Audacieuse Emily

Debbi Rawlins · Chapitre 16 sur 16

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Audacieuse Emily

Chapitre 16

 

Sans ouvrir les yeux, Emily sut qu’elle était seule dans le grand lit de Nick. Elle tendit la main de son côté et remarqua que les draps étaient froids. Elle eut le sentiment d’avoir été trahie. Ouvrant lentement les yeux, elle aperçut sa valise. La veille, Nick l’avait placée sur sa commode, pour qu’elle puisse faire plus facilement ses bagages. C’était une gentille attention de sa part, se rappela-t-elle, et non une façon de manifester qu’il était pressé qu’elle parte. Ils avaient passé une journée merveilleuse, la veille, profitant de chaque minute. Mais où était-il à présent ?

— Bonjour, dit-il soudain en entrant dans la chambre torse nu, un plateau à la main. Je voulais être revenu avant ton réveil…

Il s’assit sur le bord du lit.

Elle regarda ce que contenait le plateau, qu’il posait sur la table de nuit, et elle vit des croissants, de la marmelade d’oranges et du beurre. Mais ce qui la toucha surtout était la rose rouge qu’il avait mise dans un petit verre.

— Tu es débordant d’énergie de bon matin ! Une fille pourrait penser que tu es impatient de te débarrasser d’elle.

— C’est le téléphone qui m’a réveillé. Je suis content que ça ne t’ait pas dérangée. C’était Billy.

— Est-ce que tout va bien ?

Nick hocha la tête.

— Il semblait aller encore mieux que la dernière fois que je lui ai parlé, juste après Thanksgiving.

Nick la regarda quelques instants, puis il fixa la main qu’il avait posée sur le lit.

— Tu vois cette cicatrice ?

Elle vit une petite ligne blanche, à peine visible.

— Elle a l’air ancienne.

— Je me suis coupé, il y a environ neuf ans. Le couteau est entré profondément dans la chair et il a touché un tendon. Ça faisait peu de temps que j’avais commencé à jouer en tant que professionnel et j’étais dévasté. Même si j’ai fait tout ce que les médecins m’ont dit de faire, je n’ai pas pu jouer pendant un long moment et j’étais persuadé que ma carrière était terminée…

— Et regarde où tu en es maintenant !

— Oui, j’ai de la chance. Mais Billy n’aura pas cette chance. Il a été bien amoché, et ce sera long et douloureux, juste pour qu’il puisse marcher de nouveau. Et s’il arrive à jouer ce ne sera sans doute pas au même niveau.

— Et c’est ce que tu vas lui dire ? lui demanda-t-elle, touchée par les émotions que Nick traversait.

— Non, répondit Nick d’une voix à peine audible. Et puis, qui sait, il va peut-être défier toutes les statistiques ! Je vais le voir en tant qu’ami, pas comme un membre de son équipe.

Elle referma la main sur la sienne, contente qu’il ne la retire pas.

— Je sais qu’il a été très entouré par sa famille, mais j’aurais dû me rendre près de lui plus tôt. J’ai traîné les pieds trop longtemps…

A cet instant, Emily comprit beaucoup de choses sur les six jours qu’elle venait de passer. Elle n’avait été qu’une distraction pour lui. La parfaite distraction, même ! Totalement étrangère à son univers. Totalement différente des femmes qu’il avait l’habitude de fréquenter. Avec elle, il avait pu oublier le base-ball, Billy et toutes ses peurs liées à sa propre carrière. Sans mannequin ni actrice célèbre à son bras, il avait pu échapper aux paparazzi en quête de scoops chez les people.

Elle se sentit soudain terriblement blessée. Pourtant, elle n’avait pas le droit de lui en vouloir. Elle-même ne cherchait, en venant à New York, qu’une brève aventure de vacances et elle avait décroché le jackpot ! Un beau livreur de pizzas lui aurait très bien convenu aussi, ou un voisin de chambre à l’hôtel… Alors comment osait-elle à présent changer les règles du jeu et lui reprocher quoi que ce soit ?

Et puis, même si elle pouvait changer les règles, elle ne pouvait pas se changer, elle. Cette semaine avait été merveilleuse, mais elle n’était absolument pas faite pour mener une vie aussi exposée auprès d’un homme dont la célébrité ne laissait place à aucune intimité, aucun anonymat.

Cela dit, elle pouvait bien essayer de se raisonner tant qu’elle voulait, cela ne changerait rien au fait que dans quelques heures elle lui dirait adieu et qu’elle en souffrirait horriblement.

— Je ferais mieux de commencer à faire mes bagages, dit-elle en s’éloignant du lit. Combien de temps dure le trajet jusqu’à l’aéroport ?

— Il est encore tôt, tu ne crois pas ?

— Si, mais je préfère être en avance et ne pas courir dans tous les sens à la dernière minute, en me demandant ce que j’ai oublié.

— O.K., dit-il lentement. Je peux t’aider ?

— Non, merci, ça ira.

— Tu es sûre ? insista-t-il avec un sourire sexy. Plus vite tes bagages seront prêts, plus vite nous pourrons passer à des activités plus intéressantes…

— Sale type !

Il rit, puis répondit sur un ton malicieux :

— Ce n’est pas la réaction que j’attendais !

En tout cas, il avait atteint son objectif. Elle rassembla ses affaires et les babioles achetées pour sa mère, ses sœurs et ses nièces en un rien de temps, mais il n’y avait plus de place dans sa valise. Elle ouvrit une pochette extérieure et y trouva un sac. Dans le sac, la boîte de préservatifs qu’elle avait achetée en arrivant.

Elle la sortit de façon décontractée, consciente que Nick était encore en train de la regarder.

— Je suppose que je n’en aurai plus besoin une fois rentrée chez moi…, dit-elle avec un rire forcé. Autant que tu les gardes, je suis sûre que tu en feras bon usage.

A peine eut-elle parlé, qu’elle se sentit la dernière des idiotes. Pathétique, même ! Elle attendit une réaction de Nick qui l’aurait débarrassée de son malaise. Il aurait pu se moquer d’elle, mentir, peu importe. Elle savait très bien qu’il y aurait d’autres femmes après elle.

Pour toute réponse, il posa sa tête plus confortablement sur ses bras et ferma les yeux.

 

***

 

Il aurait dû savoir que le fait de sortir avec quelqu’un comme Emily allait lui poser des problèmes. Qu’attendait-elle qu’il lui dise ? Ils ne s’étaient fait aucune promesse. Il n’y avait rien à attendre du genre d’aventure qu’ils venaient de vivre. Il pensait qu’ils avaient été suffisamment clairs sur ce point.

Et, après tout, c’était elle qui avait acheté ces fichus préservatifs, elle aussi qui avait acheté le livre rose et la lingerie sexy ! Elle avait même admis qu’elle était venue à New York pour avoir une aventure sans lendemain. Eh bien, elle avait eu ce qu’elle voulait !

Merde !

Il se releva et, lâchement, il fut soulagé de voir qu’elle lui tournait le dos.

— Je peux porter ta valise sur le lit, si tu penses que ça peut être plus pratique.

— Non, ça ira… Je n’en ai pas pour longtemps, dit-elle en posant un jean et un ensemble de lingerie rose dessus. Dès que j’aurai trouvé un pull propre, je prendrai une douche.

Il sentit un nœud au creux de son estomac. Elle n’avait visiblement aucune intention de faire l’amour avec lui d’ici son départ. Cette idée le rendit malade. Mais ce n’était pas la question du sexe. Pas du tout. Elle serait partie dans quelques heures. Elle quitterait son appartement. Elle quitterait la ville. Pourquoi cela lui semblait-il si bizarre, tout à coup ? Si inconcevable ?

Il s’éclaircit la voix.

— Tu veux que je te frotte le dos ?

Elle rit.

— Tu crois vraiment qu’on a une chance de partir à l’heure, si on commence comme ça ?

— On a quelques heures devant nous, lui fit-il remarquer doucement.

Peut-être qu’il se trompait, en pensant qu’elle devenait sentimentale… Sa voix était normale. Il aurait voulu qu’elle se retourne, pour voir son visage.

— Je peux même mettre le réveil si tu veux, ajouta-t-il.

Elle rit de nouveau et elle lui jeta un petit regard par-dessus son épaule. Il vit des larmes briller dans ses yeux.

Il jura en silence. C’était sa faute. Il n’aurait pas dû coucher avec elle. Il l’avait emmenée dans le Vermont, elle avait rencontré sa famille…

— Ecoute…, lui dit-elle en se retournant, s’essuyant rapidement les yeux. Ne va pas imaginer des choses… Si j’ai l’air émue, ça n’a rien à voir avec toi. J’ai aussi pleuré, quand j’ai dû laisser mes vieux chaussons roses tout pelucheux à la maison, tu vois le tableau ?

Nick se leva et avança vers elle.

— Non, dit-elle en se reculant, tu es sur le point de faire quelque chose de stupide.

— Je veux juste te prendre dans mes bras, Emily.

— ça, c’est très très stupide !

— Emily…

— Il n’y a pas d’Emily qui tienne.

Elle essaya de se dégager de son étreinte.

— Laisse-moi au moins une once de dignité.

— Ah ! voilà que tu emploies encore ces mots savants !

Elle laissa échapper un petit rire, tout en reniflant, puis elle arrêta de lutter.

— Tu peux toujours reprendre tes études, tu le sais, n’est-ce pas ?

— Je plaisantais, dit-il en souriant.

— Je sais, mais je voulais juste dire qu’il n’est jamais trop tard. Tu peux être ce que tu souhaites.

Il la serra dans ses bras.

— Et toi, tu pourrais ? Pourrais-tu te sentir bien à New York ? Avec la foule, les paparazzi et les fans ?

— Ce n’est pas la même chose. Et puis, je te l’ai dit, je suis très casanière. J’aime ma vie. Les choses sont très bien comme ça.

Il relâcha son étreinte et elle eut l’impression que la Terre venait de s’arrêter de tourner.

— Nick…

— Tu as raison, tu es la personne la plus heureuse que j’aie rencontrée. Et tu as aussi raison à mon sujet. J’ai à ma disposition toutes les opportunités possibles.

— Je ne voulais pas…

Il secoua la tête, et s’éloigna de quelques pas. Il essayait de garder son calme. Elle serait bientôt partie. Il n’était pas nécessaire que les choses se finissent mal.

— Je… Je vais aller faire du café…

Il sortit de la pièce, de peur d’en dire trop ou pas assez.

Il aimait bien Emily. Peut-être un peu trop. Tout à coup, il prit conscience que les six jours qu’il venait de passer avec elle était la plus longue période d’affilée qu’il ait jamais passée avec une femme. Même avec Kara, le mannequin suédois, ils n’avaient réussi à s’échapper ensemble pendant quatre jours consécutifs qu’une seule fois. D’ailleurs, ils s’étaient séparés un mois après. Il était préférable pour tous les deux qu’Emily rentre chez elle et reprenne le cours de sa vie.

Il resta dans la cuisine un peu plus longtemps que nécessaire, songeant qu’Emily viendrait le rejoindre, mais elle était restée dans la chambre. Lorsqu’il apporta le pot de café, la porte de la salle de bains était close. Elle était sous la douche.

***

 

Ils partirent en avance pour l’aéroport. C’était ce qu’Emily avait voulu et Nick n’avait pas protesté. L’atmosphère dans l’appartement était devenue très tendue et le silence entre eux pesant. Il avait appelé le service de location pour demander un chauffeur en précisant de ne pas déranger Tony pendant ses congés. Il avait la sensation qu’une fois qu’il l’aurait déposée, il ne serait pas d’humeur à bavarder.

La limousine se gara devant l’entrée de l’aéroport et, une fois que le chauffeur eut sorti les bagages d’Emily du coffre, Nick lui dit d’aller se garer, qu’il l’appellerait quand il serait prêt à rentrer à son appartement.

— Tu n’as pas besoin de m’accompagner à l’intérieur, lui dit Emily. Sans billet, tu ne pourras pas aller bien loin de toute façon.

Il prit sa valise et commença à avancer.

— Un garçon pourrait penser que tu essaies de te débarrasser de lui…

Elle sourit qu’il ait tourné une de ses propres plaisanteries contre elle.

— Sérieusement, Nick… Une fois que je serai arrivée à ma porte d’embarquement, je vais juste prendre une tasse de café et lire. Mais merci de m’avoir accompagnée jusqu’ici…

Il déposa la valise et il la prit dans ses bras.

— Emily ! La journée n’aurait pas dû se passer comme ça !

— Je sais, murmura-t-elle avec douceur. Mais ça aurait été difficile, quoi qu’on fasse. Pour moi en tout cas…

— Pour moi aussi.

Elle le regarda comme si elle ne le croyait pas. Ou du moins c’est ce qu’il imagina, parce qu’il se sentait minable à rester ainsi planté à côté d’elle, tandis qu’elle tendait son billet et sa pièce d’identité à un steward en charge de l’enregistrement des bagages.

L’homme, d’un certain âge, jeta un coup d’œil nonchalant en direction de Nicky puis, y regardant à deux fois, lui fit un grand sourire.

— Bien joué aux Séries mondiales, Nicky !

— Merci.

Une fois ses bagages enregistrés, Emily se tourna vers lui.

— Eh bien… Je suppose qu’il est temps de se quitter, maintenant…

Il eut un pincement au cœur. Il n’aurait jamais pensé que ce serait aussi difficile.

— Il reste encore trois heures avant que ton avion ne décolle…

Elle sourit tristement.

— Je sais.

— O.K., dit-il, surpris de ne pas savoir quoi ajouter, mais surtout étonné d’avoir la gorge serrée à ce point. Je vais aller en Louisiane très bientôt…

Elle hocha la tête.

— Voir Billy, je sais.

— Je ne vais pas voir le temps passer, ce sera de nouveau l’entraînement…

— Dis-moi adieu, Nick.

Il fut pris de panique.

— Tu fais comme si on n’allait jamais se revoir, Emily ! Tu viendras me voir jouer, n’est-ce pas ?

— ça me ferait plaisir.

— Très bien, alors j’organiserai tout, quand ce sera la saison. Tu me diras quand tu voudras venir…

Elle lui sourit légèrement, puis elle l’embrassa sur les lèvres. Brièvement. Trop brièvement.

Il essaya de la prendre dans ses bras, mais juste à cet instant deux gamins s’approchèrent d’eux, écartant Emily de leur chemin.

Emily sursauta et Nick eut envie de les gifler. Au lieu de cela, il leur dit :

— Je crois que vous devez des excuses à cette jeune femme. Au cas où vous ne vous en seriez pas aperçus, vous venez de la bousculer !

Ils reculèrent, l’air plus effrayé que désolé.

— Désolés, madame, dit l’un d’eux.

L’autre tendit un bloc-notes et un stylo avec un regard plein d’espoir.

Nick écarta les gamins d’un geste, puis il passa son bras autour des épaules d’Emily et il l’entraîna dans un coin du terminal, où il tournait le dos à la foule.

— Je suis désolé.

— Ce n’est pas ta faute.

— C’est vrai, mais…

— Je ne t’oublierai jamais, Nick. Tu es les meilleures vacances que j’aie jamais eues.

Elle lui sourit, le regard triste.

— Sois heureux…

Nick resta pétrifié, le cœur battant à tout rompre, tandis qu’il la regardait disparaître au milieu de la foule. Que venait-il de se passer ? Un instant, ils discutaient de sa prochaine venue, pour le voir jouer, et l’instant d’après il y avait eu ces deux crétins…

Et ils n’avaient rien décidé du tout ! Parce qu’il avait été trop lâche ! Exactement comme avec Billy. Emily n’avait certainement pas cru un mot de ce qu’il avait dit, lorsqu’il avait été question qu’ils se revoient. Elle savait qu’il n’était pas du genre à donner suite à ses aventures. Mais il avait été sincère pourtant, non ? Il avait besoin de quelqu’un qui n’avait pas peur de lui tenir tête.

Même s’ils restaient juste des amis…

Cela leur suffirait-il ?

Nick secoua la tête. Et dire qu’il avait ressenti de la pitié pour Billy. Mais c’était lui qui faisait pitié ! Jamais de toute sa vie, il ne s’était senti aussi seul que maintenant. Et c’était entièrement sa faute, parce qu’il n’était qu’un lâche.

 

***

Poussant un long soupir, Emily regarda fixement le sapin de Noël, sachant qu’il manquait quelque chose, mais incapable de trouver quoi. C’était en partie parce qu’elle n’avait pas la même passion pour la décoration cette année. Tout le monde s’était montré consterné quand, deux semaines après son retour de New York, elle n’avait toujours pas installé le sapin de Noël. A présent, juste quatre jours avant Noël, elle n’avait toujours pas terminé ses achats.

— Où est l’ange ? demanda Pam, qui s’était approchée d’elle sans bruit.

Voilà, c’était l’ange qui manquait !

— Je ne t’ai pas entendue entrer, lui dit Emily. Tu viens juste d’arriver ?

Pam hocha la tête, passant un bras autour des épaules de sa sœur.

— C’est joli ici, Emily…

Emily se mit à rire. Il n’y avait pas la moitié des décorations qu’elle mettait d’habitude dans le salon. Et dans les autres pièces il n’y en avait aucune.

— Quelle menteuse !

— Non, vraiment. Je me sers un verre, tu en veux un ?

— Oui, pourquoi pas…

Pam sembla surprise, mais elle ne dit rien. Aucun sarcasme, aucune remarque sur le vieux survêtement, ni sur les chaussons roses pelucheux. Elle se dirigea simplement vers le bar.

— Denise est là aussi.

Emily eut envie de crier. Elle était déjà de mauvaise humeur depuis trois semaines, mais avoir sa mère et ses sœurs sur le dos sans arrêt allait finir par la rendre dingue ! Elles se doutaient toutes les trois que sa déprime avait quelque chose à voir avec l’homme qu’elle avait rencontré lors de ses vacances, mais elle avait refusé de leur parler de Nick.

Parfois, elle avait envie de leur expliquer que les choses n’étaient pas si terribles. Elle avait beaucoup appris sur elle-même, en renonçant à son cocon et à sa routine pendant quelques jours. L’ironie, c’était qu’elle avait découvert qu’elle aimait sa vie simple. Elle aimait ses livres, être proche de sa famille, même si, tous, ils la rendaient dingue. Elle aimait aussi savoir qu’ils pouvaient compter sur elle.

Mais elle avait aussi pris une décision. Même si elle les aimait beaucoup, il était temps pour elle de trouver son propre toit. Elle choisirait une maison pas trop loin, mais pas trop près non plus. Dès que les fêtes seraient passées, elle le leur annoncerait. Inutile de faire des vagues d’ici là.

Et puis, elle avait déjà un peu gâché les fêtes, à cause de son moral en berne, mais elle n’y pouvait rien. Nick lui manquait. Pour être plus exact, elle avait le cœur brisé. C’était fou, stupide et ridicule. Elle ne l’avait pas connu assez longtemps pour se sentir aussi dévastée ! C’était peut-être sa façon extraordinaire de lui faire l’amour qui lui manquait.

Oui, ce devait être ça !

Elle respira profondément, espérant que sa soudaine mélancolie allait disparaître. C’était presque Noël, il fallait qu’elle cesse de broyer du noir en permanence.

— Voilà ton verre, lui dit Pam avec douceur, tout en lui passant un demi-verre de vin. Nous nous sommes dit que nous emballerions les cadeaux toutes ensemble.

— Les cadeaux ! s’écria Emily. Je suis désolée, j’aurais dû le faire plus tôt.

— Ce n’est pas à toi de le faire, répondit Denise. Et puis, ce sera amusant de le faire toutes ensemble.

Emily soupira. Pour cela, il lui fallait vraiment beaucoup plus de vin.

On sonna à la porte, et elle posa son verre.

— C’est sans doute UPS qui livre les derniers cadeaux que j’ai commandés pour les enfants.

— J’y vais, dit Pam, qui arriva la première à la porte, l’ouvrit et resta bouche bée.

— Bonjour… Je cherche Emily Carter…

Emily eut l’impression de sentir la terre trembler sous ses pieds.

Denise rejoignit Pam à la porte et poussa un petit cri.

— Vous êtes Nick Corrigan ! Oh ! mon Dieu…

— Il demande Emily, dit Pam faiblement, échangeant un regard incrédule avec Denise.

Elle ne pouvait pas lui faire ça ! L’abandonner aux pattes terribles de ses deux sœurs ! Elle devait le tirer de là, même si elle n’était pas sûre que ses jambes puissent la porter jusqu’à la porte.

— Nick, quelle surprise ! dit-elle, s’approchant du petit groupe.

Il ne s’était pas fait couper les cheveux depuis leur rencontre et il portait un jean et une veste en cuir. Il était si beau que son cœur se serra.

— Je sais que je n’aurais pas dû venir sans te prévenir…, commença-t-il d’un ton si peu assuré qu’elle en fut toute remuée.

— ça n’a pas d’importance, entre…

Elle se mit sur le côté pour le laisser passer.

Il jeta un coup d’œil à ses chaussons, lui faisant prendre conscience de ce qu’elle portait. Son vieux survêtement… Ses chaussons pelucheux… Elle se mit à rire. Qu’aurait-elle pu faire d’autre ?

— Ce sont tes sœurs ? lui demanda-t-il.

— Oui, voici Pam et Denise. Dites bonjour à Nick, les filles, dit-elle, en réprimant un petit rire devant leur air médusé.

Puis elle entraîna Nick vers un salon qui se situait à l’écart, à l’arrière de la maison, et dans lequel personne n’allait jamais.

Elle lui fit signe de s’asseoir sur le canapé, tandis qu’elle-même s’y installait. Elle faisait bonne figure, mais elle n’en menait pas large, et elle aurait donné n’importe quoi pour s’être maquillée et porter autre chose que ses vieux vêtements usagés.

Il prit place près d’elle et elle serra ses mains l’une contre l’autre pour qu’il ne puisse pas voir à quel point elle tremblait.

— Alors, comment vas-tu ? lui demanda-t-elle calmement.

— Pas mal, je viens de passer dix jours en Louisiane.

— Comment va Billy ?

— Mieux, bien mieux… Il est très optimiste, il m’a juré qu’il serait présent aux entraînements du printemps prochain, même s’il doit y assister depuis les gradins, dans sa chaise roulante. Je suis sûr qu’il sait exactement quelles sont ses chances de s’en sortir, mais, s’il est prêt à se battre et à défier toutes les statistiques, je serai avec lui jusqu’au bout. Je l’admire vraiment, et sa femme et ses enfants sont vraiment extraordinaires ! J’aurais voulu que tu sois là-bas avec moi, Emily… Mais tu le rencontreras bientôt.

Elle resta interdite.

— Ah oui ?

— Oui, j’ai vraiment envie que tu le connaisses. Je veux… Oh ! Emily ! Tu m’as tellement manqué !

— Toi aussi, admit-elle, bouleversée par l’intensité de son regard. Je ne pensais pas te revoir un jour.

Elle vit un éclair de douleur dans ses yeux.

— Quand je t’ai rencontrée, Billy venait juste d’avoir cet accident et, pour la première fois de ma carrière, je me sentais vulnérable. Quand tu m’as parlé de reprendre mes études, ça m’a terrifié. Je n’arrêtais pas de me demander qui je serai, quand je ne serai plus le célèbre lanceur Nick Corrigan.

Elle sourit.

— Je suppose que tu as trouvé…

Il secoua la tête en riant doucement.

— Viens ici et laisse-moi t’embrasser… Parfois, tu m’intimides, mais je suppose qu’il va falloir que je m’y habitue.

— Moi ? Je t’intimide ?

— Déjà, tu es diablement intelligente, et je ne parle pas seulement de tous tes diplômes. Tu es sûre de toi, tu es belle et tu sais exactement qui tu es. Je t’admire, vraiment. Mais je sais aussi qu’il serait injuste de t’imposer les contraintes liées à mon métier. Alors, je pensais…

Elle était incapable de prononcer le moindre mot, son cœur battait trop vite et les pensées se bousculaient dans son esprit.

— Je pensais que si tu voulais nous donner une chance pendant un moment… Mon appartement est très grand et nous pourrions transformer une des chambres d’amis en bureau pour toi. Nous ne serions pas obligés de sortir trop souvent et puis… on peut se faire livrer n’importe quoi à New York, tu sais ! Mais peut-être que c’est trop demander et…

— Nick… Ce n’est pas trop demander. J’avais l’intention de déménager de toute façon.

— Toi ? Où ca ?

— Tu veux vraiment…

Elle s’interrompit, incapable d’articuler un mot de plus, tant elle était émue.

Il lui sourit.

— J’ai finalement réussi à obtenir de toi ce que je voulais. Je te laisse sans voix…, dit-il en lui faisant un petit clin d’œil, avant de l’embrasser, tendrement d’abord, puis avec passion.

 

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