La mort est derrière moi
Chapitre XVI
Je quittai Millau dans un accès de décibels mécaniques et de coups de volant intempestifs seulement destinés à me faire oublier que j’avais envie d’entendre sa voix veloutée, de percer ce mystère surgi du néant dans lequel je m’étais débattu si longtemps. Le vert et l’ocre des Causses affleuraient sous le gris d’un ciel plus très printanier, l’océan minéral m’en rappelait un autre, tumultueux et iodé, encore là-bas et pas tout à fait ici. Je traversai Florac, morne bourgade, au ralenti, la faute à un tracteur qui avait décidé de faire du centre-ville son champ de labour. J’étais à une galaxie de l’avenue Vélasquez, sniffais du diesel agricole à pleins tuyaux et pourtant c’est à Lawstein que je pensais. Même si nous y avions déjà répondu, la question reviendrait, ritournelle insidieuse, inexorable, oppressante, agaçant sa mère, dévorant son père mais ce n’étaient pas eux les coupables, ni moi, ni elle, enfin si, un peu. La vraie raison n’était pas celle de ce dernier jour comme je l’avais expliqué aux flics, mais une autre, incompréhensible. Pourquoi avait-elle choisi de travailler au cœur du réacteur déglingué qui n’en finissait plus de faire péter la planète, de broyer hommes et cultures, d’éradiquer la vie pour mieux engraisser le profit ?
J’avais revécu cent fois notre engueulade du Caire sur mon lit d’hôpital, j’en avais eu le temps et l’envie aussi. Aucune de ses réponses ne me satisfaisait, forfanterie, aveuglement, voilà ce que c’était ! Elle s’était cru plus forte que ce système qu’elle pensait modéliser en équations mais dont les tentacules invisibles croissaient toujours, mus par davantage de cerveaux qu’il n’y en a chez une pieuvre, guidés par l’insatiable appétit d’un grand blanc au sortir d’une marée noire, encouragés à chaque instant par des écrans rouges de pouvoir et de voracité. Le combat était perdu d’avance, comment ne l’avais-je pas vu ? Hubris, Némésis et terminus à l’Étoile. Impossible de vaincre le mal quand celui-ci est devenu la norme, quand plus personne ne s’étonne de l’intolérable, moi le premier, jusqu’à sa mort et à ses retombées. Elle ne pouvait pas gagner contre Moloch, c’était écrit, c’était ça le vrai pourquoi, la réponse que j’aurais dû servir aux poulets, à ses parents et aux autres, même si ça n’aurait rien arrangé, et encore moins changé.
Fallait continuer d’avancer, direction les Cévennes et cette étape que j’appréhendais.
Alès déjà et même pas 17 heures, je grappillai un peu d’air à la terrasse d’un café, la température baissait, encore un message à Véronique : « Je serai là d’ici une heure », et un autre, plus avenant, à Bianca. Éviter de lui envoyer un roman ou un bombardement de questions, sembler léger quand j’avais tellement envie d’en savoir plus sur elle, sur la raison de notre rencontre que je ne pensais décidément pas fortuite, trop d’émotions et de courants contradictoires dans la poitrine, je parvins néanmoins à rester neutre, j’entreprenais une supposée Helvète après tout et m’en tins donc aux banalités, ravi de notre rencontre, on se revoit à Londres… L’heure filait, aucun retour, couverture réseau aléatoire à Colognac, j’en avais jusqu’au lendemain avant une hypothétique réponse, la soirée s’annonçait longue, hostile, pensais-je en franchissant la grille, moteur à peine éteint et déjà l’envie de repartir, l’impression assez glauque de recommencer un service funéraire.
Véronique et Bernard fondaient sur moi, leurs maigres sourires ne masquant pas les années qu’ils avaient prises depuis cet après-midi de décembre sur le quai de la gare de Lyon. Je ne savais quoi leur dire, alors je les laissai parler, moins risqué. J’empruntai un épais chandail à Bernard pour le suivre dans le tour de la propriété, le rituel d’arrivée de tous mes séjours ici, mais l’amiral flétrissait, nous abrégeâmes la promenade. Véronique s’affairait en cuisine, je vous ai installé dans la chambre grise, Pierre, vous connaissez le chemin, on se retrouve au salon pour l’apéritif, d’accord ? Évidemment d’accord, j’étais leur otage. L’escalier, premier étage, impossible de ne pas pousser la porte de sa chambre. Le paradis de petite fille avait laissé place à un sanctuaire, un étalage morbide de photos, de cartes postales, de babioles, un cahier et une trousse d’écolière sur son secrétaire, ses peluches et ses poupées alignées sur le lit en une pitoyable procession mortuaire. J’oscillai entre fou rire et nausée, les pauvres, s’ils en étaient là c’est que ça n’allait pas, mais alors pas du tout. Au vu de ce grotesque mausolée, je craignais le pire pour l’urne, où donc allais-je la trouver ? Sur la cheminée du salon, posée au centre de la table de la salle à manger entre un cahier de condoléances et une boîte de mouchoirs en papier, suspendue au-dessus du lit de son père ?
Ils m’attendaient dans leurs fauteuils devant un feu, un large choix d’alcools sur la table basse, des bibelots et des photos rescapés de Férou parsemant la pièce. Il ne se passa pas un quart d’heure avant que je ne pose la question qui risquait de fâcher : où donc était Sofia ? Regards bas, gênés, silence ponctué par le craquement des bûches, moment suspendu, dernières secondes avant la collision, j’avais vu juste, l’ancien marin, terrassé par une vieillesse qui ne l’emmenait pas assez vite vers la mort, s’était emparé de sa fille désormais assignée à résidence dans la chambre paternelle.
Pas besoin de réprimer une quelconque colère, c’était une épaisse pitié qui m’envahissait. Elle était morte et prisonnière des lubies de ses parents qui ne l’avaient jamais beaucoup écoutée, pas même pour ses dernières volontés. Un esclandre n’aurait servi à rien si ce n’est à plomber davantage cet infect début de soirée. J’enfilai donc la panoplie de l’ex-pseudo-gendre compassé, acteur irréprochable de cette funeste comédie, hochant la tête à l’évocation de souvenirs sans surprise, proposant mes services pour la préparation du dîner, m’inquiétant de leurs projets quand je savais par avance qu’ils avoisinaient le néant. L’entrée n’avait aucun intérêt, le gratin de courgettes encore moins, seuls le gigot d’agneau et le saint-honoré sauvèrent le repas, pendant que je descendais à moi seul une des deux bouteilles de Pic-Saint-Loup, drapé dans le pourpre profond du pinard, la tête pleine d’arômes automnaux, l’esprit ailleurs, le plus loin possible de la réalité du moment.
Bernard prit congé dès la fin du repas, pas brillant, je restai seul avec Véronique autour de la grande table de la cuisine.
— Il est vraiment très fatigué, vous savez, je suis inquiète, j’ai peur de le retrouver mort dans son lit chaque matin, à ce train-là je ne lui donne plus longtemps à vivre, on dirait qu’il a perdu sa raison d’être, impossible de le sortir d’ici, je n’ai réussi à m’échapper qu’une fois depuis…
— Et vous, Véronique, comment ça va ?
— Moins mal, c’est clair, mais j’avoue que je lutte aussi, l’hiver a été long, sinistre pour tout vous dire, Bernard dit ne plus jamais vouloir bouger, que la vie s’est arrêtée ce jour de…
— C’est lui qui a réaménagé la chambre de Sofia ?
— Ah, vous avez vu… Oui, c’est lui, contre ma volonté, nous nous sommes disputés des soirées entières à ce sujet, je considère ça macabre mais j’ai fini par abdiquer, il y tenait tant, comme d’avoir l’urne avec lui. J’ai réussi à donner des vêtements à la Croix-Rouge, mais c’est tout, le reste est sanctuarisé, j’évite cette pièce, ça me consterne.
— Je comprends… J’ai réarrangé Férou et le manoir, ça charriait trop de souvenirs, me restent ma mémoire et sa cassette.
— Le fameux coffre aux trésors de ma petite chérie… Y avez-vous découvert quelque chose, le début du commencement de…
— Non, des souvenirs d’enfance et de jeunesse, une vieille lettre pour moi, rien de plus. Sauf un collier dont vous pourriez peut-être m’expliquer la provenance.
— Un collier ? Ça ne me dit rien.
Je sortis mon téléphone. L’écran affichait un numéro inconnu, j’écartai la notification et fouillai dans mes photos. Véronique m’arracha presque l’appareil des mains, regard plissé, remontant le fil de ses voyages passés à ausculter des squelettes.
— Ah oui, ça me revient, Mississippi, 1994, je crois. Je l’ai trouvé dans un charnier d’esclaves près de Natchez, au moins trois cents corps, une révolte matée dans le sang vers 1850. Je suis tombée sur ce collier et, allez savoir pourquoi, je l’ai discrètement mis dans ma trousse à outils, il me plaisait bien. Je l’ai offert à Sofia dès mon retour, elle ne l’a pas quitté de toute son adolescence…
— Et vous savez d’où il vient ?
— Je vous l’ai dit, du Delta, sans doute un collier choctaw, une tribu du coin.
— Jamais entendu parler…
— Normal, vous croyez que tout commence avec les Blancs, là-bas, comme tout le monde, mais ça fait des millénaires que ces terres sont peuplées, cultivées, hantées par l’esprit des chamans. Les Choctaw ont massacré de nombreux explorateurs, redoutables guérilleros, pour ce que j’en sais. Je n’ai pas voulu confier le collier à un quelconque expert, pas envie de me le voir confisquer. Mais ce que je vous raconte n’est peut-être que fausse interprétation, ça pourrait aussi être une parure de Chickasaw, ou bien…
— Chickasaw ?
— La tribu qui s’est emparée du territoire des Choctaw avant de les réduire en esclavage et de les vendre aux planteurs des Caraïbes, au début du XIXe siècle. Rien n’est simple, là-bas.
— J’entends bien, comme à Rome, en Afrique ou chez les Arabes, on vend ses cousins pour sauver ses frères ou ses enfants, rien que de bien humain.
— Le grand brassage, depuis toujours, partout. Vous savez, ce collier peut tout autant provenir d’Afrique ou d’Asie.
— Pardon ?
— Donnez-moi un instant, vous allez voir…
Je descendis deux verres, le temps qu’elle revienne, et en profitai pour lire le texto, c’était Bianca qui me précisait la date de notre rendez-vous londonien. Véronique était de retour, un épais volume dans les mains.
— Regardez, ici, c’est une parure du Dahomey et, là, une autre de Sibérie
probablement du XVe siècle. Oubliez le cuir, concentrez-vous plutôt sur les pierres… La taille est la même, le matériau très similaire, vraisemblablement du silex, comme pour celui de Sofia, et je ne parle pas des symboles, sans doute inspirés par le même esprit, maléfique ou bienveillant, difficile à dire…
Véronique avait raison, les trois bijoux partageaient certainement une même ascendance, par-delà les siècles et des continents. Elle referma le grimoire dans un claquement sourd, j’eus à peine le temps d’en apercevoir le titre, Les Maîtres du désordre, qu’elle était déjà repartie, et revenue. J’esquivai ses questions sur mes projets et montai me coucher, mais le sommeil m’échappa une première fois, je redescendis faire le tour de la maison, plus de lumière à leurs croisées, les chiens s’étaient tus, le village ne respirait presque plus, la nuit non plus, le froid me gagna, je me glissai de nouveau sous le vieil édredon, la chaleur revint.
Mon esprit vagabondait entre rêve et demi-sommeil. Sofia me contemplait, aimante, diaphane, et m’entraîna à travers la maison, succession de pièces vides d’où se déversait une orgie de couleurs insensées, la pendule anglaise trônait dans la cuisine au milieu des vestiges d’un petit banquet, mais combien de convives avions-nous été à ces noces oubliées ? L’escalier encore, les larges marches de pierre et sa chambre, refuge enfin débarrassé de la mise en scène paternelle, le collier tribal posé sur l’oreiller, les murs tendus de toile de Jouy où se devinaient des scènes licencieuses qui émaillèrent cette ultime nuit, ensorcelés à la dopamine, communion d’âmes que rien n’aurait jamais dû séparer, ni les cahots de la vie, ni les hommes et leur folie. Je sentis mes paupières se clore, luttai pour retenir l’instant, en vain. Je me réveillai perdu dans mon lit sans la moindre idée d’où était ici, Bianca lovée contre moi, et me retournai pour la ceindre de mes bras, mais ne rencontrai que le rien du traversin et le retour à la réalité d’un matin que j’aurais espéré déjà lointain. Décamper, vite, sous peine de tourner marteau et pour de bon cette fois.
J’évitai la douche, espérant esquiver mes hôtes, pas de pot, ils étaient déjà debout, en robe de chambre, penchés sur leur café, j’allais encore devoir faire semblant avant de pouvoir m’éclipser, un peu de souvenirs, des promesses déjà caduques et je pus enfin démarrer, laissant leurs silhouettes tassées dans le rétroviseur embué, ma tournée d’adieu s’acheva en direction du Vigan, sourire aux lèvres, Albert King à fond dans l’habitacle grand ouvert. Je ne reviendrais plus, pas la peine d’en douter, il n’y avait qu’à suivre mes rêves et mes mains de conducteur affranchi de ses fers, mû par ce réveil fantasmagorique et l’envie d’elle. J’aurais dû trépigner, proposer de débarquer à Milan, à Bergame ou ailleurs, bref tenter de tordre le réel mais n’en fis rien, j’avais le temps, plus d’attaches et un début de plénitude dans l’âme. Le mauve des champs succédait déjà au jaune renaissant des vallons, je franchis le pont du Gard et filai plein est sans autre dessein que de me couler dans le lacis des routes. Je m’arrêtai dans le Luberon au pied d’un château délabré que le réceptionniste d’un hôtel pouilleux m’indiqua être celui du marquis de Sade.
Assis sur un lit poisseux, des images de douleur et de jouissance plein la tête, tout m’apparut, clair, inéluctable : c’est à Milan que tout s’achèverait avant même d’avoir débuté, un amant, un mari, des loups priapiques, du stupre et de la luxure, qui pouvais-je bien être pour croire qu’elle n’était pas partie là-bas assouvir son appétit de fauve ? Comment pouvais-je avoir la moindre chance de survivre à ma propre absence ? Tout n’était qu’espoir sous respiration artificielle. J’aurais pu continuer des heures, à en perdre le sommeil et la raison, à me barrer au point du jour en laissant quelques billets sur le comptoir, heureusement le téléphone de la piaule sonnait, l’aubergiste s’enquérait d’un possible dîner, je lui répondis whisky, vite, il restait une bouteille au bar, affaire conclue, ça m’éviterait de trop cogiter, on verrait bien de quoi le réveil serait fait, entraves ou liberté.
J’engloutis un café et deux croissants à peine décongelés avant de remettre le contact, abandonnant mes visions orgiaques de la veille dans les draps froissés par ma nuit mouvementée. Pas de nouvelles de l’apparition, pas d’autre option que d’y croire, d’espérer que le soleil se lève enfin, à l’ouest cette fois.
Un SMS de Bianca me surprit à la terrasse d’un rade de bord de route dans les Alpilles, une quinzaine de mots parfaitement neutres, une demande de confirmation de notre rendez-vous londonien et un « portez-vous bien » plus irritant qu’autre chose ; je répondis sur le même mode, détaché, au prix d’un effort dont je ne me savais pas capable, puis parcourus mon répertoire, toujours illuminé par le portrait de Sofia, un sourire breton, un jour d’avant.
Le temps avait passé, pas l’amour ni le souvenir, je décidai de les conserver, hors de question de les effacer, me dis-je en partant, direction la Camargue.
La plage de l’Espiguette, le clapot de la mer, personne en vue, je me baignai nu, m’endormis sur le sable et me réveillai cramoisi une heure plus tard. C’est dans l’eau de notre mer que ça me revint, mon vieux copain Alban n’habitait pas loin, un chaleureux coup de fil me le confirma, rendez-vous pour dîner à Agde. La soirée fut aussi joviale que le trajet pour y parvenir médiocre, succession de stations balnéaires sans âme, posées entre la mer et les étangs, la noire cathédrale de basalte indiquait la fin de l’étape, impossible de rater les foudres annonçant la cave coopérative et sa demeure, j’étais arrivé. On se coucha tard, heureux comme des collégiens devant un flipper, la tête pleine des quatre cents coups qu’on avait faits avec Zeynal que nous avions réveillé au milieu de la nuit pour l’embrasser, potaches.
J’émergeai vers midi, encore imprégné de sa délicieuse crème de pomme, maisonnée déserte mais petit déjeuner pantagruélique et un mot sur la table. Béziers traversé sans m’arrêter, ville hostile qui ne s’appartenait plus, je laissai les remparts de Carcassonne à bâbord et passai la montagne Noire avant de ravitailler à Revel, le plein et deux sandwichs devant la carte ; j’avais tout mon temps avant Londres, aucune envie de repasser par Paris et encore quatre heures de jour devant moi, je dormirais dans le Gers. Ce fut en Lomagne, nuit réparatrice bercée par la voix rêvée de Mlle Immeli, puis direction Agen et l’espoir de trouver des cigares. Astaffort, Bon-Encontre et un panneau indiquant « Château de Chazimbes, armagnac du producteur, vente directe », rien à secouer, je poursuivis mon chemin, le comte ne m’importait plus, ce qu’il représentait non plus ; je laissai la finance, ses affres et ses crimes dans mes rétros, poursuivant ma remontée de la France par l’ouest, m’arrêtant dans des bourgades aux noms millénaires, visitant églises et châteaux séculaires, arpentant ce pays venu du fond des âges. Je dormais dans de vétustes deux étoiles hantés par le glougloutement d’antiques tuyauteries et conversais volontiers avec des inconnus de rencontre, des femmes et des hommes de bonne volonté dont l’authentique gentillesse laissait espérer des vies bien plus pleines de sens et de générosité que la mienne. L’assourdissant silence de Bianca emplissait le reste de mes journées. Elle avait beau m’en avoir averti et moi calmé mes délires initiaux, c’en était tout à fait déroutant. Zigzaguant comme un crabe pris de boisson, j’écourtai mon périple et retrouvai le manoir sous un ciel de schiste, plafond bas, même les chiens s’étaient calfeutrés dans leurs niches. J’étais à la maison sans y être, le temps presque aussi lent qu’à l’hôpital, prisonnier d’un mirage et du vent, un peu perdu, je tournais à vide, confiné dans mes murs de pierre par un printemps aux allures de pluviôse. Je passai des plombes dans le bureau, sémaphore de moi-même quand il n’y avait en fait plus de danger, juste apprendre la patience et farfouiller, creuser, gratter les moindres recoins du Web sans rien trouver sur elle, pas la moindre trace, aucune mention de son négoce, pas de photos, rien qu’une page blanche, étrange…
L’envie d’en savoir plus s’était muée en irrépressible besoin, et je savais qui allait pouvoir m’épauler dans cette enquête, mais Liu Sheng mit des heures à me rappeler, c’est vrai, il y avait une vie d’entreprise là-bas, du corporate et des réunions inutiles, le règne de la machine à café et des ragots, bref je dus patienter jusqu’au soir, la pluie n’en finissait plus de dégringoler et toujours pas l’ombre d’un signal de Bianca. Je le briefai en regardant la nuit tomber, confiant dans son talent de hacker, il dénicherait forcément quelque chose sur elle, enjôleuse, ensorceleuse ou bonimenteuse.
Rien, nada, nib, lui non plus ne trouva rien sur l’objet de mes espoirs, sur le souvenir de Millau, à croire que je l’avais réellement rêvée, seul demeurait notre échange de textos, preuve ténue mais presque irréfutable, Londres approchait, rendez-vous dans deux jours sauf si fin du monde. Seul hic : j’avais oublié l’essentiel, la traversée, les ferries étaient pleins, à se demander quand les gens prenaient donc le temps de travailler. Je finis par obtenir une place, appareillage par le dernier bateau, la veille du jour le plus important du reste de ma vie.
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