Audacieuse Emily

Debbi Rawlins · Chapitre 3 sur 16

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Audacieuse Emily

Chapitre 3

 

 

Mince… Est-ce qu’elle pleurait ? Avec une appréhension grandissante, Nick observait le reflet de son visage sur la vitre. Ses lèvres tremblaient et elle ne détachait pas son regard des passants dans la rue, qui avançaient plus vite qu’eux. Etait-elle contrariée à ce point, parce qu’elle n’avait pas de guide ? Plus probablement, elle devait se sentir seule.

Il s’ordonna de ne plus penser à elle. Qu’est-ce qui lui prenait, de s’inquiéter d’une inconnue croisée par hasard, et qu’il ne reverrait plus ? Après tout, elle était majeure, et si elle avait voulu de la compagnie elle serait venue à New York avec des amis. Il concentra son attention sur deux jeunes femmes perchées sur des talons d’une hauteur absurde, qui attendaient, sous un parapluie, de pouvoir traverser. Lui aussi aimait être seul par moments, alors il pouvait comprendre. Mais, la prochaine fois, il aurait recours aux services de son chauffeur habituel. Il ne prendrait plus de taxi.

Il se raidit, lorsqu’il lui sembla l’entendre renifler. Il jeta un coup d’œil à la dérobée dans sa direction. Elle ne pleurait pas, en fait, elle tapotait sur son téléphone portable, le visage penché en avant, et son joli petit nez était légèrement retroussé sous l’effet de la concentration. Elle envoyait sans doute un SMS pour donner rendez-vous à quelqu’un. Mais cela n’était pas ses affaires !

— Savez-vous… ?

— Que faites-vous… ?

Ils avaient parlé au même moment.

— Désolée, dit-elle en rangeant son téléphone. Allez-y…

— Après vous…

Elle sourit, révélant ainsi de jolies fossettes. Elle était très mignonne, avec ses cheveux bouclés mi-longs. Il lui semblait qu’elle avait les yeux noisette, mais il n’en était pas sûr, à cause de la pénombre.

— J’ai oublié ce que j’allais dire.

— Moi aussi, fit-il en riant.

— Ça va vous sembler idiot, mais j’ai l’impression de vous avoir déjà vu quelque part, dit-elle, en faisant joliment glisser une mèche de cheveux derrière son oreille.

Le chauffeur eut un petit mouvement de tête en l’entendant, s’apprêtant sans doute à éclairer sa lanterne, mais Nick croisa son regard dans le rétroviseur et fronça les sourcils, pour lui adresser un avertissement. Elle ne savait pas qui il était et cela lui convenait très bien ainsi.

Soudain, la voiture pila net pour éviter un bus. La jeune femme s’agrippa au siège du conducteur d’une main et, de l’autre, essaya de retenir ses sacs pour les empêcher de glisser et de tomber par terre.

— S’il vous plaît, dites-moi que nous sommes presque arrivés au Thornton ! s’exclama-t-elle.

Un de ses sacs tomba sur le sol et il fit un geste pour le ramasser, mais elle se précipita, comme s’il avait été sur le point de le lui voler.

— Pas très loin, répondit-il en s’adossant à la banquette.

— Assez près pour que je puisse rentrer à pied ?

— Seulement si vous n’avez pas peur de parcourir vingt pâtés de maison sous la pluie.

— Vingt pâtés de maison ? fit-elle en lançant un regard inquiet en direction du compteur. Et vous ne trouvez pas que c’est loin ?

Avec la pluie et la circulation très dense, ils n’avaient parcouru que quelques centaines de mètres en quinze minutes et le montant de la course était déjà élevé. Il n’y avait pas prêté attention, parce qu’il ne se souciait jamais de ce genre de choses. Il avait un budget presque illimité. Mais, de toute façon, il avait l’intention de la déposer d’abord et de payer la totalité de la course.

— Je vais aussi vite que je peux, mademoiselle, dit le chauffeur, qui montrait des signes d’énervement et conduisait de façon de plus en plus brusque.

Nick remarqua qu’elle était agrippée à la poignée de la portière. Il dit alors, pour la distraire :

— Je ne suis pas sûr d’avoir saisi votre nom…

— Emily…

Elle relâcha un peu son emprise, avec un petit sourire.

— Emily Carter.

— Et d’où venez-vous, Emily Carter ?

— De Berber, dans l’Indiana.

— C’est près de Logansport ?

Elle leva des yeux étonnés vers lui.

— A environ 80 kilomètres en effet. Mais j’ai du mal à croire que vous en ayez entendu parler !

— J’ai grandi de l’autre côté de la frontière, à Pilner, dans l’Illinois.

— Vraiment ? Alors, vous aussi vous êtes un touriste ?

— Non, je vis ici depuis dix ans maintenant.

— C’est un sacré changement.

— Oui, acquiesça-t-il. J’ai mis du temps à m’habituer au rythme de vie.

Il sentait le regard du chauffeur sur lui, dans le rétroviseur, mais il pensait avoir été clair et pouvoir compter sur son silence.

— Vous avez dit que vous vous appeliez Nick, c’est ça ?

— Oui.

Elle le scruta d’un air interrogateur.

Si elle le reconnaissait, il ne pourrait s’en prendre qu’à lui-même. Il ne savait pas pourquoi il avait engagé la conversation. En règle générale, il avait plutôt tendance à rester à l’écart, à moins de ne pas avoir le choix. Et, il avait beau apprécier l’argent et la notoriété que son statut de joueur professionnel de base-ball lui apportait, il regrettait de ne plus avoir de réelle vie privée. Il regrettait aussi le temps où il pouvait aller manger dans un restaurant sans être interrompu sans arrêt.

Il jeta un coup d’œil par la vitre et constata que la circulation était devenue plus fluide, sans doute parce que l’averse s’était calmée. Ils avaient de la chance… A cette période de l’année, la neige n’était pas rare… Il n’aurait d’ailleurs pas détesté voir New York recouverte d’un manteau neigeux.

Comme si la jeune femme avait lu dans ses pensées, elle dit soudain :

— Ce serait magique, si la pluie se transformait en flocons de neige, non ?

— Oui, ce serait magnifique, mais quand ça arrive il faut toujours que je glisse quelque part… Je ne me suis jamais rien cassé, mais j’en garde quelques cicatrices au bras ! fit-il en riant.

— Ce serait dommage d’abîmer ce beau visage, dit-elle, avant de se plaquer immédiatement la main sur la bouche et d’ouvrir des yeux effarés. Oh ! mon Dieu ! Est-ce que j’ai dit ça à voix haute ?

— J’en ai bien peur !

Nick lui lança un petit regard complice, mais c’était surtout pour masquer son étonnement. Etait-elle au courant de la liste des hommes les plus sexy de Manhattan qui faisait la couverture d’un magazine en vogue ? S’était-elle moquée de lui depuis le début ?

— Désolée, je n’ai pas pu m’en empêcher, s’excusa-t-elle en se redressant, ce qui lui permit de remarquer que ses yeux étaient d’un beau brun profond. Oh ! super, je vois le Thornton !

Il ressentit une pointe de déception assez inattendue, en la voyant rassembler ses sacs et sortir son portefeuille.

— Ne vous inquiétez pas pour ça, lui dit-il en lui faisant signe de le ranger. Je m’en occupe.

— Non, ça n’est pas juste, répondit-elle en jetant un coup d’œil en direction du compteur, avant de sortir des billets.

— C’est sur mon chemin, insista-t-il en la saisissant doucement par le poignet. S’il vous plaît…

Le regard surpris de la jeune femme croisa le sien.

— Je ne suis pas d’accord. Nous étions convenus de partager ce taxi.

— Emily…

Elle frémit et retira sa main.

— Eh bien, dans ce cas… merci, Nick…

Il n’avait pas remarqué que le chauffeur du taxi s’était déjà garé devant l’hôtel et que le portier en uniforme s’approchait avec un parapluie pour aider Emily à sortir du taxi.

— Je suis ravie de vous avoir rencontré, lui dit-elle d’une voix hésitante.

— Moi aussi. Voulez-vous que je vous aide à porter vos sacs ?

— Non, ça ira, merci. Restez à l’abri.

Elle rassembla ses sacs avec difficulté, puis le portier lui tendit une main gantée de blanc.

Nick la regarda descendre de voiture, et ne put s’empêcher d’admirer son joli derrière moulé dans un jean qui, remarqua-t-il, ne portait aucune marque connue. C’était juste un jean délavé, comme ceux que portaient la plupart des femmes qui vivaient à Berber, dans l’Indiana.

Voilà ce qui n’allait pas, comprit-il soudain. Il était nostalgique. Emily lui avait rappelé sa région d’origine. Et, pour la première fois depuis des années, il avait envie de passer les fêtes là-bas, mais ce ne serait pas possible. Peut-être prendrait-il alors l’avion pour rendre visite à ses amis qui vivaient en Floride, il avait reçu trois invitations. A moins qu’il ne décide de rester seul, sur une plage ensoleillée, histoire d’oublier la pluie et la neige pendant une semaine ou deux.

Et d’oublier que son meilleur ami ne jouerait peut-être plus jamais au base-ball.

Il ferma les yeux, pour essayer d’effacer cette pensée. Billy et lui avaient souvent parlé de contrats, de transferts, et même d’une éventuelle retraite, mais jamais ils n’avaient osé évoquer l’éventualité d’être mis sur la touche trop tôt.

— Hé ! Nicky ? Dans quelle direction dois-je aller ? Vous rentrez chez vous ?

Le chauffeur s’était retourné vers lui.

— Oui, dit-il en jetant un dernier coup d’œil à l’élégante entrée du Thornton.

C’était étrange, il n’aurait pas imaginé qu’une femme dans son genre ait pu choisir un hôtel tendance comme le Thornton.

— Je vais dans l’Upper East Side.

— Entendu ! dit le chauffeur, tout en commençant à lui parler de l’excellente saison des Knights.

Ecoutant d’une oreille distraite, Nick se laissa aller contre la banquette, la tête renversée sur l’appuie-tête. Rentrer chez lui si tôt n’était peut-être pas une bonne idée… A part regarder la télé, il n’aurait pas grand-chose à faire. Il pouvait appeler ses parents pour leur souhaiter un bon voyage, avant qu’ils ne partent pour le Vermont.

Mais cela ne lui prendrait que cinq minutes. Au moins, avec sa mère, ils discutaient toujours de choses et d’autres, tandis qu’avec son père, ils n’avaient plus grand-chose à se dire depuis des années. Il aurait aussi pu appeler Marla, l’emmener prendre un verre et passer la nuit chez elle. Elle lui ferait la tête pendant une demi-heure, histoire de bien lui faire comprendre ce qu’elle pensait du fait qu’il ne l’ait pas appelée pendant deux semaines, puis elle céderait. Elle cédait toujours.

Le chauffeur freina de nouveau brusquement, et Nick s’agrippa de justesse au siège qui se trouvait devant lui. C’est alors qu’il aperçut un objet rose glisser à ses pieds. Un livre ? Il le prit et jeta un coup d’œil à la couverture : New York érotique : les meilleurs plans sexe de la ville.

Il faillit s’étrangler de rire. Cela ne pouvait pas appartenir à Emily ! Le passager qui l’avait précédée l’avait sans doute oublié. Pourtant, elle avait dit qu’elle s’était rendue dans une librairie. Il ouvrit le livre et il le feuilleta, étonné par certaines photographies. Puis il prit très vite sa décision : que ce livre lui appartienne ou non, c’était une trop belle opportunité pour la laisser passer.

— Chauffeur, pouvez-vous faire demi-tour, s’il vous plaît ? J’aimerais retourner au Thornton.

***

 

A peine arrivée dans sa chambre, Emily sortit tous ses achats de ses sacs et les étala sur le grand lit, à l’exception d’un body en dentelle noire qui avait pris la pluie. Elle posa sur la table de nuit la petite boîte de préservatifs qu’elle avait achetée au drugstore, juste à côté de la librairie. Elle voulait en lire la notice, étant donné qu’elle n’avait jamais acheté de préservatifs avant.

Elle avait suspendu le body à la porte vitrée de la luxueuse salle de bains. Elle rêvait d’avoir la même chez elle. La grande baignoire noire et blanche justifiait à elle seule le prix de la chambre. En vingt-quatre heures, elle avait déjà pris deux bains d’une durée indécente !

Elle surprit son reflet dans le miroir et soupira en voyant ses cheveux onduler. C’était bien la peine d’avoir passé un quart d’heure à les lisser, en se levant ! Et le peu de maquillage qu’elle portait avait coulé au coin de ses yeux. Quant à la poudre qui recouvrait ses joues, il n’y en avait plus aucune trace. Et ses lèvres pâles se fondaient dans l’ensemble de son visage.

Pourquoi n’avait-elle pas rencontré le beau Nick dans la matinée ? Elle était plutôt pas mal à ce moment-là, en tout cas en ce qui concernait sa tête. Car elle n’avait pas pu s’empêcher de mettre ce vieux jean usé qu’elle portait depuis le temps de l’université. Quoi qu’il en soit, elle ne s’était pas attendue qu’il lui accorde la moindre attention. Il s’était montré très gentil envers elle, mais il était bien trop sophistiqué pour s’intéresser à quelqu’un comme elle, même s’ils étaient originaires du même coin perdu.

Elle regagna la chambre pour admirer ses achats. Les vêtements n’avaient jamais été sa priorité, mais elle devait admettre, en regardant les trois ensembles de soutien-gorges et culottes assortis qui étaient étalés sur le lit, que c’était assez excitant. En général, elle se contentait de coton blanc ou de ce qu’elle trouvait en solde.

Quant aux pulls chic, elle n’en achetait jamais. Jusqu’à ce jour… Elle avait craqué pour un pull rouge aux épaules dénudées, et elle caressa son visage avec le doux cachemire. Quelle agréable sensation… Bien plus agréable qu’avec le vieux pull qu’elle portait.

Ne pouvant le supporter une seconde de plus, elle se déshabilla entièrement. Allait-elle mettre son ensemble de lingerie rouge avec son nouveau pull, ou le noir ? Elle opta pour un total look rouge.

Elle était si excitée à cette idée qu’elle se demanda si elle n’était pas en train de devenir comme sa sœur Pam. Mais non… Après tout, cela ne voulait pas dire qu’elle allait abandonner ses vieux pulls et ses jeans, mais mince ! elle était à New York ! Elle était supposée s’amuser et oublier sa sacro-sainte prudence. C’était quand même le but de ce voyage !

Elle prit la culotte de soie, certaine de n’avoir jamais rien porté d’aussi minuscule. Une fois qu’elle l’eut enfilée, elle eut la sensation d’être plus nue encore que si elle n’avait rien porté. Le soutien-gorge de soie bordé de dentelle lui donna la sensation d’une caresse. Elle se retourna pour se regarder dans le miroir, puis se sourit. Elle prit une pose sexy en faisant une moue.

Quelqu’un frappa alors à la porte. Elle en fut surprise, puis se rappela qu’elle avait appelé la femme de chambre pour demander des serviettes supplémentaires, en prévision d’un nouveau bain somptueux. Elle saisit le peignoir qui était suspendu dans la salle de bains, l’enfila en vitesse et ouvrit la porte.

Ce n’était pas la femme de chambre.

— Nick ?

— Salut…

Il lui lança un petit sourire qui fit battre son cœur à cent à l’heure et elle sentit ses jambes trembler.

— Que faites-vous là ? lui demanda-t-elle, d’une voix qu’elle parvint, Dieu soit loué !, à maîtriser.

A la faible lumière du taxi, il était beau. Mais, en pleine lumière, il était à tomber à la renverse.

— Est-ce que je vous dérange ?

— Comment avez-vous trouvé mon numéro de chambre ?

— J’ai demandé à la réception.

— Je suis à peu près sûre qu’ils ne sont pas autorisés à divulguer ce genre d’information.

Il haussa les épaules.

— Je suppose que non.

Il lui sourit de nouveau, et elle pensa qu’aucune femme n’aurait pu lui refuser quoi que ce soit. Puis le regard de Nick s’arrêta sur son peignoir.

— Désolé… Je suppose que vous attendiez quelqu’un.

— Seulement la femme de chambre.

Aveu on ne peut plus idiot, pensa-t-elle, mais trop tard. Elle voulut resserrer son peignoir, mais, ne trouvant pas la ceinture, elle baissa les yeux et vit qu’il était entrouvert. Pas beaucoup, mais assez pour révéler un bout du soutien-gorge de soie rouge qu’elle portait. D’un geste rapide, elle rabattit aussitôt le revers du vêtement.

Nick détourna les yeux.

— Vous auriez dû jeter un coup d’œil dans le judas avant d’ouvrir la porte. C’est un bel hôtel, mais nous sommes quand même à New York.

— Merci du conseil. Je m’en souviendrai la prochaine fois, dit-elle, tandis qu’elle sentait une intense chaleur lui monter au visage.

Ne pouvant y remédier, elle essaya de se comporter avec nonchalance, et dit la première chose qui lui passait par la tête :

— Vous voulez entrer ?

— Oui.

Oh ! non ! Il n’était pas censé accepter ! Mais il était trop tard pour reculer, songea-t-elle en faisant un pas de côté pour le laisser passer.

— Je n’étais jamais venu dans cet hôtel, dit-il en jetant un coup d’œil au mobilier noir et blanc moderne, et aux reproductions d’art abstrait qui ornaient les murs.

Elle le suivit lentement, resserrant de nouveau les pans de son peignoir, comme hypnotisée par ses larges épaules. Etait-elle devenue folle ? Est-ce que c’était bien elle qui venait de laisser entrer un parfait inconnu dans sa chambre ?

Mais n’était-ce pas justement le but de ces vacances ? Si elle voulait trouver un amant d’une nuit, elle allait forcément, à un moment donné, se retrouver dans une chambre avec un homme qu’elle connaissait à peine. C’était quand même bien pour ça qu’elle s’était donné la peine d’acheter de la lingerie et une boîte de préservatifs, non ?

Les préservatifs ! Elle resta pétrifiée.

Ils étaient bien en vue sur sa table de nuit. Juste à côté de sa lingerie sexy étalée sur le lit.

 

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