L'Art du brodeur

Charles Germain de Saint-Aubin · Chapitre 15 sur 39

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L'Art du brodeur

De la Broderie en Couchure.

 

L couchure se fait avec de gros or filé, roulé sur une broche, un, deux, & jusqu’à trois brins ensemble, qu’on coud à plat les uns

bien à côté des autres, d’un même point de soie, (voyez Pl. 4, fig. 1, f, f). On en met à côté les unes des autres autant de rangées qu’il en faut pour couvrir telle ou telle surface, comme les fleurs a, e, ou la moulure f, f. La plus grande difficulté de la couchure, est de rendre les retours des rangées d’or imperceptibles comme u, u, u, si la seconde rangée d’or est plus longue que la premiere, & ainsi des autres. Pour exécuter en couchure un objet qui s’alonge en s’élargissant, il faut échapper un seul des trois brins d’or qui sont sur la broche; on l’arrête de quelques points de soie vers le retour, & l’on conserve ainsi le coulant du contour u, u, que les trois brins corromproient. Comme les points de soie de la couchure paroissent beaucoup, on lui donne le nom de la figure que ces points expriment par leur rencontre; ainsi on dit couchure de deux points a, a, en chevron b, b, en écaille, en losange, en serpenteau, &c. On peut varier à l’infini ces rencontres de points dont je donne ici les figures les plus en usage. Quelquefois la couchure se fait à contre-sens de plusieurs points de fil comme h, h, pour lui donner quelques ondulations & varier les luisants de l’or; d’autres fois on recouvre les points de soie f, f, avec de la frisure, ce qui s’appelle couchure à la barre. Quelque soin que l’on prenne en faisant la couchure, les formes & contours sont toujours corrompus; on leur rend leur pureté en les liserant d’un frisé en deux, comme t, t, conduit à la broche & cousu de petits points de soie. On peut diviser la trop grande largeur d’un galon ou compartiment avec du clinquant plissé cousu de soie comme g, g, ou des mosaïques de clinquant plat de différentes formes, ornées de points de frisure, comme l, l. Les queues se font ordinairement en or frisé & couché. Quelquefois on ajoute sur les retours de la couchure des ombres en soie; comme la fleur u, u, ce qui sert en même temps à cacher les retours, & faire jouer les différents objets. D’autres fois on représente en soie plate une ombre portée sur le fond de deux ou trois lignes de largeur, ce qui fait un fort bon effet sur le gros-de-Tours & sur le velours: cette ombre portée doit être de même couleur que le fond. En général, la couchure est la plus commune & la moins solide des Broderies; elle se dégauchit & s’altere facilement: on n’en fait guere que les petits ouvrages pour les Foires.

L’or frisé ne peut être que couché, il s’écorcheroit en passant au travers de l’étoffe.

On fait en couchure de deux brins, des fonds entiers de grands ronds tournés en spirale, comme fig. 2, en les commençant chacun par leur centre. Ces ronds en se mêlant les uns dans les autres, reçoivent différents rayons de lumiere dont le mélange est fort agréable, sur-tout s’ils servent de fond à de grands courants de gros objets brodés en nuances. On fait de pareils fonds en jais blancs ou jaunes.