L'Art du brodeur

Charles Germain de Saint-Aubin · Chapitre 24 sur 39

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L'Art du brodeur

De la Broderie en Chaînette & au Tambour.

Quelquefois avant de broder, on applique le canevas tout dessiné sur un fond d’or ou de soie; quand les fleurs ou fruits sont brodés en la maniere susdite, & en embrassant à chaque point l’étoffe qui est dessous, on coupe la lisiere du canevas, puis on tire adroitement les fils l’un après l’autre, jusqu’à ce qu’il n’en reste pas un seul; l’étoffe qui étoit dessous & qui se trouve à découvert, devient le vrai fond de l’ouvrage; le canevas n’a servi qu’à régler le point.

Le marly rend le même service, & est bien plus commode; il suffit de le découper autour des objets quand la Broderie est faite, & rien ne paroît. Comme la laine a des couleurs plus vives & qui se conservent mieux que celles de la soie, on fait volontiers les nuances brunes en laine, & les claires en soie.

 

De la Broderie en Chaînette & au Tambour.

 

L Broderie en chaînette dont beaucoup de Dames s’occupent, s’est long-temps faite ou sur le doigt ou sur un métier ordinaire avec une aiguille à coudre. La ville de Vendôme étoit renommée pour ce genre de travail. Depuis à-peu-près dix ans qu’on nous a apporté de Chine un procédé aussi correct & six fois plus expéditif, on a abandonné l’autre maniere d’opérer.

Quand l’étoffe a été tendue sur un cercle d’éclisse appellé

Tambour, voyez Pl. 1, fig. 7 & 8, & arrêtée avec la sangle bouclée qui l’entoure b, b, la personne qui veut broder prend l’outil, fig. 12, dont la pointe a forme un crochet ou hameçon imperceptible; la vis b arrête l’aiguille dans un manche c de buis ou d’ivoire. La Brodeuse après s’être assise, avoir pris sur ses genoux le métier ou tambour, & tourné devant elle la surface extérieure de son tambour, qui est mobile, ou sur des vis c, c, ou sur un genouil d, fiche la pointe de son outil dans l’étoffe à l’endroit que le dessin lui indique; elle acroche avec l’hameçon de son outil, une premiere boucle d’or ou de soie que lui présente la main de dessous; elle ramene cette boucle en dessus avec l’outil & l’autre main, en appuyant un peu le dos de l’outil pour ouvrir le trou de l’étoffe; elle fiche ensuite son aiguille une ligne plus loin sur le trait dessiné, sans la sortir de la premiere boucle; accroche le brin d’or que lui présente la main de dessous, le ramene en dessus, le sort de la premiere boucle en contenant l’or un peu ferme avec la main de dessous, & ainsi de suite; l’habitude fait le reste. Pour arrêter un dernier point, ou former la pointe d’une feuille, on laisse le dernier point en l’air; on en sort l’outil à vuide, & une ligne plus loin on ramene l’or de dessous; on lui fait embrasser le point qui restoit en l’air, on tire doucement en dessous, & tout est arrêté. L’or qu’on emploie doit être souple & fin; il faut de l’expérience pour ne le pas écorcher.