Brumes
Chapitre VII
En apercevant Kœtge qui s’avançait vers lui, Lionel Poop fut sur le point de changer de trottoir, mais il comprit que son ancienne maîtresse l’avait reconnu et il l’attendit de pied ferme. Kœtge avançait avec précaution. En dépit du chemin de cendres, le sol restait glissant. Une fille, qui ren-trait chez elle, croisa la trafiquante.
— Tu viens du dispensaire ?
La fille grogna une vague réponse et s’éloigna.
— Toutes les mêmes ! édicta Kœtge en s’immobilisant enfin devant l’homme à la pèlerine.
– 89 –
Poop négligea de répondre.
— C’est pour Geisha qu’t’es là ? s’informa la vieille femme. D’un froid pareil, t’as tort. Viens plutôt avec moi chez Feempje. Je paye un grog !
— Non, merci.
— Pourquoi non ? Viens d’abord. Tu me remercieras en-suite. Ta poule n’est pas près de rappliquer. Si tu ne viens pas, précisa-t-elle, j’enverrai quelqu’un te chercher.
— Je n’ai pas froid, dit Poop.
Kœtge l’empoigna par un pan de sa pèlerine et l’entraîna. Il se laissa mener sans résistance. Kœtge lui faisait peur. Elle parlait toujours sur un ton de commandement qu’elle seule pouvait prendre avec lui. Cela rappelait au vieil-lard les temps lointains de sa liaison, lorsque Kœtge qu’il avait pervertie, le battait.
— Écoute, bredouilla-t-il… ne tire pas si fort.
— Si je veux, repartit Kœtge.
Il soupira.
— Tu n’as pas honte ! poursuivit-elle en grossissant la voix. Risquer la mort pour cette mollasse qui te met en boîte !
— Hé ! hé ! fit Poop en ricanant.
— Assez !
Poop aussitôt baissa piteusement la tête. Il avait éprou-vé jadis, pour Kœtge une grande passion et cette passion s’était soudain transformée le jour que la jeune femme l’avait
– 90 – frappé au visage d’un pommeau de cravache, au cours d’une dispute. Les deux femmes qui s’étaient tuées pour Poop n’avaient jamais eu la force de se défendre. Il s’était montré doux, prévenant, envers elles, mais en même temps, son ca-ractère inquiet le poussait à leur reprocher mille infidélités qu’elles n’avaient point commises. Comme ces deux malheu-reuses s’étaient éprises de lui, elles prenaient au tragique les scènes perpétuelles qui tournaient aux raffinements de la plus malsaine jalousie. Poop excellait dans ces raffinements. Il en jouait en virtuose, souffrant lui-même et s’acharnant à faire souffrir les autres. La première femme s’était pendue. Elle s’appelait Mina Kauffmann. C’était une Allemande. L’autre, après avoir fui, était revenue, avait rompu, puis s’étant rendu compte qu’elle ne pouvait pas vivre sans Poop, l’avait supplié de la reprendre. Il y avait consenti afin de la tourmenter, de se tourmenter davantage. L’infernal petit homme portait toujours, dans un portefeuille plein de photos de la morte, une lettre que la désespérée, au moment de se pendre, lui avait adressée. Il lisait quelquefois cette lettre à sa seconde maîtresse et en commentait les termes d’une fa-çon si perfide que la malheureuse s’était à la fin logé une balle de revolver dans la tempe. Ces deux drames avaient valu à Poop une légende incompréhensible. Comme il n’était ni beau ni particulièrement doué pour les prouesses amou-reuses, on en était arrivé à croire qu’il envoûtait ou qu’il ma-gnétisait les femmes dont il partageait l’existence. Peut-être s’agissait-il en effet d’une sorte de magnétisme, mais celui-ci provenait de l’étrangeté décevante que présentait le carac-tère embrumé de Poop, de son incertitude, de son besoin profond d’altérer, de corrompre les plus purs sentiments. Kœtge au début s’était laissé séduire par cet homme ; il l’avait connue dans un bar où elle était serveuse, l’avait changée de condition et parée de bijoux comme on n’en
– 91 – voyait guère qu’aux filles les mieux lancées. Kœtge était jeune. Le désir qu’elle inspirait l’avait flattée. Puis un jour elle s’était aperçue que si elle ne réagissait point, son mysté-rieux amant, sans s’en douter peut-être, l’entraînerait inévi-tablement à inviter le geste fatal des deux suicidées. Kœtge avait alors pris le dessus et, instantanément, le tourmenteur s’était senti révélé à sa véritable nature, qui aspirait aux coups, aux injures, aux humiliations.
— Non, maugréa-t-il, ne me tire point ainsi. Je te suis, tu le vois !
— Il faudra toujours te forcer, répondit Kœtge sans s’occuper des récriminations du vieillard. Tu ne te transfor-meras donc pas… jamais ?
Poop sourit.
— Allons, plus vite ! brusqua la femme.
Elle l’obligea à allonger le pas dans la direction du bar où elle pénétra, peu après, en poussant le petit homme. Le bar était désert. Feempje assis au comptoir comptait la re-cette. Il avait un air sombre. Son bras lui faisait mal.
— Deux grogs ! annonça Kœtge.
Le Hollandais leva les yeux et reconnut l’individu qui l’avait si bizarrement intrigué quelques semaines plus tôt. Il ferma lentement le tiroir-caisse, se dressa sans comprendre et se mit attentivement à considérer le nouvel arrivant.
— Où donc l’as-tu trouvé ? demanda-t-il à Kœtge.
Poop, ahuri par la lumière autant que par l’accueil du te-nancier, tenta de fuir.
– 92 –
— Assieds-toi ! ordonna la commère. Et t’occupe pas. T’entends ?
Tout en parlant elle le tirait par sa pèlerine et le faisait choir brutalement sur une chaise près du poêle, devant un guéridon. Feempje s’approcha du couple.
— Eh bien, grommela la virago. Ces deux grogs ?
Le cabaretier, très digne, essuya le marbre d’un coup de torchon. Il se rendit ensuite à son comptoir et prépara deux verres.
— Ajoutes-en un pour toi, c’est ma tournée ! lui cria Kœ-tge.
Elle tendit ses mains gercées à la chaleur du poêle, puis, soulevant ses jupes, se rôtit un moment les jambes, la mine pâmée. Poop ôta son chapeau. C’était la première fois qu’il se risquait au Montparnasse. Ses regards inspectèrent la salle et, finalement, se fixèrent sur la grosse nuque puissante de Feempje. C’était également la première fois qu’il apercevait le patron, mais ce dernier se retourna et les deux hommes s’examinèrent en silence, tandis que Kœtge épanouie, sem-blait les avoir oubliés.
— Tu ne m’as pas dit où tu avais rencontré monsieur ? répéta Feempje en apportant les consommations.
La vieille femme laissa retomber sa cotte et, saisissant un des trois grogs, toisa Feempje d’un air narquois.
— C’est bon ! fit le débitant.
— J’étais dehors, ne put alors s’empêcher d’expliquer Poop. J’attendais une personne. Madame m’a vu. Elle a vou-lu que je l’accompagne…
– 93 –
— Ah ! tiens, répliqua Feempje. Vous êtes donc toujours dehors ?
— Quelquefois.
— Oui, bien sûr… constata Feempje. Pourtant la rue vous plaît. Si moche qu’elle soit, elle vous attire. Vous atten-diez Geisha ?
— En effet, c’était elle.
Kœtge soufflait sur son grog.
— Qu’est-ce que ça peut te foutre ? questionna-t-elle sè-chement.
Feempje secoua la tête et répondit :
— Monsieur est libre d’attendre qui bon lui semble. Nous sommes d’accord. Pourtant, si je parle de Geisha, c’est que j’ai, par moi-même, remarqué que monsieur connaît le chemin de sa boutique.
— Naturellement, déclara Poop.
Feempje poursuivit :
— Monsieur avait d’abord rôdé par ici, devant la porte du logement de Madame. Pas vrai ?
Poop, ébaubi, regarda ce gros homme qui paraissait lui porter un si vif intérêt.
— Et après ? s’informa Kœtge grincheuse.
— Moi aussi, prononça le tenancier, je suis libre de m’occuper de qui je veux.
– 94 –
Il se croisa les bras. Kœtge avala une gorgée de son verre puis, hochant à son tour la tête :
— Écoute, dit-elle à Feempje, tout ce que tu peux savoir de Monsieur n’existe pas à côté de ce que je pourrais t’apprendre. T’en n’as pas idée, mais pas la moindre, à moins d’être sorcier.
Elle laissa fuser un rire pâteux.
— Es-tu sorcier ? s’écria-t-elle. Réponds ! Es-tu capable de deviner ce que Monsieur va faire chez la Geisha… ou plu-tôt ce qu’il cherche à y faire ?
Poop se tourna vers Kœtge pour lui demander de se taire mais la commère n’y prit pas garde. Elle posa son verre au bord du guéridon et se mit à observer Feempje qui, les yeux attachés sur la chétive personne de ce nouveau client, se demandait quels étaient ses secrets. Celui-ci murmura :
— Non, Kœtge. Non. Ne dis rien.
Mais la logeuse se reprit à rire plus fort et, s’adressant cette fois à Poop, elle riposta :
— Pourquoi me taire ? Il n’y a pas de raison. Ou alors montre ta lettre. L’as-tu lue à Geisha ? Ah ! ah ! ah ! Si tu avais connaissance d’une pareille lettre, Feempje, continua-t-elle en décochant au cabaretier un regard prometteur, tu comprendrais. Moi, je l’ai lue. C’était horrible. Tous les mots me brûlaient.
— Oh ! gémit Poop, en croisant les plis de sa pèlerine comme s’il eût voulu interdire à la vieille femme de le fouil-ler. Elle est ivre !
— Donne, fit Kœtge Allez ! Donne.
– 95 –
Feempje attendait, silencieux. Il assistait à cette scène étrange comme de dehors, à travers les carreaux. Mais la scène avait lieu chez lui, dans son propre bar et il n’osait in-tervenir car il reconnaissait que Kœtge passait les bornes.
— Qu’est-ce que c’est donc que cette lettre ? s’enquit-il pourtant en se penchant vers le vieux.
Ce dernier se recula sur sa chaise, sans répondre.
Kœtge l’empoigna par un bras.
— Fais comme moi ! signifia-t-elle sourdement au Hol-landais.
L’autre voulut se lever. La femme s’y opposa : elle écarta le bras gauche du vieillard, l’immobilisa fermement et tandis que le tenancier l’imitait, elle plongea une main dans la poche intérieure du veston de l’infortuné M. Poop et en tira un portefeuille.
— Voilà, proclama-t-elle, au comble de la jubilation. Tout est là. Tu vas voir.
— Kœtge ! supplia sur un ton larmoyant sa victime. Tu n’as pas le droit d’ouvrir.
C’était un portefeuille crasseux, décousu sur les bords et bourré de papiers, qui avait dû jadis être rouge et qu’une fi-celle maintenait fermé. Il ressemblait à un galet, ou plutôt à une brique poncée depuis des années par la mer.
— Pas le droit ? Je vais me gêner, répliqua la logeuse.
Elle détacha le lien et plusieurs photographies, des quit-tances de loyer, un calepin, des cheveux de femme réunis par une faveur, s’échappèrent. Les photos étaient jaunes,
– 96 – brouillées, presque effacées. Kœtge en fit un paquet à part, puis elle vida le portefeuille avant de le rejeter sur le marbre où il s’aplatit avec un bruit flasque. Poop machinalement le ramassa.
— Attends ! dit Kœtge. Je ne veux pas tout. Elle écarta les quittances, le calepin, la mèche de cheveux et se mit len-tement à regarder, l’une après l’autre, les photos empilées devant elle. Feempje s’était levé et, derrière l’épaule de Kœ-tge regardait, lui aussi.
— Tiens ! murmura la vieille femme en tendant à Poop une épreuve décolorée, tu as gardé même celle-là ?
— Je l’ai gardée, répondit Poop.
— Mais c’est toi, Kœtge ! s’écria le cabaretier – en enle-vant la photographie des mains de la vieille.
— Il y a trente-neuf ans, oui.
Elle reprit son portrait au gros homme et se mit à le con-templer en silence tandis que Poop replaçait dans son porte-feuille les documents qu’on lui avait restitués. Kœtge soupi-ra. Feempje déclara sans conviction :
— T’étais belle môme !
— Pourquoi pas ? riposta-t-elle. À cette époque, j’avais dix-huit ans. Et une nature ! Une nature à marcher dans les boniments de Monsieur. Non, crois-tu ! Ce qu’on peut être, tout de même…
— Quels boniments ? demanda Poop.
— Oh ! je t’en prie…
Kœtge agrippa son verre.
– 97 –
— Je t’en prie, répéta-t-elle durement. Ne recommence pas… c’est marre.
— Ainsi, dit Feempje, Monsieur et toi, vous…
— Laisse tomber ! repartit Kœtge, s’agit plus de ça, maintenant, mais d’autre chose, d’une autre chose presque incroyable… unique…
Elle avait reconnu, à la couleur rose du papier, la lettre qu’elle cherchait et la tira de l’enveloppe. Poop ne sourcilla point ; il regarda le tenancier et annonça :
— Parfaitement ! Il s’agit d’une femme qui m’a écrit avant de se tuer.
— De se tuer pour qui ?
Quand tu liras ces mots je serai morte, Lionel, morte par ta faute. Tu m’as poussée à cette fin. J’ai lutté tant que j’ai pu… pour notre amour, mais tu ne veux plus de cet amour. Tu l’as rendu monstrueux. Ton besoin de tout détruire autour de toi, de tout rendre impossible, ta cruauté, ta lâcheté, ton ignoble appétit du…
Feempje écoutait gravement. Il s’attendait si peu à cette déclaration qu’il ne comprit point tout d’abord qu’elle s’adressait à Poop, mais ses gros yeux se dirigeant sur le vieillard, il s’exclama :
— Ça, par exemple… Lionel, c’est vous ?
Kœtge, d’un signe, lui imposa silence et soudain, au moment où elle allait poursuivre sa lecture, le bruit d’une porte qu’on entr’ouvrait dans le couloir du bar lui fit tendre l’oreille. Feempje tourna la tête. Le rideau de perles se gon-fla, palpita, puis se mit à tintinnabuler.
– 98 –
— Manquait plus qu’elle : constata la logeuse. Qu’est-ce qui lui prend ?
— Continue, ordonna Feempje la tête toujours tournée vers le rideau.
Celui-ci s’écarta. Flossie parut. Elle avait jeté un man-teau sur ses épaules et vaguement noué une vieille écharpe autour du cou. Ses cheveux défrisés encadraient son visage pâle, bouffi, où les yeux, au fond des orbites, semblaient s’être enfoncés, comme brûlés par la fièvre. Poop ne sut que penser. Il examina la malheureuse avec stupeur et s’aperçut qu’elle n’était pas chaussée. Ses bas pendaient le long des jambes.
— Où vas-tu ? gronda Feempje.
Flossie, qui avait cru qu’on ne l’entendrait pas quitter sa chambre et se glisser dans le couloir, se dirigea vers la porte de la rue.
— Qu’elle aille au diable ! fit le gros homme. Voyez-moi ça ! Sortir ainsi dehors, avec la neige !
Il éclata d’un rire forcé.
— Et ce bidon ! ajouta-t-il tandis que Flossie passait ra-pidement devant lui. Elle en porte au moins trois dans le ventre. C’est une chienne…
— Sans blague ! dit Kœtge sur un ton de reproche. Em-pêche-la de sortir : elle est malade.
Poop médusé, suivait la fille des yeux. Il demanda au cabaretier :
— Cette femme habite chez vous ?
– 99 –
— Ne t’excite pas ! répliqua Kœtge. C’est pas pour toi.
— Oh ! tu peux essayer, déclara Feempje en s’adressant à Poop. J’y vois pas d’inconvénient.
— Non, Feempje !
— Ta gueule ! commanda-t-il rudement. De quoi te mêles-tu ? Si Monsieur n’est pas dégoûté, je m’en fous !
Arrivée à la porte de la rue, Flossie posa la main sur le bec de cane et le fit lentement basculer. Elle avait l’air d’une somnambule.
— Eh bien ! la lettre, proféra Feempje. T’avais pas fini. On t’écoute.
Kœtge demeura silencieuse.
— Comme tu voudras, conclut alors le Hollandais en se dandinant. Vous êtes tous des piqués, des dingos…
Il se heurta le front d’un doigt, saisit son grog, l’absorba, puis, gagnant le comptoir, s’assit devant la caisse.
Poop fit à Kœtge le geste de restituer ses papiers. Elle les lui poussa sans répondre et le vieil homme les rangea dans son portefeuille.
— Ah ! dis donc ! comme cintrée, celle-là ! prononça Feempje qui, malgré lui, regardait Flossie dans la rue.
Kœtge étouffa un bâillement.
— Viens-tu ? proposa-t-elle à son ancien amoureux.
Ce dernier ramassa son chapeau, rectifia les plis de sa pèlerine et, reculant sa chaise, se mit péniblement debout.
– 100 –
— Si on buvait d’abord un whisky ? suggéra la vieille femme. Eh ! Feempje…
Sans bouger de place, le tenancier saisit derrière lui une bouteille et deux verres : il aligna les verres sur le zinc, les emplit, reposa la bouteille automatiquement où il venait de la prendre, puis il se pencha du côté de la devanture pour voir ce que faisait Flossie.
Elle était là, dehors, pieds nus sur le trottoir. Poop la re-connut à travers les carreaux. Il essaya de dire quelque chose. Les mots s’étouffèrent au fond de sa gorge et il courba la tête, découragé. Pourquoi cette malheureuse était-elle dans la rue ? Qu’attendait-elle ? Combien de temps atten-drait-elle ainsi ? Poop avait beau répéter ces questions ; elles restaient sans réponse. Pourtant une basse convoitise le pos-sédait. Il avait vu Flossie lever le rideau et, depuis cet ins-tant, il s’était découvert pour elle un goût profond, mysté-rieux. Elle avait fait sur lui l’effet d’un archet qu’une invisible aurait posé sur les cordes d’un violon. Peut-être la main de Feempje. Sa main coupée. Ou celle d’un musicien qui, sa-chant à l’avance quel tressaillement douloureux il allait éveil-ler en posant son archet sur les cordes, l’avait cruellement, inexorablement, avancé pour en tirer une note aiguë, plain-tive, déchirante que seul, lui, Poop, avait perçue. La sensa-tion qu’il éprouvait se fit si forte qu’il ferma les yeux, mais Kœtge l’observait dans la glace et elle lui dit, en désignant le Hollandais :
— Attention !
Poop paya les whiskies et profita du temps que Feempje mettait à lui rendre sa monnaie pour considérer la silhouette de Flossie, mais finalement il dut ramasser les piécettes et
– 101 – les sous étalés sur le comptoir, puis il donna un coup de coude à Kœtge.
— Bonsoir ! À tout à l’heure, chuchota cette dernière.
Elle gagna la sortie. Poop se précipita pour lui ouvrir la porte et tous les deux, une fois sur le trottoir, s’approchèrent de la femme qui, les pieds dans la neige, se tenait immobile et regardait, sans voir, stupidement devant elle, dans le vague.
– 102 –