L'Art du brodeur

Charles Germain de Saint-Aubin · Chapitre 27 sur 39

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L'Art du brodeur

De la Broderie de Marseille.

D qu’on a réussi à teindre l’hermine en toutes couleurs,

les Brodeurs en ont fait des compartiments & des fleurs découpées, collées & ornées de graine & lisiere de paillettes; on y mêle de la peau d’agneau d’Astracan, sur laquelle on brode des compartiments de paillettes. Quand on ne veut qu’imiter la fourrure, on lance le compartiment qu’on projette, en soie plate, assortie à la peau qu’on veut imiter; puis on fait les poils à claire-voie, en sens contraire à la soie, avec de la chenille aussi assortie. Ces nouveautés ont assez le caractere de l’hiver, & réussissent très-bien. Il se fait aussi des Broderies en plumes de geai & de perdrix, râchées de soies assorties, & bordées de paillettes; on fait encore des compartiments d’ailes de mouches cantharides & autres scarabées colorés, rabattus de fils d’or, & mille autres inventions qui éclosent de temps en temps.

 

De la Broderie de Marseille.

 

L Broderie de Marseille se fait en piquant de petits points de fil blanc, tous les contours des compartiments ou fleurs dessinées en blanc sur de la batiste ou mousseline doublée d’une autre toile plus forte & tendue sur un métier ordinaire. Quand tous les objets sont ainsi piqués, on retourne le métier, puis avec un poinçon ou la tête d’une grosse épingle, on insinue plus ou moins de coton filé entre les deux étoffes, par un petit trou fait à l’envers de chaque fleur, pour leur donner du relief. Quand on a ainsi rembouré tous les objets, en prenant bien garde de crever la batiste ou mousseline, on retourne le métier, puis on seme tous les fonds du dessin de nœuds de fil, faits à l’aiguille l’un après l’autre & très-pressés, ce qui produit un fond sablé & les fleurs lisses assez agréables, sur-tout pour des meubles de bains.

Les couvre-pieds & vêtements piqués, se font un peu différemment; après qu’on a tendu sur un métier l’étoffe qui doit servir de doublure, on la couvre en plein d’une légere couche de coton cardé; on recouvre le tout de la belle étoffe que l’on fixe bien étendue, par des points ou des épingles tout autour; on trace légérement avec de la craie, les écailles, carreaux ou mosaïques que l’on veut représenter; puis on pique tous les contours de petits points de soie ou de fil assorti à l’étoffe. Les Tapissiers se sont arrogés le droit de broder des lits suivant ce procédé, ce qui a donné matiere à quelques procès.