L'Art du brodeur
De la Broderie en Taillure.
On appelle paillettes percées, celles qui le sont de plusieurs trous; on en varie les formes à l’infini. Celles qui sont le plus en
usage, sont dessinées Pl. 5, fig. 8, f, g, h, i, l, m, n, o, p, q, r, & l’on en trouve de toutes prêtes chez plusieurs Tireurs d’or. Celles de la figure 9, & autres à volonté, doivent être découpées suivant le dessin qu’on en fournit. On voit fig. 8, bis, & fig. 9, bis, la maniere de les attacher avec la frisure ou le bouillon.
De la Broderie en Taillure.
N avons dit dans l’Introduction que la Broderie en taillure
étoit la premiere & la plus ancienne des Broderies: en voici les procédés.
Soit qu’on la fasse en étoffe d’or, de soie ou de laine, on ponce d’abord sans ordre & le plus rapproché qu’il est possible (sur l’étoffe qu’on veut découper), les fleurs ou compartiments dont on a besoin,
comme fig. 11, Pl. 5; on les dessine avec toutes leurs nervures; on découpe ensuite toutes ces pieces avec des ciseaux, en les laissant de trois ou quatre lignes plus longues aux endroits qui doivent être recouverts par d’autres. On les numérote par l’envers de numéros pareils à ceux qui doivent être sur chaque partie du poncif, & qui serviront à les reconnoître quand elles seront découpées & qu’on voudra les mettre en place. Cette premiere opération s’appelle faire l’épargne. Si l’étoffe à tailler est trop mince, on lui donne de la consistance en collant du papier à l’envers avant de la dessiner; cela empêche les pieces découpées de s’effiler.
Si l’étoffe qu’on veut découper est précieuse, ou qu’on ait beaucoup de morceaux pareils, voici une autre maniere de préparer l’épargne. On pique deux papiers ensemble du dessin qu’on veut exécuter; on découpe un de ces dessins en autant de petites parties que le dessin le permet; on réunit toutes ces parties sans ordre & le plus rapprochées qu’il est possible, sur un papier blanc de la largeur de l’étoffe à découper: on trace tous ces contours en crayon bien exactement; on les pique, & l’épargne est faite.
On ponce ensuite le dessin général sur l’étoffe qu’on veut broder; on dessine légérement & un peu en dedans, les principaux contours; on dessine encore les queues, graines, &c, qui ne sont point de taillure, comme K, K, fig. 12; puis on enduit de colle ou d’empois l’envers de chaque morceau de taillure, surtout les bords; on place chaque morceau sur les contours tracés sur l’étoffe suivant les numéros du poncif; on l’étale & on l’appuie bien proprement au travers d’un papier bien sec, ayant attention que les emmanchements des compartiments interrompus r, r, r, r, se suivent bien, & ne paroissent point cassés.
Quand tout est bien sec, les Ouvriers profilent tous les contours extérieurs, en mordant un peu les points dans la taillure; puis ils liserent tous les contours, nervures, revers, &c, avec du cordon ou de la milanese, comme l, l; quelquefois on exprime les ombres par de longs points de soie ou de laine, comme m, m, ce qui s’appelle harpé ou hachebaché. Quelquefois on enleve le dessous des feuilles ou compartiments, avec des morceaux de drap ou de serge, ce qui s’appelle emboutir. Les caparaçons, tapis d’étalage, couvertures de chariots, se font ordinairement en laine, de ce genre de Broderie. Les figures de bannieres pour la campagne, se font en satin, & pour les carrosses & meubles riches, la taillure se fait de glacé ou de tissu d’or: on y mêle quelquefois des feuilles ou des moulures de guipure ou de satiné, & de petits enjolivements en paillettes.
Il se fait aussi de la taillure en peaux d’agneau d’Astracan, ou hermines teintes, puis rebordées & ornées de chenille ou de paillettes: cette invention n’est pas ancienne, & peut encore se perfectionner.
Comme il seroit presqu’impossible d’exécuter en fabrique des étoffes brochées, suivant les différentes formes des pentes, chantournés, impériales, & autres parties d’un meuble complet, on y supplée en découpant les fleurs & feuilles de ces étoffes, pour en former, en les réunissant sur un fond uni, les bordures & encadrements convenables, suivant les contours donnés par le Tapissier. Il a d’abord fallu faire un dessin, où ces fleurs & les queues qui doivent les emmancher, fussent tracées; on bâtit à petits points tout autour, chaque fleur, suivant la place que le dessin indique; on la profile de soie assortissante au fond ou à sa nuance; on brode à points, les queues, feuilles & autres liaisons nécessaires: on colle l’envers, & l’ouvrage est fait. Il y a beaucoup d’apprêt à cette sorte de taillure. Il y auroit beaucoup d’économie à faire brocher par la Fabrique, toutes les fleurs & feuilles pareilles, sur une même ligne & le plus rapprochées possible.