Enfants de l'époque
Chapitre XVIII
On ne pouvait rien remarquer d’insolite dans l’attitude du lieutenant, mais ce furent certainement de mauvais jours pour lui. Il se montra actif, il reprit son extraction de terre pour les pots de fleurs de la serre, c’était comme s’il désirait faire beaucoup pour ses fleurs, mais ne pouvait trouver nulle part de terre assez bonne, quelque endroit qu’il pût imaginer. Il se passa plusieurs jours avant qu’il y renonçât.
Il avait télégraphié à son fils que, bien entendu, il avait agi comme il fallait et que l’argent lui serait envoyé. Et natu-rellement il lui fallait se procurer cet argent, quand même il serait forcé de porter son argenterie à Trondhjem. Le déses-pérant et le ridicule était qu’il n’avait même plus l’argent pour ce voyage.
Tout un chacun en pareille circonstance se serait affais-sé et serait devenu caduc, mais cela ne fit qu’endurcir le lieu-tenant ; il commençait à se servir d’une canne parce qu’il s’était mis, d’une manière générale, à aller à pied, c’était tout. Cette canne lui venait de son père, le noble Monsieur, et elle avait une pomme d’or et un cordon de soie pour l’accrocher au poignet ; elle seyait au lieutenant et était bien loin de l’amoindrir.
Un jour, il rencontra le médecin de district et l’avocat sur la route, tous deux saluèrent cet homme profondément éprouvé, le docteur Muus salua aussi, parce qu’il était bien élevé. Voyez, là venait, à pied, ce seigneur terrien d’autrefois et, d’après des renseignements sûrs, il n’avait plus ni bâti-ment jaune, ni Martin le valet ; mais le docteur Muus le sa-
– 315 – luait tout de même. Oh ! mais le lieutenant répondit avec une telle indifférence, une telle distraction, qu’il s’aliéna la sym-pathie des messieurs, même aussi la sympathie de l’avocat. À vrai dire, l’avocat Rasch venait de réussir à acheter le mor-ceau de pré… il avait obtenu ce qu’il voulait, il ne s’était pas engagé à en garder une reconnaissance éternelle. Et la se-maine prochaine il enlèverait Demoiselle Salvesen du do-maine et se marierait avec elle ; comment le lieutenant s’arrangerait-il sans gouvernante ?… C’était son affaire !
Les perspectives étaient donc sombres pour le lieute-nant. Dans ces circonstances, il abandonna sans doute les fouilles du mur de soubassement ? Naturellement non. C’était de nouveau l’automne et il fallait qu’il y eût un mur sous ses chambres pour l’hiver prochain. Le lieutenant creu-sait et son valet charriait de la pierre. Il mettait, à ne pas cé-der, une volonté ferme et bénie de Dieu.
Mais le soir il s’asseyait là-bas dans la tuilerie et se don-nait congé : et il faisait des réussites avec des cartes qu’il avait collées et rapiécées. Et il les cachait chaque fois avec soin pour que Pauline ne pût les voir. Dans ces derniers mois, il est arrivé divers accidents à ses mains, elles sont douloureuses et pleines d’écorchures, cela le dégoûte de les voir travailler avec les cartes, elles sont vilaines et gros-sières. Alors il met les cartes de côté pour le soir suivant et rêvasse une heure ou deux au lieu de jouer.
Sa situation est fâcheuse, certes, il a maintenant soixante-neuf ans, il est lourdement pressé de soucis d’argent, mais il parle tout aussi peu avec soi-même qu’avec les autres en général, il se tait, se tait obstinément, à tout, se tait. Mais à Pauline il dit… car le lieutenant cause un peu avec elle parfois quand elle descend à la tuilerie faire le mé-
– 316 – nage, et à elle il dit : « Tu crois sans doute que j’ai mauvaise mine, Pauline, mais tu te trompes, je n’ai jamais si bien dor-mi qu’ici ! » Et alors Pauline peut lui raconter que Demoiselle Salvesen doit se marier jeudi de la semaine prochaine, et le lieutenant répond : « Elle a raison ! Il faut vraiment que je me le rappelle. » Et, pour plus de sûreté, il passe de nouveau sa bague à la main gauche.
Il avait introduit une économie toute spéciale dans son petit ménage en bas à la tuilerie : il aimait économiser des al-lumettes. Comme si cela pouvait lui servir à quelque chose ! Il ne consentait pas à allumer du feu s’il pouvait tirer de la flamme en soufflant sur les tisons : il se mettait à genoux et soufflait. Il conserva cette singularité jusqu’au dernier mo-ment. Mais il ne se faisait pas indiscrètement original. Un jour, quand il s’avéra que sa veste d’uniforme avait un trou au coude, il monta aussitôt au domaine et changea de veste. Il était occupé à son travail de terrassement et le trou aurait été un bon trou philosophique dont il aurait pu se parer un peu pour soi-même… je suis trop vieux pour de tels artifices, pensa-t-il sans doute ; il y a aussi une philosophie dans une veste intacte, pensa-t-il sans doute.
Il se couchait tôt et se levait tôt, peut-être était-ce pour épargner l’huile des lampes, peut-être était-ce par un juste instinct d’être debout avec le matin. Puis il sortait.
Il était déjà tombé de la neige, mais la terre était encore meuble, il en gelait juste une petite croûte la nuit. Le lieute-nant et sa canne à pomme d’or sont dehors et marchent. C’est un matin frais, quelques étoiles sont posées çà et là sur le ciel, comme des libellules sur un fond bleu ; de temps à autre résonne aux oreilles du lieutenant un chant de coq éclatant venu de Segelfoss, de son domaine. Il se poste sur le
– 317 – pont et regarde là-haut vers la maison de Holmengraa, non, tout y est sombre. Et la rivière descend et descend à sa ren-contre, avec son éternel murmure. Il y a du vent, il s’est éveillé comme le lieutenant lui-même s’est éveillé, il est aveugle et invisible, sans corps, mais il est là. Comme il fait trop froid sur le pont, le lieutenant descend à petit pas vers le quai, s’installe à l’abri et regarde la mer.
Il prend la résolution d’emballer aujourd’hui même son argenterie et de s’embarquer sur le bateau-courrier sans plus de façon, il était connu et pouvait payer son billet en arrivant à Trondhjem. Il prend la résolution de se défaire de quelques joyaux, de s’enfermer à clef et d’emballer dans de l’ouate quelques ornements de table dont la misère le force à se sé-parer. Il est là qui hoche la tête, l’expression de son visage est irréfutable. Pendant qu’il remonte à la tuilerie, l’aube se lève, toute la contrée s’étend dans une demi-nuit, il va comme une apparition dans un paysage occulte, haut, verti-cal, comme une affirmation.
Il n’avait aucun pressentiment de ce qui l’attendait.
Maintenant qu’il devait partir à Trondhjem, il abandon-nait sans doute les fouilles du mur ? Tout au contraire, il voulait se débarrasser de ce travail aujourd’hui, et mettre tout en ordre, il ramènerait des maçons du Sud en revenant. Après être monté au domaine pour déjeuner, il redescendit à la tuilerie et se mit au travail.
C’est alors que survint l’événement.
Il avait creusé une couple d’heures l’emplacement du dernier angle du mur quand sa pioche heurta du bois. Du bois. Il creuse autour du bois, prend la pelle et rejette la terre au dehors, creuse de nouveau, une caisse apparaît, un
– 318 – coffre… un éclair frappe son esprit : le Trésor ! Si jamais le premier Willatz Holmsen avait enfoui un coffre, c’était celui-là ! Le lieutenant ne croyait pas aux légendes, mais peut-être avait-il une petite chose à quoi s’en rapporter, une tradition de famille, un inventaire ; on eût dit qu’il connaissait le coffre. Longtemps, il s’efforça de le sortir de la tranchée, mais il dut y renoncer, alors il en brisa le couvercle sur place et plongea le regard dans sa profondeur obscure.
Des écrins et des cassettes dans le coffre, lourds, pleins de pièces de monnaie, des monnaies d’or. Le lieutenant se mit en devoir de porter tout cela chez lui, mais il était plus faible qu’il ne l’avait jamais encore été, de toute sa vie, ses genoux tremblaient de plus en plus à chaque voyage et c’était un bonheur qu’il fût seul.
Martin le valet vint avec une nouvelle bonne pierre pour le mur et une seconde fois avec une nouvelle bonne pierre, mais le lieutenant était invisible. Midi arriva et Martin le va-let retourna au domaine.
Mais le lieutenant demeurait introuvable et finalement Pauline descend à la tuilerie pour le chercher. Oui, le lieute-nant est assis là dans sa chambre, son visage est gris de souf-france. Voyez, un grand chagrin ne l’aurait certainement pas brisé, mais s’il est si abattu, ce doit être par une grande joie. Il dut faire dire à Martin le valet de le reconduire en voiture au domaine.
Au cours de la journée, il ne fait qu’aller et venir en voi-ture entre le domaine et la tuilerie, il a beaucoup de choses à mettre en ordre et cela presse, demain il part en voyage. Il fait ses malles dans la tuilerie, les bourre de mystérieux pa-quets, de rouleaux lourds comme plomb, c’est de l’or ancien, des doublons espagnols, des guinées anglaises, c’est le Tré-
– 319 – sor. Mais oui, il y a des réserves dans un grand domaine, même si une guerre a passé dessus ! !
Le lendemain, le lieutenant partit pour Trondhjem. Son visage était gris de souffrance, c’était comme si tout son sang l’avait quitté, mais il se tenait vertical sur le bateau, de-bout et appuyé sur sa canne à pomme d’or.
* * *
Le lieutenant revint de son voyage complètement brisé, on le conduisit en voiture du quai à la tuilerie où on le mit au lit. Voulait-il voir le médecin de district ? Non. Jeune Willatz devait-il être avisé ? Non. Le lieutenant ne voulait rien, il voulait seulement rester au lit et se remettre, dit-il.
Mais l’état du lieutenant ne s’améliora pas, il empira, c’était une chance qu’il n’eût pas ramené les maçons. Ils ne pouvaient pas venir avant mars. Quand Pauline descendait du domaine pour lui apporter à manger, souvent Mariane aussi se présentait pour avoir des nouvelles, elle restait de-hors, devant la tuilerie, et attendait, et chaque fois elle rece-vait la même nouvelle : il est plus mal aujourd’hui ! Et un jour, quand le lieutenant demanda… non pas le docteur ni le prêtre… mais le télégraphiste Baardsen, ce fut Mariane qui courut à la station pour le chercher.
— Je commence à douter de ma guérison, dit le lieute-nant, je me suis si fortement enrhumé en revenant de Tron-dhjem.
À quoi le télégraphiste Baardsen ne répondit que quelques mots : la volonté du lieutenant pouvait peut-être avoir quelque effet.
– 320 –
— Je vous serais reconnaissant de rédiger un télé-gramme pour mon fils. Ce n’est pas que… vraisemblable-ment il n’arrivera pas assez tôt.
Baardsen répondit :
— J’ai tout lieu de croire que votre fils est en route.
Le vieux lieutenant cache sa joyeuse surprise et de-mande, bourru :
— Alors, quelqu’un l’a avisé ?
— Oui. C’est moi qui l’ai avisé.
Pause.
— Hem ! Je vous remercie… en cette circonstance, je vous remercie… hem ! Ce n’est pas que… il n’arrivera vrai-semblablement pas assez tôt, mais… Quand peut-il être ici ?
— Avec le premier bateau en direction du Nord.
Le lieutenant compte les jours et dit :
— Il y a une lettre sur la table, je l’ai rédigée à bord. Vous avez un coffre-fort à la station, elle y sera en sûreté.
— Oui.
— Et je vous prierai de la remettre à mon fils dans le cas où… éventuellement, enfin.
— Ce sera fait ! dit simplement Baardsen, et il prend la lettre.
Le lieutenant remercie encore une fois et fait signe de la tête que c’est tout ce qu’il voulait.
– 321 –
— Permettez-vous que je revienne vous voir ? demanda le télégraphiste.
— Je… non seulement… en avez-vous le temps ?
— Largement le temps. Gottfred fera le travail.
— Alors je vous serais reconnaissant si vous vouliez ve-nir me voir.
Baardsen sortit, et Mariane attendait devant la porte. Cette créature extraordinairement fidèle et mal élevée, elle ne devait avoir aucun plaisir à rester là chaque jour à at-tendre, mais elle s’était mis dans la tête que cela réconforte-rait le malade qu’elle s’informât de sa santé, elle savait que Pauline le lui avait raconté. Le télégraphiste fait un salut de la tête à Mariane et dit :
— Petite Mariane, Jeune Willatz est en route pour venir ici.
Mariane rougit de tout son visage brun et répond seule-ment :
— Ah !… est-ce vrai ?…
Le télégraphiste Baardsen venait constamment à la tuile-rie, le malade n’avait rien là contre et, de son côté, Baardsen ne s’en lassait pas. Il apportait son violoncelle et jouait un peu, il parlait rarement et se taisait sagement ; sans lui, le lieutenant eût été privé durant ses derniers jours de la socié-té d’un homme attentionné. Baardsen tenait le malade au courant de l’endroit où Jeune Willatz se trouvait vraisembla-blement à chaque moment et le lieutenant lui en était recon-naissant. Il gisait là, gris et épuisé, et attendait son fils, ses yeux avaient déjà dans leur expression quelque chose de
– 322 – tourné vers l’intérieur, ses tempes s’étaient renfoncées… c’était la manière de travailler de la mort.
— Attends un peu, Mariane, dit Baardsen, un jour qu’il entrait à la tuilerie. Et de la sorte il put dire au malade que Mariane était là dehors.
— Comment cette enfant peut-elle venir ici tous les jours ! dit-il. Faites-la entrer !
— Je dois bientôt partir pour Christiania, lui annonce Mariane, et je ne sais pas si vous serez guéri à ce moment-là.
— Bien, et alors tu viens pour dire adieu. C’est gentil de ta part. Ton père a beaucoup à faire ?
— Oui. Il attend un nouveau bateau de seigle.
— Salue-le !
Au même moment, la porte s’ouvre et le médecin de dis-trict Muus fait son entrée. Il n’avait pas frappé pour ne pas troubler le malade, mais quand il fut entré tout à fait, il ôta tout aussitôt son pardessus et toussota bruyamment, avec autorité.
— J’apprends que vous êtes malade, dit le docteur, et il voulait prendre le pouls du lieutenant. Comme le malade s’y refusait, le docteur continua et s’arma d’une grande assu-rance.
— Ce n’est plus l’heure des bêtises. Cette fois, il vous faut plier devant moi.
Certes, l’homme faisait son devoir, et même davantage, et c’était vraiment très aimable de sa part ; mais le lieutenant n’avait jamais pu plier et il était sans doute trop vieux main-
– 323 – tenant pour l’apprendre. Des yeux il chercha de l’aide et il appela Baardsen à son secours.
— Mettez-le dehors ! dit-il.
— Je dois vous mettre dehors, dit le télégraphiste Baardsen. Ah ! le télégraphiste Baardsen chaloupait terrible-ment des épaules et il enleva presque le docteur du sol en lui passant son pardessus.
* * *
Et Jeune Willatz ne venait pas et les jours passaient. Le bateau-courrier approchait, mais il approchait trop lente-ment et le lieutenant n’avait certes plus sa grande volonté, non, c’était surtout elle que la mort avait grignotée.
— Pour le cas, dit-il, où je mourrais aujourd’hui ou de-main… on ne peut jamais savoir… j’ai une commission pour mon fils. Il viendra de Trondhjem quelques portraits de fa-mille… de ma femme et de moi… ils ne sont pas bons, mais il faut les accrocher… parmi les autres. Voulez-vous lui dire cela ?
— Ce sera fait !
— Et au printemps, il viendra un orgue… un petit orgue pour l’église. Il s’est trouvé retardé… c’est sa mère qui me l’avait demandé. Il pourra faire agrandir le fond de l’église… trente pieds suffiront… et construire une tribune pour l’orgue. Il viendra de la charpente de Namsen. Ainsi il y aura un orgue…
Claire volonté jusqu’à la fin, volonté vermeille !
Le jour suivant, il fallut nécessairement que le pasteur Lassen, lui aussi, vînt pour faire son devoir. Il était midi et un
– 324 – beau soleil d’hiver brillait dans la chambre du lieutenant quand le pasteur entra.
Mais, à sa vue, le malade sourit. Cet homme qui était dé-jà dans les griffes de la mort tordit sa bouche en un sourire de biais, et ensuite ferma les yeux. Il ne les rouvrit plus.
Le télégraphiste Baardsen ferma la tuilerie.
* * *
Quand Jeune Willatz, deux jours plus tard, arriva à toute vapeur vers Segelfoss, le domaine, la maison de Holmengraa et le quai avaient leurs pavillons en berne ; il comprit tout de suite ce qui était arrivé.
C’était si extraordinaire, encore plus étrange que lorsque sa mère était morte. Rien ne paraissait être différent d’autrefois, mais tout était étrangement autre : il passait jus-tement devant le hangar à bateaux derrière la pointe, celui dont « Per à la boutique » avait fait une salle de danse, le hangar était encore là, mais il était repeint et bien entretenu ; quand il entra dans la baie, il entendit le murmure du moulin. Au quai, sous le treuil, il y avait un grand bateau de la Mer Noire qui déchargeait du seigle, les matelots circulaient sur le pont et vaquaient à leurs occupations. Partout la vie, les hommes, le monde, mais les pavillons étaient en berne et son père était mort. Et lui-même, Jeune Willatz, se tenait là, le regard tourné vers la terre ferme, il avait espéré arriver à temps. Il était grand, c’était un homme fait et même il avait des boutons d’or à son gilet. Peu à peu, il devenait distrait, il voyait tout, mais ne pouvait rien retenir. Il se rappela qu’il apportait un salut pour son père, de la part de Fredrik Colde-vin qui n’avait pas le temps de faire une visite à Segelfoss maintenant, mais qui viendrait en été.
– 325 –
Sur la jetée se présentèrent Martin le valet et Pauline, M. Holmengraa vint et tendit la main à Jeune Willatz, Ma-dame Rasch, qui était autrefois Demoiselle Salvesen, avait le bord des yeux tout rouge. Là-bas, très loin, Mariane était de-bout, les mains croisées, et le regardait.
Quand il arriva à la tuilerie, le télégraphiste Baardsen faisait les cent pas en l’attendant. Ils entrèrent dans la chambre, une grande pièce claire avec des meubles et des tableaux ; ils entrèrent dans la seconde grande pièce, là gi-sait le père, habillé et paré, maigre, arabiquement mort. Un manteau militaire était étendu sur le corps, Baardsen l’avait mis là parce que c’était sa place. Ainsi donc le lieutenant eut une dernière fois l’emploi du coûteux manteau.
Le télégraphiste Baardsen sortit et Jeune Willatz resta seul. Il avait entendu un rapport sur les derniers jours de son père, il avait reçu sa lettre et l’avait lue. Certainement, il dé-gagerait le domaine hypothéqué, l’argent se trouvait à tel et tel endroit, Dieu merci, son père avait tout le temps été riche ! Si seulement il lui avait été donné de le saluer une fois de plus et d’entendre un mot de lui ! Voyez, Jeune Willatz était assis là et il avait même des boutons d’or à son gilet. Ces boutons d’or c’était son père qui les avait achetés pour lui dans son voyage d’Angleterre et lui en avait fait cadeau, et il les avait mis aujourd’hui pour faire une joie à son père.
Il sortit. De la rivière, un murmure descendait vers lui : on déchargeait du seigle du grand bateau de la Mer Noire. On voyait Mariane monter seule la côte sur la route qui me-nait chez elle.
FIN
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Vous avez terminé Enfants de l'époque
Knut Hamsun
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