Audacieuse Emily

Debbi Rawlins · Chapitre 7 sur 16

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Audacieuse Emily

Chapitre 7

 

C’était mieux ainsi, finalement, pensa Nick en retenant la porte de l’ascenseur, tandis qu’il regardait Emily passer devant lui. Elle portait un jean un peu usé qui lui moulait joliment les fesses. Quelques minutes plus tôt, il était en train de caresser ce beau derrière, et s’il n’avait pas été interrompu — ce qui lui avait laissé quelques secondes de réflexion — Dieu seul savait où cela les aurait menés !

Heureusement que la femme de chambre était revenue. Mieux valait qu’ils sortent pour aller respirer un peu d’air frais. S’ils étaient restés à l’hôtel, Emily n’aurait rien vu de New York de la journée — il aurait su se montrer assez convaincant pour qu’elle se glisse avec lui sous le drap — et elle aurait manqué cette belle lumière de novembre. De toute façon, ils avaient encore la soirée… Un dîner léger, un peu de vin, et…

— Ça fait longtemps que tu as pris ton petit déjeuner ? lui demanda-t-il en mettant ses lunettes de soleil, tandis qu’ils sortaient de l’hôtel.

Il remonta le col de sa veste, non parce qu’il avait froid, mais pour essayer d’éviter d’être reconnu.

— A peu près trois heures, pourquoi ? Tu as faim ?

— Je vais manger une pomme et j’attendrai le déjeuner.

— On peut déjeuner maintenant si tu veux, je n’ai mangé que des fruits, ce matin.

— Viens, c’est par ici, lui indiqua-t-il en désignant la limousine noire qu’il avait réservée pour la journée.

— Elle est à toi ?

— Non, j’ai seulement un contrat, avec une agence de location.

Le chauffeur les vit approcher et sortit immédiatement de la voiture, pour leur ouvrir la portière arrière.

Emily sembla déçue.

— C’est une si belle journée. Ça ne serait pas mieux de marcher ?

— Plus tard, d’accord ? Allons d’abord manger, puis nous discuterons de notre itinéraire de l’après-midi.

Il la prit par le bras pour presser le mouvement et se retrouver le plus vite possible à l’intérieur de la limousine. En général, il essayait de ne pas trop se plaindre des fans qui lui demandaient sans cesse des autographes, et il n’avait aucune intention de le faire à ce moment-là. Il était certes assez éprouvant d’être un personnage public, mais il acceptait plutôt de bonne grâce cet état de fait. Pourtant, depuis ses récents succès, lors des dernières Séries mondiales, sans parler des photos parues récemment dans City Lights, la situation devenait de plus en plus difficile à gérer. Seul, il y parvenait, mais Emily ne méritait pas d’être constamment mise de côté.

Il venait à peine d’entrer dans la limousine et de refermer la portière qu’un adolescent le vit et commença à courir vers la voiture. Le chauffeur le remarqua à temps et il démarra aussitôt. Heureusement, la circulation était fluide, et ils s’éloignèrent assez vite.

Emily se retourna sur son siège pour regarder le jeune homme courir d’un air découragé.

— Je crois que quelqu’un essayait d’attirer ton attention, lui dit-elle.

Il lui prit la main et la serra doucement.

— Il voulait sans doute un autographe.

— Alors pourquoi ne pas le lui avoir donné ?

— Parce que ça ne s’arrête jamais à une seule personne ! Tu as vu ce qui s’est passé, hier soir ?

— C’est comme ça tout le temps ? Où que tu ailles ? Est-ce que ça n’est pas… très pénible, à force ?

Il fit non de la tête.

— J’ai été un fan de base-ball toute ma vie. Et si j’avais pu obtenir un autographe de Sandy Koufax, quand j’étais môme, j’aurais fait la queue pendant une semaine !

Elle haussa les épaules.

— C’est la rançon de la gloire, j’imagine…

— Oui, sans aucun doute. Mais je dois poser certaines limites, de temps à autre.

— Et comment est-ce que tu fais ?

— Eh bien, pour tout te dire, ça n’est pas forcément très difficile, parce que je ne sors pas souvent en public. Et, lorsque je le fais, soit je me cantonne à des lieux où les gens me connaissent et où ma présence n’a rien d’impressionnant pour eux, soit je vais là où j’ai peu de chances de croiser des gens susceptibles de me demander un autographe ou de disséquer mon dernier match.

— Tu es un vrai snob, alors !

— Mais non !

— Si.

— Comment peux-tu dire ça, après hier soir ? Est-ce que j’ai eu l’air contrarié une seule fois, quand quelqu’un m’a demandé un autographe ?

— Non, tu t’es même comporté d’une manière très affable, à vrai dire. Et tu as fait preuve d’une patience angélique !

— Alors…

— Excusez-moi, monsieur Corrigan, dit le chauffeur. Je suis désolé de vous interrompre, mais vous ne m’avez pas dit où nous allions.

— Oh ! désolé ! Tu as une préférence ? demanda-t-il à Emily.

— Non. N’importe quel endroit où tu te sentiras à l’aise. Tu sais, les endroits dans ton genre…

Les choses seraient donc ainsi. Soit.

— Tony, allez donc à Broadway. Dans la 138e Rue.

— Vous avez bien dit la 138e Rue, monsieur ?

— Oui. C’est bien ça…

— Vous êtes sûr ?

— Tout à fait sûr.

 

***

Emily en était à sa deuxième portion de frites, tandis qu’elle regardait des flots incessants d’enfants, ainsi qu’un certain nombre d’adultes, converger vers Nick. Dix minutes plus tôt, elle s’était installée deux tables plus loin, pour éviter de se retrouver écrasée par la foule. Et elle se demandait si elle n’allait pas devoir s’éloigner de nouveau.

On avait demandé à Nick de signer tout et n’importe quoi, y compris des emballages de hamburger, des T-shirts, jusqu’à la peau nue du décolleté plongeant de certaines jeunes filles. Même le manager du fast-food s’était précipité dans le magasin de sport le plus proche pour acheter des balles de base-ball et les lui faire signer pour ses fils.

De temps à autre, Nick lui lançait un petit regard d’excuse. ça n’était pas nécessaire. Signer des autographes à tour de bras comme il le faisait pouvait sembler très excitant à beaucoup de gens, mais en réalité cela devait être vraiment horrible. Il fallait supporter des inconnus qui se tenaient trop près de vous, qui se montraient trop indiscrets et qui en demandaient toujours plus.

Elle n’avait jamais fait partie des gens qui rêvaient de devenir célèbres et, à présent qu’elle voyait de près les effets de la notoriété, elle était plus que jamais convaincue que cela devait être un véritable cauchemar.

— Excusez-moi, mademoiselle…

Elle avait presque oublié le chauffeur. Il se tenait face à elle, sa casquette noire à la main.

— Oui… Tony ? C’est bien ça ?

Il fit oui de la tête.

— Est-ce que M. Corrigan a dit quand vous seriez prêts à partir ?

— Désolée, il n’a rien dit, lui répondit-elle en jetant un regard impuissant en direction de Nick, qui riait et plaisantait avec un garçon d’une dizaine d’années.

Comme la veille avec les deux jeunes femmes, il semblait les avoir totalement oubliés, le chauffeur et elle.

— Je suppose qu’il pense qu’il n’a pas encore assez prouvé qu’il avait raison, marmonna-t-elle, avec un brin de mauvaise humeur.

— Pas de problème… C’était juste pour savoir si j’avais le temps d’acheter quelque chose à manger.

Zut ! Tony avait dû l’entendre. Elle se tourna vers lui, penaude, et le vit sourire à Nick et aux enfants.

— Je suppose que vous avez largement le temps d’aller chercher quelque chose à manger, reprit-elle, j’ai bien l’impression qu’il y en a pour un moment, avant qu’il en ait fini avec tout ce monde !

— Je crois que la moitié de Harlem a entendu dire qu’il était ici, fit Tony en riant.

Effrayée, Emily vit un important groupe d’enfants traverser la rue et se diriger vers le fast-food.

— Comment va-t-il réussir à s’échapper, sans avoir l’air d’un sale type ?

— Il fera un signe à l’un de nous deux. Sans doute moi, parce que j’ai l’habitude, et j’irai lui dire devant tout le monde qu’il est en retard, et qu’il n’a plus le temps de signer que deux autographes.

— Mais les autres enfants seront déçus, dit-elle en regardant les visages pleins d’impatience dans la file d’attente.

— Quelqu’un finit toujours par être déçu, mademoiselle.

— Je m’appelle Emily, fit-elle en se tournant vers lui. Quand vous serez allé chercher à manger, venez donc vous asseoir près de moi, si vous voulez.

— Entendu.

Il se dirigea d’un bon pas vers les guichets. Il n’allait pas être long, car personne ne commandait à manger. Ils étaient tous agglutinés autour de Nick, s’abreuvant de ses paroles. Elle continua de le regarder, admirant la façon dont il passait quelques instants à bavarder avec chaque enfant, tout en espérant secrètement le voir faire le signe mentionné par Tony. Elle comprit alors qu’elle était un peu jalouse. Elle aurait voulu qu’il lui accorde un peu plus d’attention.

Moins de trois minutes plus tard, Tony était de retour avec une salade et un jus de fruit. Il prit place à la table, face à elle.

— Je n’ai rien vu qui ressemblait à un signe, lui dit-elle.

Tony se contenta de sourire en déballant ses couverts en plastique.

— Etes-vous censé l’attendre indéfiniment ?

— M. Corrigan m’a payé pour toute la journée. S’il veut que je l’attende, je l’attends. S’il veut que je m’en aille, j’argumente et j’essaie de l’en dissuader.

Emily le regarda, interdite, puis elle rit doucement en discernant un éclair de malice dans ses yeux.

— Vous le connaissez depuis longtemps, je suppose.

— A peu près neuf ans, dit-il en faisant couler de la sauce sur sa salade avec parcimonie.

Elle ne fut pas surprise de constater qu’il semblait se soucier de sa santé. Il était presque aussi grand que Nick, d’allure plutôt athlétique, bel homme de surcroît et semblait en excellente forme physique. Il ne devait pas avoir plus de quarante ans, mais ses tempes grisonnaient déjà. Ce qui la poussa à se demander quel âge Nick pouvait avoir. Environ trente ans, pensait-elle.

— Et vous ? Vous le connaissez depuis longtemps ? lui demanda-t-il en piquant une feuille de laitue avec sa fourchette.

Elle jeta un coup d’œil à sa montre.

— Je dirais à peu près depuis dix-sept heures…

— Ah !

— Je l’ai rencontré hier soir. Nous avons partagé un taxi. Mais je ne suis pas une groupie, si c’est ce que vous voulez savoir.

Il sembla contrarié par sa remarque, mais se contenta de dire :

— Pour être franc, ça ne m’avait pas traversé l’esprit. Je pensais plutôt que vous étiez une connaissance de sa ville natale.

— Autrement dit, je ferais aussi bien de m’écrire « Fermière du Midwest » sur le front ! Je n’ai rien contre les fermières, notez bien, mais je n’ai jamais mis les pieds dans une ferme de ma vie !

Tony lui fit un clin d’œil amical.

— Comme il vous a rencontrée, je vais peut-être lui pardonner d’avoir pris un taxi, hier soir.

— Quel est le problème avec les taxis ? Sont-ils trop ordinaires pour sa majesté ?

Il ne sembla pas apprécier sa remarque. Il posa sa fourchette et la regarda dans les yeux.

— Vous savez, ça fait belle lurette que la plupart des joueurs ne signent plus d’autographes. Quelques-uns le font de temps en temps pour les enfants, mais ils sont loin d’avoir une aussi grande popularité que Nicky.

— Je plaisantais, se justifia-t-elle sans conviction. Je suis allée prendre un verre avec lui, après, et il a été très aimable avec tout le monde.

— Il m’a payé pour que je prenne ma semaine de congés.

— Mais vous êtes là.

— Nicky a appelé Joe, celui qui s’occupe de nos plannings, pour lui dire qu’en fin de compte il avait besoin d’un chauffeur, mais il ne voulait pas que je le sache. Joe et moi nous connaissons depuis longtemps, et Joe s’est dit que je voudrais sans doute être tenu au courant, si Nicky restait en ville.

— Mais si vous êtes son chauffeur habituel, et qu’il vous a déjà payé, il…

— Il préfère payer le double, pour que je puisse passer la semaine avec ma famille, dit-il, sans quitter Nicky des yeux. C’est le genre d’homme qu’il est.

— Hum… A vous entendre, c’est un véritable saint…

Nick venait juste de signer une casquette de base-ball à un enfant. Il la lui replaça sur la tête. Mais le garçonnet l’ôta aussitôt, regardant avec admiration la signature sur la visière.

— Oh ! Non ! Ce n’est pas un saint, aucun doute là-dessus ! dit Tony en riant, révélant ainsi de petites rides au coin des yeux, qui lui donnaient un air sympathique.

Elle aurait voulu lui demander en quoi il n’était pas un saint, mais elle savait que cette question ne l’aurait pas menée très loin. Et puis, cela pourrait être amusant de le découvrir plus tard, par elle-même.

— Pourquoi l’appelez-vous M. Corrigan ?

Tony lui fit un large sourire.

— C’est juste pour le charrier. Quand je l’ai rencontré, il était encore jeune, effronté et un peu arrogant… et… Voilà mon signal, dit-il, redevenant très sérieux. On pourra partir dans cinq minutes.

Emily, qui avait les yeux fixés sur Nick, n’avait absolument rien remarqué.

Tony prit son plateau et se leva.

— Vous devriez peut-être déjà avancer jusqu’à la voiture, si vous ne voulez pas être assaillie…

Il avait prononcé ces mots sans la regarder, les yeux toujours fixés sur Nick. Il vida rapidement le contenu de son plateau dans une poubelle, puis il se dirigea d’un pas assuré vers le groupe de gamins qui entouraient Nick et réclamaient son attention en criant son prénom.

Tony était doué et il était évident qu’il avait effectué cette opération de sauvetage plus d’une fois. Elle eut à peine le temps de jeter le contenu de son propre plateau et d’aller à la voiture, avant que Nick ne l’ait rejointe à l’intérieur. Les gamins étaient déçus, comme on pouvait s’y attendre, certains commencèrent même à s’énerver, mais Tony les calma rapidement, en quelques mots bien choisis.

— Tu as gagné, dit-elle à Nick. Message reçu cinq sur cinq.

— Comment ça ? fit-il d’un air innocent.

La limousine commença à avancer au pas, car elle était encore entourée de nombreux enfants. Une voiture de police s’arrêta à leur niveau et Nick baissa sa vitre pour expliquer à l’agent ce qui se passait. L’homme hocha la tête, il fit usage de sa sirène et les enfants s’écartèrent.

— Nick ? dit-elle en lui prenant la main. Je suis vraiment désolée…

— ça n’est pas grave. C’est toujours un peu tendu, quand on essaie de s’échapper, mais Tony est le meilleur, répondit-il en tapant sur l’épaule du chauffeur.

Puis il se laissa retomber sur la banquette arrière et poussa un soupir de soulagement.

— Je meurs de faim !

— C’est normal, tu n’as avalé qu’un milk-shake.

— Oui, je sais. Et ma faim n’a fait que croître, pendant que je te voyais engloutir toutes ces frites !

— Je n’engloutissais pas, je grignotais délicatement, corrigea-t-elle en essayant de garder son sérieux.

Il ne put s’empêcher de rire.

— Tu m’en as gardé quelques-unes, au moins ?

— Non, elles auraient été froides. De toute façon, elles étaient trop salées, ça ne t’aurait pas plu.

— Comment le sais-tu ?

— Je suis prête à parier que tu ne manges que des choses horriblement saines.

— Pas hors saison. Viens ici, dit-il en l’attirant contre lui.

Elle ressentit une vague appréhension, ce qui était ridicule. Elle se rapprocha de lui, mais seulement de quelques centimètres.

— Je ne vais pas te manger ! s’exclama-t-il.

— Je n’en suis pas si sûre. Tu as dit que tu mourais de faim.

— C’est vrai.

Il l’attira tout contre lui.

— Je voudrais simplement vérifier si ces frites étaient aussi salées que tu le dis…

Elle sentit ses lèvres effleurer les siennes. De manière instinctive, elle fut tentée de lui résister, mais elle finit par céder, puis recula.

— Nick…

— ça n’est pas trop salé, dit-il en se passant la langue sur le coin des lèvres.

Elle jeta un coup d’œil en direction de Tony, qui n’avait pas bougé d’un pouce.

— Ne t’inquiète pas pour Tony, il ne regardera pas, n’est-ce pas, mon ami ?

— Non, monsieur Corrigan !

— Arrête ! lui ordonna Emily. Je ne plaisante pas.

— O.K., dit-il, relâchant son étreinte.

Après quelques minutes de silence, elle regretta d’avoir mis fin à la proximité qu’ils avaient partagée. Mais elle n’avait pas envie de se donner en spectacle devant une tierce personne.

— Où allons-nous ? demanda-t-elle, pour changer de sujet.

— J’ai pensé à un endroit où nous pourrions aller déjeuner sans être trop dérangés.

Sans être trop dérangés ? Elle se demandait comment ce serait possible.

— Tu n’as jamais pensé à te déguiser ? Tu pourrais par exemple porter une fausse barbe et une casquette de base-ball.

— Une casquette de base-ball, tu crois vraiment ?

Elle se mit aussitôt à rire.

— J’aime tes fossettes, dit-il en lui embrassant doucement le coin des lèvres.

— Pas moi. Elles me donnent l’air d’avoir douze ans.

— Si jeune et si innocente…, murmura-t-il, de sorte qu’elle seule puisse l’entendre. Es-tu innocente, Emily ?

— Est-ce que c’est ton fantasme ? demanda-t-elle en fermant les yeux pour mieux savourer ses caresses.

— Non, madame… J’aime les femmes qui savent ce qu’elles veulent.

— Tant mieux ! Maintenant, tais-toi et embrasse-moi.

Son petit rire la fit frissonner. A moins que ce ne soit la façon dont il prit possession de sa bouche, tout en effleurant le bout de ses seins. Elle finit par se raidir un peu, trop consciente de la présence de Tony pour s’abandonner.

Nick sentit sa réticence, et son baiser se fit moins intense et passionné. A présent, il effleurait à peine ses lèvres, mais elle ne s’en sentait pas moins totalement à sa merci !

 

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