Brumes
Chapitre XI
Pendant ce temps, ainsi que Feempje l’avait deviné, Kœ-tge se trouvait en compagnie de Poop au dernier étage de l’hôtel Dambkerke, sous les combles, entre les murs crasseux de l’unique petite pièce qu’il occupait. L’immeuble donnait sur les bassins. De sa lucarne, Poop découvrait, le long du quai Wilson, à gauche, les paquebots des grandes lignes et, à droite, en bordure des hangars aux toits symétriquement ali-gnés, des cargos dont les pavillons multicolores contri-buaient, durant le jour, à augmenter la gaité de cette partie du port spécialement bruyante et animée. Poop habitait l’hôtel Dambkerke depuis cinq ans. Une somme placée en viager lui permettait de vivre sans appréhension du lende-
– 144 – main. On le prenait pour un retraité ou pour un ancien arma-teur, en raison du plaisir qu’il semblait éprouver au spectacle de tous ces bâtiments, devant lesquels il demeurait des heures entières en contemplation.
La petite bonne le prévenait chaque matin vers dix heures et demie :
— Allons, restez donc pas comme ça, le front contre les vitres. J’ai besoin de faire votre chambre.
Même à présent, en dépit de l’épidémie et de la vague de glace qui avaient interrompu le trafic, le vieil homme ne se lassait pas d’admirer la perspective des quais et des bassins. Ce n’était pas de fret ou de tonnages qu’il s’occupait. Tous ces bateaux représentaient pour lui autre chose que des échanges, des cargaisons, des bénéfices. Ils constituaient plutôt des symboles de départs, de séparations, de déchire-ments, de larmes. Et, lorsqu’un des paquebots, prêt à lever l’ancre, faisait entendre le vrombissement de ses sirènes, Poop regardait, à l’aide d’une jumelle, des gens assemblés sur les ponts adresser aux personnes dont ils allaient, lente-ment, s’éloigner, de douloureux adieux. C’était d’habitude le matin vers onze heures que ces scènes se produisaient. Le vieillard possédait l’horaire qu’il relevait dans les journaux. Il savait que le courrier de Bornéo quittait le port chaque jeu-di ; que le lundi et le vendredi, un bâtiment américain et un belge effectuaient le service de la ligne de New-York ; enfin que, pour les quatre autres jours de la semaine, des transat de plusieurs compagnies, soit française, soit anglaise, ita-lienne ou allemande, prenaient des passagers. Aux beaux jours, Poop se mêlait sur les quais à la foule éplorée des fa-milles qui avaient accompagné quelque être cher jusqu’au bateau. Il prenait part à la consternation générale et, quel-
– 145 – quefois, de même que jadis avec ses maîtresses, il s’abandonnait hypocritement à un désespoir dont il n’avait que faire et qui l’emplissait néanmoins, jusqu’à la nuit, d’une trouble, d’une âpre anxiété.
Quand, la tête bourdonnante à la suite de ses libations chez Feempje, il fut entré dans l’étroite chambre accompa-gné de Kœtge qui le soutenait, il s’assit immédiatement sur le lit.
— Tiens, dit-il en montrant la lucarne. Regarde un peu. Qu’est-ce que tu vois ?
Kœtge souleva le rideau.
— Il n’y a pas beaucoup de lumières, répondit-elle.
— C’est pourtant passionnant, n’est-ce pas ? Regarde mieux… à gauche.
— Oui, dit la vieille, plusieurs bateaux sont là, rangés à quai.
— Je les connais tous, tu sais, par leurs noms. Le grand à deux cheminées jaunes navigue jusqu’à Java. On l’appelle Croix du Sud. Il appartient à une compagnie de Rotterdam. On ne l’a pas laissé sortir du port, à cause de l’épidémie.
— Ah ! oui, l’épidémie, murmura Kœtge d’une voix pen-sive. Que de morts !
— On m’a dit que c’était fini. Hier, paraît-il, à Sainte-Gudule, il n’y a pas eu d’entrée nouvelle. Comment ! Tu n’es pas au courant ? On a cessé de vacciner. Quinze malades sont sortis guéris.
Le vieillard poursuivit comme en se parlant à lui-même :
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— Alors, maintenant, les autorités maritimes vont lever l’interdiction et les paquebots appareilleront… C’est si beau, un navire qui s’éloigne… Si beau ! Si triste !… Tant de gens souffrent au moment du départ… Tant de rêves sont meur-tris… étouffés…
Une flamme passa dans ses yeux et, pendant un instant, une vague teinte rosée colora ses joues terreuses. Il s’était à demi redressé sur le lit, attendant que l’ancienne logeuse lui décrivit ce qu’elle apercevait à travers les carreaux, mais la grosse femme ne parlait pas : elle laissa retomber le rideau.
— Eh bien ? s’informa Poop.
— Je vais descendre, dit-elle sans le regarder.
Il répliqua :
— Non. Pas encore. J’ai mal. Tu ne peux pas m’abandonner ainsi.
— Où as-tu mal ?
— C’est ce que tu m’as fait boire chez Feempje, répon-dit-il d’une voix pâteuse. Je n’ai pas l’habitude. Écoute, ajou-ta-t-il en essayant de se lever et d’enlever sa pèlerine… Je ne trouve pas l’agrafe. Approche.
Kœtge obéit. Elle aida l’homme à se débarrasser du vê-tement, lui ôta son chapeau.
— La tête me vire, soupira-t-il.
Et, brusquement, s’emparant de la main de Kœtge, il balbutia :
— Ce n’est pas vrai. Tu ne vas pas descendre ?
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Elle tenta de se dégager.
— Non, non, fit-il en l’attirant contre lui d’un air gauche. J’ai besoin de toi, ce soir. Je veux que tu restes.
Il se pencha et embrassa les doigts courts et ridés de la vieille femme, puis, comme elle ne le repoussait pas, il expli-qua :
— Tu ne peux pas savoir à quel point j’ai mal… mais mal ! Il y a longtemps que je cherche à me confier à quelqu’un qui comprenne ! C’est horrible… Est-ce que tu t’en es jamais doutée ? J’ai beau m’adresser à tout le monde. Per-sonne n’accepte que je me plaigne. Il n’y a que toi.
Kœtge haussa les épaules.
— Toi seule ! affirma-t-il. Et pourtant, cette nuit, au Montparnasse, quand tu m’as demandé si je me souvenais de nos promenades en voiture au bord de la mer, j’ai fait sem-blant de ne pas me le rappeler. Je ne voulais pas, devant François, avoir l’air de penser à ce temps-là. C’est une brute.
— Et alors ?
— Je n’ai rien oublié, proféra Poop en s’exaltant. Crois-moi. Je suis sincère. La preuve c’est qu’encore à présent, certains jours, je vais tout seul à pied, là-bas. Si faible que je sois, je fais le chemin. Je m’arrête. Je regarde la mer…
— C’est marrant, dit Kœtge. Moi aussi, quelquefois, j’ai pensé à y retourner, mais je n’ai plus mes jambes. Heureu-sement. Ça vaut mieux !
— Ne parle pas comme ça ! s’écria le vieillard sur un ton de suppliante protestation.
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Il devint subitement plus pâle et se cacha le visage contre le corps de sa compagne qui se tenait debout centre lui, essayant de sourire.
— Je ne veux pas que tu parles ainsi ! gémit-il. Tu n’en as pas le droit. Si vraiment il t’arrive d’avoir l’idée d’aller sur la route de…
— Non. Je suis libre, déclara Kœtge. D’ailleurs, c’est pas tellement mes jambes qui me retiennent. C’est la pensée de ce que j’irais faire là-bas. Ça me donne le cafard…
— Mais, justement !
— Ne raconte pas de bêtises, Lionel !
De ses bras Poop entoura la taille de son ancienne amie et, relevant le front, considéra Kœtge d’une telle manière qu’elle sourit avec pitié.
— Entre nous, fit-elle alors, tu ne voudrais tout de même pas que je passe mon temps à regarder la mer. C’est fini, ce truc-là ! T’as beau prétendre que rien n’est changé. Oh ! là là… j’suis pas bonne !
Elle dénoua les bras de Poop et s’approchant d’une glace qui surmontait la cheminée :
— Vise plutôt, dit-elle. Avec ma balle et mes cheveux gris… sans blague ?
Il la rejoignit devant le miroir.
— Et toi aussi, poursuivit-elle. Regarde, mais regarde-toi sans rire si tu le peux. Hein ? Tu ne nous trouves pas co-miques ?
— Non. Pas du tout, répondit Poop gravement.
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Kœtge répliqua :
— Qu’est-ce qu’il te faut ?
— Non, non, dit-il sur le même ton. Je trouve ça triste plutôt. Tu ne veux pas comprendre.
Il alla jusqu’à la lucarne et s’absorba dans une muette contemplation. Piqué d’étoiles, le ciel s’étendait au-dessus des flots où le reflet d’une lune malsaine brillait. Les feux du quai Wilson se reflétaient sur l’eau comme des larmes d’argent sur un drap noir, funèbre. Un paquebot éclairé res-semblait dans la nuit à une vitrine étincelante de bijouterie. C’était le Formose qui faisait le service des Bermudes et qui, déjà sous pression, attendait qu’un dernier visa du bureau maritime lui permît de lever l’ancre. Ce serait, avec un pa-quebot allemand, le premier qui depuis quarante et un jours pourrait reprendre la mer.
— T’as tort de te frapper, dit Kœtge gouailleuse.
Il ne répondit pas d’abord, mais, tout à coup, opérant une volte-face, il se tourna vers la vieille femme et lui cria :
— Tais-toi ! Tu n’as pas de cœur… Tu n’as rien… C’est… c’est ignoble de ta part… je te défends…
— Ah ? Bien.
— Et moi qui gardais ta photo ! reprit-il avec véhé-mence. Naturellement cela aussi doit te paraître comique… Oui, comique… ridicule ! Après trente ans, après ce qui s’est passé entre nous ! J’en conviens. J’aurais dû la détruire…
— Libre à toi, riposta froidement Kœtge. Déchire ma photo si tu veux. Elle t’appartient.
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— Elle n’est pas à moi seul… Elle est à nous. Si je la dé-chirais, comme tu m’y engages, tout serait mort de ce que nous avons été. Mais ça, tu t’en moques… tu t’en…
Il s’interrompit, suffoquant d’indignation. La vieille de-meura silencieuse. L’homme allait poursuivre ; elle lui fit un signe. Il la regarda étonné.
— J’aurais jamais pensé, commença-t-elle en conservant les yeux baissés, que tu prennes ces choses d’une pareille fa-çon. À quoi ça sert-il ? C’est idiot !
Il essaya de la saisir, de l’attirer. Kœtge aussitôt releva la tête et proféra d’une voix brève :
— Ne me touche pas, veux-tu ! Laisse-moi tranquille.
Poop ne tint aucun compte de ces paroles. Il s’approcha encore de la femme, l’empoigna par l’épaule.
— Je te dis de me laisser tranquille, répéta-t-elle en le repoussant.
Elle crut qu’il n’insisterait plus et arrangea ses vête-ments devant la glace tandis que, sournoisement, Poop re-venait à la charge.
— Écoute, bredouillait-il. Nous ne pouvons pas nous quitter ainsi. Voyons…
En même temps, il lui glissait un bras autour du cou et, d’un mouvement brusque, tentait de l’immobiliser. Kœtge se débattit. Il resserra son étreinte, mais, cette fois, la commère le projeta d’une bourrade contre le mur où il se cogna le front.
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— La paix ! ordonna-t-elle. Ce n’est pas difficile ; tu en-tends ?
Il se laissa tomber sur une chaise et, tirant un mouchoir de sa poche, il le porta, d’une main tremblante, à sa tempe meurtrie.
— Je te demande pardon, murmura Kœtge, qui l’observait dans la glace.
— Oh ! pardon ! Pardon ! grommela Poop. Je crèverais sous tes yeux, tu ne…
— Je t’avais prévenu, dit-elle d’une voix calme. C’est ta faute.
Pourtant elle s’avança vers lui et lui enleva le mouchoir des mains.
— Je ne voulais pas…
— Non. Inutile ! cria Poop. Ne me joue pas de comédie. Va-t’en !
Il se leva brusquement et affecta de regarder par la lu-carne le paquebot dont les lumières étincelaient.
Kœtge insista :
— Ne sois donc pas buté comme toujours. Et écoute-moi… Écoute… Je regrette de t’avoir poussé.
— Moi, déclara-t-il sèchement sans bouger de place, je ne regrette rien.
— Je sais, fit-elle. Je devais m’y attendre.
— T’attendre à quoi ?
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— À ta dureté… à ta muflerie. Ah ! là, là… si je t’avais pris au sérieux, tout à l’heure, j’aurais marché une fois de plus. Heureusement, je te connais…
— Possible !
— Me parler de Koiswek ! me raconter que tu retournais, le long de la plage, à pied. Hein ! Si jamais tu as été par là, c’est par hasard. Tu n’es pas homme à t’embarrasser de sou-venirs. Ou alors, tu devais te rappeler que j’étais gourde de couper dans tes boniments. Sois franc !
— Oui. Oui. Peut-être.
Kœtge le toisa d’un regard sombre.
— Pauvre imbécile que j’ai été ! soupira-t-elle. Enfin… Tant pis ! Mais me rejouer la serinette de nos promenades au bord de la mer…
— Oh ! assez ! Hein ? Tais-toi ! ordonna péremptoire-ment le vieux qui tourna le dos à la lucarne et se dirigea vers la table de toilette où il prit une serviette et la trempa dans l’eau. C’est pas fini ?
— Je parlerai tant qu’il me plaira, répliqua Kœtge. Cha-cun son tour.
Il s’essuya, se tamponna le front, puis, dérouté par le si-lence soudain qui succédait à la menace de sa compagne, il regarda, par-dessus l’épaule, ce quelle faisait. Kœtge s’était assise sur la chaise : elle paraissait plongée dans d’amères réflexions.
— Je t’en prie, dit-il, parle. Ne te gêne pas. Qu’attends-tu ?
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Elle le considéra d’un œil fixe. Poop revint au milieu de la chambre et, tressaillant soudain au glapissement d’une si-rène qui s’élevait du port, il murmura, mystérieux :
— Écoute !… il va partir…
Elle haussa les épaules.
Alors il reprit, d’un air faussement détaché :
— Eh bien ! ce discours… Tu n’oses plus ?
La vieille femme ne desserra pas les dents et continua de le contempler, immobile.
— À ton aise ! oui, bien sûr. Seulement, si tu as l’intention de me reprocher encore quoi que ce soit, tu perds ton temps. J’avais cru que tu comprendrais…
— Oh ! j’ai compris.
— Tant mieux !
— Tu me dégoûtes ! dit Kœtge sur un ton morne. Moi aussi, j’avais cru. La photo que tu conservais m’avait tou-chée. Je pensais que quelque chose au moins te restait de notre ancienne vie. Je me suis trompée… voilà tout.
— Et après ?
Elle eut un geste de découragement.
— Après ? répéta Poop qui s’adossa centre le lit.
Kœtge préféra se taire. Une lassitude immense s’emparait d’elle : une rancœur, un renoncement indicibles. Les larmes lui montaient aux yeux.
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— Tu ne veux pas répondre ? fit l’homme, heureux de la voir prête à pleurer. Très bien. Ne réponds pas. Pourtant à propos de ta photographie, tu déraisonnes. Du moment que je l’ai sur moi, c’est que…
— Je t’en supplie ! dit sourdement la malheureuse.
Il s’approcha d’elle aussitôt.
— C’est que j’y tiens, affirma-t-il. Crois-le ou non.
Kœtge se leva et repoussa la chaise.
— Qu’est-ce que tu as ? s’écria Poop. Calme-toi. Tu n’es pas d’habitude si nerveuse.
— C’est trop bête ! C’est… c’est… Je… Je te demande pardon ! balbutia-t-elle en s’efforçant de refouler son émo-tion. Non. Ne m’interroge plus. Je…
Poop releva la chaise.
— Je vais m’en aller, dit Kœtge qui n’avait même plus conscience de ses paroles. Feempje n’aime pas que je rentre tard. Il craint que je perde sa clef. Où est-elle ? Ah ! Bien ! Je l’ai… Bonsoir !
— Bonsoir.
Kœtge lui tendit la main.
— Si je savais au moins pourquoi tu pleures, grommela Poop.
Elle était hideuse. Sa grosse figure rouge luisait et des mèches de cheveux gris lui pendaient dans le cou sur les yeux. Son amant de jadis éprouva comme un plaisir à la
– 155 – trouver si repoussante. Ses narines se pincèrent. Il réprima du mieux qu’il put un dur sourire. Kœtge s’en aperçut.
— Ne me fais pas honte, dit-elle. Ça serait trop facile.
Ils se serrèrent la main.
— Allez, va maintenant, conclut Poop. Si le garçon dort, frappe en bas à la vitre du bureau, ou bien entre au besoin. Secoue-le.
Il demeura pensif sur le palier, tandis que la vieille femme descendait lourdement les étages et attendit le déclic de la porte avant de regagna sa chambre. Un sentiment obs-cur le poignait.
— Cette Kœtge ! songea-t-il sans parvenir à s’expliquer ce qui se passait en lui.
Franchement il était déçu. Si celle qui venait de s’éloigner l’avait, au lieu de pleurer, traité comme de cou-tume il eût été rasséréné, mais Kœtge n’avait pas réagi. Elle s’était laissée attendrir. Un peu plus elle aurait éclaté en san-glots. Poop n’y comprenait rien. Il mit près d’un quart d’heure à se déshabiller, mais, une fois au lit, il n’éteignit pas la lumière et, s’emparant du portefeuille, en tira la photo de son ancienne maîtresse, telle qu’il l’avait connue. Avec une étonnante et cruelle attention, il l’examina de longues mi-nutes, puis, d’un geste lent, méthodique, il déchira le carton jauni et en plaça soigneusement les morceaux sur le rebord de sa table de nuit.
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