Audacieuse Emily

Debbi Rawlins · Chapitre 4 sur 16

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Audacieuse Emily

Chapitre 4

 

 

Emily vint se placer précipitamment entre Nick et le lit. Un effort tout à fait vain… Il mesurait au moins un mètre quatre-vingt-cinq et, comme elle n’était pas très grande, il voyait très bien par-dessus sa tête. Ce fut exactement ce qu’il fit, balayant l’étalage de lingerie, avant de poser les yeux sur la table de nuit.

— Je ne suis pas très sûre d’avoir bien compris pourquoi vous étiez venu, lui dit-elle en essayant de garder son calme.

Il avait déjà tout vu, il ne lui restait donc plus qu’à essayer de rassembler le peu de dignité qui lui restait.

— Je crois que vous avez oublié quelque chose dans le taxi…, répondit-il, avec une lueur d’amusement dans le regard.

— Je ne pense pas.

Elle réfléchit quelques instants. Tout ce qu’elle avait acheté était étalé sous ses yeux, et elle avait son sac à main. Elle avait laissé son sac de livres dans la salle de bains, en prévision du moment où elle prendrait son bain.

Elle regarda Nick. Il avait les mains vides.

Alors qu’elle en était à se demander si elle n’avait pas été imprudente de le laisser entrer, elle le vit porter la main à la poche intérieure de sa veste, et en sortir un petit livre à la couverture rose.

Reconnaissable au premier coup d’œil.

— J’ai trouvé ceci sous le siège où vous étiez assise…

Elle détailla fixement la couverture de New York érotique et, instinctivement, elle fut tentée de nier que le livre lui appartenait. Mais à quoi bon ? Elle finit par relever la tête et tendre la main, frémissant légèrement quand ses doigts effleurèrent la paume de Nick.

— Merci.

— De rien.

— Vous n’auriez pas dû vous donner la peine de revenir juste pour ça.

— J’étais encore tout près d’ici.

— C’est plutôt embarrassant, dit-elle en s’éclaircissant la voix.

Il sourit.

— J’ai d’abord songé à le laisser à l’accueil, mais j’ai ensuite pensé que vous préféreriez que je vous l’apporte en personne.

— Oui, sans doute, dit-elle en glissant prestement le livre dans sa poche. Je suis secrétaire de rédaction… J’ai besoin de documentation pour mes recherches, et…

Il fit un signe de la main pour l’interrompre.

— Vous n’avez pas d’explication à me donner, vous savez.

— Non, bien sûr que non. Ecoutez, je vous offrirais bien un verre, mais je n’ai rien ici…

A peine avait-elle prononcé ces mots que son regard s’arrêta sur le minibar.

— A l’exception de ce qu’il y a là-dedans, ajouta-t-elle sans beaucoup de conviction.

— Une bière ne serait pas de refus.

— Vraiment ?

Il sembla décontenancé par sa réaction, mais pas très longtemps.

— Je suis désolé, je ne voulais pas m’imposer. J’ai parlé sans réfléchir.

— Non, c’est moi qui suis désolée… C’était impoli de ma part, dit-elle en se touchant machinalement les cheveux, ce qui lui rappela instantanément qu’elle était à faire peur. Et si vous m’attendiez au bar de l’hôtel, le temps que je m’habille ?

A son expression, elle comprit que cette idée ne l’enchantait pas, ce qu’il confirma en faisant un pas en direction de la porte.

— Je voudrais vraiment vous offrir un verre, dit-elle aussitôt. C’est le moins que je puisse faire et, pour être honnête, je ne serais pas contre un peu de compagnie…

Il sembla encore hésitant et jeta un coup d’œil à sa montre, l’air dubitatif.

Et soudain, elle comprit. Mais quelle idiote !

— Oh ! je vois ! fit-elle d’une voix qu’elle espérait glaciale. Vous avez cru que vous pouviez toujours tenter votre chance ? Après tout, je vous ai laissé entrer dans ma chambre, alors qu’on ne se connaît pas vraiment… Mais maintenant les choses deviennent trop compliquées, c’est ça ?

Pendant quelques instants, il resta interdit, puis il laissa échapper un bref éclat de rire.

— Non, je vous assure que non ! Mais, cela dit, si vous insistez pour que je tente ma chance…

Il avait vraiment de beaux yeux, une bouche très sensuelle et un corps incroyablement sexy. Et s’il avait vraiment envie de tenter sa chance ? Peut-être qu’elle devrait laisser tomber l’étape du bar, pour passer directement aux choses sérieuses…

— Allez, c’est d’accord, je vous attends au bar…, dit-il encore, coupant court à ses interrogations.

Elle dut faire un effort surhumain pour recouvrer ses esprits, et répondre :

— Très bien. Je vous rejoins dans vingt minutes.

— Je pensais que vous alliez juste vous changer.

— Oui, c’est bien ce que j’ai dit.

— Alors vous n’aurez pas besoin de plus d’une minute. Vous êtes parfaite telle que vous êtes, dit-il en plongeant son regard dans le sien.

Réprimant un sourire, elle le raccompagna jusqu’à la porte. Il était beau, charmant et il ne manquait pas d’assurance. C’en était presque irréel. Si elle n’avait pas été sûre du contraire, elle aurait juré que ses sœurs ou Marnie étaient derrière cette rencontre, trop belle pour être purement fortuite. Mais c’était impossible.

Il était plus probable qu’elle ait affaire à un don Juan, une sorte d’aventurier, qui espérait séduire une riche cliente, au vu de l’hôtel dans lequel elle était descendue. Eh bien, il allait être content du voyage !

Avant de quitter la pièce, il se retourna et il lui fit un clin d’œil.

— A dans vingt minutes, alors…

Apparemment, il semblait toujours penser que c’était son jour de chance. Elle referma la porte derrière lui, un grand sourire aux lèvres. Peut-être avait-il raison, après tout.

 

***

 

Le bar du Thornton était le genre d’endroit tendance, fréquenté par les jeunes cadres dynamiques. Il y avait beaucoup de revêtements laqués blanc dans le mobilier et la décoration, de cuivres fraîchement astiqués et de bouteilles d’alcool de qualité supérieure à l’arrière du bar en U.

Nick entra discrètement dans la pièce pleine de monde. Il fut content de repérer une table vide, dans un coin faiblement éclairé. Il espérait que personne ne l’avait reconnu. Emily ne savait toujours pas qui il était, mais c’était sans doute parce qu’elle n’était pas de New York et, qu’apparemment, elle n’était pas non plus fan de base-ball.

Etait-ce pour cela qu’il se sentait attiré ? Elle était jolie, avec des formes plutôt généreuses. Elle disait ce qu’elle pensait, et ça lui plaisait. Il aimait même le fait qu’elle ait légèrement rougi, quand il lui avait tendu le livre. Elle n’avait probablement pas menti. Elle avait sans doute véritablement acheté ce livre dans le but de faire des recherches. En revanche, la boîte de préservatifs l’avait laissé pantois.

Il s’assit à la petite table prévue pour deux personnes, face à l’entrée du bar, et il regarda sa montre. Il avait quinze minutes avant qu’elle n’arrive, mais n’aurait pas été surpris qu’elle soit plus longue que prévu. Il n’avait encore rencontré aucune femme qui ne mettait pas un temps infini à se préparer. Mais au moins, ce soir, cela lui laisserait le temps de se débarrasser des fans qui pourraient le remarquer et venir lui demander un autographe. C’était la raison pour laquelle il aurait préféré rester dans sa chambre. Mais, sans qu’il s’explique pourquoi, il avait été rassuré qu’elle se soit montrée prudente. Pourtant, elle avait acheté des préservatifs, elle devait donc chercher un partenaire…

La serveuse approcha, un sourire mécanique aux lèvres. Elle portait un uniforme noir et jaune de bon goût, bien que subtilement suggestif. Elle rejeta ses longs cheveux blonds en arrière, avant de se poster devant lui.

— Bonjour… Je m’appelle Sabrina. Je serai votre serveuse ce soir. Que puis-je vous servir ?

— Quel genre de bière pression avez-vous ?

Elle le fixa, fronçant les sourcils, avant de s’écrier :

— Hé ! Mais vous êtes Nick Corrigan !

— En effet, acquiesça-t-il, déjà agacé, et je vous donnerai un pourboire de cent dollars, si ça reste entre nous.

Elle fit une petite moue, ce qui attira l’attention de Nick sur son gloss rose fuchsia.

— Vraiment ? Est-ce que je peux juste le dire aux autres filles ?

— Sabrina ?

Il lui fit signe d’approcher, plongeant la main dans sa poche.

Elle s’exécuta et se pencha en avant avec un sourire radieux.

— Oui ?

— A personne, dit-il en détachant bien chaque syllabe, puis en lui mettant un billet de cent dollars dans la main. Je considérerai votre silence comme une faveur personnelle…

A force de fuir les enthousiasmes trop encombrants, il avait fini par mettre au point quelques tactiques.

— Bien sûr, Nicky, lui promit-elle d’une voix enjôleuse, visiblement ravie de cette complicité. Je ne dirai pas un mot ! Vous êtes venu seul ?

— Quelqu’un va venir me rejoindre dans quelques instants.

Sans cacher sa déception, la jeune femme poussa un soupir et se redressa.

— Je suppose que vous prendrez une Gold Lite, étant donné que vous êtes sponsorisé par la marque.

— Oui, entendu, dit-il avec un sourire.

Comment avait-il pu oublier qu’il était lié par contrat avec cette marque ? Son agent lui passerait un savon, s’il le surprenait à boire autre chose en public ! Et il aurait raison. Ce type de contrat permettait à beaucoup de gens de gagner beaucoup d’argent, et il aurait été bête de ne pas en profiter lui aussi, tant qu’il pouvait encore user de sa notoriété.

Ce qui n’était plus le cas de ce pauvre Billy.

Allons… Tout n’était pas encore joué pour Billy. Les médecins disaient que s’il se consacrait pleinement à sa rééducation, il avait une chance. Une chance plutôt mince, mais une chance quand même.

Nick remarqua alors que la serveuse le dévisageait d’un air perplexe.

— Je suis désolé, vous avez dit quelque chose ?

— Voulez-vous commander pour votre amie ?

Il secoua la tête. Il n’avait aucune idée de ce qu’Emily aimerait boire.

— Non, merci, je la laisserai choisir elle-même.

— Je reviens tout de suite avec votre bière.

Elle lui lança un regard aguicheur et repartit vers le bar, en ondulant des hanches.

C’était une belle jeune femme. Elle rêvait sans doute d’être mannequin ou actrice, espérant être remarquée par un metteur en scène ou un grand couturier et elle occupait un poste de serveuse en attendant, pour payer ses factures. Il était sorti avec quelques filles comme elle, au début de sa carrière de joueur de base-ball professionnel. Mais il y avait longtemps maintenant qu’il ne fréquentait plus que des actrices, des mondaines ou des top models.

Il se carra dans son fauteuil, prenant soin de rester dans l’ombre, soulagé de voir qu’il était entouré de couples en pleine conversation et qui ne faisaient pas attention à ce qui se passait autour d’eux. Trois types s’installèrent au bar, mais ils s’occupèrent bien vite à draguer la serveuse et la barmaid.

Son téléphone sonna. Il jeta un coup d’œil à l’écran pour savoir qui l’appelait. C’était le numéro de Billy. Il fut immédiatement repris par cette sensation de tristesse qui devenait trop familière ces derniers temps.

— Salut, vieux ! dit-il en prenant la communication.

— Nick ? C’est Liz…

En entendant la voix de la femme de son ami, Nick eut un pincement au cœur. Qu’est-ce qui se passait ? Liz ne l’appelait jamais d’habitude.

— Tout va bien, Liz ? demanda-t-il, soudain alarmé.

— Oui, oui… Désolée, je ne voulais pas te faire peur, répondit-elle en riant doucement. Tout va bien, mais je ne veux pas que Billy sache que je t’ai appelé.

— Entendu, fit-il, avec le sentiment qu’il n’allait pas aimer cette conversation. Que se passe-t-il ?

— Je suppose que tu n’as pas changé d’avis, pour Thanksgiving.

Sur le moment, Nick ne sut trop quoi lui répondre. Il ne voulait pas lui mentir, mais il savait que rester loin de Billy était la meilleure chose à faire pour l’instant.

— Je compte aller voir mes parents, finit-il par dire. Je pensais que vous alliez passer les fêtes en famille, vous aussi.

— Oui, en effet. La mère de Billy sera là, et son frère aussi, mais ils ne comprennent pas.

Elle non plus, ne pouvait pas comprendre, pensa Nick. Seul un autre joueur pouvait comprendre ce que Billy traversait.

— Il est déprimé, murmura Liz, et je ne sais pas ce que je peux faire pour l’aider.

— Je ne pense pas que le fait que je vienne puisse y changer quoi que ce soit.

— Peut-être que si, Nick…

Il se sentit rongé par la culpabilité. Avait-il raison de vouloir rester à l’écart ? Si c’était lui qui était cloué sur un lit, il ne voudrait pas avoir sous les yeux quelqu’un qui lui rappellerait sans cesse qu’il n’y aurait pas d’entraînement pour lui à la prochaine saison.

— Il sera occupé, quand sa famille sera arrivée, et il pensera à autre chose. Plus tard, le mois prochain, quand ce sera plus calme, je viendrai vous rendre une petite visite.

— C’est promis ?

Il ferma les yeux. Il savait que Liz pensait bien faire, mais lui pensait au contraire que quand Billy serait prêt à lui parler, il prendrait lui-même son téléphone pour l’appeler.

— Dès que Billy voudra que je vienne, je prendrai le premier avion.

— Nick, tu sais très bien qu’il ne te demandera jamais de venir.

— Il n’aura pas à le faire. Je saurai quand il aura besoin de moi. O.K. ?

— Tu lui as parlé, ces derniers temps ?

— Je l’appellerai demain.

Le silence de Liz, plein de ressentiment, résonna lourdement à l’autre bout du fil.

Il vit la serveuse revenir vers lui avec sa bière.

— Billy est mon meilleur ami. Je sais ce que je fais, Liz. Fais-moi confiance.

— Bien sûr, dit-elle, avec une pointe d’amertume dans la voix.

Elle raccrocha, avant qu’il ait eu le temps de lui dire quelques mots pour la rassurer. Il savait qu’elle aussi souffrait. Se sentir impuissant face aux difficultés d’un être aimé n’était jamais facile.

— Voilà, dit Sabrina en posant une bière ainsi que des biscuits apéritifs devant lui. Je guetterai votre invitée. Je suppose qu’il s’agit d’une femme.

— Inutile, la voici.

Il jeta un coup d’œil à sa montre et sourit. Deux minutes d’avance. Il fit un signe de la main pour attirer l’attention d’Emily.

Elle hocha la tête et se dirigea vers lui. Elle était vêtue d’un pull rouge à l’encolure très suggestive. Portait-elle toujours de la lingerie rouge dessous ?

— Je vais peut-être l’attendre pour prendre sa commande, alors…, dit Sabrina en regardant avec curiosité Emily avancer vers eux.

— Revenez dans quelques minutes, si ça ne vous dérange pas.

— Entendu.

Mais, au grand mécontentement de Nick, elle traîna assez longtemps pour croiser Emily. Après tant d’années en pleine lumière, il aurait aimé s’être habitué à la curiosité malsaine des gens, mais il ne s’y était toujours pas accoutumé.

Lorsque Emily arriva près de lui, il se leva et tira l’autre chaise pour elle.

— Merci, dit-elle en souriant.

— Ça valait la peine d’attendre, vous êtes ravissante, la complimenta-t-il, appréciant sincèrement la façon dont son pull épousait ses jolies formes et remarquant un changement dans sa coiffure, sans vraiment pouvoir dire de quoi il s’agissait. Mais vous étiez aussi très bien il y a vingt minutes, vous savez…

— Quel beau parleur ! dit-elle avec un petit rire.

— Non, je le pense vraiment !

Il vit son sourire s’éclairer, puis son regard s’arrêta sur la bière à laquelle il n’avait pas encore touché.

— C’est drôle, je n’aurais pas imaginé que vous buviez de la bière.

— Non ? Que pensiez-vous que je buvais ?

— Je ne sais pas, dit-elle avec un petit haussement d’épaules, et son pull descendit un peu plus sur son bras, découvrant sa peau claire.

— Un de ces cocktails un peu chic peut-être.

— Non, c’est bon pour les chochottes !

— Excusez-moi ! J’avais justement l’intention d’en prendre un.

— Mais vous êtes une fille, c’est différent.

— Une fille ?

— Je voulais dire une femme.

Elle lui sourit de nouveau. Elle avait les lèvres rose pâle et légèrement brillantes. Elle avait changé quelque chose au niveau de ses yeux aussi, mais légèrement. Tant mieux. Il n’aimait pas les femmes qui étaient trop maquillées.

— Je peux ? demanda-t-elle en désignant les biscuits apéritifs.

— Bien sûr…

Il lui tendit la coupelle, tout en faisant signe à Sabrina.

— Merci. Je n’ai pas dîné et je meurs de faim.

— Oh ! je n’y avais pas pensé… Nous pourrions aller dans un restaurant, il y en a plein dans ce quartier.

— Non, non, c’est parfait comme ça, dit-elle en portant un biscuit à sa bouche, tandis que le bout de sa langue venait lécher un peu de sel au coin de ses lèvres.

Aussitôt, Nick sentit son corps réagir, ce qui le déstabilisa un peu. Mais il eut le temps de se ressaisir, car Sabrina revenait au même instant prendre la commande d’Emily. Ce qui dura quelques minutes, car Emily posa un certain nombre de questions sur la composition des cocktails.

Ses questions, qui amusèrent Nick, semblaient agacer la serveuse. Mais lui apprécia de pouvoir regarder Emily à la dérobée. Elle parlait avec ses mains et elle avait des yeux très expressifs. Et… elle ne portait pas de soutien-gorge ! Il pouvait discerner la pointe de ses seins sous le cachemire, et cela le troubla de plus belle.

Sabrina s’éloigna enfin vers le bar et il regarda de nouveau Emily dans les yeux.

— Je ne savais pas qu’il y avait tant de vodkas et de tequilas différentes ! dit-elle. Ça pourrait devenir très dangereux.

— Pourquoi, vous avez l’intention de toutes les goûter ?

Il fut une nouvelle fois désarmé par son sourire.

— Eh bien, je suis ici pour une semaine ! Ça laisse pas mal de possibilités !

— Dans ce cas, vous risquez de ne pas visiter grand-chose.

— Vous avez sans doute raison…, dit-elle, avant de pencher la tête sur le côté. Mais dites-moi plutôt : pourquoi m’avez-vous rapporté ce livre ? Et… pourquoi m’avez-vous invitée à prendre un verre ?

Il poussa un soupir.

— Je pensais que nous avions dépassé ce stade.

— Non, sérieusement. Je suis curieuse.

— Vous semblez curieuse de beaucoup de choses.

— Oui ! Insatiablement et irrévocablement !

Oh ! non. Il aurait dû se douter qu’elle était le genre de femme à employer des mots alambiqués. Une sorte de rédactrice, qui travaillait dans l’édition, forcément… Alors que lui avait abandonné ses études, dès qu’il en avait eu l’occasion.

Quand il vit qu’elle attendait une réponse, il haussa les épaules, optant pour la vérité.

— Je voulais juste être sympa. J’avais déjà dîné et, pour être honnête, je n’avais rien d’autre à faire.

— O.K., ça semble assez honnête, dit-elle en mordant dans un nouveau biscuit. Cela dit, j’ai du mal à croire que quelqu’un comme vous puisse ne rien avoir de mieux à faire de sa soirée…

— Que voulez-vous dire ?

— Que vous pourriez avoir des rendez-vous tous les soirs, si vous le vouliez.

Il supposa qu’il devait être flatté, mais ce qui lui vint surtout à l’esprit, c’était qu’elle ne croyait pas une seconde qu’il lui avait rapporté le livre sans une idée derrière la tête.

— Je pourrais sans doute. Si c’était ce que je voulais…

Elle resta interdite, et le regarda boire une gorgée de bière sans un mot. Il avait réussi à la surprendre. Tant mieux ! Elle allait peut-être arrêter avec ses questions, comme ça.

— Qu’est-ce que vous faites dans la vie, Nick ?

Il resta un instant sans voix. Quel imbécile ! Il aurait dû s’y attendre.

— Voici votre cocktail…

Sauvé par le gong ! La serveuse plaça un dessous de verre doré sur la table en marbre noir, avant d’y déposer un cocktail aux allures très sophistiquées.

— Autre chose ? demanda-t-elle à Nick.

— Non merci, pas pour l’instant. Ah ! Si… Est-ce que vous servez à manger ?

— Non, désolée.

— Ne vous inquiétez pas, je supporte très bien l’alcool, même l’estomac vide, lui dit Emily, dès que la serveuse fut partie. Oh ! mon Dieu, c’est délicieux ! ajouta-t-elle, aussitôt après avoir bu une gorgée.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Un cocktail à la crème de pêche.

Il fit la grimace.

— Je vous assure que c’est bon !

Elle lui tendit son verre.

— Vous devriez goûter.

A contrecœur, il céda et porta le verre à ses lèvres.

— Ça a plutôt un goût de fraise.

— De fraise ? Non, c’est… Oh ! dit-elle en faisant un geste un peu vague en direction du verre, semblant tout à coup très gênée. C’est le parfum de mon gloss… Vous avez dû boire de mon côté.

— Ah ! fit-il en buvant une autre gorgée, choisissant délibérément l’endroit qui portait une légère trace de lèvres. Ça me plaît… Peut-être que je devrais goûter l’original…

— Peut-être, répondit-elle, avec un petit regard malicieux.

— Excusez-moi, Nicky, dit Sabrina en se penchant vers lui. Je pourrais vous obtenir quelque chose à manger, en passant par le room service. Comme c’est pour vous, je pense que le directeur ne trouvera rien à redire…

Du coin de l’œil, il vit le visage d’Emily se crisper légèrement.

La serveuse n’avait rien dit de trop révélateur, mais il eut soudain le mauvais pressentiment qu’il était démasqué.

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