Dictionnaire du patois du pays de Bray

J.-E. (Jean-Eugène) Decorde · Chapitre 20 sur 24

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Dictionnaire du patois du pays de Bray

T

T, ton; devant une consonne.

 

TAC, salamandre.

 

TACHER QUE, faire en sorte que.

 

TAGNE, teigne. Cuscute, plante parasite qui pousse dans les prairies

artificielles.

 

TAI, toi.

 

TAIS! TAIS! TAIS! cri pour appeler les chiens.

 

TALEURE, tout-à-l’heure. P.

 

TAMBRE, mince, Ex.: Cette planche est bien tambre.

 

TAMIS (jeu de), jeu de paume. H.-N.

 

TAMPONNER, frapper à coups de poing.

 

TAN, ton; devant une consonne.

 

TANCHER, gronder.

 

TANDIS, pendant. Ex.: Il a été malade tandis longtemps.

 

TANNÉ, fatigué.

 

TANNER, impatienter. P.

 

TANNER (se), se fatiguer. M. André de Poilly fait dériver ce mot, qu’on

prononce téné en Picardie, du grec tieuomai, je m’étends. C’est,

dit-il, l’effet pour la cause. (_Mémoires de la société d’émulation

d’Abbeville_, année 1844, p. 154).

 

TANT QU’A CELA, quant à cela.

 

TANTINET (un), un peu; du latin tantillùm ou tantillulùm. H.-N. P.

 

TANT PIRE, tant pis.

 

TANT PUS… TANT PUS, plus. Ex.: Tant pus que vous le reprendrez,

tant pus il fera mal.

 

TANT QU’A’ MI, A MAI, quant à moi. P.

 

TANT SEULEMENT, seulement. P.

 

TANTOUILLER, traîner dans l’eau, la boue, etc. B.-N.

 

TAPÉE, grande quantité. P. B.-N.

 

TAPOTER, frapper à petits coups continuellement. P.

 

TARABUQUER, frapper fort et longtemps.

 

TARDILLON, volaille éclose à l’arrière-saison; enfant né longtemps après

les autres. H.-N.

 

TARELLE, tarière.

 

TARINER, marchander, hésiter.

 

TAS, lieu où l’on tasse la récolte des gerbes de blé, d’orge,

d’avoine, etc.

 

TASSERIE. Voy. Tas.

 

TAUDION, taudis. P.

 

TAURIAU, taureau. Les Bourguignons appellent torie une jeune vache qui

n’a pas encore porté.

 

TAURELLIÈRE (vache), qui prend les allures du taureau, tourmente les

autres vaches et finit par devenir inféconde.

 

TAYON, aïeul. En Picardie, on dit aussi théïon, mot que M. de Poilly

fait dériver du grec theios, oncle. «En vain, dit-il, objecterait-on,

contre la légitimité de cette dérivation, la différence des degrés de

parenté, puisque la même différence existe entre le mot latin nepos,

petit-fils, et son dérivé français nepveu, qui n’est devenu neveu

qu’an XVIIe siècle» (_Mémoires de la Société d’émulation d’Abbeville_,

année 1844, page 155).

 

TÉ, te.

 

TEIGLER, tousser fréquemment. B.-N.

 

TEIGUER, tousser, être oppressé. H.-N.

 

TEMPLE, tempe. H.-N.

 

TENDON DE VEAU, tendrons.

 

TERGER, tarder; ordinairement employé avec une négation. Ex.: Il ne

tergera pas à venir. P.

 

TERLUIRE, briller; de ter lucere, luire trois fois.

 

TÉROITE, truite.

 

TÉROUIE, truie.

 

TERQUE, brai; espèce de goudron.

 

TERQUÉ, sali, crotté.

 

TERQUER, faire une croix, avec du terque, sur la porte des étables,

dans la pensée de préserver les bestiaux des maladies contagieuses et

épidémiques.

 

TERTOUS, tous; sans exceptions. B.-N. P.

 

TÉS, tes; devant une consonne.

 

TÈSI (être), avoir l’estomac plein.

 

TÉTARD, arbre étêté. H.-N.

 

TÈTE, téton.

 

TÈTE D’ORILLER, taie d’oreiller. H.-N.

 

TÉTE, tête.

 

TÉTOS, tétons.

 

TEURDRE, tordre.

 

THÉRÈSE, espèce de capuchon que les femmes portent sur la tête, quand

elles assistent aux inhumations et pendant le temps que dure leur deuil.

Ce nom semble indiquer clairement son origine et doit signifier l’espèce

de voile dont les Carmélites déchaussées se couvrent la tête, à la

manière de sainte Thérèse, qui fit approuver cet ordre, dont elle fut la

fondatrice, en 1562.

 

TI? particule interrogative ajoutée au verbe. Ex.: J’irai-_ti_?

Viendra-_ti_?

 

TIA! TIA! TIA! pour appeler les cochons. H.-N.

 

TIERSON, demi-partie du demi-gros. Le tierson ne devrait contenir

que deux muids; mais, grâce à sa forme plate, il porte un grand

préjudice aux cultivateurs sur la mesure réelle.

 

THIERS, pieu auquel on attache les chevaux et les vaches pour les faire

pâturer dans les champs. H.-N.

 

TIGNACHE. Voy. Crignache. B.-N.

 

TIGNEUX, teigneux. P.

 

TIN, ton. P.

 

TINCHER. Voy. Tancher.

 

TINETTE, petit coffre dans lequel on met du sel on du lard salé.

 

TINS, glas, coups de cloche isolés. Pour annoncer la mort d’un homme, on

sonne neuf ou treize tins; pour la mort d’une femme, on n’en sonne que

sept ou onze.

 

TINT, tenu. Voy. Mal saint N…

 

TINTERELLE, petite cloche. B.-N.

 

TIOT, TIOTE, petit, petite. P.

 

TIPONNER, habiller un enfant avec soin. B.-N.

 

TIQUER, avoir une toux sèche et brève.

 

TIQUETÉ, marqué de petites taches. P.

 

TIRANDER, tirailler. P.

 

TIREUX, tiroir.

 

TIRÉ (en avoir du premier), avoir les prémices de quelque chose. H.-N.

 

TIRLARIGO (boire à), boire avec excès. Ce proverbe remonte au XIIIe

siècle. A cette époque, Eude Rigaud, archevêque de Rouen, fit don à sa

cathédrale d’une cloche qui était si difficile à mettre en branle, qu’il

dut s’engager à fournir à boire aux sonneurs. C’est de là que nous vient

le proverbe: Boire à tire la Rigaud (Voir notre _Essai sur

Londinières_, page 237).

 

TITI, enfant; terme enfantin.

 

TITONNER. Voy. Tiponner.

 

TIU! TIU! TIU! pour appeler les vaches.

 

T’N, ton, ta; devant une voyelle.

 

TOCSON, fille grossière et malpropre. B.-N.

 

TOINE, TOINOT, Antoine.

 

TOINETTE, Antoinette.

 

TOLIR, enlever; du latin tollere. P.

 

TOMBE (faire une), faire une chute. H.-N.

 

TOMBER DU HAUT MAL, avoir des attaques d’épilepsie. B.-N.

 

TOMBES (les). On entend par là les arbres fruitiers qui tombent par

suite de coups de vent; on les laisse ordinairement au fermier, qui est

tenu de les remplacer par de bonnes entes.

 

TONDELIER, tonnelier. H.-N.

 

TONDRE, amadou.

 

TOQUANT (homme), entêté.

 

TOQUART, qui porte à la tête. Ex.: Ce cidre est toquart.

 

TOQUER (se), se heurter la tête. B.-N.

 

TOQUET, bonnet rond que les femmes mettent le matin. Voy. Kalipète.

B.-N. P.

 

TORCHE. Voy. Maniquet.

 

TORCHER, mettre la torche sur le cheval.

 

TORCHON (Marie), femme malpropre. P.

 

TORQUE. Voy. Torche. Lien en foin qui se fait en tordant les liges de

l’herbe sur elles-mêmes.

 

TORQUER. Voy. Torcher. Essuyer.

 

TORQUETTE, petite branche à laquelle sont réunis, en assez grand nombre,

soit des cerises, soit des pois, soit d’autres fruits.

 

TOTONNER, jouer des grosses noix, des oeufs rouges, du pain d’épice, au

moyen d’une boule polygone, sur chaque côté de laquelle se trouve un

numéro jusqu’au nombre 12.

 

TOTOS. Voy. Tétos; terme enfantin.

 

TOTTE, morceau de toile dans lequel on enveloppe du sucre et de la mie

de pain pour le donner à sucer aux petits enfants et les empêcher de

pleurer.

 

TOUBAC, tabac. P.

 

TOUFFLETTE, houppe.

 

TOUILLER, mêler, remuer, délayer dans un vase. P.

 

TOULAID, homme très-laid.

 

TOUPINER, tourner à la même place et n’avancer à rien, comme une

toupie.

 

TOURGNIOLE, mal au doigt; espèce de panaris.

 

TOURNÉE, volée de coups. P.

 

TOURNURE, mauvaise excuse. P.

 

TOURTILLER, tortiller. H.-N. En parlant de quelqu’un qui mange beaucoup,

on dit aussi: Il tourtille bien.

 

TOUSSAILIER, tousser presque continuellement.

 

TOUSSOTER, avoir une toux faible et fréquente.

 

TOUT n’, non plus; non.

 

TOUT DRAIT, tout droit, sans se détourner. P. Justement.

 

TOUT-PARTOUT, partout; de tous côtés.

 

TOUT-PLEIN, beaucoup. P. On dit aussi: Tout fin plein.

 

TOUZER, couper, tondre. Ex.: Demain, ou tousera la haie et les

moutons. B.-N. Un titre de 1403 porte qu’on payait _ung denier pour

touser cinq brebiz_.

 

TOUZERIE, tonte des montons.

 

TOUZEUX, celui qui touze.

 

TOUYAU, extrémité de la queue du chou, qui touche à la pomme.

 

TRACER (se). V. Rayer (se).

 

TRACHER, chercher avec attention. P.

 

TRACHER SA VIE, mendier. H.-N.

 

TRACIER, espèce de bacu, dont les traits sont formés de petites

chaines de fer.

 

TRAIL, cylindre sur lequel s’enroule une corde pour tirer de l’eau d’un

puits ou de la marne d’une marnière. Ce mot viendrait-il de trahere,

attirer?

 

TRAIN (être en), être ivre.

 

TRAIN DE (être en), être occupé à. Ex.: Il est en train de faucher.

 

TRAITE. V. Moisse.

 

TRAN-TRAN. Voy. Potin.

 

TRAS, trace. Voy. Frais.

 

TRASQUER, traquer, marcher dans l’eau sans précaution.

 

TRAYONS, tettes de la vache, par lesquelles on trait le lait.

 

TRÈFLERI, terre sur laquelle on vient de récolter du trèfle. H.-N.

 

TRÉMAIS, travaux des champs qui se font au printemps, tels que labour,

semence et hersage de l’avoine, de l’orge, des pois, etc. Ce mot vient

du latin trimestria ou trimestris, semences qui viennent en trois

mois.

 

TREMBLEMENT (un), une grande quantité. Ex.: Cette année, il y a _un

tremblement_ de noix. H.-N.

 

TREMBLERIE, frisson. H.-N.

 

TREMPETTE, pain que l’on fait tremper dans le cidre ou dans le vin.

H.-N.

 

TREMPETTE DES MARIÉS. Il est encore assez d’usage, dans les campagnes,

de donner une trempette aux nouveaux mariés au moment de se coucher. Cet

usage a une origine religieuse, et on le trouve encore mentionné dans

les rituels du XVIIe siècle (_Manuale Ecclesiæ Rothomagensis_, édition

de 1640). Après la messe de mariage, on apportait au prêtre une coupe

remplie de vin et deux petits morceaux de pain; il bénissait le tout,

puis, trempant le pain dans le vin, il le distribuait aux époux. Le

soir, il se rendait au domicile des mariés pour la bénédiction du lit

nuptial; ensuite il bénissait encore du pain et du vin, comme le matin,

et le présentait aux nouveaux mariés, au moment de se mettre au lit

(_Journal de Neufchâtel_, année 1849, nº 50). A Beauvais, il existe

encore un usage tout-à-fait analogue, connu sous le nom de

mouillettes. Au repas de noce, on présente aux époux un vase de vin

dans lequel le marié trempe un morceau de pain dont il prend la première

bouchée et donne la seconde à sa femme. «Ils boivent ensuite dans la

même coupe, dit M. Tremblay, en signe de communauté de bien et de mal»

(_Notice sur Beauvais_; cité par M. l’abbé Corblet, _Glossaire du patois

picard_, page 542).

 

TRÉSALLE. Se dit du linge que l’humidité couvre de petits points noirs

ou rougeâtres. H.-N.

 

TRESSAUT, soubresaut.

 

TRESSAUTER, faire un tressaut. B.-N.

 

TRÉTINS, bottes de paille formées de petites tiges de blé produites par

le gluage. P.

 

TRETOUS. Voy. Tertous. P. Maître Jehan Clopinel, qui écrivait vers la

fin du XIIIe siècle, dit, en parlant des hommes primitifs:

 

Trestous pareils estre souloient,

Ne rien propre avoir ne vouloient.

 

TREU, trou. P.

 

TREUER, trouer. P.

 

TREULER, faire un vent en point d’orgue.

 

TREULIER, qui treule souvent.

 

TRIBOUILLER, troubler. B.-N.

 

TRIBOULER. Voy. Chabouler. B.-N.

 

TRICON, brelan.

 

TRICON (avoir), avoir trois cartes semblables; par exemple: trois dix,

trois valets, etc.

 

TRIFOUILLER, remuer tout en cherchant une chose. P. Tromper au jeu.

 

TRICOTER, donner des coups de bâton.

 

TRIMBALLER, porter ou traîner un objet ça et là. H.-N. Sonner les

cloches sans mesure et sans règle. An XVIe siècle, le Parlement de Rouen

supprima toutes les tavernes; il fut seulement permis d’aller chercher

du vin pour le boire en famille. Voici ce que dit à ce sujet un petit

livre de l’époque:

 

Si un voisin avec son familier

Se veut esbattre, ainsy que de raison,

Il est contraint de boire en sa maison

Et d’envoyer quérir du vin au pot.

Par ce moyen, en tout tems et saison,

Femme et enfant ont leur part à l’escot.

 

Mais cet état de choses n’était guère commode pour les buveurs, et le

Parlement vint à leur secours en inventant une taverne ambulante qui

allait de porte en porte, d’atelier en atelier, _mais à très-courtes

stations_, colporter des rafraîchissements. «Jusqu’alors, dit C. Nodier,

le peuple était allé chercher le divertissement dans les tavernes….

Les tavernes obtinrent permission d’aller chercher le peuple.» L’on

donna à ces cabarets ambulants le nom de triballe ou trimballe (Voir

le Journal de Rouen, 21 mai 1852).

 

TRINGUE, tringle.

 

TRIOLÉE, grand nombre. Ex.: Quelle triolée de pauvres!

 

TRIPAILLES, intestins d’un animal.

 

TRIPÉE, entrailles d’un animal qui servent à préparer les tripes.

 

TRIPETTE (ne pas valoir). Se dit d’une chose qui ne vaut rien. Ex.: Il

ne vaut pas tripette.

 

TRIPOT, marché. Échange. B.-N. Ménage, cuisine. P.

 

TRIPOTER, faire le ménage. P.

 

TRIPOTIER, qui se mêle de petites intrigues, de petits marchés, etc.

H.-N.

 

TRIQUE, gros bâton de voyage.

 

TROIS-PIEDS, trépied.

 

TROITE, truite.

 

TROMPE, erreur. B.-N.

 

TRONCHE, tronc d’arbre. P.

 

TROQUE, échange. Ex. Faisons une troque.

 

TROTTE, distance, course plus ou moins longue. Ex.: D’ici à Rouen, il y

a une bonne trotte. H.-N.

 

TROTTERIE, place où l’on fait trotter les chevaux, dans les foires,

avant de les vendre.

 

TROTTINER, marcher à petits pas précipités. P.

 

TROU (boire comme un), boire continuellement. H.-N.

 

TROU (faire un), boire un petit verre d’eau-de-vie entre deux services.

H.-N.

 

TROUIE, truie.

 

TROVER, trouver. P.

 

TRUC (avoir le), être habile, ingénieux, habitué à faire une chose. P.

B.-N.

 

TRUPER (ne pas), ne pas demeurer longtemps au même lieu. Ex.: Il n’a pas

trupé chez sa mère.

 

T’S’, tes; devant une voyelle.

 

TU AUTEM (connaître le), être au courant d’une chose. Voici

l’explication de ce proverbe, donnée par Verville: Les leçons de

l’Église finissent toutes par les mots: Tu autem, Domine, _miserere

nostri_; et, comme dans les communautés ecclésiastiques, la coutume est

que le supérieur, à la fin du repas, frappe légèrement sur la table, en

disant: Tu autem, etc., pour avertir le lecteur qu’il est temps de

terminer,—si celui-ci finit immédiatement, on dit qu’il connaît le _Tu

autem_,—s’il continue encore sa lecture, on dit alors qu’il n’entend

pas le Tu autem (_Moyen de parvenir_, chap. 60).

 

TUER (se). Se dit du vin ou du cidre qui perd promptement sa couleur et

son goût, par suite de son contact avec l’air, quand il est tiré. H.-N.

 

TUET, extrémité extérieure d’une cheminée.

 

TUNBER, tomber. H.-N.

 

TUNBES. Voy. Tombes.

 

TURELURE! nenni!

 

TURIAU. Voy. Condos.

 

TURLUPINER, tourmenter, inquiéter. P.

 

TURNE, taudis. Maison sale et peu solide. H.-N.

 

TUTAYER, tutoyer.

 

TUTER, aspirer un liquide par la bouche, à la manière des porcs, ou bien

au moyen d’une paille. H.-N.

 

TUYOTER, disposer en tuyaux; expression de lingère. H.-N.