Brumes

Francis Carco · Chapitre 14 sur 16

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Brumes

Chapitre XIV

 

 

Quelques heures plus tard, Pool, se rendait au bureau de la police et demandait à voir le commissaire, lui-même, en raison de l’importance de sa déclaration. Celui-ci n’étant point arrivé, on fit attendre le requérant dans une grande salle meublée d’un poêle et de banquettes de bois. Sur cette salle ouvrait une porte brune, à barreaux. Il s’en échappait quelquefois des plaintes, des jurons. Deux policiers à cas-quette plate et à leggings, dans des uniformes sombres, li-saient distraitement, assis près du feu, des magazines, de vieux journaux froissés. Poop les observait en silence. Il re-doutait qu’un de ces hommes, l’entrainant vers la porte gril-lagée et la lui faisant malgré lui franchir ne lui arrachât des

– 191 – explications en le brutalisant. Or le vieillard n’entendait par-ler qu’au chef du district en personne et fréquemment, quand un gradé de service ou quelque subalterne se présentait à l’entrée des bureaux, il se levait comme si le moment de dic-ter sa déposition était venu. Pool, avait préparé les choses à sa façon. Pour ne point s’attirer d’ennuis, il était résolu à ne rien dire d’Edgar ni de François. Que ces individus eussent découvert le cadavre de Flossie, n’importait guère. L’essentiel consistait à annoncer la découverte de ce ca-davre. Ensuite, tout s’arrangeait. Feempje compléterait la déposition à sa guise : cela le concernait. Poop n’avait point à prendre parti.

En venant informer la police, il n’avait en somme eu qu’un but : éviter de se trouver, plus tard, mêlé à cette aven-ture suspecte dont il avait été l’involontaire témoin. La mort de la fille ne le touchait nullement. Il était entré dans la chambre et avait longuement examiné le corps, derrière la porte. Edgar paraissait confondu. Lui aussi regardait le ca-davre. Puis François avait pris le pianiste par une manche et l’avait entraîné, sans fournir d’explication. Durant ce temps, le Hollandais, que les soins de Kœtge avaient fini par rani-mer, s’était présenté, d’un pas traînant et mal assuré, dans la pièce. À la vue de Flossie, il s’était lourdement passé une main sur le visage, comme pour chasser l’image funèbre. Kœtge effarée, avait fondu en larmes, Feempje l’écoutait pleurer, sans paraître rien comprendre à cette scène, puis, brusquement, il était revenu à son comptoir, s’était assis, face au tiroir, et, d’un geste machinal, avait empli une tasse de rhum qu’il s’était mis à boire à petites lampées.

— Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? qu’est-ce qu’on va faire ? gémissait la vieille femme.

 

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Elle avait essayé de refermer la porte, mais le poids de la morte contrariait ses efforts. Kœtge avait alors approché du poêle une chaise et s’était assise, comme Feempje d’un air pétrifié. Ni l’un ni l’autre ne prêtaient attention à Poop. Ils semblaient attendre on ne savait quoi.

— Le mieux, dit l’homme à la pèlerine, serait de prévenir un agent.

Mais, n’obtenant aucune réponse, il s’était accoudé au zinc et avait empoigné son verre.

— Prévenir un agent ! répéta le cabaretier après un lourd silence. Bien sûr.

Ses gros yeux stupidement fixaient un point vague dans la rue.

— Oui, un agent ! acquiesça Kœtge.

C’est ainsi que Poop avait décidé de se rendre au bureau de police. Pourtant il n’était pas parti tout de suite. Une cu-riosité malsaine l’avait ramené dans la chambre de Flossie et retenu près d’un quart d’heure en présence du cadavre.

— Naturellement, estima-t-il, on ne peut pas faire dispa-raître cette femme.

Il se retira sans précipitation de la pièce, écarta le rideau du couloir : au bruissement léger des perles, Feempje tourna les yeux vers Poop.

— Eh bien, s’informa-t-il, cet agent, vous êtes allé le chercher ?

— Non. Pas encore.

— Il faut y aller, dit Kœtge.

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Il pouvait être midi et demie. Au dehors, des soutiers se rendaient au travail. On entendait le bruit de leurs galoches marteler le trottoir et, par instants, le roulement d’un tram le long du quai. Le ciel était couvert. Dans les boutiques, des femmes en peignoir se coiffaient en regardant passer le gens et d’autres, qui étaient maquillées, tricotaient, installées parmi des coussins noirs et jaunes, sous de vastes abat-jour roses aux formes étranges de montgolfières et de lanternes chinoises. Aucune ne soupçonnait la mort de Flossie. Après l’enterrement auquel elles avaient assisté le matin, la nou-velle les eût mises en émoi.

Poop vida son verre, le reposa sur le comptoir. Soudain, il s’aperçut qu’il pleuvait.

— Est-ce que j’y vais ? proposa-t-il. Nous sommes d’accord ?

Vers l’extrémité de la rue, un raclement de pelles et de bottes à semelles de bois annonça la présence des boueux.

— Tout de même ! grommela Kœtge, pour rompre le si-lence qui avait accueilli l’offre de Poop. Ils enlèvent les or-dures. Pas trop tôt !

Poop s’emmitoufla dans les pans de sa cape, s’avança vers la porte et, sans une parole, l’entr’ouvrit. Une bouffée d’air humide lui emplit les poumons ; il tourna sur la droite, longeant la devanture du bar.

— Faut se préparer, dit Feempje comme s’il eût été seul. Les flics vont venir. Si je ne veux pas qu’on m’embête, j’ai que le temps de placer dans la piaule un brasero.

Et s’adressant à la vieille femme :

— Sais-tu ce qu’on en a fait ?

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Elle répondit :

— Je l’ai vu, hier, dans la cour du dancing. Je vais le prendre. T’as raison. Avec toutes les chicanes de la Commis-sion d’Hygiène, c’est plus prudent que la chambre ait l’air d’avoir au moins été chauffée.

Durant ce temps, Poop avait franchi le porche des Régu-liers, et se hâtait vers le poste du district. Celui-ci se trouvait, à gauche, en remontant vers la Maison de Ville, sur une sorte d’esplanade plantée d’arbres allant de la vieille synagogue portugaise au fond, à l’eau grise et gercée d’un bassin. Un marché en plein vent se tenait deux fois la semaine sur une place bordée de vieilles maisons à hautes fenêtres étroites très rapprochées, ressemblant presque, de loin, à des tuyaux d’orgue. Des tréteaux et des planches s’entassaient sous des abris aux toitures de tôle ondulée. La pluie faisait luire l’asphalte, les bancs de pierre et les petites grilles qui entou-raient les troncs lustrés des arbres dont les branchages dres-saient vers les nuages des moignons. Cette partie de la ville était, avec le quartier des Bouchers et de l’Hôpital, la plus ancienne. De mornes candélabres en avaient quelque peu modernisé l’aspect, mais les toits à redans, les ruiles noires, les façades peintes et les enseignes des antiques demeures, avaient l’air de monter la garde et de s’opposer, par leur sé-vère présence, à de plus audacieuses transformations.

Or, entre le moment où Poop était sorti du Montparnasse et celui où il avait gravi les degrés conduisant au poste, trois longues heures s’étaient écoulées. Le soir tombait quand le vieillard traversa l’esplanade. Sur l’eau plate du bassin, une brume roussâtre s’était formée qui flottait et noyait de ses vapeurs fumeuses la perspective des immeubles et du quai. On devinait déjà, plus qu’on ne les voyait, les silhouettes des

 

– 195 – arbres, des bancs, des candélabres et, au sommet d’une mai-son, la découpure d’un personnage casqué, armé d’une lance, qui servait à la fois de girouette et de raison sociale à une fabrique de bière dont les bouteilles portaient la marque du « Chevalier marin ». Poop s’aperçut qu’il était tard. Mais, comme il ne devait nul compte de son temps à personne, il avait pénétré dans le froid vestibule du bureau de police aus-si naturellement que s’il arrivait en droite ligne de l’établissement de Feempje.

Et maintenant il attendait.

Malgré l’air décidé qu’il avait affecté en arrivant – et dont il s’était étonné – il se sentait obscurément gêné et ca-chait sous sa pèlerine sa main droite enveloppée d’un pan-sement. Poop n’osait point examiner sa main : elle lui faisait mal. Elle était lourde, tout engourdie, brûlante. Par instants, de brusques et douloureux élancements la traversaient et le vieil homme serrait alors les dents pour ne point s’avouer qu’il souffrait. Le long des murs, aux boiseries brunes, les banquettes luisaient comme des stalles d’église, mais les pa-rois placardées d’affiches de toutes sortes et de toutes cou-leurs, les deux hautes fenêtres sans rideaux, munies de bar-reaux noirs, offraient une apparence maussade qui exerçait sur Poop une pénible impression. Le poêle répandait une chaleur épaisse, compacte, insupportable : il ronflait avec une vigueur sonore d’ivrogne qui dort et les deux agents as-sis devant sa gueule n’en paraissaient en rien incommodés. Près de la porte, venait de s’installer un troisième policier derrière une table couverte d’un tapis vert, éclairée par une lampe électrique à réflecteur de porcelaine. Ces trois hommes étaient jeunes, robustes. Leur discrétion, ou plutôt leur indifférence, étonnait le vieillard et l’emplissait d’une crainte superstitieuse à l’idée qu’ils abritaient peut-être sous

– 196 – des dehors placides une puissance souveraine qu’aucune in-tervention n’arriverait à fléchir. Sur la table, la lampe brûlait et répandait une lumière douce, laiteuse, comme résignée dans sa petite prison de verre. Elle avait l’air d’une chose in-finiment faible et docile, entre les doigts du policier dont elle éclairait les deux bras lourdement appuyés sur l’étoffe, les mains nues, la tunique aux boutons métalliques et le ceintu-ron à boucle de cuivre. Poop était fasciné par cette lumière : il la regardait presque contre son gré et lorsqu’il détournait les yeux pour les diriger soit vers un autre point de la salle, soit vers l’une des deux fenêtres où le jour agonisait, tout ce qu’il découvrait lui paraissait hostile, bourru, décourageant.

C’était peut-être sa blessure qui influait si étrangement sur son esprit, à moins que ce ne fût l’absence du commis-saire à laquelle il ne s’était pas attendu. Poop avait beau se raisonner, tout en arpentant de long en large la salle baignée d’une demi-obscurité, il éprouvait une horreur, une angoisse grandissantes. En même temps il étouffait : ses oreilles bour-donnaient. Sa main paraissait plus pesante, plus endolorie : elle lui donnait la fièvre et il allait prier l’un des trois poli-ciers de s’informer si le commissaire était enfin arrivé quand, tout à coup, le lustre hollandais du plafond s’alluma.

— Ben, ce n’est pas de trop ! constata dans un angle un grelottant individu à qui Poop n’avait pas prêté attention.

Le vieillard se tourna de son côté, mais le personnage se garda du moindre commentaire, car les trois policiers avaient également pivoté vers lui et le considéraient sans in-dulgence. Cet homme portait un ancien pardessus à martin-gale, entièrement râpé, quoique assez propre, et un pantalon de fantaisie. On devinait que c’étaient les deux pièces essen-tielles de son costume et qu’il ne devait posséder en dessous

 

– 197 – ni gilet ni veston. Une cravate en lacet comprimait étroite-ment un faux col, jadis blanc, entre les vieux revers lustrés du pardessus. Toutefois, pour navrants que fussent de tels détails vestimentaires, l’aspect de l’homme lui-même révélait une si profonde misère physiologique qu’elle retenait l’attention. Poop se demanda quel pouvait être ce malheu-reux. Son visage aux yeux caves, hébétés, au nez rouge, ron-gé par un ulcère, aux oreilles décollées, à la barbe broussail-leuse, son cou grêle, ses épaules voûtées et le tremblotement sénile qui l’agitait comme un épouvantail, suscitaient la pitié.

Un des policiers qui lisaient près du poêle se leva, s’étira, rectifia sa tenue, puis, s’approchant de l’homme au pardessus, lui fit signe.

Immédiatement le pauvre hère sauta de la banquette et, tête basse, attendit.

— Allez, passe ! ordonna l’agent en entr’ouvrant la porte grillagée.

L’un et l’autre disparurent. Poop demanda :

— Un clochard ?

— Un marchand de drogues, répondit, le nez sur son journal, le second flic.

À ce moment, une sonnerie puissante crépita au fond du vestibule. Les policiers se mirent au garde-à-vous en cla-quant les talons, tandis qu’un énorme personnage, en civil, habillé d’une pelisse et coiffé, d’un chapeau de velours sombre, faisait irruption. C’était M. Lazare Hertz, commis-saire principal du district. Il gagna rapidement son bureau, suivi d’un officier de haute stature, vêtu d’une capote brune aux boutons de cuir tressé. En un clin d’œil, tout parut

 

– 198 – s’animer, non seulement entre les murs de la pièce où se trouvait Poop, mais dans la maison tout entière, car des commis portant des paperasses, une sténo-dactylo à lu-nettes, plusieurs agents cyclistes et un chauffeur en livrée noire, débouchèrent d’un couloir et s’assemblèrent autour du poêle. Le vieillard, interloqué, cessa d’aller et de venir. Il se posta près du bureau du commissaire. La porte s’ouvrit, li-vrant passage à l’officier qui, toujours aussi vite qu’il avait traversé la salle derrière son chef quelques secondes plus tôt, se dirigea vers la sortie. Le chauffeur bondit sur ses pas. Une seconde sonnerie, presque confidentielle, retentit.

Une minute après Poop se trouvait en présence du commissaire.

— Monsieur, dit celui-ci en désignant un siège.

Il tenait à la main une fiche sur laquelle Poop avait ins-crit son nom et il le scrutait des yeux.

— Vous désiriez me voir ? À quel sujet ?

Le requérant dut faire un effort pour dissimuler son in-quiétude. Il s’inclina. M. Hertz appuya près de lui sur le bou-ton de nacre d’un appareil standard et, dédaignant de ré-pondre au salut militaire d’un lourd gaillard en uniforme qui était accouru, il ajouta :

— J’écoute.

Poop se mit à parler, mais il s’aperçut alors de l’étrangeté de sa démarche. Cette affaire de suicide n’intéressait nullement M. Hertz en personne. Elle n’offrait rien en soi qui motivât de la part du haut personnage une perte, même infime, de temps.

 

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— Bien, bien, fit pourtant le fonctionnaire sans cesser d’examiner le déposant. Très bien, vous avez assisté à la scène ? C’est parfait… Monsieur va, devant vous, noter votre déposition. Il vous en donnera lecture. Vous voudrez bien si-gner.

— Mais certainement, affirma Poop en rejetant le pan de sa pèlerine.

Le directeur de la police aperçut le pansement du vieil-lard.

— On vous aura blessé, dit-il. En ce local dont je connais le tenancier, cela ne me surprendrait guère.

— Ma foi, non, répondit Poop qui retira vivement sa main et la cacha sous son manteau. Les choses se sont pas-sées comme je viens d’avoir l’honneur de vous le rapporter… L’écorchure que je me suis faite…

Il se sentit troublé davantage et tenta d’exposer, avec un luxe de détails insolite, qu’en sortant de chez Feempje, il avait glissé dans la rue sur des éclats de verre et s’était en-taillé deux doigts.

— Simple accident, monsieur le directeur, conclut-il en montrant cette fois sa main bandée.

Le magistrat n’insista pas. Cependant, il dardait son re-gard sur celui du vieil homme et, d’un long coupe-papier en ébène, il tapotait la table en souriant.

— Admettons, fit-il, que vous soyez malencontreuse-ment tombé sur des éclats de verre. Cela n’améliore en rien le cas de Feempje.

— Pardon ?

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— Je veux dire, exposa le commissaire, que de toute fa-çon votre ami Feempje…

Il eut un geste. Son sourire s’accentua.

— Feempje n’est pas mon ami ! protesta Poop. Je ne fréquente chez lui que depuis peu.

— Je sais. Vous préférez la société des dames. C’est as-sez naturel.

Poop se demanda comment il devait interpréter cette observation et se tint coi. M. Hertz reprit après avoir soi-gneusement déposé devant lui son coupe-papier :

— Chacun a ses faiblesses. Je ne les juge pas. Mon rôle consiste à les cataloguer.

— Ah ? fit Poop.

— Rassurez-vous, déclara le fonctionnaire. Je ne vais pas plus loin. Toutefois, lorsqu’un individu de la catégorie de Feempje, qui ne se borne pas à aimer les femmes, franchit certaines bornes, il tombe sous le coup de la loi. Vous allez par vous-même, d’ailleurs, si vous n’y voyez nul inconvé-nient, vous faire une salutaire idée des moyens dont nous disposons.

S’adressant alors au gaillard qui, debout et les bras croi-sés, se tenait près de la porte, M. Hertz lui donna un ordre à voix basse, puis, revenant à Poop, il ajouta :

— La découverte du cadavre de Flossie Blietterdoff a eu lieu aujourd’hui à midi et il est à présent six heures. Vous avez donc eu tout le temps de peser votre décision. C’est parfait. Entre nous, si vous ne vous étiez pas présenté à mon

 

– 201 – bureau ce soir, j’aurais été dans la nécessité de vous prier de passer.

— Croyez, monsieur le commissaire, balbutia l’autre, que je n’avais pas l’intention de…

— Oui, oui… interrompit le directeur. C’est cette mau-dite bouteille sur laquelle vous avez glissé, cher M. Poop, qui est la cause de votre retard. Je le conçois fort bien. Un retard de six heures peut toujours se produire… Il en est d’autres, beaucoup plus anciens, plus discutables, qui, si j’avais alors été chargé de l’enquête à propos d’une demoiselle Mina, puis d’une certaine Rachel, auraient semblé moins normaux.

Poop poussa un gémissement, mais aussitôt, craignant d’avoir paru comprendre à quels autres suicides le fonction-naire se référait, il désigna sa main blessée et dit :

— Excusez-moi.

— Oh ! vous me comprenez, déclara M. Hertz. Au sur-plus, il y a prescription.

Il avait prononcé cette phrase d’un air paisible et légè-rement ironique, auquel on n’eût point attaché d’importance pour peu que l’on se fût trouvé ailleurs que dans ce sévère cabinet. Le vieillard sentit la menace, ou plutôt le rappel d’une menace qui durant des années l’avait, secrètement, poursuivi. Cependant, quelques charges que l’on eût réunies centre lui après la mort de ses maîtresses, il n’avait pas ma-tériellement contribué aux deux drames. La lettre qu’il con-servait dans son portefeuille eût suffi à le mettre hors de cause dès la première convocation. Poop ne l’ignorait pas. C’était une des raisons pour lesquelles il attachait un si grand prix à cette lettre et, bien qu’il n’en parlât jamais et préférât

 

– 202 – passer pour inspirer des passions désastreuses, le sentiment de sa sécurité l’emportait sur toute autre considération.

— Veuillez m’accompagner, dit le commissaire.

 

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