L'Art du brodeur
De la Broderie en Guipure.
P broder en guipure, voyez Pl. 4, fig. 1, il faut premiérement poncer & dessiner sur le vélin, le coupon K de l’objet qu’on veut exécuter; quand ce coupon doit être répété plusieurs fois, on attache l’un sur l’autre quatre ou cinq morceaux de vélin, avec de petits tenons de la même matiere, qu’on passe de part en part. On fait ainsi cinq ou six petits livrets pour un habit d’homme, sans compter les pattes, soupattes, coins & colets; ce livret étant posé sur une table de tilleul, on découpe tous les contours & refentes avec un fer
tranchant u, u, Pl. 1, en laissant de temps en temps de petites brides
pour contenir les objets dans leurs éloignements respectifs, voy. Pl.
4, quand on les placera sur l’étoffe. Quand tout le dessin est découpé & évuidé, on arrache les tenons, & cela donne nécessairement 4 ou 5 coupons bien exactement pareils. Quand on en a le nombre suffisant (ce que la taille indique), en observant que les objets tournés à droite, ne peuvent guere servir pour les objets tournés à gauche en retournant le vélin, à cause d’une petite rondeur que le fer lui donne sur les bords en le découpant. Si ce vélin est destiné pour Broderie en or, il a fallu le peindre en safran, & le laisser bien sécher avant de le découper: il y a du vélin de plusieurs épaisseurs. Un bon Découpeur se contente ordinairement de ce talent; il faut qu’il sache un peu dessiner.
Quand le Brodeur a tous ses coupons prêts, il ponce le dessin général sur l’étoffe, en dessine seulement les retraites ou points de rencontre de ses coupons de vélin; il dessine aussi les queues, graines, fleurs, & tout ce qui ne doit pas être exécuté en vélin; ensuite place ses coupons sur la ponçure, suivant que le dessin le
lui indique, voyez Pl. 4, fig. 1, a, l, m, & il les fixera avec des points de soie fine, m, m. Il ne collera pas son vélin, comme font quelques mauvais Ouvriers; l’humidité le déformeroit & le feroit racourcir. Quand tout sera bâti & arrêté, il coupera toutes les brides avec des ciseaux, & les supprimera. Les Ouvrieres recouvrent ensuite ce vélin en travers, d’un ou de deux brins d’or, n, n, roulé sur une broche qu’elles conduisent alternativement de droite à gauche du vélin, en fixant l’or à chaque retour avec un point de soie cirée, le plus près du vélin qu’il est possible, sans pourtant le gêner; de façon que l’épaisseur du vélin & les retours de l’or, cachent absolument le point de soie. Si la partie que l’on guipe est trop large pour être faite d’un seul point, & qu’elle soit divisée en plusieurs refentes comme o, o, l’Ouvriere conduit son or point à point sur toute la largeur de l’objet, en exprimant chaque refente par le point de soie qui coud l’or; puis elle ramene sa broche en sens contraire, les points très-enfoncés & très-près de ceux de la rangée précédente, & ainsi jusqu’à ce que l’objet soit couvert d’or d’un bout à l’autre. On lisere la grosse guipure en cordon ou en milanese, pour dessiner & exprimer davantage les contours, sur-tout quand plusieurs compartiments se jouent les uns sur les autres, ce qui ne se fait cependant que pour les gros ouvrages, comme équipages, ornements d’Eglise, &c. On fait de la guipure sans vélin, sur fil ou sur ligneul; quand on veut faire des morceaux détachés & badinants, on les guipe sur des lames de plomb, pour empêcher que l’humidité ne les racornisse, si elles doivent être exposées à l’air. On guipe en frisure & bouillon à points enfilés & employés l’un après l’autre du même sens du passé,
comme g, g, g, fig. 3, Pl. 4, ce qui donne plus de relief que le passé, fait variété, & est aussi solide. Quelquefois on guipe les tiges, petits tronçons d’arbre, & moulures de compartiments, de quatre ou cinq points de frisure, puis quatre ou cinq points de bouillon alternativement, le sombre de la frisure & le luisant du bouillon font un mélange agréable: il faut pourtant être sobre de ce procédé. Voyez fig. 7.
On guipe en trait & clinquant: cette derniere guipure differe dans son arrangement, en ce que les brins d’or filé & la frisure, doivent être bien exactement rangés à côté les uns des autres sans jamais se croiser ni se recouvrir; le clinquant, en le guipant, doit à chaque