L'Art du brodeur
Introduction.
L’ART
DU BRODEUR.
I N T R O D U C T I O N .
C seroit une partie d’histoire longue & curieuse, que celle des progrès & des variations du Luxe chez les différentes Nations; il suffit, je pense, pour l’objet présent, de rechercher l’origine de la Broderie: les Livres Saints & l’Histoire me la présentent plus ancienne que la Peinture, avec laquelle elle a plusieurs rapports. Il paroît que c’est en Asie, où la Broderie a pris naissance. Attalus, Roi de Pergame, fut un des premiers qui ajouta l’or aux étoffes.
La Broderie s’est long-temps appellée du nom des Phrygiens (Phrygies), apparemment parce qu’ils excelloient dans cet Art.
Les Grecs l’ont beaucoup cultivée; quelques-unes de leurs Loix
somptuaires en font foi[a].
[a] Diodore de Sicile, nous dit que Zaleuque, Législateur des
Locriens, ne permit la Broderie qu’aux femmes qui vouloient faire commerce de leurs charmes.
Des Grecs, la Broderie, comme les autres Arts, est passée aux
Romains[b], & des Romains elle nous est parvenue.
[b] Denys d’Halicarnasse cite Tarquin l’ancien, comme le premier
qui parut dans Rome vêtu d’une Robbe brodée d’or.
Cet Art a sans doute reçu de grands secours de la Sculpture pour les formes, & de la Peinture pour la dégradation des couleurs.
Chez les premiers Romains, la Broderie consistoit en des bandes
d’étoffe découpée, dont on chamarroit la bordure des habits [c]; ensuite vint l’imitation de la feuille d’Acanthe, dont on forma des rinceaux; puis petit à petit on a cherché à imiter tous les objets que présentent l’Art & la Nature.