars, dit-il en levant une main devant lui, pas ce soir, O.K. ?

— Désolé, Nick ! Mais j’attends ici depuis des heures, et je ne peux pas rentrer bredouille ! insista le barbu.

— Ecoutez… Reconnaissez que je suis plutôt coopératif en général, reprit Nick d’une voix inflexible, mais pas ce soir !

Le second type, plus petit et plus trapu que le premier, dirigea vers Emily un petit appareil photo.

— Ça ne nous rend que plus curieux, vous savez…

Nick sentit la tension gagner la jeune femme. Il la serra plus étroitement contre lui et se servit de sa veste pour lui cacher le visage.

— Si vous prenez une photo de plus ou si vous publiez celle que vous venez de prendre, menaça-t-il les deux journalistes, vous n’obtiendrez plus jamais rien de moi. C’est compris ?

Et il entraîna Emily vers l’entrée de l’immeuble à grands pas. Elle était impatiente d’être à l’intérieur. Il était déjà assez pénible de voir tous ces gens se presser constamment autour de Nick, mais devenir à son tour le centre de leur attention était tout simplement effrayant ! Ce n’était pas tant d’être prise en photo qui la dérangeait, mais ce côté exigeant, impitoyable de leur attitude. Ils prenaient ce qu’ils voulaient, sans aucune considération pour eux, sans demander l’autorisation, comme si c’était un dû. Cette intrusion dans l’intimité de leur soirée lui fit l’effet d’une agression.

Quelques instants plus tard, ils atteignaient enfin l’immeuble. Le portier en uniforme leur ouvrit la porte et ils s’engouffrèrent à l’intérieur sans tarder. Un autre flash se déclencha, ne les saisissant que de dos.

— Ces types peuvent être de véritables sangsues ! pesta Nick.

— Désolé, monsieur Corrigan, dit le portier à voix basse, quand je les ai vus, il était déjà trop tard, sinon je vous aurais appelé sur votre téléphone portable pour vous prévenir.

— ça n’est pas votre faute, Sam, le rassura Nick en lui tapotant amicalement l’épaule. Et ça n’est pas votre boulot non plus, mais merci…

Sam hocha la tête, sans pouvoir s’empêcher de jeter un coup d’œil furtif en direction d’Emily, tandis qu’il maintenait bloquée pour eux la porte de l’ascenseur. Il s’était montré aussi discret que possible, mais, de toute évidence, il était aussi curieux à son égard que les deux hommes qui les avaient attendus à l’extérieur.

Quand les portes de l’ascenseur se furent refermées sur eux, Emily laissa échapper un long soupir de soulagement.

— C’était… intéressant, dit-elle en essayant de garder un ton léger.

— Si on veut. Ils ne sont pas toujours aussi agressifs, cela dit, et ça ne dure en général que le temps des Séries mondiales. Mais dès que les journaux à scandale me voient avec une fille…

Il s’interrompit, gêné soudain par ce que sa réflexion supposait.

— Désolé, ajouta-t-il aussitôt.

— Tu n’as pas à t’excuser, Nick, je ne suis pas stupide.

— Non, ça c’est une chose que tu n’es pas. Ce que je voulais dire…

— Arrête ! Tu ne me dois aucune explication. Tu es sorti avec beaucoup de très belles femmes. Et alors ? Je le sais. Tout le monde le sait. Pourquoi te priverais-tu ? Tu peux avoir toutes les filles que tu veux. Et si tu ne comprends pas que les gens soient surpris de te voir avec une fille comme moi, c’est que tu es naïf ! Tu as entendu aussi bien que moi les remarques que les gens ont faites sur notre passage, quand on est sortis du restaurant…

— Ce sont des crétins qui ne savent pas de quoi ils parlent, et qui ne savent pas non plus quand il vaut mieux se taire !

Emily haussa les épaules, bien plus agacée par l’attitude des photographes que par la vie dissolue de Nick. Et puis elle savait parfaitement à quoi s’en tenir, en ce qui concernait son physique. Elle n’était pas d’une très grande beauté — en tout cas pas de celle qu’on attend chez une actrice ou un mannequin — et l’acceptait sans complexe.

— Les gens ont certaines attentes à ton égard, reprit-elle. C’est humain. Tu incarnes une part de leurs rêves… Mais, pour ma part, mes attentes sont très différentes te concernant.

— Ah oui ?

Elle lui décocha un sourire aguicheur, puis sortit de l’ascenseur.

— Eh ! J’aimerais bien entendre ce que tu as à dire à ce sujet ! fit-il en s’approchant d’elle, posant sa main sur son sexe, à travers son jean.

— Et tu crois que c’est comme ça que tu obtiendras une réponse ? rétorqua-t-elle, avançant jusqu’à la porte.

Il la suivit, se pressa contre son dos, glissa une main sous son pull et commença à lui caresser les seins.

— Comment est-ce que je m’en sors, pour l’instant ?

— Où sont tes clés ? demanda-t-elle en guise de réponse.

Il l’embrassa dans le cou, tout en insinuant un doigt sous la dentelle de son soutien-gorge, jusqu’à la pointe de son sein, déjà dressée.

Puis il glissa son autre main à l’intérieur de son jean. Prenant appui contre la porte, Emily se cambra. Elle sentait son érection contre ses fesses. Elle n’en revenait pas ; se laisser aller à ce genre de jeux ne lui ressemblait pas du tout ! Malgré tout, elle ferma les yeux et poussa un petit gémissement, lorsqu’il glissa un doigt à l’intérieur de sa culotte.

— Arrête, murmura-t-elle, quelqu’un pourrait venir…

Il ôta à regret la main de son jean pour prendre ses clés, puis il ouvrit la porte.

Il la souleva ensuite, faisant passer ses jambes autour de ses hanches, et lui donna un baiser à couper le souffle. Elle enroula ses bras autour de son cou, tandis qu’il entrait, refermant la porte derrière lui d’un coup de pied. Puis il la porta jusqu’à sa chambre. Il la remit sur ses pieds près du lit et ôta tendrement les mèches de cheveux de son visage. Mais la douceur s’arrêta là.

L’instant d’après, ses yeux étaient fous de désir. Les mains tremblantes, il lui enleva sa ceinture et son jean, puis la déshabilla entièrement.

A partir de cet instant, Emily oublia tout. La seule chose qui existait, c’était son corps prêt à s’embraser.

— J’ai tant envie de toi, Emily…

— Merci, murmura-t-elle.

Parce qu’elle avait oublié jusqu’à son nom.

 

***

 

A l’entrée de l’autoroute, la circulation n’était pas aussi dense qu’ils l’avaient craint, mais ils avançaient lentement. Emily se sentait tellement bien avec Nick que cela n’avait pas beaucoup d’importance pour elle. Les choses étaient ainsi, depuis qu’elle avait découvert qu’il n’était pas un séducteur impatient de dépouiller ses victimes. Cette pensée la fit sourire.

— J’adore l’idée de t’avoir pris pour un escroc ! lui dit-elle.

— Content que ça t’amuse…

— C’était quand même drôle, non, ce malentendu ? Je suis sûre que ta famille adorera cette histoire !

— Tu plaisantes ?

— Bien sûr que je plaisante ! Je crois que cette histoire, nous la garderons pour nous.

— J’espère qu’il n’y a pas que celle-là que nous garderons pour nous, dit-il avec malice.

— Il y en a même un certain nombre, répondit-elle en s’étirant dans la voiture très confortable que Nick conduisait.

— Parle-moi un peu de toi, lui demanda-t-il, posant sur elle un regard très doux. Comment se passent tes journées, habituellement ?

— Mes journées sont affreusement ennuyeuses ! Enfin, pas pour moi, mais elles le seraient pour n’importe qui d’autre. Je passe la plupart de mon temps le nez dans des bouquins ou à faire des recherches sur Internet.

— Qu’est-ce que tu fais, déjà ?

— Je suis secrétaire d’édition. Je travaille pour différents éditeurs, sur des textes de fiction entre autres. Je relis les manuscrits envoyés par les auteurs, et je vérifie un certain nombre de choses, notamment la grammaire, je m’assure que les idées et les faits se suivent de façon logique… J’ai aussi parfois un rôle d’éditrice : je fais alors des commentaires et des suggestions, je m’assure de la fluidité du rythme de la narration. C’est ce que je préfère. Ça et la recherche, mais j’aime bien aussi l’idée d’améliorer un bon manuscrit.

— Bref, tu adores ton travail !

Elle hocha la tête.

— Oui, c’est réellement une vocation pour moi.

— Et tu as déjà pensé à écrire ton propre livre ?

— Non. En tout cas pas à ce stade de ma vie. Je sais que ça peut sembler idiot, mais je suis réellement heureuse ainsi. Je ne vois pas les journées passer… A tel point que tout le monde dans ma famille me répète que je devrais sortir de temps en temps. Je peux parfois passer une semaine entière, voire plus, sans mettre le nez dehors.

— Et ça ne te rend pas dingue ?

— Non. Pendant longtemps, j’ai été satisfaite de ma situation…

Elle se tourna vers lui et, une fois encore, elle fut bouleversée par la perfection des traits de son visage. Si elle n’avait pas été excédée par la manière dont sa famille semblait tout attendre d’elle, elle aurait manqué cela. Elle l’aurait manqué, lui.

— Mais ce voyage a été une sorte de prise de conscience pour moi, finit-elle par ajouter.

Nick lui prit la main et y déposa un petit baiser.

— Comment ça ?

— Ça m’a fait du bien de sortir de ma routine, déjà… J’ai vraiment passé un merveilleux moment. C’est comme si j’avais découvert un autre monde. Certes, New York est un autre monde, mais il y en a beaucoup d’autres autour de moi, et même si j’adore lire ce que d’autres en ont dit c’est encore mieux de le découvrir par moi-même. Et puis… il aurait été vraiment dommage de ne pas te rencontrer !

— Pour moi aussi.

Elle se tourna davantage vers lui, pour pouvoir mieux observer son visage.

— Mais j’ai sans cesse l’impression qu’il y a quelque chose qui te tracasse.

— En dehors de la circulation ?

— Tu sais bien, Nick… Je le vois sur ton visage. Tu es très expressif. Je suis sûre qu’en général tu as beaucoup de sang-froid, mais, en ce moment, je vois de la tristesse dans ton regard…

Il secoua la tête, et elle pensa qu’il allait lui dire qu’elle se trompait, mais il lui demanda :

— Je t’ai parlé de mon ami Billy ?

— Tu as mentionné son nom, une ou deux fois.

— Lui et moi avons commencé le base-ball ensemble. Nous avons le même âge, nous sommes tous les deux des têtes brûlées et nous sommes devenus des amis. De très bons amis. Nous avions tous les deux du talent, et nous étions promis à un bel avenir.

Emily devina qu’il était difficile pour Nick d’en parler et qu’il avait simplement besoin d’une oreille attentive. Aussi ne dit-elle rien, ne fit-elle aucun commentaire.

— Il a eu un accident de voiture juste avant les Séries mondiales. Il a été bien amoché et il est resté pas mal de temps à l’hôpital… Maintenant, il est en rééducation, mais il y a peu d’espoir pour qu’il puisse rejouer un jour.

— C’est terrible !

Nick hocha la tête, puis resta muet pendant un bon moment.

— Je n’ai pas été un très bon ami pour lui, reprit-il ensuite. Il mérite mieux…

Emily ouvrit la bouche pour le contredire, mais Nick disait les choses telles qu’il les ressentait, et dans le domaine des émotions la réalité revêtait assez peu d’importance.

— J’aurais dû être auprès de lui pour l’encourager. Il est mon ami le plus proche, et tout ce que j’arrive à faire, c’est de m’apitoyer sur mon propre sort !

— Que veux-tu dire ? Je ne comprends pas…

Il la regarda, mais ce n’était plus de la tristesse qu’elle voyait dans ses yeux, c’était une profonde douleur.

— J’ai peur. J’ai peur pour lui mais, égoïstement, c’est surtout pour moi que j’ai peur. Je te l’ai dit, j’ai passé ma vie à jouer au base-ball et je n’ai pas fait d’études. Mes parents avaient pourtant insisté. Et si je n’arrivais pas à percer ? Et si j’étais blessé ? Ils voulaient que j’aie un bagage. Quelque chose de réel.

— Mais tu as percé ! Tu as gagné les Séries mondiales !

— Oui, mais je réalise seulement que tout pourrait s’arrêter demain. C’est exactement ce qui est arrivé à Billy. Qu’est-ce que je ferais, alors ?

— Tu te ressaisirais, tu trouverais une autre chose que tu aimerais faire.

— Ce n’est pas aussi simple, Emily…

— Et pourquoi ?

— Je ne connais rien d’autre que le base-ball ! Je n’ai jamais rien fait d’autre ! J’ai bien été sponsorisé par quelques entreprises, mais je suis nul devant un micro, et devant une caméra c’est encore pire ! Je suis raide comme un piquet et, pour être honnête, je déteste ça. Je n’ai aucune envie de devenir journaliste sportif, ce que beaucoup d’anciens sportifs deviennent… Je serais peut-être capable d’être coach, mais les places sont rares, en tout cas dans les grandes ligues.

— Tu ne serais pas forcé de l’être dans les ligues majeures. Je t’ai vu avec les gamins… Tu es vraiment doué avec eux.

Il haussa les épaules.

— Peut-être. Mais si on ne m’avait pas donné ma chance dans le base-ball, je ne suis pas certain que j’aurais réussi dans un autre domaine…

— Tu ne vas pas me dire que tu n’es pas intelligent, maintenant ! protesta-t-elle.

— Non, je ne suis pas stupide, certes. Mais je ne suis pas Emily Carter !

— Tu veux dire que tu n’es pas une tête ?

Il ne put s’empêcher de rire.

— Tu es vraiment intelligente, Em. Tu pourrais faire tout ce que tu veux, et tu le sais.

— Et pourtant je reste chez moi, en portant de vieux T-shirts, et je vis entourée de livres et de mots.

— Tu adores ça.

— J’imagine que si je n’avais pas le choix, je trouverais autre chose que j’adore. Tout comme tu pourrais le faire, toi aussi.

— Quand je suis sur le terrain, je sais que je peux y arriver. J’ai des hauts et des bas, comme tout le monde, mais, même quand les choses tournent mal, je sais que j’ai ça en moi, que c’est juste une question de patience et d’entraînement. Je sais que ce talent existe ; il est en moi.

— Je suis sûre que tu as de nombreux autres talents. Tu ne t’es simplement pas encore posé la question de savoir lesquels.

— Je ne suis sûr que d’une chose, c’est que j’ai besoin de jouer. J’ai besoin de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour rester en forme, pour rester concentré sur le jeu, pour ne rien laisser s’immiscer entre le base-ball et moi. Parce que si je perds mon jeu…

Il regarda sur la droite, puis il changea de file, avant d’ajouter :

— Tu sais quoi ? J’ai faim. Ça te dirait d’aller manger un morceau quelque part ?

Soit, songea Emily, fin de la discussion. Mais peut-être qu’un peu plus tard, quand ils seraient dans le Vermont, Nick s’ouvrirait à elle de nouveau. Elle n’avait qu’une envie, l’encourager, lui montrer qu’il avait tant à offrir. Mais mieux valait changer de sujet pour l’instant, essayer de le faire rire.

Tandis qu’ils sortaient de l’autoroute, elle laissa ses pensées divaguer, en regardant le paysage. Tout cela allait bientôt se terminer… Même si elle avait su dès le départ que leur rencontre resterait une aventure de vacances, une part d’elle-même attendait davantage. Mais comment espérer vivre plus qu’une aventure avec un homme aussi célèbre que Nick ? La seule pensée d’être confrontée à ses fans et aux paparazzi au quotidien la terrifiait. Ou peut-être que c’était l’idée d’avoir une véritable vie qui lui faisait cet effet…

Ils s’arrêtèrent dans un petit restaurant qui avait l’air agréable, mais il s’avéra complet. Ils décidèrent alors de prendre quelque chose à emporter. Et, pour éviter que Nick soit une fois de plus reconnu et importuné, elle alla seule passer la commande.

Dès qu’elle fut revenue à la voiture, son téléphone portable se mit à sonner. L’appel venait de Pam. Elle répondit, accueillant sa sœur en lui souhaitant un bon Thanksgiving.

— Alors me voilà rassurée, tu es toujours parmi nous ! déclara Pam, avant d’annoncer à la cantonade : Elle est toujours en vie !

Emily n’était en général pas déstabilisée par les sarcasmes de Pam, mais aujourd’hui elle n’était pas d’humeur à les subir.

— C’est fou ce que tu peux râler, quand il n’y a personne pour cuisiner ta dinde et tes tartes à la citrouille et te donner assez de restes pour que tu n’aies rien à faire ensuite pendant deux jours !

Après quelques instants d’un silence médusé, sa sœur se mit à rire.

— Eh bien, étant donné que maman a refusé de préparer le dîner, et que Denise et moi n’avons pas la moindre idée de la façon dont on fait cuire une dinde, nous avons tout commandé chez le traiteur.

— Et est-ce que c’est bon au moins ?

— On ne sait pas encore. Nous ne mangerons que vers 15 heures.

Avec la faible luminosité que nous avons ici, je pensais qu’il était plus tard.

— Nous ?

Emily se sentit soudain mal à l’aise et elle jeta un coup d’œil à Nick, qui se garait dans un coin calme du parking, pour qu’ils puissent manger en paix.

— Pardon ?

— Tu as dit « nous », Emily…

— C’est juste une façon de parler.

Elle savait qu’elle n’avait aucune chance de tromper sa sœur. Quand il était question de mettre son nez dans les affaires des autres, Pam était imbattable. Or, elle n’avait aucune envie d’avoir cette conversation en présence de Nick.

— Incroyable ! fit Pam avec jubilation.

— Tu as bu déjà combien de cocktails, Pam ?

— N’essaie même pas ça avec moi ! Je connais le ton de ta voix. Attends une minute. Eh ! Denise ! Viens écouter ça ! Emily a rencontré un homme !

Après un bref silence, Pam ajouta :

— C’est bien un homme, n’est-ce pas ? Enfin, je veux dire, tu n’es pas…

— Idiote !

En fond sonore, Emily entendit les voix surexcitées de ses petites nièces poser des questions sur Tatie Emily. Où était-elle ? Avec qui ? Génial ! Il ne manquait plus que toute la famille soit au courant.

— Denise est près de moi, reprit Pam. Nous voulons tous les détails !

— Est-ce qu’on pourrait éviter d’en faire toute une histoire ?

Soudain, Emily prit véritablement conscience que c’était de Nick Corrigan dont elles parlaient. Pam ne le connaissait certainement pas, mais Denise si. Et quand leur aînée apprendrait qui il était, cela lui clouerait le bec.

Quant à ses deux beaux-frères, ils adoraient le base-ball et cette nouvelle les rendrait dingues. Mark était peut-être même un fan des Knights. Jusque-là, elle n’avait jamais surpris sa famille et, pour une première, elle n’aurait rien pu trouver de mieux que de leur annoncer qu’elle sortait avec Nick Corrigan. Ils n’avaient pas besoin de savoir que ce serait terminé dans quelques jours, ni qu’elle ne le reverrait sans doute jamais.

— Allez, raconte ! On veut tout savoir, dit à son tour Denise.

Emily se tourna vers Nick. Il faisait de son mieux pour donner l’impression qu’il n’écoutait pas sa conversation, mais il aurait difficilement pu faire autrement. Elle sourit en voyant une petite mèche rebelle sur son front et elle commença à s’attendrir. Pour elle, il n’était pas Nick Corrigan, le héros des Knights. C’était son ami, son amant, celui qui l’avait tirée d’un long sommeil. Il était celui grâce à qui elle se sentait en vie, drôle et sexy. Et parler de lui à qui que ce soit n’aurait fait que minorer ce qu’elle était en train de vivre.

Elle eut un pincement au cœur en pensant qu’elle n’avait plus que quelques jours à passer avec lui et qu’ensuite elle ne le reverrait plus jamais. Mais ils savaient à quoi s’en tenir, l’un et l’autre.

Leur rencontre ne représentait qu’un court épisode de leur vie ; un épisode qui n’avait pas plus de signification qu’une excellente semaine de vacances dont on se souvient pendant les longues soirées d’hiver.

Sauf qu’il n’en serait pas ainsi pour elle. Jamais elle n’oublierait Nick, ni sa façon de l’embrasser, ni celle dont il repoussait doucement les mèches de son visage, ni son regard plongeant dans le sien, quand ils faisaient l’amour.

Mais ce qu’elle aimait par-dessus tout, chez lui, c’était son honnêteté, sa volonté de dire les choses telles qu’elles étaient.

— Emily ? Parle-nous de lui…

Cet empressement eut le don de l’agacer.

— C’est juste un type, dit-elle en jetant un coup d’œil à Nick, qui ne broncha pas. Un type très bien, ajouta-t-elle, amusée, consciente qu’il l’entendait.

Nick continua de regarder droit devant lui, faisant mine de se désintéresser de la conversation.

Mais elle vit qu’il souriait.

 

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