L'Art du brodeur

Charles Germain de Saint-Aubin · Chapitre 16 sur 39

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L'Art du brodeur

De la Broderie en Gaufrure.

 

P broder en gaufrure, il faut, après que l’objet est dessiné

sur l’étoffe, lancer tout en travers de cet objet, de gros fils bien cirés,

à deux lignes les uns des autres, comme a, a, fig. 2, Pl. 3. On arrête ces fils bien droits & bien paralleles de distance en distance, avec de petits points de soie cirée, comme a, a, de maniere que les fils ne puissent plus être dérangés; ensuite en commençant par une extrémité de l’objet, comme b, b, on recouvre ces fils en sens contraire, avec de l’or en deux brins roulé sur une broche, qu’on coud ferme de deux en deux brins de fil, d’un bout à l’autre de l’objet, comme c, c; on revient ensuite, & l’on fait quatre rangées en suivant le même calcul, ce qui donne à chaque rencontre quatre points de soie paralleles; ensuite on continue quatre rangées d’or en rétrogradant d’un fil, chaque point de soie de chaque rangée, toujours d’un bout à l’autre, comme d, d; puis on reprend le premier calcul de quatre rangées, toujours alternativement, jusqu’à ce que la surface qu’on se propose soit absolument couverte d’or, ce qui imite assez bien l’osier. Les points de soie doivent se trouver cachés par le relief du fil; il faut, comme à la couchure, lâcher & coudre un brin d’or de la longueur d’un point aux retours, quand la forme arrondie de l’objet s’alonge en s’élargissant, comme e, e. En général, il faut, pour tout l’or que l’on coud sur les étoffes, tant en gaufrure, couchure, guipure, que satiné, bien tirer la broche, & mener l’or ferme à chaque point avant de tirer tout-à-fait le point en dessous; il faut encore avoir grand soin que les brins d’or ne se croisent jamais & soient toujours rangés bien à plat les uns auprès des autres, si ce n’est aux extrémités où cela est indifférent. On laisse ordinairement passer hors l’objet en commençant, huit à dix lignes du fil d’or; on en laisse autant en coupant l’or pour séparer la broche quand on finit comme f, f. On passe ensuite ces bouts d’or au travers de l’étoffe avec le secours d’une aiguille à passer les bouts, ou même avec celle qu’on tient. Pour rendre à la gaufrure ses formes & cacher les retours, on la lisere d’une milanese ou d’un cordon g, g, qui se coud, non pas en l’embrassant par le point de soie, comme pour la milanese; mais en fichant l’aiguille dans le retors du cordon, & donnant un petit tour de broche en dehors, puis en dedans la main, ce qui cache absolument le point. Cette lisiere doit un peu mordre sur la gaufrure. Quand les morceaux gaufrés doivent être découpés & rapportés ailleurs, on les profile de six ou huit brins de soie brune cousue à très-petits points: c’est de ce travail que sont faites les fleurs de lys des tapis de la Couronne. Il est plus solide que brillant.