La contrée osbcure
La Contrée obscure
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 14 parties.
coup de lance un homme qui ne peut pas tenir debout. Ils
appartiennent à une race plus faible. Le mystère, c’est pourquoi ils
ont été créés.
Il s’approche d’un brave et lui enfonce le bout de sa botte dans les
côtes.
— À quoi sers-tu ? demande-t-il. De quel plan fais-tu partie ?
Pourquoi ne pas avoir créé un meilleur âne ou un meilleur cochon,
quelque chose de plus utile ?
Ortiz ne traduit pas. Il cherche d’autres nageurs, d’autres ombres
en approche, il s’assure qu’ils atteignent la berge sans être tués.
La nuit la plus longue pour ces nageurs. Une épreuve pour
prouver de quoi ils sont faits. Dix-huit heures à nager dans l’eau
froide. Alors que le ciel pâlit, d’autres emploient leurs dernières
forces pour se rendre et éviter la noyade.
Sur des centaines d’hommes, seuls douze surnagent encore,
principalement des chefs. On aperçoit leur visage depuis la berge.
Ortiz les appelle par leurs noms, aidé de ses interprètes. Il leur dit
qu’il est inutile de se noyer.
— Envoyez les esclaves d’Urriparacoxi, ordonne de Soto. Ils sont
plus puissants. Ils pourront les traîner à terre. J’ai besoin d’aller
dormir. Comme pour le reste, ils mettent toujours trop de temps à
tout faire.
Ces hommes plus robustes nagent donc jusqu’au centre du lac et
empoignent les chefs par les cheveux pour les tirer vers la rive. Des
gerbes d’eau tandis que les hommes se débattent et essaient de se
défendre, mais ils sont trop a aiblis.
Le dernier à sortir du lac est le chef d’Uriutina, qui les avait
accueillis en ami dans son joli village. Il échappe aux hommes
d’Urriparacoxi mais des hommes d’Uzachile nissent par le tirer de
l’eau.
Quand ils le portent sur la terre ferme, Ortiz et les autres
Espagnols l’attendent.
— C’est toi qui as tenu le plus longtemps, mon frère, lui dit Ortiz.
Si les dieux ou les esprits existaient, ils te récompenseraient, mais ils
n’existent pas. Tout ce que tu as gagné, c’est d’avoir froid. Rien
d’autre pour prouver ta bravoure.
— Envoie un message à mon peuple, demande le chef. Dis-leur de
ne pas s’inquiéter. J’ai agi comme un chef. J’ai été le dernier à
lutter. J’ai nagé dans un lac, pas pour échapper à la mort, mais pour
encourager les autres, et je n’ai pas abandonné avant d’y être
encouragé par les amis d’Uzachile. Je veux simplement que mon
peuple garde ses distances. C’est ça, mon message. Vous êtes des
démons. On ne peut pas vous combattre et il ne faut pas vous aider.
Ils doivent garder leurs distances et ne pas s’inquiéter pour moi. Si
je meurs, ce sera en brave.
— Pourquoi enverrions-nous un tel message ? s’interroge Añasco.
C’est plutôt sa tête qu’on devrait envoyer en guise de message.
— On transmettra son message, déclare Ortiz.
— Peu importe, intervient de Soto. Est-ce qu’on cherche à savoir
ce que se disent les cochons quand ils grognent ? Envoyez son
message s’il y tient tant que ça. Ce n’est qu’un divertissement pour
nous.
Le chef est relevé brutalement, ses mains ligotées dans son dos,
comme les autres.
— Combien ? demande de Soto.
— Presque trois cents, répond Moscoso.
— Vasco a manqué sa chance. Je suis heureux de le savoir. Si
notre jeune et valeureux Añasco possède un jour quelque chose, une
petite porcherie peut-être, ou une mine de cailloux, il pourra en
mettre quelques-uns au travail.
Les nouveaux esclaves sont regroupés à Napituca, on leur donne à
boire et à manger, puis tout le monde s’écroule de sommeil, à
l’exception des pauvres sentinelles.
De Soto rêve d’hommes tournoyant à la surface de l’eau, étranges
disques de chair en ammés, et il patauge lui-même dans cette eau,
mais il n’a pas froid. Le lac se change en une longue rivière, sur
laquelle il ottera pour l’éternité. Il se réveille, songe à tout ce que
cela peut signi er, puis se rendort.
Le lendemain matin, il décide de partager les esclaves entre ses
hommes. Ils utilisent la plaine où les cadavres des indigènes gisent
encore, sans tombes, mangés par les oiseaux, certains dévorés et
leurs membres dispersés dans la nuit par des créatures plus grosses.
La plaine est un bon endroit car le soleil y est ardent et les indigènes
sont obligés de patienter, ligotés sous la chaleur, en attendant d’être
répartis.
De Soto en donne la majeure partie à ses o ciers, bien sûr, mais
il y a tant d’esclaves, presque trois cents, qu’il peut en céder aux
grades inférieurs, à tous sauf aux simples soldats.
— Regarde, ils ne se plaignent pas, dit de Soto à Moscoso. Ils
savent qu’ils sont vaincus.
Le soleil est désormais à son zénith, les mouches en vol
frénétique. De Soto sent l’odeur des cadavres.
— C’est l’heure d’aller manger, décrète-t-il en n. Ramenez tout le
monde au village.
Les Espagnols et les interprètes s’asseyent à l’ombre pendant que
les premiers esclaves de l’expédition leur servent à boire et à
manger. De larges tables construites par les Espagnols, si curieuses
dans les maisons rondes. Les nouveaux esclaves sont enchaînés,
d’autres ligotés avec de simples cordes. Moscoso fortement critiqué
d’avoir ordonné à ses hommes de jeter le métal dans une fosse. Ils
ont besoin de chaînes supplémentaires, à présent.
De Soto est assis en bout de table, visiblement ravi, tout se
déroule à merveille. Il fait venir la demi-douzaine de chefs à
proximité.
— Mes amis, commence-t-il, et Ortiz traduit. Je vais vous faire
retirer vos chaînes. Vos actes n’étaient pas très ré échis, vous lancer
ainsi dans une bataille que vous ne pouviez pas remporter. Mais je
vous pardonne. Nous pouvons faire la paix et combattre ensemble
les Apalachee. Fini, les mauvais tours. Considérez-vous comme des
enfants, et moi comme votre père. Si vous vous comportez bien,
vous serez récompensés.
Ses hommes leur retirent les chaînes. Les chefs se tiennent là,
impassibles et muets.
— Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous avez été créés,
continue de Soto. Mais venez boire et manger, soyez mes invités.
Un chef fait un pas en avant et écarte les bras, comme deux ailes.
Il serre les poings, le visage furieux. Il les agite d’un côté et de
l’autre.
De Soto applaudit.
— Une danse ! Charmant. Un divertissement vieux de plusieurs
millénaires, ce que nos propres ancêtres ont sûrement fait avant de
savoir faire autre chose, avant qu’ils ne sachent bâtir, ou écrire, ou
même parler.
— Ce n’est pas une danse, dit Ortiz.
Le chef s’agite férocement d’un côté, de l’autre, puis replie ses
ailes, poings à ses épaules.
— Mais bien sûr que si, insiste de Soto. Une danse d’oiseau. Nous
serons de grands guerriers, si nous pouvons nous battre comme des
pigeons.
Les soldats rient.
Le chef remue avec une telle violence qu’il émet un craquement, il
écarte à nouveau les bras et recommence.
— Il rassemble ses forces, dit Ortiz.
Et c’est comme s’il s’envolait vraiment, aux yeux des hommes
rassemblés. Il bondit sur de Soto à une vitesse incroyable, comble la
distance qui le sépare de là avant qu’on l’ait vu bouger, il est
brusquement sur l’Espagnol, une main sur sa gorge. De Soto s’envole
aussi, tombe à la renverse de sa chaise. L’autre main du chef est
levée, son poing cogne comme un grondement de tonnerre, si
soudain et si terrible, il s’écrase sur la bouche de de Soto, du sang et
des dents qui traversent l’air à leur tour, mais ce que les témoins
garderont surtout en mémoire, c’est le rugissement, un son qui
n’aurait jamais pu provenir d’un homme, un refus et une rage nés
d’une source bien plus ancestrale.
Tout se produit si vite, personne n’a bougé. Le chef serre à présent
la gorge à mains nues, et il faut un moment aux gardes pour
comprendre ce qui est en train de se passer, pour dégainer leur épée.
L’un frappe le chef au anc, et Ortiz entend l’air qui s’échappe
soudain de ses poumons, l’écume ensanglantée. Un autre coup de
lame dans son dos, ouvrant une tranchée d’abord blanche, une
zébrure plus claire parmi ses tatouages noirs, et un soldat le frappe à
l’autre anc. Le chef est déjà mort ou agonisant, mais ses mains sont
toujours serrées autour du cou de de Soto.
Tous semblent soudain s’éveiller. Chaque homme ligoté se
redresse et on dirait vraiment une danse, chorégraphiée à la
perfection. Ils tendent les bras vers la cible la plus proche. Lancer un
bol de soupe brûlante au visage d’un Espagnol et, pendant qu’il
hurle, passer les chaînes autour de son cou et tirer en arrière. Une
bûche incandescente prise dans le feu et enfoncée dans le anc d’un
Espagnol, une épée tombée, récupérée et brandie. Les chaînes elles-
mêmes, les meilleures armes.
Les maîtres sont battus. Jetés à terre par des massues, des bâtons,
des chaises et des chaînes, puis roués de coups jusqu’à devenir
méconnaissables. Mais ils sont si nombreux, et ils sont libres de
leurs mouvements, et ils ont des armes à portée de main, la chance
va forcément tourner.
À coups d’épée, les Espagnols frappent la peau nue, laissant des
entailles profondes, des membres mutilés. Les corps s’ouvrent
brutalement, des couteaux tranchent la chair vivante.
Ortiz s’e orce de protéger ses interprètes et les autres captifs, les
fait reculer dans une maison ronde et se poste devant la porte pour
en défendre l’entrée. Mais il ressemble à l’un d’entre eux. Un de ses
compatriotes abat son épée vers lui, et le voilà à combattre les siens.
D’un coup de pied, il jette l’homme à terre et lui hurle d’observer
attentivement son visage.
Les hommes ancestraux essaient simplement de survivre, à
présent. Un brave empoigne une lance et défend une réserve de
maïs, hurlant comme s’il était une meute à lui seul. Un groupe de
soldats armés d’épées, mais aucun ne peut rivaliser avec sa lance.
Un proche de de Soto, Diego de Soto, s’approche avec une arbalète
et le brave lance son arme, lui transperce l’épaule et le cloue au sol,
mais pas avant que le carreau ne lui ait atteint le torse. Une peau
foncée et des pennes plus foncées encore, chées dans son sternum.
Il tire sur le carreau à deux mains mais celui-ci ne bouge pas, l’ancre
dé nitivement à ce monde.
Certains Espagnols traînent au centre du village leurs esclaves
recapturés et les remettent aux gardes de de Soto. Mais d’autres
frappent et tuent, une soif de sang frénétique. Hallebardes et piques
et épées et couteaux, un cercle de l’enfer dans lequel nul corps ne
peut rester entier. Les Espagnols hurlant comme des possédés,
poignardant encore et encore, pas seulement les corps mais aussi La
Florida elle-même. Tranchant des bras, et des jambes, et des têtes.
Les mains mutilées encore attachées aux chaînes.
De Soto est toujours inconscient, et Moscoso, Gallegos et Tovar
n’ont rien de meneurs d’hommes, mais Añasco et Lobillo percent des entrailles, tuent autant d’indigènes que possible.
Tous les Espagnols ne participent pas au massacre. Francisco de
Saldana conduit ses esclaves sur la place mais il est soulevé dans les
airs par le col et le pantalon, puis violemment jeté au sol, tête la
première. Si vite qu’il ne peut rien faire. Puis le brave lui saute
dessus, l’écrase encore et encore. Une forme de combat sans âge,
animale aux yeux des Espagnols, comme s’ils a rontaient désormais
des singes. Et quand ils approchent, le brave saisit l’épée de Saldana,
rugit et l’agite d’une manière si étrange, si imprévisible, que la
douzaine d’hommes qui l’encerclent ne peuvent l’abattre. Ils essaient
de le transpercer, mais soudain son épée est là, une créature vivante,
maniée par un être qui n’a rien d’humain. Ils doivent attendre les
hallebardiers qui viennent le frapper et le tailler en pièces à distance
raisonnable si bien que le démon ne peut pas riposter.
Voilà donc l’enfer, songe Ortiz. S’il devait y croire un jour, ce
serait maintenant, tandis que des centaines de créatures
éclaboussent l’air de sang, car comment tout ceci pourrait être
l’œuvre d’êtres humains ? Et comment a-t-il pu en devenir partie
prenante ?
Quand la bataille prend n et que toute résistance cesse, ses
compatriotes tombent plus bas que des démons. Ils font ce qu’il
déteste le plus, ils attachent un homme à un pieu et le suspendent
au-dessus d’un grand brasier au centre du village. Des hurlements de
douleur qui pourraient être les siens, l’odeur de cheveux brûlés et de
chair calcinée mêlée au sang.
Un autre indigène est mené jusqu’à une marmite bouillante et
deux Espagnols lui plongent le visage dans l’eau, le maintiennent
tandis qu’il se débat et bondit comme une araignée, jusqu’à ce qu’il
s’e ondre et cesse de bouger.
Mais surtout, les indigènes ligotés sont alignés dans l’attente
d’être tués. Les Espagnols écartent Ortiz de la porte qu’il protège, ils
traînent dehors ses interprètes et d’autres esclaves qui hurlent. On
ne les dispose cependant pas en rangs pour les massacrer. Au lieu de
cela, on les poste face aux ligotés, on leur tend des arcs et des
èches, on leur ordonne de tirer.
Ses interprètes le regardent. Même s’ils sont encore vivants, il n’a
pas pu les protéger, et leur échec est d’autant plus cuisant qu’ils sont
chargés du massacre. Ortiz sait qu’ils se donneront la mort, après
cela. Mais en attendant, ils bandent leurs arcs et criblent leurs frères
de èches.
De Soto revient à lui pendant les exécutions. Il ne s’y oppose pas.
Ses lèvres sont en ées et ensanglantées, il a perdu des dents. Il a le
nez cassé et le visage tumé é. Il semble encore sonné.
— Pendez le chef, parvient-il en n à ordonner. Je veux le voir
suspendu au-dessus de nous par les pieds. Et livrez les autres aux
chiens. N’oubliez pas les chiens.
Les chiens sont lâchés sur ceux qui attendent, ligotés, et les bêtes
arrachent les parties génitales, les ventres, jettent les hommes
hurlants dans la boue et le sang, déchiquètent, grognent, tirent en
arrière, traînant toujours en arrière.
On noue une corde aux pieds du chef de Napituca et on le hisse
au centre du village. Il a déjà été roués de coups, couvert de sang, et
à demi mort. Il ne prononce aucun mot tandis qu’il tourne
lentement dans le vent, dégoulinant.
On conserve les plus jeunes esclaves. Le reste est massacré, ils
n’auront pas de tombes. Rien que des cadavres partout, par
centaines, condamnés à pourrir et à être dévorés. Les Espagnols
rassemblent leurs propres morts et ordonnent aux esclaves de
creuser.
Ils ne partent que le 23 septembre, après plus d’une semaine à
Napituca. De Soto a sou ert plusieurs jours, il ne mange encore que
de la bouillie de maïs, aussi décide-t-il de s’o rir un cadeau de
départ.
— En mémoire de leurs interminables conversations, et du peu de
valeur qu’avaient leurs paroles, je veux qu’on enterre deux d’entre
eux jusqu’au cou, ici, au centre du village, face à face, a n qu’ils
puissent encore bavasser après notre départ.
Les hommes regardent leurs esclaves. Parmi ceux de Napituca, il
ne reste que de très jeunes indigènes.
— Ce ne sont que des enfants, dit Moscoso.
— Deux d’entre eux, insiste de Soto.
Les autres indigènes creusent deux fosses au centre du village,
sous le chef suspendu. Moscoso choisit deux garçons qui paraissent
plus grands que les autres, sinon plus âgés.
Ils ont les mains attachées dans le dos et, alors qu’on les conduits
aux fosses, ils sautent et hurlent et donnent des coups de pieds. Ils
doivent être maintenus en place tandis que la terre comble peu à
peu l’espace autour d’eux, jusqu’à ce qu’elle atteigne leur taille et
qu’ils ne puissent plus s’échapper. Les gardes reculent et observent
la terre monter lentement jusqu’à leur torse, puis leur cou. Les
garçons ne crient plus, désormais. Ils essaient simplement de
respirer sous le poids étou ant de la terre.
— Dites-moi, je vous prie, commence de Soto, ce qu’aimerait
votre peuple. Comment pouvons-nous vous être utiles ?
Ortiz ne traduit pas.
— Demande-leur, ordonne de Soto.
— Non.
— Et pourquoi ?
— Quand tu seras à l’agonie, je compte bien te traduire tout ce
qu’ils te diront, alors j’économise mon sou e jusque-là.
De Soto fait mine de âner sans regarder, trébuche sur un des
jeunes indigènes et se rattrape juste à temps. Ses hommes rient.
— Oups, dit-il avant d’asséner un autre petit coup de pied à la
tête. En ammez leurs cheveux, a n qu’on puisse mieux les voir et
éviter que quelqu’un d’autre ne trébuche.
De petits bâtons sont enfoncés dans les charbons ardents des
brasiers jusqu’à ce qu’ils s’embrasent, puis apportés devant les deux
garçons. Ils ont les cheveux longs, sans doute recouverts de graisse
car ils s’en amment aussitôt, un garçon commence à hurler, puis l’autre, leurs poumons compressés ne leur laissant émettre que des
cris éraillés, deux visages face à face, tordus de douleur.
— Les frères d’Ortiz ! s’écrie de Soto. Des bougies humaines,
comme lui. Des phares pour nous guider tous dans la nuit !
Les hommes s’escla ent tandis que les deux bougies se
consument. La chair est rouge et noire, elle cloque et dégouline, les
visages déformés, et plus que des gémissements rauques.
— Salez-les, ordonne de Soto. Pour qu’ils puissent bien tout sentir.
Ses hommes reviennent quelques instants plus tard avec du sel
qu’ils saupoudrent sur la tête des garçons. De nouveaux cris de
douleur, étou és par le manque d’air.
— On devrait les tuer pour abréger leurs sou rances, dit Ortiz.
— Non, non, rétorque de Soto. N’interrompons pas cette
importante conversation.
Et l’armée part, abandonnant les deux garçons enterrés vivants.
Ils marchent jusqu’à une rivière. Une épaisse forêt sur chaque rive,
les guides et les interprètes ne connaissent pas d’autre chemin.
— Ils disent qu’il faut traverser, indique Ortiz à de Soto.
De Soto déteste cette forêt qui tient davantage d’un marécage, de
la mousse blanche et verte qui pend des arbres, des lianes, des
fougères et une végétation dense, des serpents, de l’eau sombre.
Impossible d’en connaître la profondeur avant de s’y être aventuré.
Des messagers d’Uzachile avancent sur la berge avec plusieurs
cerfs fraîchement abattus. Ils les portent sur leur dos, ayant accroché
les pattes de l’animal devant leur torse.
De Soto applaudit.
— De la viande de cerf !
Dans tous les concours culinaires, ils ont rarement eu de venaison.
Ils n’ont jamais pu trouver de cerfs dans les endroits qu’ils
traversaient. C’est sa viande préférée. Surtout le cœur et le foie.
— Qu’on apporte des châtaignes ! hurle-t-il.
Puis il se souvient de sa bouche, combien mâcher lui est encore
douloureux, et il regrette de n’avoir pas in igé davantage de sévices
au chef de Napituca.
— Le démon qui m’a attaqué. Vous auriez dû le garder en vie, me
laisser lui faire subir une mort plus lente.
Personne ne répond. Les messagers laissent tomber les cerfs et
s’éclipsent aussitôt.
De Soto s’approche de l’eau avec ses gardes, ses o ciers dans son
sillage. La terre n’est pas submergée mais la berge est pentue, une
roche calcaire, jaune et blanche. Il sera extrêmement di cile de
faire descendre les chevaux et le matériel pour les faire remonter
ensuite sur la rive d’en face.
— Encore un cadeau de La Florida, commente de Soto.
Des èches, soudain, qui fendent l’eau ou se plantent dans le sol à
ses pieds. De Soto fait un bond en arrière et bat en retraite derrière
les arbres, ses hommes l’imitent.
Des cris de guerre haut perchés de l’autre côté de la rivière, des
indigènes brandissant leurs arcs et leurs massues, à demi dissimulés
dans la forêt.
— Dois-je faire tirer les arbalétriers ? demande Moscoso.
— Trop loin, répond de Soto. Ce serait du gâchis.
— Ils crient quelque chose, intervient Ortiz.
— Le contraire m’aurait étonné, lâche de Soto.
Ortiz s’entretient avec ses interprètes, s’approche de la rivière,
puis revient.
— Ils nous traitent encore de voleurs, on s’invite là où l’on n’est
pas chez nous, ils savent qu’il nous faut un pont. Ils disent qu’ils
refusent de le construire.
De Soto s’escla e.
— Et c’est censé me surprendre ? Envoie une réponse, dis-leur que
le soleil s’est levé ce matin et qu’on voit très bien, ce qui est très
étonnant.
Ortiz attend.
— Eh bien ? demande de Soto.
Ortiz retourne au bord de l’eau avec ses interprètes pour crier le
message.
Mais Bruto est encore plus impatient que de Soto. Constatant
l’inaction et la lâcheté des hommes dissimulés entre les arbres, il
s’arrache à l’homme qui le tient en laisse. Il bondit du haut de la
berge, déploie à nouveau ses ailes pour s’envoler comme un chien-
aigle, puis tombe lourdement dans l’eau sombre. Il nage, sa tête
volontaire hors des ots, il traverse pour attaquer.
De Soto est désemparé. Posté sur la rive, ne craignant plus les
èches, il hurle :
— Bruto ! Bruto ! Venga ! Au pied !
Mais Bruto refuse de se laisser convaincre. Comme Amadis, épuisé
et blessé après avoir tué Daganel et Galain, après avoir défait une
armée tout entière, après avoir refusé de retarder son combat contre
l’infâme Roi Abies, feignant d’être frais et dispo, le vaillant Bruto se
montre impatient de traverser les ots et de goûter aux entrejambes
indigènes, il ne se laissera pas amadouer par ceux qui l’aiment.
Bruto est amateur d’Amadis mais il se désintéresse des damoiselles,
aussi vertueuses soient-elles, et leur préfère un élément trop absent,
juge-t-il, de cette narration curieusement dépourvue d’odeurs : un
cul d’indigène couvert d’un simple pagne qui otte au vent comme
une bannière annonçant la bataille.
Les indigènes rient, ils ne tirent pas tous en même temps, ils
n’envoient qu’une ou deux èches à la fois. Les deux premières
manquent leur cible et tombent à l’eau, mais une troisième vient se
cher dans le dos de Bruto et se dresse là, comme une balise
emplumée. Les Espagnols inquiets, de puissantes lamentations, les
plus intenses émises par de Soto.
Bruto ne fait pas demi-tour, il n’hésite pas. Les blessures mortelles
ne signi ent rien pour lui. Il aire ici toutes les odeurs qui le
ravissent : magnolia âcre, fumée, eau croupie, sueur d’humains, et
surtout, la plus attirante, celle qu’il adore plus que tout. Il ne peut
vivre sans cet amour. Il traverse la rivière, rapide et impatient,
jusqu’à ce qu’une nouvelle èche lui pousse soudain sur la tête.
— Bruto ! hurle de Soto.
Le vaillant Bruto atteint l’autre rive. Ils lui accordent au moins
cela. Mais il s’e ondre, le dos criblé de èches, et ne se relèvera plus jamais.
De Soto se sent perdu. Ses gardes le tirent en arrière, à l’abri des
arbres, et il porte le deuil de son plus valeureux combattant, le seul
chevalier capable de vaincre des armées entières.
— Nous avons perdu notre meilleur élément aujourd’hui, dit-il, et
les hommes acquiescent.
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AU campement, le garçon entend son frère courir dans la forêt, il le
voit apparaître entre les arbres, courant à toutes jambes, e rayé.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? s’écrie-t-il. Tu ne t’enfuies jamais
devant rien.
Son frère est hors d’haleine, il s’a ale devant le foyer et doit se
reposer un instant avant de pouvoir parler. Il est trempé de sueur et
tremble.
— Le peuple loup arrive pour jouer à la balle avec nous.
— Je ne sais pas encore jouer, dit le garçon. Mon père m’en a
parlé mais ne m’a jamais montré. Tu es arrivé et tu as tout changé.
J’étais censé apprendre bientôt.
— Mais ça signi e qu’ils viennent nous tuer.
Le garçon éprouve une terreur soudaine et su ocante.
— Il faut fuir.
— Non, lâche l’Enfant Sauvage. Je sais ce qu’on peut faire.
Après qu’il s’est reposé, ils se mettent à courir en un large cercle
autour de la hutte, à travers le maïs, la forêt, jusqu’à la rivière. Un
étrange trajet que l’Enfant Sauvage semble connaître d’instinct, qu’il
peut suivre même si le garçon ne voit d’abord rien de particulier.
Mais à mesure qu’ils courent en rond, il distingue le sol battu et le
maïs cassé sous leurs pas, et il peut alors suivre seul le sentier.
Dans la direction par où les loups arriveront se trouve une étroite
percée au milieu de la végétation. Ils l’enjambent à chaque passage,
ils ne laissent pas leurs pieds marquer le sol à cet endroit.
— Qu’avons-nous fait ? demande le garçon.
— Tu verras.
— Il en sera toujours ainsi. Je ne saurai jamais ce que tu
m’obliges à faire, avant qu’il ne soit trop tard.
Mais son frère ne l’écoute pas, comme d’habitude. Il s’éloigne déjà
dans la forêt.
— Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? demande le garçon.
— On doit fabriquer des èches, crie son frère par-dessus son
épaule. Et deux arcs.
Le garçon le suit vers le marécage, descendant d’un pas rapide la
forêt pentue.
— Dans le peuple loup, ils sont grands ?
— Plus grands que nous, répond l’Enfant Sauvage. Et ils peuvent
changer de forme. Leur visage peut s’allonger en museau pourvu de
crocs, ou rétrécir pour reprendre une apparence humaine. Ils
peuvent marcher debout comme nous ou courir à quatre pattes.
Leurs bras et leurs jambes peuvent s’étirer.
Tout ce que le garçon craignait au sujet des loups était bien loin
de la réalité. Ils sont pires qu’il ne l’imaginait.
— Et ils sont si nombreux que je n’ai pas pu les compter, ajoute
l’Enfant Sauvage. Une grotte s’enfonçait au plus profond de la
montagne, qui sait combien ils sont.
— Pourquoi est-ce qu’on reste, alors ? demande le garçon. Ils vont
nous mettre en pièces, ils sont peut-être des centaines. On n’a
aucune chance.
— On va fabriquer des èches.
Le marécage apparaît entre les arbres en contrebas, un lieu où le
garçon n’a pas envie de retourner. L’eau sombre couverte d’une
végétation gluante, l’odeur de pourriture, et ils doivent encore
patauger pour trouver les bons roseaux. Le garçon se sent à demi
enfoui dans le monde, son champ de vision rétréci. Les loups
pourraient surgir de tous côtés et les piéger ici.
Mais son frère l’oblige à cueillir d’épais roseaux, le plus bas
possible, plongeant son couteau dans l’eau pour couper les tubes
creux. Pas seulement huit, cette fois, mais beaucoup plus, autant
qu’ils peuvent en porter. De petits oiseaux les observent, se
balançant sur les roseaux les plus chétifs. Des libellules en vol
rasant, leurs couleurs chatoyantes, bleu et vert et même rouge. Le
garçon songe aux yeux des loups.
Des sangsues qui lui grimpent sur les jambes, il le sait, bien qu’il
ne les sente pas encore. Chose curieuse, qu’on puisse vous pomper le
sang sans se faire remarquer.
— Il vaudrait mieux fuir, dit le garçon, mais son frère aîné ne
répond pas.
Ils coupent des roseaux jusqu’à ne plus pouvoir en porter, ils
doivent en abandonner sur la berge. Ils retirent les sangsues
accrochées à leur peau, lentement, prudemment, les dents invisibles en mouvement, cherchant à s’attacher encore, tous les êtres autour
d’eux a amés.
Les roseaux, encombrants mais légers, et l’air limpide, la forêt
claire tandis qu’ils retournent au campement. Le garçon se sent à
découvert.
— Comment sais-tu que les loups ne sont pas en train d’approcher
à l’instant même ?
— Ils mettront du temps, dit l’Enfant Sauvage. Deux jours, je
pense. Car ils sont trop prudents. Ils n’ont pas l’habitude de traquer
quelque chose qui met à pro t le temps.
Ils déposent les roseaux contre la hutte, à l’ombre, puis ils
ramassent des pierres pour les pointes de èches, à l’endroit où
Kana’ti les a toujours trouvées, un a eurement de roche noire sur la
crête suivante. Ils taillent les bords jusqu’à ce qu’ils soient ns et
tranchants.
— Il y en a tellement, dit le garçon. On n’aura pas le temps.
— Continue à travailler, dit son frère à mesure que la pénombre
s’installe.
Ils œuvrent ainsi toute la nuit, dorment peu et se lèvent aux
premières lueurs pour travailler encore. Ils n’ont que des épis de
maïs crus à manger. Le garçon se sent épuisé.
— Pas de repos, déclare son frère. Continue.
Il attache des plumes aux tubes et noue les têtes de èches à l’aide
de nes bandes de peau tannée.
À la n de la journée, ils ont fabriqué beaucoup de èches que
l’Enfant Sauvage partage en quatre tas, puis qu’il emporte en quatre endroits di érents en dehors du cercle et qu’il cache dans des
buissons.
— Maintenant, on fabrique nos arcs, dit-il.
De longues branches, jeunes et souples, taillées pour être plus
nes aux extrémités, d’épais boyaux séchés tendus a n de les ployer
correctement. À la nuit tombée, ils ont chacun un arc et leurs pieds
ont creusé un cercle autour de la hutte, et ils ont quatre tas de
èches cachés.
— Nous sommes prêts, dit l’Enfant Sauvage. Tu peux te reposer,
maintenant, dors autant que tu veux. Je te préviendrai quand les
loups arriveront. Mais allonge-toi en dehors du cercle, caché dans la
forêt.
Le garçon sait que son frère ne dort jamais, il sait qu’il peut lui
faire con ance pour rester éveillé, et il se recroqueville près d’un tas
de èches, son arc au anc, et il rêve de sa mère, il s’e ace
lentement de ce monde.
Le garçon se réveille, convaincu qu’il est déjà mort. Comme dans
un rêve, il est détaché de son propre corps. L’Enfant Sauvage lui
murmure, “Ils sont là, mon frère. Tire seulement quand ils seront
pris au piège.” Puis il disparaît dans les bois, vers un autre tas de
èches.
Le garçon distingue la hutte à la lueur de la lune, non loin. Un
monticule irrégulier, la tête de sa mère au sommet qui guette les
loups.
Ils approchent, formes animales tapies, comme une brume au-
dessus du sol, sombres et silencieux. Ils ne communiquent pas, ils savent qu’ils doivent encercler la hutte, en bloquer chaque issue, si
nombreux que le garçon ne peut pas les compter. Certains se
redressent à présent, formes humaines dotées de gri es.
La peur du garçon est un élément impossible à contenir, une
entité qu’ils sentiront forcément. Il se plaque au sol, il sait qu’il est
mort. Son rêve était réel.
D’autres arrivent encore à travers la forêt, se répandent comme
une aque autour de la hutte jusqu’à ce qu’en n, les bois soient
déserts et qu’ils attendent tous, puis l’un d’eux pousse un
grognement et ils bondissent comme un seul corps sur la hutte.
Au même instant, une épaisse broussaille pousse à la limite du
cercle que le garçon et son frère ont creusé en courant. Un
bruissement, des tiges épaisses qui s’élèvent peu à peu en tresses
vers la lune. L’Enfant Sauvage, une sorte de magicien, capable de
ramener des années de croissance à quelques instants. Les loups
s’écrasent contre la végétation mais retombent sur leurs pattes. Ils
l’attaquent à coups de gri es, la poussent avec leurs museaux,
mâchoires claquantes, mais la broussaille est entremêlée, si
compacte et si résistante, et ils sont pris au piège.
Le garçon se lève avec son arc et encoche une èche, il bande son
arme et regarde le projectile voler bas, traverser la broussaille où les
espaces su sent à laisser passer une ne pointe de èche, elle
s’enfonce dans une chair, un loup lâche un cri perçant de douleur.
Le garçon décoche une nouvelle èche qui atteint une cible car les
loups sont si entassés qu’il est impossible de manquer son coup. Ils
hurlent et gémissent, ils se cognent les uns contre les autres, contre la hutte et le mur de broussaille, ils sautent mais jamais assez haut,
ils tentent d’escalader mais retombent, et le garçon décoche èche
après èche, et son frère l’imite.
Une nuit de sang et de tumulte, presque invisible, comme toute
destruction. Le garçon sera présent à chaque grand malheur de ce
monde. Il le sait, désormais. Ce massacre est sa responsabilité.
Il se rend au deuxième tas de èches sans se presser, il sait que
tout ira à la vitesse convenue, qu’il se hâte ou non. Cela ne fait
aucune di érence. Il encoche une nouvelle èche, regarde le roseau
s’envoler, la pierre percer la chair, le sang couler par le tube, le
peuple loup mourir, s’e ondrant les uns sur les autres, eux qui ont
tout perdu, qui crient et s’interpellent sous les cieux, dans la nuit
sans espoir.
Mais en contrebas, le garçon en voit quelques-uns s’échapper par
la trouée que lui et son frère ont laissée, là où ils sautaient à chaque
passage sans creuser la terre, là où rien n’a poussé. Un petit groupe
de loups, qui s’élance dans la forêt en direction du marécage.
Le garçon continue à tuer ceux qui sont pris au piège. Son frère
saura quoi faire des autres, plus tard. Il sait toujours.
Il décoche ses èches jusqu’à ce qu’il ne lui en reste qu’une
poignée, puis il s’approche de la broussaille et de la hutte. Il trouve
son frère près de l’étroit passage.
— Quelques-uns se sont échappés.
— Oui, dit l’Enfant Sauvage.
Une immense masse de loups, gisant dans leur sang. Certains
encore vivants, contournant discrètement la hutte vers les garçons, formes noires pareilles à des ombres, mais les garçons tirent et ceux-
là agonisent à leur tour. Si facile. Ces incarnations de la peur,
réduites au néant.
— Le peuple loup n’a pas de èches, dit le garçon.
— Non.
Les loups blessés rampent ou gisent sur le anc, haletant.
— Il faut qu’on les aide à partir, dit le garçon.
Et il avance avec son couteau de pierre, il tranche des gorges,
prenant garde de toujours approcher par-derrière, de ne pas se faire
mordre, il saisit les grandes têtes à l’épaisse fourrure qu’il craignait
tant, et il abrège leurs sou rances sous les yeux de son frère qui ne
fait rien.
— Il faut aller au marécage, nit par annoncer l’Enfant Sauvage.
Ils se cachent là-bas.
Le garçon abandonne sa tâche sanglante en espérant qu’il n’y en
ait plus aucun à l’agonie. Tant de corps autour de la hutte, trop pour
les compter, et leur odeur est palpable dans l’air. Il est plus facile de
s’en aller.
Il suit son frère dans la forêt qui descend vers le marécage, un
trajet désormais familier dans l’obscurité, mais avant qu’ils aient
atteint l’eau, l’Enfant Sauvage se remet à courir en cercle, tout
autour du marécage, le garçon peine à le suivre, éra é sur son
passage par des branches mortes. Un cercle gigantesque, une longue
distance à parcourir, et l’Enfant Sauvage ne s’arrête jamais, il oblige
son frère à e ectuer plusieurs tours, jusqu’au cœur de la nuit, jusqu’à ce que le garçon arrive à distinguer l’indentation dans la
terre creusée par ses pieds.
Ses jambes se raidissent et se contractent, son corps vidé de ses
forces, et il ignore où se trouvent les loups en cet instant, s’ils sont
encore cachés près du marécage ou s’ils se tapissent dans la forêt,
prêts à attaquer, ou s’ils ont lé en douce depuis longtemps. Cette
course insensée pour faire apparaître une autre barrière de
broussaille semble illogique aux yeux du garçon, car ils n’ont plus
de èches, et la zone est trop vaste.
L’Enfant Sauvage s’arrête en n, le garçon se repose, plié en deux,
hors d’haleine.
— Là-bas, dit l’Enfant Sauvage, et ils sortent du cercle, s’éloignent
du marécage et retournent dans les bois.
À l’endroit où ils ont couru, des ammes jaillissent à présent,
d’abord comme de petites eurs poussant sur le sol piétiné, puis
s’élevant haut, toujours plus haut, s’inclinant vers le marécage, se
consumant en un cercle plus petit, rétrécissant encore. Les
hurlements et les gémissements des loups, puis les plus terribles des
sons tandis qu’ils brûlent et dansent, tordus de douleur dans la nuit.
Le peuple loup est supplicié, massacré, et seul deux ou trois d’entre
eux en réchappent, et tous les loups que nous connaissons
aujourd’hui sont leurs descendants.
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DE SOTO envoie une avant-garde sur des radeaux, puis il traverse la
rivière sur un pont long de trois troncs et large de quatre, et ce jour-
là, il progresse bien à travers plusieurs villages, terminant au village
principal d’Uzachile. L’endroit a été abandonné mais regorge de
nourriture, et pas seulement de maïs, mais aussi de haricots et de
citrouilles.
Dans les concours culinaires, ces citrouilles sont encensées,
meilleures que celles d’Espagne, et les menus connaissent une
nouvelle variante, mais le moral est bas après la mort de Bruto, et
de Soto a toujours mal à la bouche.
— Citrouille et viande de cerf, dit-il. Ce devrait être un repas de
fête.
Il a sur la langue le goût amer de la perte.
Des èches sont tirées cette nuit-là, et au matin, une brève
o ensive.
— Il nous faut des esclaves, dit Moscoso. Nous en avons trop tué à
Napituca. Les hommes se plaignent de devoir puiser de l’eau,
chercher du bois et creuser des latrines.
— Les hommes se plaignent, rétorque de Soto. C’est comme
a rmer que l’air otte au-dessus du sol.
— Ils se plaignent quand même, dit Moscoso.
De Soto envoie des troupes en quête d’esclaves qui, contre toute
attente, reviennent victorieuses avec une centaine de captifs,
hommes et femmes.
Les femmes sont amenées dans les maisons et commence alors le
véritable châtiment, a n de terminer ce qui a été commencé à
Napituca. L’armée tout entière les viole, encore et encore, pendant
que leurs hommes triment dans le campement et les entendent.
— À partir de maintenant, n’importe quel indigène qui croise
notre route devient esclave ou meurt, hurle de Soto au centre du
campement.
Il est juché sur une petite souche qu’on lui a apportée, elle vacille
un peu. Di cile de garder l’équilibre.
— Ils vont payer pour ce qu’ils ont fait à Bruto. Aucun ne doit être
libéré.
Puis il se rend à la maison du chef, où deux femmes lui ont été
réservées. Jeunes et ligotées au sol.
Il se place derrière l’une d’elle et la passe à tabac, lui martèle le
dos et les ancs à coups de poing, de toutes ses forces, une
vengeance contre l’homme qui l’a humilié et lui a cassé les dents.
Ses poings sont douloureux, alors il assène des coups de pied à la
suivante, puis des coups de coude, les lui enfonçant violemment
dans le dos. Il l’entend haleter. Rien de ce qu’il pourra faire ne
su ra. Il les déteste tous, il déteste cet endroit, et il déteste le fait
qu’il n’y ait pas d’or. Pas d’or, nulle part.
Il passe toute la nuit avec ces femmes, émerge de ses cauchemars
pour les punir encore. Il fait tout son possible pour se venger, il entend les cris et les coups dans les autres maisons.
Le lendemain matin, il fait traîner les deux femmes dehors, dans
la boue. Elles ne peuvent plus tenir debout.
— Les chiens, ordonne-t-il, et quatre sont lâchés, pour éventrer et
mettre en pièces et dévorer.
Rien n’est plus satisfaisant que de voir des chiens au travail. Ses
propres mains, incapables de faire autant de dégâts.
Les chiens s’attaquent à d’autres femmes que l’on a battues et
jetées dehors, jusqu’à ce que tous aient été lâchés et nourris.
— Les hommes, dit de Soto. Prenez-en une douzaine et tranchez-
leur les mains.
Les indigènes se montrent d’abord dociles lorsqu’on interrompt
leur labeur et qu’on les mène à un large billot qui pourrait servir de
tabouret. Mais quand l’un d’eux est saisi par deux soldats qui posent
son bras sur le billot, il se met à crier et à se débattre.
Ils utilisent une hachette, pas une hache, si bien qu’ils doivent s’y
reprendre à plusieurs fois pour lui sectionner la main. Juste au-
dessus du poignet. Du sang gicle du moignon. Puis l’autre main de
l’homme est posée. Nouveaux coups de hachette.
Vingt-quatre mains tombent au sol, certaines attachées à un
avant-bras, et les Espagnols qui se chargent de la besogne sont
désormais maculés de sang, le visage et les vêtements. Les indigènes
sont relâchés, une fois leurs mains tranchées. Ils hurlent et s’enfuient
dans la forêt. L’un d’eux s’e ondre sur place.
— Voyons comment ils manient leurs arcs, maintenant, lance
de Soto.
Uzachile n’est plus que sang. Celui des femmes après les chiens,
celui des hommes et de leurs mains. Le centre du village, un bain de
sang.
— Que l’un d’eux attache les mains ensemble pour les suspendre à
un arbre, ordonne de Soto.
Ils quittent le village le 29 septembre. Une forêt facile, de hauts
arbres, et ils campent parmi les pins. De Soto est si furieux qu’il
menace même de tuer l’un des siens, un garçon retourné chercher
une épée oubliée.
Le lendemain, ils découvrent un premier village apalachee, les
gens fuient dans les bois, pris au dépourvu. Les soldats pourchassent
les femmes dans la forêt, et les cavaliers les repoussent en terrain à
découvert. Ils en capturent assez pour une nouvelle nuit. Mais l’une
d’elles empoigne les couilles d’un jeune Espagnol, Herrera, et le fait
tomber à genoux jusqu’à ce que ses camarades viennent le libérer.
Elle est amenée au centre du village et violée par tous les hommes
en guise d’avertissement.
Au-delà du village, ils trouvent une rivière trop profonde pour
être franchie et, de chaque côté, de vastes marécages, et encore
derrière, une épaisse jungle.
— Aucun château n’aura jamais de meilleures défenses, constate
Moscoso.
— Oui, acquiesce de Soto. Demande s’il y a un chemin pour le
contourner.
— Il n’y a plus personne à interroger, rétorque Ortiz.
— Cesse de te rebi er sans arrêt, lâche de Soto. Obéis, c’est tout.
— Il n’y a plus personne à interroger.
— Il y a forcément quelqu’un.
— Non. Les nouvelles femmes sont mortes. Les autres viennent
d’autres territoires ennemis. Ils ne sont jamais venus jusqu’ici.
— Très bien, dit de Soto. Alors faites traverser les hommes.
Les soldats de Moscoso découvrent un étroit sentier qui s’enfonce
dans la végétation dense, juste assez large pour un homme ou deux.
— Ils veulent nous faire passer par ici, dit Añasco. Ils nous
attendent.
— On nous a prévenus, dit Lobillo. Les Apalachees sont organisés.
On va a ronter une véritable armée, pas quelques groupes
désordonnés.
— Hernando a raison à votre sujet, dit Gallegos.
Des fantassins armés de haches et de hachettes avancent les
premiers, dégageant les côtés du chemin. Ils pataugent dans les eaux
sombres du marécage jusqu’à la taille, luttant pour extraire leurs
pieds de la vase à chaque pas. Des èches les accueillent, aussi
brandissent-ils leurs boucliers d’une main sans cesser de couper la
végétation.
— Tout ça pour de l’or, dit Ortiz. Pour de l’or qui, de toute
évidence, n’existe pas.
Ils progressent péniblement la journée entière dans ce marécage
a n de trouver un lieu où franchir la rivière. Ils passent la nuit sur
un sol trempé et sous leurs boucliers car les èches pleuvent
toujours, la pire nuit de toute l’expédition. Des alligators à proximité, des serpents, des araignées, tous les cauchemars
imaginables.
De Soto fait réveiller l’armée plusieurs heures avant l’aube. Ce
n’est pas di cile car la majeure partie des hommes n’a pas trouvé le
sommeil. Aucune conversation, rien que des préparatifs silencieux,
puis ils se mettent en route.
Mais ils font trop de bruit avec leurs armures. Alors qu’ils
atteignent un endroit où un arbre est tombé en travers de la rivière,
des cris de guerre retentissent et des èches si ent. Les Espagnols
ripostent avec leurs arbalètes et leurs arquebuses, puis ils abattent
d’autres arbres, permettant aux soldats armés de hallebardes et
d’épée de passer. Les Apalachees les accueillent avec des massues
dans le marécage suivant.
— Des renforts ! hurle de Soto. Envoyez des renforts
immédiatement !
Les Espagnols ne sont pas à la hauteur des Apalachees, en petits
groupes sur terrain restreint, sans leurs chevaux. Ils sont fauchés et
tombent dans le marécage. Leurs épées et leurs armures, trop
lourdes. Et pour chaque carreau tiré par un arbalétrier, le brave en
face de lui décoche une demi-douzaine de èches.
Mais les Espagnols ne cessent de déferler. De Soto et Moscoso les
envoient jusqu’à ce qu’ils soient assez nombreux pour repousser
l’ennemi, un mur de bouclier et d’épées, de piques et de hallebardes.
Ils marchent toute la journée et passent la nuit dans ce marécage,
allongés de nouveau sur la terre détrempée, craignant les serpents,
les alligators et les èches. Les Apalachees les empêchent de dormir. Ils chantent et jouent du tambour et crient et envoient des èches et
feignent des attaques, chargeant avant de s’éclipser aussitôt.
— C’est ici que Narváez a commencé à se perdre, dit Ortiz. C’est
pour ça qu’il a construit des embarcations et qu’il est parti. Je
comprends maintenant.
— Nous ne sommes pas comme lui, réplique Gallegos.
— Oui, mon frère, acquiesce de Soto. Tu dis vrai. On quittera cet
endroit dès demain soir et on couchera avec leurs femmes.
Au matin, encore un marécage et un étroit sentier. Ils ne peuvent
toujours pas monter à cheval. Les fantassins armés d’une épée
avancent les uns derrière les autres avec leurs boucliers, des èches
pleuvant de chaque côté, et s’ils tombent, blessés, la longue le ne
s’arrête pas pour eux.
L’armée tout entière est contrainte de franchir ce chas d’aiguille,
et quand ils parviennent en n en terrain stable dans la forêt, ils sont
à découvert et aperçoivent des rondins xés à l’horizontale entre les
arbres a n de bloquer le passage des chevaux.
— On nous a prévenus, dit Lobillo. C’est une armée qui sait
combattre, et ils ont de l’expérience. Ils sont au courant qu’on a des
chevaux.
— Retirez simplement les rondins, dit de Soto. Ce qu’ils ne savent
pas, c’est que nous sommes trop nombreux et qu’on ne s’arrêtera
pas. Et on ne perd pas d’hommes, aucun mort. Rien que quelques
blessés. Leurs èches ne font rien.
L’armée poursuit malgré les tirs, ils détachent les rondins jusqu’à
libérer le passage, puis les lanciers montent en selle et peuvent en n s’élancer au galop. La plus curieuse des armes. Elle semble
incongrue, ino ensive, mais elle transfère la puissance redoutable
du cheval, et les braves sont broyés, jetés à terre. Ils fuient ou se
font renverser, impitoyablement piétinés.
La forêt débouche sur des champs de maïs, et quand les soldats
émergent en n d’entre les arbres, le 3 octobre à la mi-journée, ils
pillent tout le maïs avant de continuer leur avancée, transperçant à
coups de lances tous les Apalachees qui croisent leur route. Le soir,
ils atteignent un village brûlé.
— Malin, remarque Moscoso. Ils sont plus malins que les autres.
Mais ils auraient dû brûler le maïs, aussi. Nous a amer serait plus
e cace.
— Tu es de leur côté, maintenant ? lâche de Soto.
Ils installent leur campement à cet endroit et s’y reposent toute la
journée du lendemain, mais la nuit, les èches et les cris et les
chants et les tambours empêchent les hommes de dormir. Un sol
stable, plus sec, mais ils tremblent toujours de peur sous leur
bouclier.
De Soto s’adresse à eux, le lendemain matin.
— Regardez autour de vous, dit-il. Regardez vos frères espagnols.
Aucun de vous n’a été tué, ces derniers jours. Pas un seul. Vous avez
peur, vous ne cessez de parler des terribles Apalachees et de leur
immense armée, mais qui est mort ? Il n’y a qu’eux, qui sont morts.
N’oubliez pas que ce sont des animaux, sur terre pour être massacrés
ou réduits en esclavage, et pour que l’on puisse disposer d’eux
comme bon nous semble. Avez-vous peur des animaux ?
Les hommes, penauds. Ils étaient tous e rayés, mais c’est vrai
qu’ils ne sont pas morts, et le sol est ferme, à présent, et ils ont le
ventre plein. Ils prennent la direction du nord-ouest et très
rapidement, ils aperçoivent des champs de maïs et des potagers,
d’immenses étendues de chaque côté, et des maisons éparpillées çà
et là.
— Vous voyez ! hurle de Soto. Une contrée di érente, peuplée,
riche, et tout est à nous, et où est donc cette grande armée
d’Apalachees ? Nous arpentons leur jardin.
Les hommes cueillent les légumes sur leur passage, rêvent de
louanges aux concours culinaires. Citrouilles et haricots et maïs et
gombo, et d’autres mets encore.
Mais ils nissent pourtant par se heurter à une armée, des
forti cations dressées tout le long de la rivière sur la berge opposée.
Des pieux de formes et de tailles di érentes a n d’entraver le
passage des chevaux, des archers postés derrière.
— C’est du suicide, dit Moscoso. Un terrain à découvert où ils
nous cueilleront avec leurs èches, puis cette rivière à franchir en
guise de douves, ensuite leur barricade, et encore des èches, puis
leurs massues.
Mais de Soto l’ignore.
— Tous ces indigènes ! s’écrie-t-il. Ils mourront ou deviendront
nos esclaves ! Sans exception. Que les fantassins avancent dès
maintenant, piques et hallebardes en première ligne !
Les fantassins se ruent en avant avec leur bouclier, rouges et bleus
éclatants, hurlant de terreur, et les cavaliers attendent derrière. Les Apalachees hurlent aussi, et tirent des èches, mais les boucliers et
les armures sont e caces. Les Espagnols parviennent à franchir le
cours d’eau, ils s’attaquent aux Apalachees et à leur barricade à
coups d’épées tandis que les longues piques et les hallebardes
atteignent leur cible entre les interstices.
Les Apalachees ne battent pas en retraite. Ils mènent un combat
acharné, comme s’il s’agissait de leur unique chance. Ils sont taillés
en pièces et poignardés, mutilés et éventrés et massacrés, et quand
les barricades sont démantelées, les chevaux et les lances entrent en
scène, les balayant avec une facilité qui doit leur paraître
inconcevable.
Le reste de l’armée les piétine, écrasant les morts, le sang
imprégnant la terre, puis les soldats se dirigent vers une autre ville
où ils capturent plusieurs Apalachees et trouvent de la viande de
cerf séchée. Les hommes, fous de joie à cette découverte, comme
s’ils avaient découvert des monceaux d’or, et leur guide le en
douce pendant qu’ils ont le dos tourné.
Le lendemain, le 6 octobre, ils arrivent en n au village principal
des Apalachees, Anhayca. Les indigènes ont fui dans les marécages
environnants.
— Les terribles armées apalachees ! hurle de Soto à l’intention de
ses hommes. Regardez comme ils défendent férocement leur
citadelle ! Tremble, Lobillo ! Tu avais raison de les craindre autant.
Ce village est assez grand pour héberger l’armée entière. Moscoso
est ravi.
— C’était facile, dit-il. Tellement facile. On pourrait passer l’hiver
ici. Il y a tant de maisons, et tant de provisions.
— Oui, dit de Soto. Oui, mon frère. Notre nouveau camp de base.
C’est parfait.
De Soto s’installe dans la maison du chef et ne partage rien. On lui
amène une femme capturée près de la réserve de viande séchée. Il la
fait ligoter et prend son temps. Il con e toute la logistique du
campement à Moscoso.
Les hommes s’e ondrent, peuvent en n se reposer après les
marécages et les batailles. De Soto a rme que les guerriers
apalachees ne valent rien, mais ils savent que c’est faux. Les pires
batailles de l’expédition livrées contre eux, et toujours cette crainte
qu’une armée plus importante encore ne les dé e.
Mais après plusieurs jours, quand aucune armée ne s’est présentée
et qu’ils ont trouvé davantage de cerf et de poisson séché, et tant de
légumes, d’immenses réserves de nourriture, et qu’ils sont installés
confortablement dans les maisons, les hommes savent que la vie sera
plus facile. La seule chose qui manque, c’est l’or. Trouver les
Apalachees, cette grande civilisation redoutée, signi ait aussi
trouver de l’or.
Les Espagnols attaquent d’autres villages voisins pour y prendre
esclaves et provisions. La région est constellée de lacs où les
poissons abondent, bien que certains soient vides, de simples bassins
peu profonds et asséchés. Les hommes en font le tour, songeant à ce
qui a bien pu s’y passer.
De Soto se plante au centre de l’un d’eux avec son escorte.
— On dirait un des ports en eau profonde promis par Añasco, dit-
il. Il devrait y avoir de l’eau mais il n’y en a pas.
— Il y a de l’eau, rétorque Añasco. Tu es sous la surface en ce
moment. Tu es mort. Tu imagines simplement que tu nous parles.
— Encore plus fou qu’Ortiz, lâche de Soto.
— Gracias, dit Ortiz.
— Gracias, répète Lobillo en se moquant de sa prononciation.
— Nous risquons de prendre le même chemin que cette eau,
avance Gallegos. Je n’aime pas rester ici. L’eau ne peut pas tomber
vers le ciel, elle a donc dû être aspirée quelque part sous terre.
— Demande au guide, dit de Soto.
— Il m’a déjà expliqué que les lacs se vident parfois, dit Ortiz.
L’eau se retire très vite. Il y a un lac, et soudain, il n’y en a plus. Le
soleil est leur dieu, c’est donc sans doute un signe que le soleil est
mécontent.
— Le soleil a dû être le premier dieu, partout, commente de Soto.
La forme d’adoration la plus primitive et la plus stupide.
— Il dit que c’est peut-être aussi à cause des deux frères. La
contrée Apalachee est régie par deux frères, un de chaque côté, et
quand ils se disputent et qu’ils en viennent aux mains, ils déchirent
la terre et l’eau s’y engou re.
— C’est peut-être l’or, ironise Añasco. Les grandes quantités d’or
sous la terre, des lons qui s’étirent sur plusieurs lieues et brillent
avec une telle intensité que l’eau brûle.
De Soto est las des commentaires au sujet de l’or.
— Bon, alors où est l’or ? demande Añasco. On est dans
l’Apalachee. On est censés en trouver, comme on aurait dû en
trouver dans les trois derniers villages. Avons-nous traversé l’océan
depuis l’Espagne pour ne dénicher que de la viande séchée ?
De Soto l’ignore et ressort du lac, remonte à la surface, il n’est
plus submergé. Il retourne au campement à cheval, impatient de